Marie, Perside, Julie, Olympiade, Andronique, Junias, Amplias, Urbain, Stachys, Narcisse, Apelles, Rufus
Sommaire
I. Continuons nos recherches sur les personnes nommées dans le XVIe chapitre de la Lettre aux Romains, depuis le verset 6 jusqu'au verset 15. Saint Paul est comme un tendre père éloigné de ses enfants, mais qui les porte tous dans son cœur et tient à ce que tous et chacun le sachent. De là cette longue liste de noms propres qui remplit le dernier chapitre de son immortelle Épître.
II. « Saluez Marie, qui a beaucoup travaillé parmi vous. Saluez Andronique et Junias mes parents, qui ont été compagnons de mes chaînes, qui sont illustres entre les apôtres, et qui ont embrassé la foi de Jésus-Christ avant moi. Saluez Urbain, qui a travaillé avec moi pour le service de Jésus-Christ et mon cher Stachys. Saluez Apelles, qui est fidèle serviteur de Jésus-Christ. Saluez ceux qui sont de la famille d'Aristobule. Saluez Hérodion, mon cousin. Saluez ceux de la maison de Narcisse, qui sont au Seigneur.
III. Saluez Tryphène et Tryphose qui travaillent pour le service du Seigneur. Saluez notre chère Perside qui a beaucoup travaillé pour le service du Seigneur. Saluez Rufus, qui est un élu du Seigneur et sa mère que je regarde comme la mienne. Saluez Asyncrite, Phlégon, Hermas, Patrobe, Hermès et nos frères qui sont avec eux. Saluez Philologue et Julie, Nérée et sa sœur, et Olympiade, et tous les saints qui sont avec eux. »
IV. Cette longue nomenclature prouve deux choses. La première que, vingt-quatre ans seulement après la mort de Notre-Seigneur, il y avait à Rome un grand nombre de chrétiens et de chrétiennes, en sorte que Tacite n'a point exagéré en accusant Néron d'en avoir fait mettre à mort une multitude énorme : Multitudo ingens. La seconde, que les femmes coopéraient activement à la propagation de la foi. Ce n'est pas qu'elles s'arrogeassent le droit de prêcher dans les assemblées publiques, ce que saint Paul lui-même leur défend ; mais elles instruisaient en particulier et mettaient au service de Notre-Seigneur l'activité, le saint enthousiasme, le talent de persuader, la délicatesse et la grâce de la parole, dons que Dieu leur a si largement départis.
V. Dans ce nombre se distinguaient celles que nous avons nommées : Marie, Tryphène, Tryphose, Perside, Julie, Olympiade. Quelles étaient ces grandes chrétiennes, quelles furent leurs œuvres, leur vie, leur mort ? Il est on ne peut plus regrettable que sur tout cela l'histoire soit complètement muette ; nous en avons dit la cause.
VI. À plusieurs reprises les persécuteurs firent brûler les archives de l'Église. Mais Satan, qui les inspirait, eut bien soin de leur faire conserver les noms et les faits scandaleux des histrions, des comédiens et des comédiennes, des cochers du cirque et des courtisanes de la Grèce et de Rome. Satan est logique, il l'a toujours été et il l'est encore aujourd'hui. La renommée pour ceux qui le servent, le mépris et l'oubli pour ceux qui le combattent.
VII. Nous savons seulement que Tryphène et Tryphose étaient deux nobles dames de la ville d'Icône, converties par saint Paul et, comme un grand nombre de chrétiens orientaux, venues habiter Rome soit afin d'être au centre de la lumière, soit afin de travailler plus efficacement à la propagation de la foi : convertir Rome, c'était convertir le monde.
VIII. Saint Paul appelle Andronique et Junias ses parents, devenus chrétiens avant lui. Ils étaient ses parents, non par les liens du sang, mais parce qu'ils étaient juifs et peut-être comme lui de la tribu de Benjamin. Leur conversion, antérieure à celle de saint Paul, prouve qu'ils furent des premiers disciples de Notre-Seigneur et, probablement, membres de l'admirable Église de Jérusalem. Andronique devint évêque dans la Pannonie, grande contrée de l'Europe orientale, qui comprend aujourd'hui une partie de l'Autriche, de l'Esclavonie et de la Croatie. Après avoir, par sa prédication et par ses miracles, opéré de très nombreuses conversions, il fut envoyé en Angleterre pour prendre soin de l'Église que saint Pierre y avait fondée. 1
X. Quant à saint Junias, cet autre ami de saint Paul, la tradition nous apprend qu'il fut évêque de Comanes dans le Pont, et ensuite d'Apamée en Syrie. Ces deux villes, célèbres dans l'antiquité, méritent d'être connues. Comanes, aujourd'hui El Bostan, ville de l'Asie Mineure dans la Cappadoce, était régie par un prêtre souverain qui demeurait dans un temple desservi par six mille prêtres. On y adorait la déesse de la Guerre, que les Romains appelaient Bellone. Ce nombre prodigieux de prêtres réunis dans un même lieu n'a rien d'incroyable. Aujourd'hui encore on trouve dans le Thibet des lamaseries qui comptent des milliers de lamas. Mais il est facile de juger quelles difficultés rencontrèrent les premiers apôtres de l'Évangile pour triompher des résistances de cette multitude de prêtres dévoués aux idoles et vivant de leur culte.
X. Apamée de Syrie, aujourd’hui Orna, était située au confluent des deux fleuves bibliques : le Tigre et l'Euphrate. Son histoire ancienne et moderne n'offre aucun signe de remarque, sinon qu'Apamée eut le bonheur d'avoir pour évêque saint Junias. Avec Andronique, compagnon des travaux de saint Paul, associé à ses souffrances, prisonnier avec lui, soit à Philippes, soit en quelque autre lieu que nous ignorons, saint Junias annonça la foi aux infidèles avec un grand éclat et un grand succès. Comment moururent ces deux illustres apôtres ? l'histoire ne le dit pas. Nous savons seulement qu'après avoir fait de grands prodiges, ils allèrent recevoir du Seigneur la couronne de justice, et continuèrent d'opérer des miracles dans l'église qui leur fut dédiée à Constantinople, où furent déposées leurs reliques 2.
XI. Comme saint Paul, leur admirable maître, ces deux saints n'épargnèrent ni les voyages, ni les fatigues, ni les souffrances pour détruire le paganisme : et aujourd'hui que le paganisme revient dans le monde, que faisons-nous pour en arrêter les progrès, soit en nous, soit dans les autres ? Sujet de graves réflexions et motif de résolutions généreuses.
XII. Saint Paul continue : « Saluez Amplias que j'aime tendrement en Notre-Seigneur. Saluez Urbain qui a travaillé avec moi pour le service de Jésus-Christ, et mon cher Stachys. » Amplias, tendre ami de saint Paul, fut un des premiers disciples de Notre-Seigneur. Revenu des contrées du Nord, qu'il avait d'abord évangélisées, l'Apôtre saint André, frère de saint Pierre, l'ordonna évêque et il alla fixer son siège à Odyssa, en Mœsie.
XIII. La Mœsie était une grande province de la Thrace, comprise entre la Save et le Danube. Son nom veut dire marécages. En effet, le Danube y formait de très vastes marais. Aujourd'hui la Mœsie comprend une partie de la Bosnie, de la Serbie et de la Bulgarie. Des miracles nombreux autorisèrent la prédication de saint Amplias. Venu à Rome, pour des raisons que l'histoire ne dit pas, il se trouvait dans cette ville l'an 58, lorsque l’Épître de saint Paul y parvint. Dans quelle province alla-t-il ensuite porter le flambeau de la foi ? Nous l'ignorons ; nous savons seulement qu'il cueillit la palme du martyre, comme nous le verrons dans la notice sur saint Urbain.
XIV. Compagnon de saint Paul et laborieux ouvrier de l'Évangile, Urbain remplit avec zèle, à Thessalonique, les fonctions épiscopales. C'est probablement dans cette ville qu'il s'attira la jalousie et la haine des juifs et des gentils, qui le mirent à mort avec quinze autres disciples. Toujours et partout du sang chrétien ! Il le fallait ainsi pour purifier la terre païenne détrempée, jusque dans ses profondeurs du sang humain, versé depuis tant de siècles en l'honneur des démons.
XV. D'après les monuments de l'histoire, Stachys, que saint Paul salue avec tant d'affection, fut ordonné par saint Pierre premier évêque de Byzance. Croire que saint Pierre soit resté tranquillement à Rome pendant son épiscopat de vingt-cinq ans, serait une erreur aussi contraire aux textes sacrés qu'à l'immense mission confiée par le Fils de Dieu au chef du collège apostolique. Paître les agneaux et les brebis, c'est-à-dire former un bercail grand comme le monde, telle était la charge de saint Pierre. Aussi nous le voyons passer tour à tour d'Orient en Occident, puis d'Occident en Orient, évangélisant l'Asie, l'Europe, l'Afrique, et ne séjournant à Rome que le temps nécessaire pour affermir l'Église, mère et maîtresse des autres églises.
XVI. L'an 44 de Notre-Seigneur, sorti de sa prison de Jérusalem, il visite Césarée, Sidon, Bérithe, Biblos, Tripoli de Phénicie, Orthodosie, Laodicée. De là, il passe en Cappadoce, vient à Thyanes, à Ancyre de Galatie ; à Synope, à Nicée de Bithynie, à Nicomédie, partout fondant des chrétientés et établissant des évêques. Après avoir parcouru ces différentes provinces, il arriva, toujours en évangélisant, dans les environs de Byzance, et enfin à Byzance même, à laquelle il donna pour premier évêque saint Stachys.
XVII. Nous avons pour preuve la lettre du pape Agapet. Cette lettre, qui fut lue et approuvée au cinquième concile général, porte ce qui suit : « Nous avons ordonné Menna évêque de Byzance et cette faveur ajoute à la dignité, puisque, dès le temps de saint Pierre, aucun évêque n'a été donné par nous à l'église d’Orient. » Peut-être en a-t-il été ainsi pour la gloire du nouvel évêque, en faisant briller en lui un trait de plus de ressemblance avec ceux que le prince des Apôtres avait ordonnés évêques dans ce pays 3. .
XVIII. Bien qu'il fût évêque de Byzance, saint Stachys, comme tous les évêques contemporains, était un missionnaire infatigable. La tradition nous apprend qu'il évangélisa principalement les provinces septentrionales de l'Asie Mineure, la Colchide, les villes du Pont, et qu'il accompagna dans leurs missions saint André, saint Philippe et saint Barthélémy. Comme nous le voyons, dans l’Épître de saint Paul, il se trouvait à Rome l'an 58 de Notre-Seigneur. De là, retourna-t-il à Byzance ? Mourut-il dans cette ville et de quelle mort ? Dieu seul le sait.
XIX. Nous avons nommé Byzance, aujourd'hui Constantinople. L'histoire de cette ville ne saurait entrer dans le plan de nos Biographies. Disons seulement, pour notre instruction, que Byzance fut de toute antiquité la ville des sophistes ; que son esprit orgueilleux et ergoteur l'a conduite au schisme ; qu'elle en a été punie par un châtiment qui rappelle la ruine de Jérusalem et qu'aujourd'hui encore elle est courbée sous le joug de la barbarie musulmane : pas plus que les particuliers, ni les villes, ni les peuples ne se moquent de Dieu impunément.
XX. Au trente et unième jour d'octobre, le Martyrologe romain place la fête des saints Stachys, Urbain, Amplias, avec celle de saint Narcisse, dont nous allons parler. Une fois de plus, nous exprimons le regret que les archives de l'Église primitive aient été presque toutes anéanties par les persécuteurs. Ainsi, nous ne connaissons que peu de choses sur saint Narcisse. On sait seulement qu'il était prêtre, et qu'il était hors de Rome lorsque saint Paul écrivit aux Romains. Cette circonstance explique pourquoi il ne le salue pas nommément, mais seulement les frères de la maison de Narcisse.
XXI. En écrivant aux Philippiens, saint Paul se sert de la même expression : les frères de la maison de César vous saluent. Les premiers chrétiens, n'ayant pas encore d'église, se réunissaient dans des maisons particulières ; maison de Narcisse, maison de Philologue, et, ce qu'il y a de merveilleux, maison de Néron. Cela se pratiquait à la même époque, à Jérusalem, chez Marie, mère de Marc, et dans la grande ville d'Alexandrie. Un peu plus tard, lorsque les catacombes furent ouvertes, elles devinrent les lieux de réunion de nos pères. De là ce nom que leur donnaient les païens, de race qui fuit la lumière : Gens lucifugax.
XXII. La couronne du martyre fut la récompense du digne ami de saint Paul et coopérateur actif de ses travaux. « Le trente et unième jour d'octobre, dit le Martyrologe romain, naissance des saints Amplias, Urbain, et Narcisse, dont saint Paul fait mention dans son Épître aux Romains et qui furent mis à mort par les juifs et les gentils, en haine de l'Évangile. »
XXIII. Passons à de nouveaux amis du grand apôtre : « Saluez Apelles, qui est fidèle serviteur de Jésus-Christ. Saluez Hérodion, mon cousin ; saluez Rufus, qui est un élu du Seigneur. » Tout ce que la tradition nous a conservé de la vie de saint Apelles est qu'il fut évêque de Smyrne après saint Polycarpe. Quant à saint Rufus, dont nous avons donné la Biographie, il fut évêque de Thèbes.
XXIV. Ces courageux disciples de Notre-Seigneur, après avoir converti et baptisé une multitude de peuples et souffert bien des épreuves quittèrent cette vie, pour le grand rendez-vous de l'éternité bienheureuse. Dans la Biographie suivante, nous parlerons de saint Hérodion.
XXV. Ces Biographies nous apprennent que les premières églises chrétiennes furent les maisons particulières. Que les familles d'aujourd'hui se rappellent que, dans l'intention de la Providence, elles doivent être des églises domestiques. La Sainte Famille de Nazareth, doit être leur modèle : Saint Joseph, modèle du père ; Marie, modèle de l'épouse et de la mère ; Jésus, modèle des enfants. Ô mon Dieu, faites qu'il en soit ainsi pour votre gloire, pour le bonheur des familles et pour le salut de la société ! Voir : Cor. a Lap., in Ep. ad Rom., xvi, 8, 9 ; M. Maistre, p. 275, 144, 145 ; Bar., an. 44, n. 31 ; an. 58, n. 56 ; an. 98, 23, etc.
Notes
- Missum illurn fuisse ad regendani Ecclesiani in Britannia coîlectam. Apud Bar. a n. 58, n. 56. ↩
- Voir: Baron., an. 58, n. 56; Grâce. Menolog. 15 Mart.; S. Chrys. et Theodoret., in Ep. ad Rom. c. xvi; M. Maistre, les Témoins du Christ, p. 140 et suiv., etc. II. — Biogr. êvang. 23 ↩
- Apud Bar., an. 34, n. 12 ↩