Hermas
Sommaire
I. On a prétendu longtemps, sans pouvoir cependant en donner la preuve péremptoire, que Hermas, dont saint Paul se souvient avec tant d'affection, est l'auteur de l’ouvrage intitulé le Pasteur. Dans ses notes sur le Martyrologe romain, Baronius dit sans hésiter : « Hermas est l'auteur du livre intitulé le Pasteur. Tous conviennent que c'est de lui dont saint Paul fait mention dans sa lettre aux Romains. » Et, au 9 mai, le savant cardinal s'exprime ainsi dans le Martyrologe : « À Rome, naissance de saint Hermas, dont parle saint Paul en écrivant aux Romains. Se sacrifiant lui-même, il devint une hostie agréable à Dieu ; et, célèbre par ses vertus, il entra dans les royaumes célestes. » 1.2
II. Cette tradition se trouve contredite par le témoignage d'un très ancien auteur chrétien, découvert dans le dernier siècle par le savant Muratori. Beaucoup d'écrivains tiennent cet auteur pour le prêtre romain Caïus, florissant vers l'an 200. Le fragment retrouvé porte ce qui suit : « Le livre du Pasteur a été écrit dernièrement de nos jours, dans Rome, par Hermas, tandis que son frère Pie était sur le siège de l'Église romaine .
III. Le Pontifical romain dit de même : « Pie 3, Italien de nation, fils de Rufin, frère du Pasteur, originaire d'Aquilée... Sous son pontificat, son frère Hermas écrivit un livre qui contient les ordres que lui donna l'Ange du Seigneur, venu à lui sous la forme d'un pasteur. » .
IV. Une autre raison de croire que l'ouvrage n'est pas du disciple aîné de saint Paul, c'est qu'il contient de graves erreurs et qu'il s'éloigne de la noble simplicité des écrits du premier âge de l'Église. Quoi qu'il en soit, cet ouvrage a joui d'une grande autorité dans l'Église grecque, qui le lisait publiquement dans les divins offices. « Il est utile, dit saint Jérôme, plusieurs anciens écrivains en ont invoqué le témoignage, mais il est presque inconnu chez les Latins 4. » .
V. Le Pasteur se divise en trois livres : le premier a pour titre Visions. La plus importante est celle de l'apparition de l'Église sous la forme d'une respectable matrone ; puis sous celle d'une grande tour, dont la construction ne doit être achevée qu'à la fin du monde et dont les élus sont les véritables pierres ; enfin, sous la figure d'une vierge.
VI. Le second est intitulé Ordonnances, il renferme douze commandements qu'un ange, sous la forme d'un berger, donne à Hermas. Nous avons ici le témoignage incontestable de l'antiquité de la foi chrétienne sur nos anges gardiens. L'auteur dit formellement que tous les hommes ont chacun deux anges : l'un bon et l'autre mauvais.
VII. Le troisième, beaucoup plus important, a pour titre : Similitudes, parce que l'auteur emploie plusieurs belles comparaisons, dans le but de bien faire saisir la vérité. Citons d'abord quelques utiles pensées.
VIII. « Ne tenez jamais de discours désavantageux à la réputation de personne, et ne prêtez pas volontiers l'oreille à la médisance, car si vous prenez plaisir à l'écouter, vous participerez au péché de celui qui la commet. « Si la colère trouve accès dans votre cœur, le Saint-Esprit, qui veut l'occuper tout entier, y sera comme à l'étroit, et s'en retirera. Il suffit d'un peu d'absinthe mêlée au miel pour en corrompre toute la douceur ; de même l'esprit de patience ne peut s'allier avec l'esprit de colère.
IX. « Abstenez-vous toujours du mal et jamais du bien ; autrement c'est tomber dans le mal. « Ceux qui sont pleins de foi demandent avec confiance, et ils sont exaucés du Seigneur. Si vous demandez quelque chose à Dieu et qu'il diffère de vous l'accorder, gardez-vous de vous défier de lui. S'il a différé d'exaucer votre prière, c'est peut-être seulement pour vous éprouver, ou à cause de quelque péché dont vous vous êtes rendu coupable, même sans le savoir. « Cependant ne cessez point de lui exposer vos besoins, et vous finirez par obtenir ; mais, si vous vous rebutez, vous ne devez vous en prendre qu'à vous et non pas à Dieu. « Ne livrez pas votre cœur à la tristesse, car elle est sœur de la méfiance et de la colère ; elle ôte à la prière son activité, et l'empêche de s'élever avec pureté vers le ciel. »
X. Venons aux Comparaisons ; en voici deux seulement : « Voyez-vous ces arbres dépouillés de leurs feuilles, arides et sans vigueur : il n'y a entre eux aucune différence. C'est la figure de ceux qui vivent dans le siècle présent. Celui qui s'abandonne un seul jour au plaisir des sens, est un insensé qui ne comprend pas à quelle perte il s'expose. « Le lendemain il aura oublié la jouissance vaine à laquelle il s'était livré la veille ; car telle est la nature du plaisir : la mémoire s'en efface bientôt, ivresse passagère qui couvre l'âme de nuages. « Il n'en est pas ainsi des remords qu'éveille le péché. Des années entières de tribulations, parce que le souvenir en prolongera le sentiment. C'est alors que la mémoire vient retracer l'idée de ce plaisir fugitif, si vain, dont on sent que le châtiment n'a été que trop médité. Voilà à quoi s’exposent ceux qui succombent à la volupté : au lieu de la vie qu'ils possédaient, ils se sont donné la mort.
XI. « Considérez cette vigne et cet ormeau qui la porte 5 : voilà l'image du riche et du pauvre. La vigne porte du fruit, l’orme n’en porte pas. Cependant si l'orme ne la soutient, et si elle ne s’y attache, la vigne ne pourra porter que peu de fruits, car alors, n'ayant point d'appui, elle rampe sur la terre, et ne produit que de mauvais raisins ; si, au contraire, elle s'élève à la faveur de l'ormeau, elle porte des fruits et pour elle et pour l’ormeau. .
XII. « Le riche possède des biens, mais, aux yeux de Dieu, il est pauvre. Qu'il soutienne le pauvre, la prière que celui-ci adressera à Dieu pour son bienfaiteur attirera sur l'un et sur l'autre les plus abondantes bénédictions. C'est par là que le riche et le pauvre forment entre eux comme un commerce réciproque de bonnes œuvres. »
XIII. Quelle profonde vérité sous cette gracieuse comparaison! Comme on voit la nécessité sociale de la loi de la charité, et la raison non moins sociale de l’inégalité des conditions. Qu’attendre d’un monde qui ne connaît plus la première et qui ne veut plus de la seconde (1)? Voir : Biblioth. choisie des PP. de l’Église, t. I, p. 144 et suiv.; Bar., Martyrol., 9 mai; Encyclopédie théol., art. HERMAS, etc., etc.
Notes
- Hic auctor est illius voluminis, quod titulo Pastoris inscribitur... Consentiunt omnes de hoc agere Paulum ad Romanos scribentem, c. XVI ↩
- . » (1) Pastorem vero nuperrime, temporibus nostris in urbe Roma, Hermas conscripsit, sedente cathedra urbis Romae Ecclesiae Pio, episcopo, fratre ejus ↩
- C’est le pape S. Pie II ↩
- Hier., in Catalog., c. X ↩
- En Italie les vignes s’attachent aux arbres et courent de l’un à l’autre ↩