Biographies évangéliques

Saint Philippe, saint Prochore, saint Nicanor, saint Timon, saint Parménas

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I. Le murmure des Grecs, c'est-à-dire des juifs nés hors de la Palestine, contre les Hébreux, c'est-à-dire les juifs nés dans la Terre-Sainte, donna lieu à l'institution des sept diacres: nous l'avons vu dans la biographie de saint Étienne. Ce qu'il importe de remarquer ici et qui prouve la charité des premiers chrétiens, ce sont les noms des sept élus. Tous ces noms sont grecs, même celui de saint Étienne, qui en grec signifie couronne. Afin de faire cesser tout mécontentement, les bons fidèles, qui ne formaient qu'un cœur et qu'une âme, choisirent tous les diacres parmi les Grecs, c'est-à-dire, comme il vient d'être indiqué, parmi les juifs étrangers à la Palestine.

II. Le premier nommé après saint Étienne est saint PHILIPPE. «Voici ce que nous lisons de ce nouveau diacre dans les Actes des Apôtres, chapitre VIII, versets 1 et suivants: «Après le martyre de saint Étienne, une grande persécution s'éleva dans l'Église, qui était à Jérusalem; et tous, excepté les Apôtres, furent dispersés dans les régions de la Judée et de la Samarie. «Or Philippe, descendant dans la ville de Samarie, prêchait Jésus-Christ. Et ce peuple était attentif aux paroles de Philippe, l'écoutait avec une même ardeur, voyant les miracles qu'il opérait. Car les esprits impurs sortaient du corps de plusieurs possédés, jetant de grands cris, et un grand nombre de paralytiques et de boiteux furent guéris; et une vive joie se répandit dans cette ville... Quand les habitants eurent cru à la parole du royaume de Dieu, que Philippe leur annonçait, ils furent baptisés, hommes et femmes, au nom de Jésus-Christ.»

III. «Cependant un ange du Seigneur parla à Philippe, et lui dit: «Pars, et va du côté du midi sur la route qui conduit de Jérusalem à Gaza, celle qui est déserte.» Il sortit aussitôt et y alla. Dans le même temps un Éthiopien eunuque, l'un des premiers de la cour de Candace, reine d'Éthiopie, et gardien de tous ses trésors était venu à Jérusalem pour adorer le vrai Dieu, puis retournait assis sur son char, et lisait le prophète Isaïe. «Or, l'Esprit dit à Philippe: «Avance et approche-toi de ce char.» Philippe accourant entendit l'eunuque qui lisait le prophète Isaïe, et lui dit: «Croyez-vous comprendre ce que vous lisez?» L'eunuque répondit: «Comment le pourrais-je, si quelqu'un ne me l'explique?» Et il pria Philippe de monter et de s'asseoir près de lui.»

IV. Philippe lui expliqua le passage du prophète et lui annonça le Sauveur Jésus, désigné par Isaïe. «Et après qu'ils eurent marché quelque temps, ils vinrent en un lieu où il y avait de l'eau; et l'eunuque dit: «Voilà de l'eau: qu'est-ce qui empêche que je sois baptisé?» Philippe dit: «Cela se peut, si vous croyez de tout votre cœur.» Et il répondit: «Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu.» «Et il ordonna qu'on arrêtât son char; et tous deux descendirent dans l'eau, et Philippe baptisa l'eunuque. Dès qu'ils furent remontés hors de l'eau, l'Esprit du Seigneur enleva Philippe, et l'eunuque ne le vit plus; mais il allait dans son chemin plein de joie. Et Philippe se trouva dans Azot, et il annonçait en passant l'Évangile à toutes les villes, jusqu'à ce qu'il vînt à Césarée.»

V. Notre-Seigneur avait dit: «Je suis venu apporter sur la terre, non la paix, mais le glaive.» Contre lui le premier glaive fut tiré, et depuis il n'est jamais rentré dans le fourreau. Pourquoi cette guerre éternelle? Satan s'était emparé du monde, le royaume de Dieu, son ouvrage, sa propriété. Le Sauveur est venu pour chasser le voleur, reprendre son bien et délivrer ses sujets. Le démon n'a pas voulu lâcher prise ni se laisser vaincre sans combats. Secondé par les passions humaines, il a tenu et il tient encore tête à tous les envoyés du légitime propriétaire. Contre eux il arme ses soldats et par tous les moyens il les persécute.

VI. Ce qu'il fait de nos jours, il le fit contre l'Église à son berceau. Mais ses persécutions ressemblent aux tempêtes qui portent au loin les objets déplacés par l'impétuosité de l'orage; de même les ouragans suscités contre l'Église portent au loin les sermons de la bonne doctrine, et l'Église gagne d'un côté ce qu'elle perd de l'autre. Ainsi il en a toujours été, ainsi il en sera toujours, et ce n'est pas le moins éclatant des miracles.

VII. Obligé de quitter Jérusalem, le diacre Philippe descendit dans la Samarie. Le texte sacré est d'une parfaite exactitude géographique: Jérusalem est beaucoup plus élevée que Samarie, dont elle est éloignée d'environ seize lieues. Capitale de la province Samaritaine et métropole du royaume d'Israël, Samarie, sous le règne d'Hérode l'Infanticide, perdit son nom. Pour faire sa cour à l'empereur Auguste, le royal bourreau changea le nom de cette ville en celui de Sébaste ou Augusta. Par les cirques, les théâtres, les palais qu'il y construisit, il en fit une ville païenne, comme aujourd'hui les révolutionnaires italiens travaillent stupidement à faire de Rome une ville moderne.

VIII. Les Actes des Apôtres nous apprennent que saint Philippe opéra à Samarie un grand nombre de miracles, suivis de nombreuses conversions. Les miracles étaient les lettres de créance des Apôtres. Rien n'est moins étonnant qu'ils les aient produites, toujours et partout. Le plus étonnant des miracles serait la conversion du monde sans miracles.

IX. Cependant le diacre thaumaturge fut appelé à une nouvelle conquête. Le Saint-Esprit lui ordonna de se rendre immédiatement, du côté du midi, sur la route qui venait de Jérusalem à Gaza. Cette dernière ville, éloignée de Samarie d'une dizaine de lieues, est appelée déserte. En effet, après qu'Alexandre le Grand se fut emparé de Tyr, il mit le siège devant Gaza. Ce siège dura deux mois, et le vainqueur irrité fit de la ville un tombeau éternel.

X. Or, celui que saint Philippe était appelé à convertir était un grand seigneur d'Éthiopie, trésorier général de la reine Candace. Comme beaucoup de Gentils, il était venu à Jérusalem pour adorer le vrai Dieu, et tel était son désir de s'instruire de la religion, qu'il lisait, assis sur son char, le prophète Isaïe: mais il ne le comprenait pas. Ce qui arrive à tous ceux qui veulent lire l'Écriture sans guide et sans commentaire. Saint Philippe lui explique le passage du prophète, et l'explique si bien qu'il démontre clairement la divinité de Notre-Seigneur, annoncée par Isaïe. Subitement éclairé, le prince éthiopien demande aussitôt le baptême. Pendant l'entretien, le char arrive près d'une fontaine, et le baptême est conféré.

XI. Depuis cet événement la fontaine prit le nom de fontaine de l’Éthiopien. Elle se trouve à mi-chemin entre Jérusalem et Gaza, près de Bethsura. Elle sort du pied d'une montagne et ne tarde pas à disparaître sous terre. La conversion de l'Éthiopien a cela de remarquable, qu'elle est l'accomplissement littéral d'une prophétie faite par David, mille ans plus tôt. «L'Éthiopie, dit-il, viendra la première vers Dieu: Æthiopia præveniet manus ejus Deo 1.» En effet, le prince éthiopien est le premier Gentil converti par les Apôtres.

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XII. Aussi les Éthiopiens se glorifient, encore aujourd'hui, d'avoir été la première nation entrée dans le bercail du divin pasteur: Nos ferme prius cœteris christianis omnibus, baptismum ab eunucho Candacis reginæ Æthiopiæ, accepimus 2. Leur tradition constante porte que le grand trésorier convertit la reine, et celle-ci tout son royaume. Elle ajoute que le zélé néophyte reçut, dans la ville de Nadaber, l'apôtre saint Matthieu lorsqu'il vint prêcher en Éthiopie, et que lui-même, devenu apôtre, évangélisa l'Arabie Heureuse, les contrées voisines, et couronna sa prédication par le martyre.

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XIII. Quant à saint Philippe, il eut à peine administré le baptême que le Seigneur le transporta en un clin d'œil dans la petite ville d'Azot, distante de la fontaine d’environ quatorze lieues. Ce miracle, semblable à celui qui transporta le prophète Habacuc à Babylone, pour porter la nourriture à Daniel dans la fosse aux lions, eut pour but de montrer au trésorier que celui de qui il avait reçu le baptême était un homme divin. Tout cela eut lieu la seconde année après l'ascension du Sauveur.

XIV. D'Azot le saint diacre se rendit à Césarée de Palestine, située entre Dora et Joppé; il y possédait une maison, dans laquelle il habita avec ses quatre filles, glorieuses prémices des vierges chrétiennes, et toutes douées du don de prophétie. Saint Paul, se rendant à Jérusalem, descendit chez le diacre Philippe et y séjourna. L'habitation qui eut le bonheur de donner l'hospitalité au grand apôtre existait encore au temps de saint Jérôme et fut visitée par l'illustre sainte Paule, lors de son voyage en Palestine.

XV. Le Martyrologe romain s'exprime ainsi au sujet de saint Philippe: «Le 6 juin, à Césarée en Palestine, naissance de saint Philippe, qui fut un des sept premiers diacres. Célèbre par ses prodiges et ses miracles, il convertit Samarie à la foi de Jésus-Christ, baptisa l’eunuque de Candace, reine des Éthiopiens, et mourut enfin à Césarée. On inhuma près de lui trois vierges prophétesses, ses filles. Sa quatrième fille mourut à Éphèse, remplie du Saint-Esprit.»

XVI. Le troisième des sept diacres fut saint PROCHORE. Nous avons vu, et nous verrons encore que le ministère des sept diacres ne se bornait pas aux soins matériels des veuves et des pauvres. Comme les Apôtres, remplis du Saint-Esprit, ils répandaient au dehors le feu divin dont ils étaient animés. À l'exemple de saint Philippe, saint Prochore se rendit célèbre par sa foi et par ses miracles. Il était neveu de saint Étienne, et s'attacha à saint Jean l'Évangéliste. Il le suivit dans sa prédication en Asie et demeura longtemps avec lui dans la ville d'Éphèse. L'histoire nous a conservé une particularité qui montre l'intimité qui régnait entre lui et l'apôtre de la dilection.

XVII. Lorsqu'en vertu des ordres de l'empereur Domitien, saint Jean fut obligé d'aller en exil dans l'île de Patmos, il prit avec lui saint Prochore, pour lui servir de secrétaire. Comme Moïse, debout au sommet d'une montagne, les mains élevées au ciel, l'Apôtre est ravi en extase. Au moment où il reçoit ses sublimes révélations, que se passe-t-il? Des foudres, des tonnerres, des éclairs, des bruits formidables annoncent que la montagne est un nouveau Sinaï, où le Seigneur va rendre des oracles, bien supérieurs à ceux dont Moïse fut le dépositaire. Prochore, effrayé et la face contre terre, était à demi mort, ne pouvant soutenir un pareil spectacle. Au dernier coup de tonnerre, retentit clairement cette immortelle parole: In principio erat Verbum, au commencement était le Verbe. Prochore voyait la lumière qui descendait du ciel, mais il n'entendait aucune voix humaine, jusqu'à ce que, remis de sa frayeur, il écrivit d’une main tremblante ce qui lui était dicté par l'apôtre.

XVIII. Après être revenu à Éphèse avec saint Jean, dans l'intimité duquel il vécut longtemps, il fut établi par saint Pierre évêque de Nicomédie, cette ville à jamais célèbre dans les annales sanglantes de la primitive Église; il y convertit un grand nombre de personnes. On sait que c'est à Nicomédie que les empereurs Dioclétien et Maximien Hercule signèrent les édits de la dernière persécution générale qui, pendant dix années, ensanglanta l'Orient et l'Occident de sang chrétien. De Nicomédie, Prochore fut envoyé à Antioche pour y exercer le ministère de la prédication. C'est là qu'il termina sa vie par le martyre, et c'est dans cette ville que furent déposées ses saintes reliques. La ville de Bologne en possède quelques-unes. Ainsi parle de lui le Martyrologe romain: «À Antioche, au 9 avril, saint Prochore, l'un des sept premiers diacres, qui, s'étant rendu célèbre par sa foi et par ses miracles, reçut la couronne du martyre.»

XIX. Sur le pays d'origine du quatrième diacre apostolique, saint NICANOR, sur son âge et sa profession, l'histoire est muette. Ce que nous pouvons affirmer en toute assurance, c'est que les éminentes qualités qui brillaient en Nicanor, surtout sa foi vive et courageuse, lui méritèrent les suffrages de toute l'Église de Jérusalem.

XX. Le très ancien historien des soixante-douze disciples, saint Dorothée, rapporte que le glorieux diacre Nicanor fut martyrisé le même jour que saint Étienne, et avec eux deux cents chrétiens. Une autre tradition veut qu'il ait été martyrisé dans l'île de Chypre, la septième année du règne de Vespasien et la soixante-seizième de Jésus-Christ. Ces deux récits se concilient facilement si l’on admet, ce qui est très probable, que le saint diacre souffrit le martyre de saint Étienne, mais sans mourir; et qu'il consomma enfin son sacrifice quarante ans plus tard dans l’île de Chypre.

XXI. Quant à ce que dit saint Dorothée des nombreux chrétiens mis à mort par les juifs avec saint Étienne, rien n'est plus croyable. D'une part, les Actes des Apôtres nous apprennent qu'il s'éleva alors une violente persécution contre l'Église de Jérusalem. Or, il est impossible d'admettre qu'une violente persécution n'ait pas fait un certain nombre de martyrs. D'autre part, saint Paul lui-même, qui à cette époque ravageait l’Église, ne fait pas difficulté de le reconnaître. Dans son plaidoyer en présence de Festus et d'Agrippa, il avoue avoir jeté dans les prisons un grand nombre de fidèles, et les avoir recherchés avec ardeur, et fait exécuter. «J'ai fait jeter en prison un grand nombre de chrétiens, et, lorsqu'ils étaient condamnés à mort, c'est moi qui signifiais la sentence 3

XII. Deux choses étonnent dans le récit de cette grande persécution: la première, qu'on ne trouve parmi les victimes aucun des Apôtres; la seconde, qu'ils restèrent tous à Jérusalem, pendant que les diacres et les disciples, sans exception, furent dispersés au loin. Quel est ce mystère? On peut répondre que la mission des Apôtres n'était pas finie. Appelés à porter le flambeau de la foi dans toutes les parties de l'univers et jusqu'aux extrémités du monde, suivant l'expression de Notre-Seigneur lui-même, ils ne pouvaient pas, ils ne devaient pas mourir aussitôt après la descente du Saint-Esprit.

XXIII. On peut ajouter que leur séjour à Jérusalem, au foyer même de l'incendie, et la tranquillité relative des principaux bergers au milieu des loups, pendant la dispersion de tout le bercail, est un acte miraculeux d'obéissance à leur divin Maître. De plus, le théologien Apollonius, cité par Eusèbe, rapporte que Notre-Seigneur avait donné ordre aux Apôtres de ne pas quitter Jérusalem avant douze ans 4: cet ordre emportait comme conséquence la certitude d'une protection qui les mettrait à l'abri du danger. Tout est admirable dans l'histoire de l'Église.

XXIV. Saint Nicanor évangélisa l'île de Chypre, et comme ses compagnons dans l'apostolat, il eut la gloire de sceller de son sang les vérités qu'il annonçait. Voici en quels termes parle de lui le Martyrologe romain: «Le 10 janvier, en Chypre, fête de saint Nicanor, l'un des sept premiers diacres qui, s'étant rendu admirable par l'éminence de sa foi et de sa vertu, mérita une couronne immortelle de gloire.» Cette effusion de sang, qui termine presque toutes nos biographies, rappelle ce qui a été dit de l'Église, notre mère, l'épouse du Dieu du Calvaire: «L'Église a été fondée dans le sang, elle acrû dans le sang, elle se répandra par le sang, elle finira par le sang: Sanguinefandata est Ecclesia, sanguine crevît, Sanguine succrescit, sanguis finis erit.

XXV. Tous les anciens Martyrologes parlent de la même manière de saint TIMON, le cinquième des diacres apostoliques. Le Martyrologe romain tient le même langage et s'exprime ainsi: «Au dix-neuf avril, fête de saint Timon, l'un des sept premiers diacres, qui fut d'abord docteur à Bérée, et ensuite, continuant à répandre la parole de Dieu, vint à Corinthe, où, selon la tradition, il fut, par les juifs et les Grecs, jeté dans le feu; mais, n'en ayant reçu aucune atteinte, il fut attaché à une croix, sur laquelle il accomplit son martyre.»

XXVI. Ce récit abrégé est complété par d'autres monuments de notre vénérable antiquité. Ils nous apprennent qu'après avoir été pendant quelque temps évoque de Bérée, le saint diacre porta l'Évangile dans l'île de Chypre. Quand saint Barnabé arriva dans cette île, il y trouva Timon et Aristion, deux ministres du Seigneur. Or, Timon était en proie aux ardeurs d'une fièvre violente. Barnabé lui imposa les mains, lut sur lui l'Évangile de saint Matthieu; et la fièvre cessa à l'instant par l'invocation du Christ Notre-Seigneur et Sauveur. Timon se trouva si parfaitement guéri, que, rempli de joie, il se mit immédiatement à la suite de l’apôtre Barnabé.

XXVII. Après le martyre de saint Barnabé, Timon alla porter l'Évangile dans l'Asie et jusque dans l'Arabie. Les idolâtres de ce pays l'ayant persécuté et jeté dans les flammes, parce qu'il confessait glorieusement le nom du Seigneur Jésus; il sortit du feu sain et sauf, et se rendit en Grèce, puis à Corinthe, où il obtint la palme du martyre. Les juifs et les païens qui habitaient cette grande ville, ne pouvant souffrir que l'intrépide prédicateur achevât de détruire dans cette cité les restes du judaïsme et du paganisme, après avoir circonvenu la puissance proconsulaire, obtinrent la permission de le faire mourir. Ils le saisirent et le jetèrent au milieu des flammes d'un bûcher. Le feu, par un effet de la protection divine, l'ayant respecté, ils le crucifièrent comme son maître, et lui procurèrent ainsi la gloire de confirmer par sa mort la vérité qu'il avait annoncée durant sa vie.

XXVIII. Suivons le saint diacre dans quelques-unes de ses courses apostoliques. Obligé, comme tous les autres, de fuir de Jérusalem, après la mort de saint Étienne, nous le trouvons à Bérée, qu'il évangélise en qualité d'évêque. Cette ville encore existante aujourd'hui, sous le nom d'Alep, appartient aux Turcs qui s'en emparèrent en 1517. Son nom primitif était Chalibon, à cause de l'acier qu'on y fabriquait et qui était une branche considérable du commerce.

XXIX. D'Alep, Timon porte le flambeau de la foi dans l'Arabie, peuplée de bonne heure par les descendants d'Ismaël. Ce vaste pays, situé au levant de la mer Rouge, se divise généralement en trois parties: l'Arabie Pétrée, l'Arabie Déserte et l'Arabie Heureuse. Laquelle fut évangélisée par notre diacre? l'histoire ne le dit pas. Nous voyons seulement que ni les chaleurs brûlantes des immenses plaines de sable, ni la multitude des animaux féroces ou venimeux, ni la barbarie des habitants, n'arrêtèrent les premiers ouvriers de l'Évangile. Tous disaient, comme saint Paul: «Je n'aime pas ma vie plus que mon âme, m'arrivera ce qu'il pourra, pourvu que s'accomplisse ma course et le ministère de la parole qui m'a été confié!»

XXX. Si les peuples auxquels ils portaient la lumière de la vérité étaient assez malheureux pour refuser cet inappréciable bienfait, ils secouaient sur eux la poussière de leur chaussure, et allaient à la recherche d'autres pays plus disposés à les entendre. Obligé de quitter l'Arabie, saint Timon passa dans la Grèce et se rendit à Corinthe. Sous tous les rapports, cette ville fameuse était digne de son zèle. Bâtie sur deux golfes, le golfe de Lépante et le golfe d'Athènes, elle avait deux ports, où abordaient de nombreux navires, chargés de marchandises et de richesses.

XXXI. Les mœurs de ses habitants étaient d'une dissolution proverbiale. Ils en étaient redevables à leur richesse même, mère du luxe et de la mollesse, ainsi qu'à l'adoration de la plus impudique des divinités. Frappée, comme toutes les anciennes capitales de la cité du démon, des châtiments mérités par ses crimes, Corinthe est morte de mort violente. Elle est réduite aujourd'hui à une bourgade, et porte le nom de Kordos; on y compte à peine quelques milliers d'habitants.

XXXII. Comme elle était, aux premiers jours du christianisme, une des villes les plus importantes de l'Asie Mineure, elle fut l'objet d'un zèle exceptionnel de la part de l'Apôtre des nations. Saint Paul y résida dix-huit mois, y forma une Église fervente, à laquelle il adressa ses deux immortelles épîtres. Cette bonne semence, tombant dans une terre fécondée par le sang des martyrs, et de saint Timon en particulier, produisit longtemps les plus belles moissons de foi et de sainteté.

XXXIII. Le sixième diacre apostolique fut saint PARMÉNAS. Raban Maur, savant archevêque de Mayence, au VIIIe siècle, rapporte dans sa Vie de sainte Madeleine, qu'au temps de la persécution des chrétiens à Jérusalem, le diacre Parménas fut embarqué sur la Méditerranée, avec sainte Madeleine, sainte Marthe, Lazare, Marcelle, leur servante et saint Maximin, un des soixante-douze disciples de Notre-Seigneur. Pendant que cette glorieuse colonie d'Apôtres évangélisait les côtes de Provence, Marseille, Vienne, Aix, Arles, Avignon, Parménas travailla dans les contrées méridionales des Gaules, avec d'autres ouvriers évangéliques, à la propagation du règne de Jésus-Christ.

XXXIV. Comme tous ceux qui avaient eu l'insigne faveur de voir le divin Maître, d'avoir eu des rapports divers avec lui, et surtout d'avoir vécu à son école, Parménas était possédé de la noble passion de le faire connaître. Après avoir, pendant un temps plus ou moins long, évangélisé l'Occident, il retourna en Orient et s'arrêta dans la ville de Philippes, en Macédoine. Dans l'histoire profane, Philippes est fameuse par la bataille que perdirent, aux environs, Brutus et Cassius contre Octave, et qui mit fin à la république romaine. Dans l'histoire chrétienne cette ville n'est pas moins célèbre par sa foi, sa piété et son attachement filial pour le grand apôtre. Elle fut une des premières villes de l'Asie Mineure qui embrassèrent le christianisme. La ferveur de ses habitants leur valut une des belles épîtres de saint Paul.

XXXV. Selon toute apparence, l'Apôtre fut suivi, plus tard, dans cette chrétienté bénie, par le diacre Parménas, puisqu'il l'arrosa de son sang. Il la soutint, la développa, la sanctifia de plus en plus, jusqu'à ce que par sa mort il rendît témoignage à la foi qu'il lui avait enseignée. Son martyre eut lieu sous Trajan, vers le commencement du IIe siècle. Voici en quels termes le rapporte le Martyrologe romain, au 23 janvier: «À Philippes, en Macédoine, saint Parménas, l'un des sept premiers diacres, qui, s'étant abandonné à la conduite de la grâce divine, s'appliqua avec une entière fidélité au ministère de la prédication, que les Apôtres lui avaient confiée, et parvint sous Trajan à la gloire du martyre.»

XXXVI. Puisque l'occasion s'en présente, disons un mot de cet empereur romain, beaucoup trop vanté, et dont le nom revient assez souvent dans l'histoire de nos pères. Comme tous les Césars, Trajan était un prince horriblement débauché. À ce titre il devait être l'implacable ennemi d'une religion qui commandait la pureté des mœurs. Aussi fut-il l’auteur de la troisième persécution. Sans doute, il ne signa pas de nouveaux édits, mais il persécuta et laissa persécuter en vertu des précédents édits de Néron et de Domitien. Sa lettre à Pline le Jeune autorisa le massacre des chrétiens en Bithynie. Sous le règne de cet empereur libertin, et par ses ordres directs, eut lieu le martyre du grand saint Ignace d'Antioche, la plus belle figure de martyr, parmi toutes celles qui brillent dans les annales sanglantes de la primitive Église. Il est bien glorieux pour le christianisme de n'avoir jamais eu pour ennemis que des hommes aux âmes corrompues.

XXXVII. Nous ne dirons rien du septième diacre, Nicolas d'Antioche, sur lequel a plané un soupçon injurieux. Plusieurs Pères de l'Église l'ont justifié, et Baronius admet leur justification. Néanmoins, pour cette seule raison, on ne l'a jamais compté au nombre des saints, et l'on n'a rendu aucun honneur à sa mémoire, ni dans l'Église grecque ni dans l'Église latine.

Voir pour S. Philippe: Baron., an. 35, n. 7, 8, 12; an. 58, n. 113; Cor. a Lap. in Act. Ap., c. VI et XXI passim; S. Jérôme, in Epitaph. Paulæ; dom Calmet, Dict. de la Bible; S. Doroth., De 72 discipulis. — Pour S. Prochore: L. Dexter, Chron., an. 94, 3; Petr. de Natal., Catalog. SS., lib. XVIII, c. XXIX; id., lib. II, c. 7; Beda, Usuard., Ado, Martyrolog.; Baron., an. 41, n. 11; Cor. a Lap. in Act. Apost., VI, 5. — Pour S. Nicanor: Baron., an. 84, n. 324; M. Maistre, Les Témoins du Christ, p. 135; Corn. a Lap. in Act. Apost., VI, 5; S. Doroth., in Synopsi de 72 discip.; Chronic. Alex. in Biblioth. Patrum, t. XV, p. 3. — Pour S. Timon: Corn. a Lap., Præf. in Epist. ad Corinth.; id. in Act. Apost., VI, 5; Boll., Act. SS., 11 junii; dom Calmet, Dict. de la Bible; S. Doroth., in Catal. discipul. — Pour S. Parménas: Martyrolog. Rom., 23 jan.; Bar., an. 109, n. 35; Menolog. a Canisio edit.; M. Faillon, Monuments inédits sur l’apostolat, etc., édit. Migne; Petr. de Natal., lib. III, c. XIV; Annot. ad Martyrolog. Rom., 23 jan.; Bar., an. 68, n. 9 et suiv., etc.

Notes

  1. Ps. 67, 32
  2. Damien-Goes, De mor. æthiop., c. XVI
  3. «Multos sanctorum ego in carceribus iticlusi, aprincipibussacer - doturn potestate accepta, etcumocciderentur detuli sententiaui.» Act., xxvi, 10,
  4. Salvatorem mandatum dedisse apostolis, ne usque ad duodecim annos Hierosolymis discederent. Apud Euseb., Hist., lib. V, c. XV

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