Dictionnaire apologétique de la foi catholique

Canon catholique

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Sommaire

  1. Canon catholique des Saintes Écritures
  2. I. Notion
  3. II. Définition dogmatique du concile de Trente
  4. III. Canon de l’Ancien Testament
  5. 1° Canonicité chez les Juifs
  6. 1. Chez les Juifs de Jérusalem
  7. 2. Chez les Juifs d’Alexandrie
  8. 2° Canonicité dans l’Église chrétienne
  9. 1. Du Ier à la fin du IIIe siècle
  10. 2. Du IVe au XVIe siècle
  11. Dans l’Église grecque au IVe siècle
  12. Dans l’Église latine au IVe siècle
  13. Du Ve au XVIe siècle
  14. IV. Canon du Nouveau Testament
  15. 1° Sa formation
  16. 2° Les deutérocanoniques
  17. 3° Les apocryphes
  18. Bibliographie

CANON CATHOLIQUE DES SAINTES ÉCRITURES. — I. Notion. — II. Définition dogmatique du concile de Trente. — III. Canon de l’Ancien Testament. — IV. Canon du Nouveau Testament.

I. Notion

Le mot Canon, du grec κανών, « bâton droit, règle, mesure, modèle », ou « liste, catalogue, table », a été appliqué, vers le milieu du IVe siècle, aux Livres saints et a reçu une signification nouvelle, inconnue auparavant. Vers 350, saint Athanase, De Nicænis decretis, 18, P. G., t. XXV, col. 456, dit du Pasteur d’Hermas qu’« il n’est pas du canon ». Dans sa XXXIXe lettre pascale, pour l’année 367, P. G., t. XXVI, col. 1436, 1437, 1440, il désigne les Livres saints comme « ceux qui ont été canonisés » et il les distingue des livres « qui n’ont pas été canonisés ». Le traducteur syriaque de cette lettre en résume ainsi le contenu : « Épître dans laquelle saint Athanase définit canoniquement quels livres l’Église reçoit ».

Dans l’avant-propos placé vers 365 en tête du recueil des lettres pascales de l’évêque d’Alexandrie on lisait, d’après la version syriaque : « Cette année, il a écrit un canon des Livres saints. » Le traducteur syriaque de l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe de Césarée, t. III, c. XXV, n. 6, traduisait, vers 350, les mots grecs τῶν μὴ ἐνδιαθήκων λέγει par « les livres qui ne sont pas mis au canon de l’Église ». E. Nestlé, Die Kirchengeschichte des Eusebius aus dem Syrischen übersetzt, dans Texte und Untersuchungen de G. von Gebhardt et A. Harnack, nouv. série, Leipzig, 1901, t. VI, fasc. 2, p. 102. Le 59e canon du concile de Laodicée (entre 343 et 381, peut-être même après 381) décide qu’on ne doit pas lire dans l’Église « des livres qui ne sont pas canoniques, mais les seuls livres canoniques de l’Ancien et du Nouveau Testament ». Mansi, Concil., t. II, col. 574 ; Hefele, Histoire des conciles, nouv. trad., Paris, 1907, t. I, p. 1020.

Saint Amphiloque (vers 394), Iambi ad Seleucum, 318-319, édit. Combefis, Paris, 1644, p. 134, ou dans S. Grégoire de Nazianze, Carm., t. II, 11, 8, P. G., t. XXXVII, col. 1598, appelle « canon » le catalogue des Livres saints qu’il vient de dresser. L’ancien prologue dit « monarchien » du quatrième Évangile, cf. Corssen, Monarchianische Prologe zu den vier Evangelien, dans Texte und Untersuchungen, Leipzig, 1896, t. XV, fasc. 1, p. 7, emploie en latin le mot canon pour désigner la série des Évangiles. Von Dobschütz, Studien zur Textkritik der Vulgata, Leipzig, 1894, p. 91, et Corssen, loc. cit., p. 63 sq., le rapportaient au premier tiers du IIIe siècle ; mais S. Berger le recule, avec plus de raison, à la première moitié du IVe siècle. Les préfaces jointes aux livres de la Bible dans les manuscrits de la Vulgate, Paris, 1902, p. 9-10. Dom Chapman veut même l’attribuer à Priscillien, évêque espagnol de la fin du IVe siècle. Notes on the early history of the Vulgate Gospels, Oxford, 1908, p. 238-253.

Le vieux traducteur latin du commentaire d’Origène sur saint Matthieu, In Matth., comment. séries, n. 28, P. G., t. XIII, col. 1637, cite des livres canonizati. Une Explanatio symboli, attribuée à saint Ambroise, dit que l’Apocalypse de saint Jean canonizatur. Gaspari, Quellen zur Geschichte des Taufsymbols, Christiania, 1869, t. II, p. 56. Le canon africain, que Mommsen rapporte à 359, contient la liste des livres « canoniques ». Preuschen, Analecta, Fribourg-en-Brisgau, 1893, p. 138, 139. Priscillien parle plusieurs fois des Écritures « canoniques », et il dit notamment que l’Épître aux Laodicéens n’est pas in canone. Liber de fide et apocryphis, édit. Schepss, Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum, Vienne, 1889, t. XV, p. 55.

S. Philastre, Hær., 88, P. L., t. XII, col. 1199, et Rufin, Comment. in symbol. apostolorum (trad. lat.), n. 37, P. L., t. XXI, col. 374 ; In Cant., prol., P. G., t. XIII, col. 83, emploient les mêmes expressions. Un prologue nouveau des Épîtres catholiques, qui est tiré du codex Ambros. E, 51 inf., fol. 109 v., col. I, du XIe siècle, qui a été édité par dom de Bruyne, Revue bénédictine, 1906, p. 82-83, et que l’éditeur rapporte au IVe siècle, p. 87, emploie le nom au pluriel : canones Novi Testamenti, dans le sens de livres canoniques. Mais l’auteur parle aussi de « l’ordre du canon », de telle sorte qu’il se pourrait que le texte primitif fût : Canon Novi Testamenti. Cf. Dom Chapman, op. cit., p. 257.

Ce prologue se retrouve dans la Bible de Varèse, conservée à l’abbaye d’Aquafredda. Voir Revue bénédictine, 1er janvier 1909, p. 114, note 1. Saint Augustin nomme souvent les Écritures « canoniques ». Epist., LXXXII, n. 3, P. L., t. XXXIII, col. 277 ; Contra Faustum manich., l. XXIII, c. IX, P. L., t. XLII, col. 471 ; De peccatorum meritis et remissione, l. I, n. 50, P. L., t. XLIV, col. 134 ; Serm., CCCXV, n. 1, P. L., t. XXXVIII, col. 1426, etc.

Les mots grecs κανών, κανονικός, κανονίζειν, et leurs équivalents latins, canon, canonicus, canonizatus, entrèrent donc dans l’usage ecclésiastique au cours du IVe siècle. Quel sens précis leur a-t-on donné ? Il a varié. Primitivement, l’emploi des participes κανονιζόμενα, κεκανονισμένα, canonizati, indique que les Livres saints eux-mêmes étaient canonisés et devenaient canoniques, par un acte qui les introduisait au canon ou dans la collection des Écritures inspirées, tandis que les livres qui n’ont pas été canonisés et ne sont pas canoniques, n’ont pas été admis dans la collection ou dans la liste des Écritures.

Le mot canon, appliqué à cette collection, a donc eu d’abord la signification passive de collection « réglée, définie », dont l’étendue était déterminée par la tradition ou l’autorité ecclésiastique. Il désignait donc le catalogue ou la liste des livres reconnus dans l’Église comme inspirés. Rufin a traduit par canon le mot grec κατάλογος, employé par Eusèbe, H. E., l. VI, c. XXV, P. G., t. XX, col. 580. Le livre canonique était donc un livre « canonisé », c’est-à-dire inscrit dans la liste officielle des Écritures. Cependant on passa bientôt de cette signification passive au sens actif de « règle, mesure ». Voici, semble-t-il, par quelle transition. Macarius Magnès (vers 300) nommait l’Écriture « la règle de la nouvelle alliance ». Apocritica, IV, 10.

Saint Isidore de Péluse († vers 440) appela les Écritures divines « la règle de la vérité ». Epist., l. IV, epist. CXIV, P. G., t. LXXVIII, col. 1185. Cette idée a été associée au canon ou à la liste officielle des Livres saints par les Syriens, les Latins et les Grecs plus récents. Le traducteur syriaque de la XXXIXe lettre festale de saint Athanase réunit déjà peut-être les deux significations, si dans l’avant-propos du recueil il dit qu’en 367 l’évêque d’Alexandrie a fixé comme règle canonique quels étaient les Livres saints, reçus dans l’Église. Certainement, les écrivains latins à la fin du IVe siècle et au commencement du Ve donnaient au mot canon biblique le sens de règle.

Ainsi, quand Priscillien dit qu’un livre est ou n’est pas dans le canon, il veut dire qu’il fait ou ne fait pas partie de la Bible. Saint Jérôme appelle sa traduction latine du texte hébreu canonem hebraicæ veritatis. Epist., LXXI, n. 5, P. L., t. XXII, col. 671. Saint Augustin, quand il parle du canon des Écritures, donne au mot le sens de « règle », puisqu’il reconnaît aux Livres saints une « autorité canonique ». Contra Cresconium, l. II, c. XXXI, n. 39, P. L., t. XLIII, col. 489 ; De consensu evangelistarum, l. I, c. I, n. 2, P. L., t. XXXIV, col. 1043 ; Speculum, præf., ibid., col. 887-888 ; De civitate Dei, l. XV, c. XXIII, n. 4 ; l. XVII, c. XX, n. 1 ; c. XXIV, P. L., t. XLI, col. 470, 554, 560, etc. Le livre canonique devient ainsi un livre « régulateur », regularis. Origène, In Matth., comment. séries, n. 117, P. G., t. XIII, col. 1769. Les Livres saints furent donc ainsi présentés explicitement comme la règle de la vérité, la règle de la foi et de l’enseignement ecclésiastique.

Cette signification active de « règle de la foi », jointe à la signification passive primitive de « liste ou collection fixée », est devenue peu à peu prédominante et usuelle dans l’Église catholique. Le canon des Livres saints a donc été la liste ou le recueil, admis dans l’Église, des livres qui, inspirés par le Saint-Esprit et ayant par suite une autorité divine, contiennent et constituent eux-mêmes la règle de la vérité révélée par Dieu aux hommes.

C’est dans ce sens que le concile de Trente définit solennellement quels étaient, pour l’Église et dans l’Église, les Livres saints, d’origine divine.

II. Définition dogmatique du concile de Trente

Réunis pour condamner les erreurs protestantes, les Pères de Trente se proposèrent, dès le début de leurs délibérations, de déclarer sur quelles autorités ils s’appuieraient pour affirmer les dogmes niés et anathématiser les fausses doctrines enseignées par les protestants. Ils voulurent donc définir quels Livres saints étaient reçus dans l’Église comme formant la règle de la foi.

Mais parce que les protestants exaltaient, d’une part, l’Écriture comme l’unique règle de la foi et rejetaient ou méprisaient comme apocryphes et non canoniques plusieurs livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, les Pères du concile reconnurent deux sources de la révélation divine, l’Écriture et la tradition, et déclarèrent, malgré la proposition faite par quelques membres de distinguer ceux qui avaient toujours été reçus pour confirmer la doctrine et ceux qui ne l’avaient été qu’en raison de l’édification tirée de leur lecture, recevoir et vénérer « avec un égal sentiment de piété et un égal respect tous les livres tant de l’Ancien que du Nouveau Testament, puisque l’unique Dieu est l’auteur de l’un et de l’autre ». En cela, ils suivaient l’exemple des Pères orthodoxes, leurs prédécesseurs. C’est pourquoi ils décidèrent de ne pas examiner les preuves de la canonicité des livres discutés, mais de les recevoir purement et simplement, par une énumération, ainsi qu’on avait fait déjà au concile de Florence.

Après des discussions diverses, qui eurent lieu du 8 février au 8 avril 1546 et dont les Actes du concile donnent le résumé, à la IVe session solennelle, le 8 avril, le concile promulgua son décret De canonicis Scripturis. « Mais pour que personne ne puisse douter quels sont les Livres saints que le concile lui-même reçoit, il a pensé qu’il fallait joindre à ce décret le catalogue de ces livres.

Or, ce sont les suivants : De l’Ancien Testament, les cinq de Moïse, à savoir, la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome ; Josué, les Juges, Ruth, les quatre des Rois, les deux des Paralipomènes, le premier d’Esdras, et le second qui est dit de Néhémie, Tobie, Judith, Esther, Job, le Psautier davidique de cent cinquante Psaumes, les Paraboles, l’Ecclésiaste, le Cantique des cantiques, la Sagesse, l’Ecclésiastique, Isaïe, Jérémie avec Baruch, Ézéchiel, Daniel ; les douze petits prophètes, c’est-à-dire Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie ; les deux des Machabées, le premier et le second. Du Nouveau Testament : les quatre Évangiles, selon Matthieu, Marc, Luc et Jean ; les Actes des Apôtres écrits par l’évangéliste Luc ; les quatorze Épîtres de l’apôtre Paul, aux Romains, deux aux Corinthiens, aux Galates, aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens, deux aux Thessaloniciens, deux à Timothée, à Tite, à Philémon, aux Hébreux ; les deux de l’apôtre Pierre, les trois de l’apôtre Jean, une de l’apôtre Jacques, une de l’apôtre Jude, et l’Apocalypse de l’apôtre Jean. Mais si quelqu’un ne reçoit pas pour sacrés et canoniques ces mêmes livres en entier avec toutes leurs parties, comme on a coutume de les lire dans l’Église catholique et comme ils se trouvent dans l’ancienne édition vulgate latine… qu’il soit anathème. »

Le concile de Trente a donc porté une définition dogmatique, condamnant comme hérétique le sentiment de ceux qui ne recevraient pas pour sacrés et canoniques tous les livres, dont la liste est dressée et publiée. Tous sont également sacrés, c’est-à-dire inspirés, et canoniques, contenant et formant la règle de la foi et des mœurs.

Il n’y a ainsi, sous le rapport de l’autorité normative, aucune différence à établir entre eux : tous contiennent des témoignages et constituent des secours, propres à confirmer les dogmes et à restaurer les mœurs dans l’Église. Le décret éliminait la distinction, proposée par quelques Pères dans les congrégations ou assemblées préparatoires, entre les livres authentiques et canoniques, dont notre foi dépend, et les livres simplement canoniques, bons pour l’enseignement et utiles à lire dans les églises.

Cependant, Sixte de Sienne introduisit dans le langage courant, Bibliotheca sancta, l. I, sect. 1, 2, Venise, 1566, t. I, p. 9, la distinction des livres protocanoniques et deutérocanoniques. Il entendait par là, et on entend après lui, deux catégories de Livres saints, distinctes par l’histoire de leur reconnaissance canonique dans l’Église.

On nomme protocanoniques ceux qui partout et toujours, dès le commencement, ont été sans conteste reconnus comme inspirés, et deutérocanoniques, ceux dont l’autorité n’a pas été toujours et partout admise sans hésitations ou discussions, et qui n’ont été que plus tard universellement inscrits au canon des Livres saints.

Cette distinction serait inexacte, si on en pressait trop les termes et si on l’entendait comme si, dans l’Église, il y avait eu successivement deux canons superposés, dont le second était plus étendu que le premier. Elle est juste, si on la restreint à l’histoire de la reconnaissance publique de tous les livres inspirés dans toutes les Églises sans exception.

Quelques théologiens catholiques ont toutefois voulu indiquer par là une différence, sinon ontologique et essentielle, du moins d’autorité et de valeur normative. Bernard Lamy, Apparatus biblicus, l. II, c. V, Paris, 1728, p. 238-241, dit seulement en passant et sans y insister que les deutérocanoniques n’ont pas la même autorité que les protocanoniques. Jahn, Einleitung in die gesammten Bücher des Alten Bundes, 2o édit., t. I, p. 240, prétendit, d’après les déclarations des Pères de Trente, que la différence entre les deux classes de livres canoniques n’a pas été enlevée. M. Loisy, Histoire du canon de l’Ancien Testament, Paris, 1890, p. 212-241, admet, à leur suite, que tous les livres de l’Écriture, quoique inspirés et canoniques au même titre, n’ont pas la même valeur ni une autorité égale.

La différence provient donc, non de leur reconnaissance officielle par l’Église, qui est la même pour tous, mais de leur contenu qui, de sa nature, a un rapport plus ou moins direct avec le dogme et la morale. Mais, remarquerons-nous, cette différence d’objet existe entre les protocanoniques eux-mêmes et ne caractérise pas deux classes distinctes de Livres saints.

Elle concerne, d’ailleurs, plutôt les effets de l’inspiration dans les Livres saints que la canonicité, qui ne change d’aucune manière les enseignements des livres canoniques. La distinction entre livres protocanoniques et deutérocanoniques vise donc seulement le fait extérieur de la reconnaissance publique de leur inspiration dans les diverses Églises de la catholicité. Elle n’établit par suite entre eux qu’une différence logique et historique.

Le concile du Vatican, sess. III, const. Dei Filius, c. II, et can. 4, a renouvelé, le 27 avril 1870, la définition de Trente et l’anathème porté contre quiconque « ne recevrait pas pour sacrés et canoniques les livres de la sainte Écriture en entier avec toutes leurs parties, comme le saint concile de Trente les a énumérés ». Léon XIII a aussi rappelé la définition des conciles de Trente et du Vatican sur la canonicité des Livres saints. Encyclique Providentissimus Deus, du 18 novembre 1893.

Les protestants ont continué à rejeter comme non inspirés et non canoniques les livres deutérocanoniques, surtout ceux de l’Ancien Testament, qu’ils nomment apocryphes. Ils ont souvent attaqué dans leurs écrits le décret du concile de Trente. Selon eux, les Pères de cette assemblée auraient, sans examen et contrairement au sentiment de l’ancienne Église, déclaré canoniques des livres qui ne méritaient pas cette reconnaissance officielle ; ils auraient, par un vote arbitraire, tranché une question sur laquelle les plus illustres docteurs de l’Église ont été partagés de sentiment. H. Howorth a étudié l’origine et l’autorité du canon biblique dans l’Église anglicane et chez les réformés du continent, dans Journal of Theological Studies, 1907-1909.

Dès le XVIe et le XVIIe siècle, mais surtout aux XVIIIe et XIXe, quelques théologiens orthodoxes de l’Église grecque et de l’Église russe, d’abord malgré l’opposition, puis avec l’assentiment plus ou moins explicite des autorités officielles, ont adopté les vues des protestants sur les deutérocanoniques de l’Ancien Testament et reproché à l’Église romaine d’avoir innové, en les recevant, et d’avoir méconnu le sentiment de l’ancienne Église. M. Jugie, Histoire du canon de l’Ancien Testament dans l’Église grecque et dans l’Église russe, Paris, 1909, p. 34-131. Nous répondrons à cette accusation en montrant séparément pour les deux Testaments que les livres dits deutérocanoniques ont toujours été reconnus comme inspirés et divins dans l’Église catholique, nonobstant les doutes de quelques docteurs et les hésitations de plusieurs Églises particulières.

III. Canon de l’Ancien Testament

On range parmi les deutérocanoniques de l’Ancien Testament sept livres entiers : Tobie, Judith, la Sagesse, l’Ecclésiastique, Baruch et les deux livres des Machabées, et quelques fragments d’autres livres : les additions grecques d’Esther, X, 4-XVI, 24, et dans le livre de Daniel, la prière d’Azarias et le cantique des trois enfants dans la fournaise, III, 24-90, l’histoire de Susanne, XIII, et celle de Bel et du dragon, XIV.

La Sagesse et le second livre des Machabées ont été certainement écrits en grec. L’Ecclésiastique a été rédigé en hébreu, et le texte original, disparu depuis le XIe siècle de notre ère, a été partiellement retrouvé en 1896 et 1897 dans la genizah de la synagogue du Caire. Origène connaissait encore le texte hébreu du premier livre des Machabées, qui a été perdu depuis.

Pour les autres livres ou fragments deutérocanoniques, on croit qu’ils ont été originairement composés en hébreu ou en araméen, et que les textes grecs que nous possédons ne sont que des traductions.

1° Canonicité des livres et fragments deutérocanoniques chez les Juifs

Les critiques distinguent généralement le canon des Juifs de Jérusalem du canon des Juifs d’Alexandrie.

1. Chez les Juifs de Jérusalem

La plupart des critiques, catholiques ou protestants, pensent que les Juifs palestiniens n’ont jamais reconnu de livres inspirés en dehors de ceux qui sont contenus dans la Bible hébraïque. L’historien Josèphe l’atteste au Ier siècle de notre ère. Après avoir énuméré les vingt-deux livres, qui sont justement regardés par ses coreligionnaires comme divins, et pour lesquels les Juifs doivent mourir s’il est nécessaire, il ajoute : « Depuis Artaxercès jusqu’à nous, les événements de notre histoire ont bien été consignés par écrit, mais ces derniers livres n’ont pas l’autorité des précédents, parce que la succession des prophètes n’a pas été établie avec certitude. » Cont. Apion., I, 8, édit. Didot, t. II, p. 340.

Il connaît donc au moins quelques-uns des livres deutérocanoniques, mais il ne sait pas avec certitude s’ils sont l’œuvre de prophètes. Il est certainement l’écho de la croyance des Juifs palestiniens de son temps. Saint Méliton de Sardes († 171), qui avait fait des recherches spéciales sur le canon des Juifs de Palestine, ne donne la liste que des protocanoniques, Esther excepté. Eusèbe, H. E., l. IV, c. XXVI, P. G., t. XX, col. 396-397.

Le IVe livre d’Esdras, qui est une apocalypse juive composée en Orient vers l’an 90 de notre ère, ne connaît que 24 livres juifs, destinés à la lecture publique, XIV, 44-46. Kautzsch, Die Apokryphen und Pseudepigraphen des Alten Testaments, Tubingue, 1900, t. II, p. 401. La célèbre beraitha du Talmud de Babylone, attribuée à Juda le Saint, docteur du IIe siècle, traité Baba bathra, fol. 14 bis, ne parle non plus que des livres protocanoniques.

Origène, saint Épiphane et saint Jérôme, lorsqu’ils parlent du canon des Juifs, ne connaissent que le seul canon de la Bible hébraïque. Quelques critiques toutefois pensent que les Juifs de Palestine avaient d’abord admis dans leur canon au moins quelques-uns des livres deutérocanoniques. Si, comme nous le montrerons tout à l’heure, les Juifs d’Alexandrie ont reçu dans leur Bible tous ces livres, il en résulterait, disent-ils, que leurs frères de Palestine les y avaient eux-mêmes reçus auparavant.

Une lettre, écrite de Jérusalem aux Juifs d’Égypte, offre de faire prendre les livres que Néhémie aurait réunis dans une bibliothèque. II Mach., II, 15. Le Psaume XI, 1-7, de Salomon suit presque littéralement Baruch, V, 4 sq. Kautzsch, op. cit., t. II, p. 141. Comme ce recueil a été composé en Palestine entre 63 et 45 avant Jésus-Christ, ibid., p. 128, il en résulte que Baruch était connu en Palestine avant l’ère chrétienne.

Josèphe, Ant. jud., XI, VI, 6 sq., reproduit textuellement des passages des fragments deutérocanoniques d’Esther. Il a fait usage aussi du Ier livre des Machabées. Ant. jud., XII, V, 1-XIII, VII. Il mentionne aussi Daniel comme « un des plus grands prophètes » et il parle avec enthousiasme de ses « prophéties ». Ant. jud., X, XI, 7. La distinction des Livres saints, si elle était tranchée théoriquement, n’avait pas encore passé entièrement dans la pratique, puisque Josèphe, qui écrit d’après les seuls Livres saints, utilise même ceux qu’on appelle deutérocanoniques.

De ces faits, ces critiques concluent que les Juifs palestiniens ont retranché de leur Bible les livres dits deutérocanoniques, au cours du Ier siècle de notre ère, peut-être au synode de Jamnia, vers 90, parce qu’ils ne les trouvèrent pas conformes aux idées qu’ils s’étaient faites des Livres saints, de leur antiquité, de leur langue originale et de leur contenu.

Les faits, qu’on invoque en faveur de cette opinion, prouvent seulement que quelques livres deutérocanoniques de l’Ancien Testament ont été connus et utilisés en Palestine, mais non qu’ils y étaient universellement et officiellement reconnus pour divins et inspirés.

2. Chez les Juifs d’Alexandrie

Quoi qu’il en soit de la Palestine, il est certain que les Juifs hellénistes, dont le centre principal était à Alexandrie, admettaient dans leur Bible les livres deutérocanoniques de l’Ancienne Alliance. L’existence du canon alexandrin, plus étendu que le canon palestinien, a été niée, il est vrai, par quelques critiques, si on l’entend au moins d’un canon déterminé et officiellement clos. Il est clair toutefois que les Juifs hellénistes tenaient pour divins les livres deutérocanoniques de l’ancienne Alliance, ce qui est le plus important, la divergence d’opinions des critiques ne portant plus que sur une question de mots.

Or, ces livres deutérocanoniques faisaient partie de la Bible, dite des Septante. Cette Bible grecque, antérieure à l’ère chrétienne, et à l’usage des Juifs d’Alexandrie, les contenait, non en appendice et à la suite de ceux qui avaient été traduits de la Bible hébraïque, mais mélangés à ceux-ci. On en peut conclure à bon droit que les Juifs hellénistes regardaient les uns et les autres comme inspirés et leur reconnaissaient une autorité divine.

Les Juifs d’Abyssinie, qui forment la secte des Falaschas et dont l’origine remonte avant l’ère chrétienne, se servent dans l’exercice de leur culte d’une version éthiopienne, qui contient tout l’Ancien Testament. Ils n’ont pu l’accepter que parce qu’elle répondait à leurs traditions sur la Bible, venues d’Alexandrie.

L’absence de citations de ces livres dans les écrits du philosophe juif alexandrin Philon ne prouve rien contre l’acceptation des livres deutérocanoniques par les Juifs hellénistes. Cet écrivain, en effet, ne cite pas davantage huit des livres protocanoniques, qu’il n’avait pas eu l’occasion d’utiliser. Enfin, les versions grecques, faites par les Juifs Aquila, Symmaque et Théodotion, prouvent aussi l’usage helléniste. À en juger par les fragments qui nous en restent, les deux premières contenaient au moins l’histoire de Susanne. Celle de Théodotion comprenait Daniel tout entier ; aussi remplaça-t-elle de bonne heure dans l’Église grecque, pour ce livre, la traduction imparfaite des Septante. S. Jérôme, Comment. in Dan., prol., P. L., t. XXV, col. 493.

2° Canonicité des livres et fragments deutérocanoniques dans l’Église chrétienne

Le canon des Juifs d’Alexandrie a passé avec la Bible des Septante dans l’usage de l’Église chrétienne et il y a joui d’une paisible possession jusqu’à la fin du IIIe siècle. Mais du IVe au XVIe siècle, tandis que l’emploi de tous les livres de l’Ancien Testament persévérait, des doutes et des hésitations touchant les deutérocanoniques se perpétuaient parmi les docteurs, pour ne cesser qu’après le décret du concile de Trente.

1. Du Ier à la fin du IIIe siècle

a) Les écrits apostoliques. — Ils ne contiennent pas une liste officielle des livres de l’Ancien Testament, que Jésus-Christ aurait présentés à l’Église comme divins et inspirés. Mais ils citent fréquemment, soit d’après le texte hébreu, soit d’après la version des Septante, la sainte Écriture, la plupart des livres protocanoniques et des passages empruntés aux deutérocanoniques. Stier a recueilli jusqu’aux moindres allusions. Die Apocryphen, Vertheidigung ihres altgebrachten Anschlusses an die Bibel, Brunswick, 1853. Bleek a examiné de plus près ces emprunts aux deutérocanoniques et les a reproduits dans le texte grec. Ueber die Stellung der Apokryphen des Alten Testamentes im christlichen Kanon, dans les Theologische Studien und Kritiken, 1853, t. XXVI, p. 337-349.

Il faut noter les citations de la Sagesse, Matth., XXVII, 39-42 ; I Pet., I, 6, 7 ; Eph., VI, 13-17 ; Heb., I, 3 ; Rom., I, 20-32 ; IX, 21, et de II Mach., VI, 18-VII, 42 ; Heb., XI, 34, 35, des deux seuls livres de l’Ancien Testament qui aient été composés en grec. Les écrivains du Nouveau Testament se servaient donc de la Bible des Septante et ont canonisé, par l’usage qu’ils en ont fait, les deutérocanoniques de l’Ancien Testament.

b) Les Pères apostoliques. — Les premiers écrivains ecclésiastiques, les plus rapprochés des temps apostoliques, ont employé la Bible grecque, qu’ils avaient reçue de leurs maîtres, et ont cité à l’occasion les livres deutérocanoniques de l’Ancien Testament aussi bien que les protocanoniques, et sans établir entre eux aucune différence. La Doctrine des douze apôtres, récemment découverte, I, 2 ; X, 3, cite Eccli., VII, 30 ; XVIII, 1 ; XXIV, 8. Funk, Patres apostolici, 2e édit., Tubingue, 1901, t. I, p. 2, 14. Elle cite aussi, V, 3 ; X, 3, la Sagesse, XII, 7 ; I, 14, p. 16, 22.

L’Épître, attribuée à saint Barnabé, VI, 7 ; XX, 2, cite encore la Sagesse, II, 12 ; V, 12. Ibid., p. 54, 94. Saint Clément romain, I Cor., LV, 4, 5 ; LIX, 3, 4, analyse Judith, VIII sq. ; IX, 11, ibid., p. 168, 174, 176 ; LV, 6, cite Esther, IV, 16 ; VII, 8, ibid., p. 168 ; III, 14 ; VII, 5 ; XXVII, 5, fait allusion à Sap., II, 24 ; XII, 10 ; XI, 22 ; XII, 12, ibid., p. 102, 108, 134 ; LIX, 3 ; LX, 1, cite Eccli., XVI, 18, 19 ; II, 11, ibid., p. 176, 178.

L’auteur de l’homélie très ancienne, qu’on appelle seconde Épître de saint Clément aux Corinthiens, XVI, 4, cite Tobie, XII, 9. Funk, ibid., p. 284. Saint Ignace d’Antioche, Ad Eph., XV, 1, ibid., p. 224, fait allusion à Judith, XVI, 14. Saint Polycarpe, Ad Phil., X, 2, ibid., p. 308, cite Tobie, IV, 10 ; XII, 9. Le Pasteur d’Hermas, Mand., II, 2, 3 ; Vis., I, 1, 6, ibid., p. 482, 486, cite Tobie, IV, 19 ; V, 17 ; Mand., I, 1, p. 468, Sap., I, 14 ; Vis., III, 7, 3 ; IV, 3, 4, ibid., p. 446, 464, Eccli., XVIII, 30 ; II, 5 ; Mand., X, 1, 6 ; 3, 1, p. 500, 502, Eccli., II, 3 ; XXVI, 4 ; Sim., I, 3, 8 ; V, 2 ; VII, 4 ; VIII, 4, p. 536, 538, 542, 554, Eccli., XXXII, 9 ; XVIII, 1 ; XLII, 17 ; Mand., I, 1, p. 468, II Mach., VII, 28.

c) Les Pères apologistes et les autres écrivains du IIe et du IIIe siècle. — Dans toutes les Églises, on connaît et on utilise les deutérocanoniques. Saint Justin, Apol., I, 46, P. G., t. VI, col. 397, rappelle l’histoire des trois jeunes Hébreux. Dan., III. Quoique, dans la discussion avec le juif Tryphon, Dial., 71, ibid., col. 643, il s’abstienne d’alléguer les livres bibliques que son adversaire n’accepte pas, il loue cependant la version des Septante et blâme ceux qui ne s’en servent pas.

Son témoignage est le plus ancien qui signale la différence du canon palestinien et du canon alexandrin. L’auteur de la Cohortatio ad Græcos, 13, ibid., col. 205, qui n’est pas saint Justin, affirme même l’inspiration des Septante. Athénagore, Légat. pro christ., 9, P. G., t. VI, col. 908, cite Baruch, III, 36, comme un prophète. Saint Irénée, Cont. hær., V, 35, n. 1, P. G., t. VII, col. 1219, cite Baruch, IV, 36 ; V, 9, sous le nom de Jérémie. Il cite encore, IV, 38, n. 3, col. 1108, Sap., VI, 20 ; et IV, 26, n. 1, col. 1053, Dan., XIII, 50 ; et IV, 5, 2 ; V, 5, n. 2, col. 984 ; 1135, Dan., XIV, 3, 4, 24.

Le canon de Muratori (fin du IIe siècle), l. 69-71, nomme, parmi les Écritures reçues dans l’Église catholique, la Sagesse de Salomon, quoiqu’elle ait été écrite par ses amis (ou par Philon) en son honneur. Zahn, Geschichte des Neutestamentlichen Kanons, Erlangen et Leipzig, 1890, t. II, p. 95-105. Clément d’Alexandrie cite plus de cinquante fois l’Ecclésiastique dans le l. II du Pédagogue. Il y cite encore Baruch, III, 16, 19, l. II, 3, P. G., t. VIII, col. 436. Dans les Stromates, I, 21, P. G., t. VIII, col. 852-853, il énumère tous les deutérocanoniques (Baruch étant joint à Jérémie), à l’exception de Judith, qu’il cite ailleurs, II, 7 ; IV, 19, col. 969, 1328.

Il analyse aussi les fragments d’Esther, IV, 19, col. 1328. Il cite Tobie, IV, 16, Strom., II, 23, col. 1089 ; des passages de la Sagesse, Strom., IV, 11, P. G., t. IX, col. 313 ; II Mach., I, 10, Strom., V, 14, col. 145. Origène, qui n’énumère que les livres de la Bible hébraïque, In Ps., I, P. G., t. XII, col. 1084, défendit contre les objections de Jules Africain les parties deutérocanoniques de Daniel et les livres de Tobie et de Judith. Il sait qu’ils ne se trouvent pas dans la Bible hébraïque et ne sont pas reçus par les Juifs, mais il déclare qu’il est absurde de douter, pour cette raison, de leur autorité, parce que ce n’est pas des Juifs que les chrétiens doivent apprendre où se trouve la parole de Dieu. Epist. ad African., 3, 13, P. G., t. XI, col. 53, 80.

Il cite plus de dix fois Tobie, trois fois Judith, vingt fois environ la Sagesse, plus de soixante-dix fois l’Ecclésiastique, deux fois le Ier livre des Machabées et quinze fois le IIe, aussi bien que les autres deutérocanoniques. Saint Denys d’Alexandrie rapporte des passages de Tobie, de la Sagesse, de l’Ecclésiastique et de Baruch, avec les formules : « Comme il est écrit, comme dit l’Écriture. » De natura, P. G., t. X, col. 10, 1257, 1268 ; Cont. Paulum Samos., 6, 9, 10, édit. Simon de Magistris, Rome, 1796, p. 245, 266, 274 ; Epist., X, ibid., p. 169.

À Carthage, Tertullien cite tous les deutérocanoniques, sauf Tobie et les fragments d’Esther. Il cite la Sagesse sous le nom de Salomon et Baruch sous celui de Jérémie. Voir A. d’Alès, La théologie de Tertullien, Paris, 1905, p. 225. Saint Cyprien a utilisé tous les deutérocanoniques, sauf Judith. Il cite parfois aussi la Sagesse sous le nom de Salomon.

Le canon de l’Ancien Testament est, pour saint Hippolyte de Rome, celui des Juifs hellénistes, et le texte de Daniel qu’il commente, celui de Théodotion. Il n’ignore pas les controverses sur les fragments deutérocanoniques de Daniel ; néanmoins, il a expliqué l’histoire de Susanne, et il s’est référé à l’épisode de Bel et du dragon. Dans son commentaire de Daniel, il utilise les deux livres des Machabées pour montrer la réalisation historique des oracles divins. A. d’Alès, La théologie de saint Hippolyte, Paris, 1906, p. 113-114.

Saint Grégoire le Thaumaturge cite Baruch. De fide capit., 12, P. G., t. X, col. 1133. Les Constitutions apostoliques, dont les six premiers livres sont rapportés au milieu du IIIe siècle, connaissent tous les deutérocanoniques, à l’exception des Machabées. La lettre synodale du IIIe Concile d’Antioche (269) au pape saint Denys cite comme Écriture un passage de l’Ecclésiastique, IX. Mansi, Concil., t. I, col. 1099.

Dans la Disputatio Archelai cum Manete, 33, Hégémonius cite la Sagesse, I, 13. Beeson, Hegemonius, Acta Archelai, Leipzig, 1906, p. 47. Saint Méthode de Tyr allègue comme Écritures Baruch, Susanne, Judith, l’Ecclésiastique et la Sagesse. La vieille version latine dite Italique contenait les deutérocanoniques, et le canon du Claromontanus, s’il est du IIIe siècle, confirme la réception de tous ces livres dans l’Église latine.

C’est donc partout qu’on admet et qu’on emploie ces écrits rejetés par les Juifs de Palestine.

d) Objections. — Les protestants n’ignorent pas ces faits ; mais ils prétendent qu’ils ne prouvent rien, parce qu’ils prouveraient trop. En effet, ces mêmes écrivains ecclésiastiques, qui citent les deutérocanoniques comme des livres sacrés, citent aussi au même titre des écrits manifestement apocryphes et sans autorité divine. Ainsi le pseudo-Barnabé, IV, 3 ; XVI, 5, Funk, op. cit., t. I, p. 46, 86, cite Hénoch comme prophète ou comme Écriture ; il cite aussi, XII, 1, p. 74, IV Esd., IV, 33 ; V, 5.

Hermas cite un livre d’Eldad et de Médad, Vis., II, 3, 4, Funk, p. 428. Saint Justin, Dial. cum Tryph., 120, P. G., t. VI, col. 756, fait allusion à l’Ascension d’Isaïe. Tertullien vénère et cite plusieurs fois le livre d’Hénoch comme inspiré, tout en reconnaissant que ni les Juifs ni les chrétiens ne l’admettent au canon. Il paraît connaître et citer le IVe livre d’Esdras ; il accepte du moins l’assertion de ce livre sur la reconstitution intégrale des Écritures par Esdras. Voir A. d’Alès, La théologie de Tertullien, p. 225-226.

On a cru relever aussi chez saint Hippolyte la trace de ce IVe livre d’Esdras. A. d’Alès, La théologie de saint Hippolyte, p. 114. Clément d’Alexandrie, Eclog. ex Script., 2, 53, P. G., t. IX, col. 700, 728, a cité encore Hénoch, et il cite IV Esd., V, 35, sous le nom d’Esdras le prophète. Strom., IV, 16, P. G., t. VIII, col. 1200.

Réponse. — Ces citations d’apocryphes se rencontrent certainement dans les œuvres des Pères des trois premiers siècles. Mais c’est à tort qu’on veut les comparer aux citations empruntées aux livres deutérocanoniques. L’usage de ces apocryphes ne fut, en effet, ni universel, ni constant ; il fut l’acte isolé de tel ou tel Père, et il ne résista pas à l’épreuve du temps. Origène, In Joa., II, 25, P. G., t. XIV, col. 168-169, en parle comme d’écrits qui ne sont pas admis par tous. Bientôt, ils furent rejetés unanimement, et ils n’ont jamais eu en leur faveur la reconnaissance publique de toutes les Églises, principal indice de la canonicité.

2. Du IVe au XVIe siècle

Cette période est la période de discussion et de doutes au sujet des deutérocanoniques. Toutefois, l’opposition a été plus ou moins vive et a passé par des phases diverses qu’il est bon de distinguer.

a) Au IVe siècle. — Dans l’Église grecque

Sauf les doutes exprimés à Origène par Jules Africain sur les parties deutérocanoniques de Daniel, les livres et les fragments qui nous occupent n’avaient subi aucune attaque au cours des trois premiers siècles de l’Église. Les rapports avec les Juifs avaient seulement amené quelques écrivains ecclésiastiques à distinguer deux catégories de livres de l’Ancien Testament. Pour la même cause, la distinction fut accentuée au IVe siècle, d’abord en Orient, et aboutit à faire formuler des doutes sérieux sur la canonicité des deutérocanoniques.

Dans sa XXXIXe lettre festale, qui est de 367, saint Athanase, évêque d’Alexandrie, distingue très nettement deux catégories de livres sacrés, hormis les apocryphes. Les livres canoniques de l’Ancien Testament sont, pour lui, au nombre de 22 seulement, et il les énumère en omettant Esther, mais en y comprenant Baruch, qu’il rattache à Jérémie. En dehors de ces livres divins, il y a d’autres livres qui ne sont pas inscrits au canon, mais que les Pères ont ordonné de faire lire aux catéchumènes pour leur instruction, à savoir la Sagesse de Salomon et celle de Sirach, Esther, Judith, Tobie, la Doctrine des apôtres et le Pasteur. P. G., t. XXVI, col. 1176.

Cette distinction, empruntée non aux Juifs, mais aux Pères, c’est-à-dire aux docteurs de l’Église d’Alexandrie, qui avaient établi l’usage de lire aux catéchumènes la seconde catégorie des livres, voir Origène, In Num., homil. XXVII, n. 1, P. G., t. XII, col. 780, ne répond pas exactement au classement des livres protocanoniques et deutérocanoniques.

Saint Cyrille de Jérusalem enseigne aux catéchumènes dont l’instruction lui est confiée que l’Ancien Testament ne contient que 22 livres, qu’il énumère et qu’on lit dans les églises. « Que tout le reste soit mis à part, au second rang », et ce reste, c’était, pour l’Ancien Testament, Tobie, Judith, la Sagesse, l’Ecclésiastique et les Machabées. Comme les 22 livres étaient ceux qu’ont traduits les Septante, Cat., IV, 33, 35, 36, P. G., t. XXXIII, col. 496 sq., le livre de Daniel comprenait les fragments deutérocanoniques, qu’il cite d’ailleurs : le cantique des trois enfants, Cat., II, 16 ; IX, 3, col. 404, 640, l’histoire de Bel et du dragon, XIV, 25, col. 857 ; celle de Susanne, XVI, 31, col. 961. Baruch est joint à Jérémie.

Saint Grégoire de Nazianze, Carm., I, 12, P. G., t. XXXVII, col. 472, ne nomme aussi que les 22 livres palestiniens. Il omet Esther, et il ajoute que ce qui est en dehors de ces livres n’est pas authentique. Saint Amphiloque, Iambi ad Seleucum, ibid., col. 1596, dit de même. Saint Épiphane cite trois fois le canon des Juifs, De pond. et mens., 4, 22, 23, P. G., t. XLIII, col. 244, 276-280 ; Hær., VIII, 6, P. G., t. XLI, col. 413 ; mais, Hær., LXXVI, 5, P. G., t. XLII, col. 560, il range la Sagesse et l’Ecclésiastique parmi les Écritures divines.

Le 60e canon du concile de Laodicée, Mansi, Concil., t. II, col. 574, et le 85e canon des apôtres, P. G., t. CXXXVII, col. 211, ne mentionnent que les livres de la Bible hébraïque.

En dehors des écrivains ecclésiastiques, qui ne veulent reproduire que le canon des Juifs, les autres, qui excluent du canon chrétien certains livres deutérocanoniques, ont été amenés à cette exclusion par leurs rapports avec les Juifs. Obligés de défendre la foi chrétienne contre ces adversaires, ils ne devaient dans la polémique invoquer que les livres de la Bible hébraïque. D’autre part, ignorant l’hébreu, ils ne pouvaient recourir au texte original ; ils prenaient donc dans les Livres saints, traduits en grec, les livres correspondant au canon hébraïque, et c’est pourquoi sans doute ils dressaient des listes incomplètes des livres canoniques.

Au reste, ils ne se faisaient pas faute de citer, textuellement ou par allusion, ces livres qui n’étaient pas reçus par tous et qu’on ne lisait pas dans les églises. Ainsi saint Athanase cite la Sagesse, l’Ecclésiastique, Tobie et Judith comme Écriture, et il s’en sert dans ses écrits dogmatiques pour établir les vérités de la foi. Saint Cyrille de Jérusalem cite, par exemple, Sap., XIII, 5, dans Cat., IX, 2, 16, P. G., t. XXXIII, col. 640, 656 ; Eccli., III, 22, dans Cat., VI, 4, col. 544. Saint Grégoire de Nazianze cite aussi la Sagesse et l’Ecclésiastique. Orat., II, 50 ; IV, 12 ; VII, 1 ; XXVIII, 2 ; XXXI, 29, P. G., t. XXXV, col. 459, 541, 737 ; t. XXXVI, col. 33, 36, 98, 165.

De même, saint Épiphane, Hær., XXIV, 6, 16 ; XXXIII, 8 ; XXXVII, 9 ; LXXVII, 4, P. G., t. XLI, col. 316, 357, 369, 653 ; t. XLII, col. 177 ; Ancorat., I, P. G., t. XLIII, col. 20. D’autres Pères orientaux, qui n’ont pas émis de doutes sur les deutérocanoniques de l’Ancien Testament, font usage de ces livres. Saint Basile, Liber de Spiritu Sancto, VIII, 19, P. G., t. XXXII, col. 101, cite Judith, IX, 4. Ce livre, au témoignage de saint Jérôme, Præf. in Judith, P. L., t. XXIX, col. 39, aurait été mis au nombre des Écritures sacrées par le concile de Nicée, en 325.

Toute l’École d’Antioche est favorable aux deutérocanoniques. Saint Chrysostome et Théodoret les citent. De même, les écrivains syriens, Aphraate et saint Ephrem. Les doutes étaient donc loin d’être universels, et les Pères qui les émettaient, n’en tenaient pas compte dans la pratique, puisqu’ils citaient les deutérocanoniques comme les protocanoniques, non pas seulement pour l’édification des fidèles, mais même pour la confirmation de la foi.

C’est un indice certain que l’ancienne croyance de l’Église réglait leur conduite et les amenait à citer, en dehors de la polémique avec les Juifs, les livres sur la canonicité desquels ils avaient émis des doutes théoriques.

Dans l’Église latine

Ces doutes ont passé de l’Orient à l’Occident. Ils ne sont, en effet, exprimés que par les écrivains latins qui ont été en rapport avec les Grecs. Saint Hilaire de Poitiers, In Psalmos, prol., 15, P. L., t. IX, col. 241, ne reconnaît dans l’Ancien Testament que 22 livres ; mais il joint à Jérémie la « Lettre », c’est-à-dire Baruch, VI. Il ajoute que, pour avoir 24 livres, quelques-uns complètent la liste par Tobie et Judith. Rufin, In symbol. apost., 37, 38, P. L., t. XXI, col. 374, ne range parmi les livres « canoniques » que les 22 livres du canon palestinien.

Il appelle « ecclésiastiques » la Sagesse, l’Ecclésiastique, Tobie, Judith et les deux livres des Machabées, que les anciens, dit-il, « ont prescrit de lire dans les églises, mais qu’ils n’ont pas voulu alléguer pour confirmer l’autorité de la foi ». Il semble avoir emprunté cette distinction à saint Athanase ; mais il l’explique autrement, puisque ces livres ecclésiastiques étaient lus dans les églises, tandis qu’à Alexandrie ils ne servaient qu’à l’instruction des catéchumènes.

Aucun Père latin n’a été plus défavorable aux deutérocanoniques que saint Jérôme. Il se rattache très étroitement à l’Orient par ses études exégétiques et ses relations. Il a été un disciple fervent d’Origène et a travaillé à traduire en latin la veritas hebraica. Par attachement à la Bible hébraïque, il était naturellement porté à moins apprécier les livres deutérocanoniques.

Dans son Prologus galeatus, écrit vers 391, P. L., t. XXVIII, col. 1222, 1225, il déclare catégoriquement que ces livres non sunt in canone. Dans sa Præfatio in libros Salomonis, qui est de 398, P. L., t. XXVIII, col. 1308, il dit que « l’Église les lit pour l’édification du peuple, non pour la confirmation des dogmes ecclésiastiques ». Il ne parle donc pas seulement du canon des Juifs. Il estime peu les fragments deutérocanoniques d’Esther, Præfatio in Esther, P. L., t. XXVIII, col. 1433 sq., et les parties grecques de Daniel, In Dan., prol., P. L., t. XXV, col. 492, 493, auxquelles il ne reconnaît aucune autorité scripturaire. Præf. in Dan., P. L., t. XXVIII, col. 1294.

Il cite Tobie, « bien qu’il ne soit pas dans le canon, mais parce qu’il est employé par les auteurs ecclésiastiques », In Jon., P. L., t. XXV, col. 1119 ; Judith, « si toutefois quelqu’un veut recevoir le livre de cette femme », In Agg., ibid., col. 1394 ; la Sagesse, avec une restriction analogue, In Zach., ibid., col. 1465, 1513 ; Dial. adv. Pelag., I, 33, P. L., t. XXIII, col. 527. Quand il se montre plus favorable à ces deux livres, c’est pour faire plaisir à deux évêques occidentaux. Præf. in lib. Tobiae, P. L., t. XXIX, col. 23-26 ; Præf. in Judith, ibid., col. 39-40. Il refuse de commenter Baruch et la lettre « pseudépigraphe » de Jérémie. In Jer., prol., P. L., t. XXIV, col. 680.

Mais, en pratique, ces écrivains de l’Église d’Occident, comme ceux de l’Orient qui étaient défavorables aux deutérocanoniques, oublient leurs déclarations de principes. Tous, dans leurs œuvres dogmatiques, se servent, même pour démontrer les vérités de la foi, de textes empruntés à ces livres. Ils citent ces textes conjointement avec ceux des protocanoniques et sous les mêmes formules : « Il est écrit, Dieu dit dans l’Écriture ; le Saint-Esprit dit, etc. » Ainsi font saint Hilaire de Poitiers et Rufin. Saint Jérôme lui-même, si intransigeant en théorie, cite souvent tous les deutérocanoniques, en particulier contre les pélagiens.

Une fois même, il range Esther et Judith avec Ruth parmi les volumes « sacrés ». Epist., LXV, ad Princip., 1, P. L., t. XXII, col. 628. Il se conforme à l’opinion générale. Quand Rufin eut défendu contre lui les fragments de Daniel et d’Esther, Apol., II, 33, P. L., t. XXI, col. 612, il avoua, pour s’excuser, que, sur ce point, il n’avait pas exprimé son sentiment personnel, mais exposé ce que disaient les Juifs. Apol. cont. Rufin., II, 33, P. L., t. XXIII, col. 455.

Ces Pères seraient-ils donc en contradiction avec eux-mêmes ? Les théologiens catholiques pensent que ces Pères, lorsqu’ils sont défavorables aux deutérocanoniques, ne leur refusent pas l’autorité divine d’une manière absolue, mais seulement d’une manière relative, c’est-à-dire vis-à-vis de ceux qui n’acceptent pas ces livres comme inspirés ; ou bien, qu’ils les excluent du canon des livres destinés aux fidèles, les réservant pour l’édification des catéchumènes, sans pour cela leur attribuer une moindre valeur.

Tel est le sentiment du cardinal Franzelin, Tractatus de divina Traditione et Scriptura, 3e édit., Rome, 1882, p. 454-472, et du P. Cornely, Introductio generalis, 2e édit., Paris, 1894, p. 98-120. Le P. Corluy, dans la Ire édition de ce Dictionnaire, col. 369-370, donnait une autre solution. Il distinguait, dans chacun de ces Pères opposants, « comme un double personnage ou deux états psychologiques. Dans leurs œuvres dogmatiques, ils se présentent comme témoins de la foi et suivent sans arrière-pensée le torrent de la tradition, ou, du moins, ils n’estiment pas leurs difficultés scientifiques suffisamment prépondérantes pour leur faire abandonner l’usage traditionnel.

S’occupent-ils, au contraire, ex professo, de la question du canon, ils envisagent cette question plutôt comme savants et inclinent, par la considération des arguments scientifiques, à l’exclusion des deutérocanoniques, prêts sans doute à abandonner leur décision devant une décision contraire de l’Église, décision que l’Église n’avait pas encore rendue jusqu’alors, ou que, du moins, elle n’avait pas promulguée ».

D’ailleurs, la tradition explicite de l’Église en faveur de l’origine divine des deutérocanoniques persévérait en Occident aussi bien qu’en Orient. Lucifer de Cagliari cite la Sagesse comme œuvre inspirée de Salomon. Pro Athanasio, P. L., t. XIII, col. 858, 860, 862. Saint Ambroise, à Milan, cite les deutérocanoniques au même titre que les protocanoniques. L’Église d’Afrique se prononce résolument en leur faveur.

Le canon stichométrique des Livres saints, que Mommsen a découvert dans un manuscrit de Cheltenham, qui est d’origine africaine et qui date de 359, est complet. Preuschen, Analecta, Fribourg-en-Brisgau, 1893, p. 138-139. Les conciles d’Hippone (393) et de Carthage (397 et 419), Mansi, Concil., t. III, col. 896, 924 ; t. IV, col. 430 ; saint Augustin, De doctrina christiana, II, 8, 13, P. L., t. XXXIV, col. 41, admettent les deutérocanoniques.

L’Église romaine fait de même, témoin le décret De recipiendis et non recipiendis libris, dont la première partie, c’est-à-dire le canon des Écritures, est attribuée au pape saint Damase (366-384), Preuschen, op. cit., p. 147-148, et la lettre d’Innocent Ier à Exupère de Toulouse (405). Mansi, Concil., t. II, col. 1040-1041.

Les artistes chrétiens qui, pendant les trois premiers siècles, n’ont rien emprunté aux apocryphes, ont pris leurs sujets indistinctement dans les livres protocanoniques et deutérocanoniques. L’histoire de Susanne est représentée à la Capella græca. Toutes les parties deutérocanoniques du livre de Daniel ont inspiré ces artistes, aussi bien que le livre de Tobie. On continuait à les lire dans les offices liturgiques.

Il n’y a donc jamais eu dans la tradition ecclésiastique interruption complète ; il y a eu seulement, dans quelques Églises particulières, obscurcissement ou déviation, qui s’expliquent par des circonstances locales, mais qui sont amplement compensés par la continuation de la lecture publique de ces livres et par la tradition de l’Église romaine.

Du Ve au XVIe siècle

Durant cette période, les doutes à l’égard des deutérocanoniques tendent de plus en plus à disparaître en Orient, tandis qu’ils persistent en Occident, atténués progressivement et appuyés presque exclusivement sur l’autorité de saint Jérôme. En Orient, Léonce de Byzance, saint Jean Damascène, la Stichométrie ajoutée à la Chronographie de saint Nicéphore, la Synopse de l’Écriture attribuée à saint Athanase, ne reconnaissent dans l’Ancien Testament que 22 livres.

Le concile in Trullo (692) reconnaît le concile de Carthage à côté du 85e canon apostolique et du concile de Laodicée, en même temps que les listes de saint Athanase, de saint Grégoire de Nazianze et de saint Amphiloque. Photius accepte les mêmes canons. Tandis qu’Aristène, Arsène, Balsamon et Mathieu Blastarès s’en tiennent au canon des apôtres, Zonaras le concilie avec les autres documents groupés par le concile in Trullo.

Cette conciliation introduit de plus en plus dans l’Église grecque l’usage universel des livres deutérocanoniques. D’ailleurs, saint André de Crète, saint Germain Ier de Constantinople, saint Jean Damascène, le VIIe concile œcuménique (787), l’hymnographe Élie, Cosmas de Jérusalem, le diacre Étienne, saint Théodore Studite, le patriarche Nicéphore, Photius, le VIIIe concile œcuménique (869-870), l’hymnographe Joseph, Léon le Sage, Nicétas le Paphlagonien, Siméon Métaphraste, Théophylacte, le moine Philippe l’Ermite, Élie Ecdicus, Nicétas Serronius, Théophane Kerameus, Andronique Comnène, Michel Glykas, Jean Zonaras, Eustathe de Salonique, Michel Achominatos, Nicétas Achominatos, le chronographe Joël, le patriarche Germain II, le diacre Pantaléon, Théodule de Salonique, Grégoire Palamas, Manuel Calécas, Jean Cyparissiote, Macaire Chrysocéphale, Jean Calécas, Nicolas Cabasilas, Nicéphore Calliste, Marc Eugénicus, citent les deutérocanoniques.

Cf. E. Mangenot, Une période (VIIe-XVe siècles) de l’histoire du canon de l’Ancien Testament dans l’Église grecque, dans les Questions ecclésiastiques, Lille, 1909.

En Occident, saint Grégoire le Grand, Alcuin, Walafrid Strabon, Rupert de Deutz, Hugues de Saint-Victor, Pierre le Vénérable, Pierre le Mangeur, Jean de Salisbury, René de Celles, Jean Beleth, Hugues de Saint-Cher, saint Thomas, Guillaume Occam, Nicolas de Lyre, saint Antonin, Denys le Chartreux, le cardinal Cajetan sont théoriquement défavorables aux deutérocanoniques, quoiqu’ils admettent la pratique universelle.

La tradition ancienne et favorable est continuée par saint Patrice, Julien Pomère, saint Léon le Grand, Denys le Petit, Cassiodore, saint Isidore de Séville, saint Eugène, saint Ildephonse, Raban Maur, le pape Nicolas Ier, les collections canoniques de Burchard de Worms et d’Yves de Chartres, Udalric de Cluny, Lanfranc, Gislebert, saint Brunon d’Asti, Gratien, Honorius d’Autun, Pierre de Riga, Gilles de Paris, Pierre de Blois, Albert le Grand, saint Bonaventure, Vincent de Beauvais, Robert Holkot.

Tous les manuscrits grecs et latins du moyen âge contiennent les deutérocanoniques. L’Église, tout en laissant ses docteurs différer d’avis, continuait à les lire. Aussi Eugène IV, dans son décret aux Jacobites promulgué au concile de Florence en 1441, déclare-t-il ces livres divins et canoniques.

L’ancienne opposition trouve un écho dans la minorité du concile de Trente, qui proposait de distinguer deux catégories de Livres saints ; mais la majorité, nous l’avons vu, a confirmé officiellement la tradition constante de l’Église.

IV. Canon du Nouveau Testament

Au point de vue apologétique, nous n’avons à nous occuper que de sa formation et de l’opposition dont les deutérocanoniques ont été l’objet.

1° Sa formation

Elle n’a pu être que progressive. Jésus n’avait pas dit à ses apôtres : « Écrivez », mais bien : « Allez, enseignez toutes les nations…, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé », Matth., XXVIII, 19, 20, ou : « Allez dans le monde entier et prêchez l’Évangile à toute créature. » Marc, XVI, 15. Dociles à la voix du Maître et remplis du Saint-Esprit, les apôtres prêchèrent partout, et le Seigneur opérait avec eux et confirmait par des signes leur parole. Marc, XVI, 20.

Ils s’adressèrent d’abord aux Juifs, leurs compatriotes, puis aux gentils, conformément aux ordres de Jésus. Act., I, 8. Le livre des Actes raconte la fondation des premières Églises, à Jérusalem, en Samarie, et dans l’empire romain. Ainsi le christianisme s’était répandu et des communautés s’étaient organisées, avant qu’aucun des écrits du Nouveau Testament eût vu le jour. Ces livres, quand ils parurent, ne rentraient pas dans un plan général, concerté entre les apôtres.

Ce furent des œuvres d’occasion, composées parfois dans des circonstances en quelque sorte fortuites, pour répondre à des besoins particuliers, quoique sous l’impulsion et la direction du Saint-Esprit. Ainsi, la plupart des lettres que saint Paul adressa à des Églises avaient pour but de réprimer des abus, de résoudre des questions difficiles, de rappeler ou d’expliquer la doctrine prêchée, etc. Les Épîtres pastorales sont destinées à des particuliers.

Les quatre Évangiles furent publiés à des époques différentes, dans des milieux déterminés, pour faire connaître avec plus ou moins d’étendue la vie et la doctrine du Sauveur. Des besoins plus généraux des Églises provoquèrent la plupart des Épîtres dites catholiques ou encycliques. C’est dans l’intervalle d’un demi-siècle, de 50 à 95 environ, que parurent les écrits, de genres divers, qui forment le Nouveau Testament.

Ce recueil n’a donc pu être constitué d’un seul coup, et pas avant l’apparition du livre le plus récent qui en fait partie.

Comment se forma-t-il ? « Les écrits du Nouveau Testament, dit M. Vigouroux, Manuel biblique, 12e édit., Paris, 1906, t. I, p. 104, ne se répandirent que graduellement dans l’Église entière, selon le temps et les circonstances, et leur canonicité ne fut, par suite, reconnue dans les pays divers qu’à des époques diverses, selon les preuves qu’on put acquérir de leur origine et de leur authenticité.

Les Églises où ils avaient été publiés et les pays environnants les acceptèrent aussitôt ; mais leur diffusion ne pouvait se faire très rapidement dans ces temps antiques, et les productions apocryphes qu’on multipliait durent faire prendre des précautions pour constater la véritable origine des écrits divulgués sous le nom des apôtres. » Cependant, pour la plupart du moins, cette diffusion graduelle a été assez rapide. Quelques-uns contenaient l’ordre de les communiquer. Col., IV, 16.

Et, lors même que cet ordre n’était pas exprimé, il y avait en tous, indépendamment de l’autorité attachée au nom des apôtres, des enseignements qui convenaient à toutes les Églises, en sorte qu’on cherchait à se les procurer, surtout pour se mettre plus sûrement en garde contre les productions apocryphes qui pullulaient sous le couvert des apôtres. La propagande religieuse transmettait aux Églises-filles les écrits apostoliques, connus des Églises-mères.

Chaque Église s’étant formé ainsi son recueil des livres du Nouveau Testament, il n’est pas dès lors étonnant qu’il y ait eu, à l’origine et pendant quelque temps, des divergences et des collections plus ou moins complètes.

Mais les écrits apostoliques jouissaient-ils, dès le principe, parmi les fidèles, de la même considération que les livres de l’ancienne Alliance ? Les regardait-on, aussi bien que ceux-ci, comme divinement inspirés ? Croyait-on y lire la parole de Dieu lui-même ? Ed. Reuss, Histoire du canon des saintes Écritures dans l’Église chrétienne, 2e édit., Strasbourg, 1864, p. 72-76, prétend qu’au temps de Marcion (milieu du IIe siècle), les Évangiles et les Épîtres n’étaient considérés encore que comme les ouvrages des apôtres et qu’on ne leur reconnaissait pas une autorité divine.

Ce ne fut que plus tard que, pour opposer des prophètes aux nouveaux prophètes des montanistes, l’Église les plaça à l’égal des écrits des prophètes de l’Ancien Testament et affirma leur inspiration. Ibid., p. 88-97.

En réalité, l’inspiration des écrits apostoliques fut reconnue dans l’Église avant l’apparition du montanisme. Déjà, saint Pierre comparait les Épîtres de saint Paul aux Écritures. II Pet., III, 15, 16. Le pseudo-Barnabé, IV, 14, citait un passage du premier Évangile avec la formule consacrée aux Livres saints : ὡς γέγραπται, Funk, Patres apostolici, t. I, p. 48.

Saint Clément romain, I Cor., XLVII, 3, Funk, t. I, p. 160, dit aux Corinthiens que saint Paul leur a écrit πνευματικῶς, sous l’inspiration du Saint-Esprit. Saint Ignace d’Antioche assimile l’Évangile et les apôtres aux prophètes de l’Ancien Testament, Ad Phil., VIII, 2 ; IX ; Ad Smyrn., V, 1 ; VII, 2, Funk, t. I, p. 270, 272, 278, 282 ; mais il ne parle principalement que de l’Évangile oral et de la prédication apostolique.

Il n’exclut pas toutefois les Évangiles écrits, qu’il connaît et cite, et il les rapproche en quelque mesure de la loi de Moïse et des prophètes. La IIa Cor., II, 4, Funk, t. I, p. 186, cite, à la suite d’Isaïe, une parole évangélique, avec cette formule d’introduction : καὶ ἑτέρα δὲ γραφὴ λέγει. Saint Justin fait précéder des citations des Évangiles de la formule : « Il est écrit », qui lui sert pour amener les citations de l’Ancien Testament. Cf. Dial. cum Tryphone, 119, P. G., t. VI, col. 584.

L’Apocalypse est, à ses yeux, une révélation divine. Ibid., 81, col. 669. Saint Théophile d’Antioche affirme très explicitement l’inspiration des évangélistes et des apôtres comme celle des prophètes. Ad Autolyc., l. III, c. 12, P. G., t. VI, col. 1187. Cf. l. II, c. 22 ; l. III, c. 14, col. 1088, 1141. Les docteurs chrétiens n’ont donc pas attendu l’apparition des prophètes montanistes pour affirmer l’inspiration des livres du Nouveau Testament.

2° Les deutérocanoniques

Mais n’y a-t-il pas, au moins, à faire, sous le rapport de l’autorité divine dont ils jouissaient, une distinction entre les livres du Nouveau Testament ? Les uns auraient été, dès l’origine, reconnus par toutes les Églises chrétiennes ; les autres ne seraient parvenus que plus tard à se faire admettre au canon du Nouveau Testament. Plusieurs Églises ne les auraient pas connus primitivement.

Il y aurait donc, pour le Nouveau Testament comme pour l’Ancien, des livres protocanoniques et deutérocanoniques. Les protestants ont rejeté parfois ces derniers, et les rationalistes prétendent encore qu’ils sont indûment inscrits au canon chrétien et que l’Église s’est trompée en les y insérant.

Il est certain que quelques livres du Nouveau Testament ont été, durant les premiers siècles et dans quelques Églises, l’objet de doutes, d’hésitations et de discussions qui les ont fait, en divers milieux et pour un temps, exclure du canon, et qu’on peut donc, dans le sens que nous avons indiqué plus haut, parler de livres deutérocanoniques du Nouveau Testament.

Ces livres anciennement contestés sont l’Épître aux Hébreux, l’Épître de saint Jacques, la IIe de saint Pierre, la IIe et la IIIe de saint Jean, celle de saint Jude et l’Apocalypse. Mais il est de fait que ces livres n’ont pas été universellement et simultanément discutés.

Tandis que quelques Églises les suspectaient, d’autres les admettaient sans contestation, en sorte qu’il y a toujours eu à leur sujet dans l’Église une tradition ferme et constante, obscurcie seulement en quelques endroits et pour des causes différentes. Enfin, la discussion doit être restreinte à quelques siècles : elle va du commencement du IIIe siècle à la fin du IVe en Occident et du Ve en Orient.

Le pape Damase publiait, en 382, un décret, renouvelé plus tard par le pape Gélase et comprenant tous les livres du Nouveau Testament. Les conciles d’Hippone (393) et de Carthage (397 et 419) promulguèrent un canon complet, qui était identique en Espagne et dans la Gaule. À partir du IVe siècle, l’Église grecque accepte définitivement les livres autrefois contestés. Léonce de Byzance, De sectis, II, 4, P. G., t. LXXXVI, col. 1200 ; S. Jean Damascène, De orthodoxa fide, IV, 17, P. G., t. XCIV, col. 1180 ; Synopse dite de saint Athanase, P. G., t. XXVIII, col. 289, 298 ; la Stichométrie, jointe à la Chronographie du patriarche Nicéphore, P. G., t. CXLV, col. 880-885.

Dans les deux Églises, les anciens doutes ne furent plus dès lors que des souvenirs historiques.

Pour les temps antérieurs, l’usage ecclésiastique des deutérocanoniques ne fut pas universel. Saint Clément de Rome connaît l’Apocalypse. La Didaché fait des emprunts à saint Jude et peut-être à la IIa Petri et à l’Apocalypse. Saint Justin cite expressément l’Apocalypse comme l’œuvre de l’apôtre saint Jean et comme prophétie. Dial. cum Tryph., 81, P. G., t. VI, col. 670. Saint Méliton de Sardes avait composé sur l’Apocalypse un livre perdu. Eusèbe, H. E., l. IV, c. XXVI, P. G., t. XX, col. 392.

Les valentiniens connaissaient l’Épître aux Hébreux et l’Apocalypse. Les Épîtres catholiques ont peu d’attestations. Saint Théophile d’Antioche s’est servi de l’Épître aux Hébreux, de deux lettres de saint Pierre et de l’Apocalypse. Saint Irénée cite les deux premières Épîtres de saint Jean et l’Apocalypse. Il connaissait l’Épître aux Hébreux, mais pas comme de saint Paul.

Le canon de Muratori mentionne l’Épître de saint Jude, au moins deux lettres de saint Jean et l’Apocalypse ; il ne parle ni de l’Épître aux Hébreux, ni de la lettre de saint Jacques ni de la seconde de saint Pierre. Le prêtre Caius discute l’Apocalypse qu’il attribue à Cérinthe. Il ne comptait pas l’Épître aux Hébreux au nombre de celles de saint Paul. Eusèbe, H. E., l. VI, c. XX, P. G., t. XX, col. 578.

Saint Hippolyte défend contre lui l’origine johannique de l’Apocalypse ; il cite l’Épître aux Hébreux, quoique, selon Photius, Bibliotheca, cod. 48, P. G., t. CIII, col. 85, il ne la rangeait pas parmi les écrits de saint Paul ; il s’est servi des Épîtres de saint Pierre et de la lettre de saint Jacques ; on n’a pas encore retrouvé de traces de celles de saint Jean et de saint Jude dans ses écrits. A. d’Alès, La théologie de saint Hippolyte, p. 114, 115.

Clément d’Alexandrie dans ses Hypotyposes avait commenté tous les livres du Nouveau Testament ; et les Adumbrationes de Cassiodore sur les Épîtres catholiques sont la traduction latine d’une partie de cet ouvrage. Il citait l’Épître aux Hébreux comme étant de saint Paul. Tertullien attribuait cette Épître à saint Barnabé, mais sans admettre, semble-t-il, sa canonicité. De pudicitia, 20, P. L., t. II, col. 1021. Il reconnaissait aussi la lettre de saint Jude et l’Apocalypse.

Saint Cyprien n’a cité ni l’Épître aux Hébreux ni les quatre Épîtres catholiques. Cependant, au concile de Carthage, présidé par lui en 256, un évêque cita un passage de la IIa Joannis. P. L., t. III, col. 1072. L’Épître de saint Jude est citée dans un traité contre Novatien, composé probablement par un évêque africain, contemporain de saint Cyprien. Opera de saint Cyprien, édit. Hartel, Vienne, 1881, t. III, p. 67. Novatien fait allusion à l’Épître aux Hébreux, De Trinit., XXXI, P. L., t. III, col. 917.

Ces livres étaient donc reçus au IIe siècle, mais pas universellement ; ils n’avaient pas encore réussi à se faire accepter partout comme écrits inspirés. Cette situation de fait fut constatée au cours du IIIe siècle, et cette constatation les fit ranger dans une catégorie spéciale de Livres saints : les antilegomena ou livres discutés. Origène le premier, tout en les tenant comme divins pour son propre compte, savait qu’ils n’étaient pas reçus par tous.

Saint Denys d’Alexandrie, son élève, accentue les doutes relatifs à l’authenticité des deux dernières Épîtres de saint Jean, et prétend que l’Apocalypse n’est pas du même auteur que le quatrième Évangile. Il appuyait ses conclusions personnelles sur des arguments critiques, sur la différence du style, et il le faisait, au sujet de l’Apocalypse, par réaction contre le millénariste Népos. Eusèbe, H. E., l. VII, c. XXV, P. G., t. XX, col. 697.

Eusèbe, qui avait fait des recherches spéciales sur les livres canoniques du Nouveau Testament, distingue très nettement la classe des ἀντιλεγόμενα, ou livres controversés encore, bien qu’ils fussent reçus par le plus grand nombre. H. E., l. III, c. XXV, ibid., col. 228. Ce sont les deutérocanoniques, sauf l’Apocalypse qu’il place, soit parmi les ὁμολογούμενα, soit parmi les νόθα ou apocryphes. Ces divergences des Églises persévèrent au IVe siècle.

À Alexandrie, saint Athanase dresse une liste complète, comprenant tous les deutérocanoniques, même l’Apocalypse. Epist. fest., XXXIX, P. G., t. XXVI, col. 1176. Didyme l’Aveugle savait cependant que la IIa Petri n’était pas au canon, bien qu’elle fût lue en public. Comment. in Epist. cathol., P. G., t. XXXIX, col. 1774. L’Apocalypse, reçue à Alexandrie, était rejetée ou discutée en Orient.

Le concile de Laodicée, Mansi, Concil., t. II, col. 574, le 85e canon apostolique, P. G., t. CXXXVII, col. 211, le canon grec des soixante livres bibliques, Preuschen, Analecta, p. 159, saint Grégoire de Nazianze et saint Amphiloque d’Iconium, P. G., t. XXXVII, col. 473, 1537, saint Cyrille de Jérusalem, Cat., IV, 22, P. G., t. XXXIII, col. 464, n’admettent pas l’Apocalypse. Saint Épiphane la défend contre les aloges, Hær., LXXVI, P. G., t. XLII, col. 500. Cependant, saint Grégoire de Nazianze et saint Cyrille de Jérusalem la citent, ainsi que saint Basile et saint Grégoire de Nysse.

Saint André et saint Arétas, évêques de Césarée, la commentèrent plus tard. Seule, l’Église d’Antioche semble l’avoir rejetée aussi bien que les quatre Épîtres catholiques. Les Constitutions apostoliques, II, 57, ne les mentionnent pas. P. G., t. I, col. 728, 729. Théodore de Mopsueste les rejetait au témoignage de Léonce de Byzance, Cont. Nestor. et Eutych., VI, P. G., t. LXXXVI, col. 1366. Saint Chrysostome et Théodoret ne les ont jamais citées.

La Synopse, attribuée à saint Chrysostome, n’en fait pas l’analyse. P. G., t. LVI, col. 308, 414. La Peschito ne les contenait pas traduites en syriaque. Aphraate ne les cite pas. La Doctrine d’Addai, édit. Philipps, 1876, p. 48, ne les mentionne pas plus que le canon syriaque, des environs de 400, publié par Mme Lewis, Studia Sinaitica, Londres, 1894, t. I, p. 11-14. Toutefois, saint Ephrem les connaissait.

L’Église occidentale conservait ces écrits. Elle n’hésitait qu’au sujet de l’Épître aux Hébreux, qui n’était pas reçue en Afrique ni à Rome. Le canon de Cheltenham ne l’a pas, ni le canon du codex Claromontanus. Mais l’Ambrosiaster, In II Tim., 1, P. L., t. XVII, col. 485 ; Pélage, In Rom., P. L., t. XXX, col. 667 ; saint Hilaire de Poitiers, De Trinit., IV, 11, P. L., t. X, col. 104 ; Lucifer de Cagliari, De non conv. cum hæreticis, 10, édit. Hartel, Vienne, 1886, p. 20, 22 ; le prêtre Faustin, De Trinit., 2, P. L., t. XIII, col. 61 ; saint Ambroise, De fuga sæc., 16, P. L., t. XIV, col. 577, citent cette Épître comme Écriture.

Saint Philastre, Hær., 88, P. L., t. XII, col. 1199, omet l’Épître aux Hébreux et l’Apocalypse. Rufin reproduit un canon complet du Nouveau Testament, Exposit. symb., 37, P. L., t. XXI, col. 374. Saint Jérôme connaît très bien la situation des écrits contestés dans les différentes Églises ; pour lui, il les admet tous, et il reconnaît, sur l’autorité des anciens, l’Épître aux Hébreux, malgré les doutes des Latins, et l’Apocalypse, contrairement à l’opinion des Grecs. L’Église d’Afrique et l’Église de Rome, comme nous l’avons déjà dit, ont au IVe siècle un canon complet du Nouveau Testament.

Les hésitations ont cessé partout, et aucune discussion ne se produisit plus à ce sujet avant le XVIe siècle. Le canon du Nouveau Testament était fixé définitivement et le concile de Trente n’a fait que sanctionner ce qui était établi depuis douze siècles. Loin d’avoir innové, il a donc confirmé de son autorité l’ancienne tradition ecclésiastique à l’encontre des novateurs.

3° Les apocryphes

Durant les premiers siècles de l’Église, quelques livres non canoniques ont été regardés comme inspirés par plusieurs Pères ou écrivains ecclésiastiques ; mais ils n’ont généralement pas été reçus dans l’usage public et officiel des Églises. Saint Irénée, qui méprisait les apocryphes, a cependant cité le Pasteur d’Hermas comme Écriture. Cont. hær., IV, 20, P. G., t. VII, col. 1032. L’auteur du traité De aleatoribus, 4, P. L., t. IV, col. 830, allègue aussi le Pasteur à ce titre et il cite la Didaché au milieu de textes de saint Paul.

Le canon de Muratori rejetait déjà le Pasteur, mais il acceptait l’Apocalypse de saint Pierre, tout en ajoutant que quelques Romains refusaient de la lire à l’église. Clément d’Alexandrie, qui n’est pas un écho fidèle de la tradition, recevait comme Écriture l’Épître de Barnabé et l’Apocalypse de Pierre, et il les avait commentées dans ses Hypotyposes : il appelait saint Clément de Rome un apôtre et il citait aussi beaucoup d’apocryphes.

Étant encore catholique, Tertullien était favorable au Pasteur et il ne blâmait pas ceux qui le croyaient inspiré. Devenu montaniste, il le traita d’apocryphe ; il semble même dire que l’Église catholique l’avait récemment exclu officiellement du canon. Cf. De oratione, 16, P. L., t. I, col. 1171 ; De pudicitia, 10, ibid., t. II, col. 1000.

Au rapport d’Eusèbe, H. E., l. VI, c. XII, P. G., t. XX, col. 545, Sérapion, évêque d’Antioche, avait trouvé à Rossos l’Évangile de Pierre entre les mains des chrétiens ; il permit d’abord sa lecture, mais il l’interdit dès qu’il remarqua des tendances hérétiques.

Au témoignage de saint Denys de Corinthe, la lettre de saint Clément de Rome aux Corinthiens était lue publiquement ; et l’évêque voulait faire lire de la même manière la lettre qu’il venait de recevoir du pape Soter. Eusèbe, H. E., l. IV, c. XXIII, P. G., t. XX, col. 388. Si donc les apocryphes proprement dits, ou la littérature pseudo-apostolique, étaient universellement rejetés, quelques livres chrétiens étaient, en certains milieux, traités comme Écriture divine.

Le crédit du Pasteur baissa vite, et au IVe siècle, aucun de ces écrits édifiants n’était plus nulle part regardé comme inspiré. Ainsi le canon du Nouveau Testament s’était formé graduellement par l’admission successive de tous les deutérocanoniques et par l’élimination de tout écrit non inspiré. La tradition primitive avait réussi à pénétrer partout, pure de tout élément étranger.

Bibliographie

Les Introductions générales à l’Écriture sainte et beaucoup d’Introductions spéciales à l’Ancien et au Nouveau Testament traitent la question du canon des Livres saints, dans son ensemble ou pour chacun des deux Testaments. Il n’y a pas lieu de signaler ici les ouvrages spéciaux des protestants et des rationalistes qui attaquent plus ou moins directement le canon de l’Église catholique.

Nous indiquerons seulement ceux des catholiques, qui justifient le décret du concile de Trente par polémique directe contre les adversaires, ou qui exposent exactement l’histoire du canon biblique.

1° Ouvrages polémiques : J. Bianchini, , in-fol., Rome, 1740, t. I (seul paru) ;
Vincenzi, , 3 in-8, Rome, 1842-1844 ;
Mgr Malou, , Louvain, 1846, t. II, p. 1-201 ;
Vieusse, , publiée par Mgr d’Astros, in-8, Toulouse, 1847.

2° Études historiques : A. Loisy, , in-8, Paris, 1890 ;
Id., , in-8, Paris, 1891 ;
Magnier, , in-12, Paris, 1882 ;
P. Batiffol, , dans la , 1908, t. XII, p. 10-26, 226-233 ;
F. Vigouroux, , dans le , t. II, col. 134-184 ;
E. Mangenot, , dans le , t. II, col. 1550-1605 ;
C. Julius, , Fribourg-en-Brisgau, 1901 ;
U. Fracassini, , dans , 1909, p. 81-99, 249 ;
Id., , , p. 249-268 ;
P. Dausch, , Münster, 1908.

Pour le Nouveau Testament, on consultera avec fruit les ouvrages suivants d’auteurs non catholiques : B. J. Westcott, , in-12, Cambridge, 1855 ;
6 édit., Londres, 1889 ;
Th. Zahn, , 2 in-8 en plusieurs parties, Erlangen et Leipzig, 1888-1892 ;
Id., , in-8, Leipzig, 1901 ;
2 édit., 1904 ;
C. R. Gregory, , in-8, Londres, 1907 ;
J. Leipoldt, , 2 in-8, Leipzig, 1907, 1908.

E. Mangenot.

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