Moïse et Josué (I. Sources)
1. — Le nom de Moïse est inséparable de celui de Josué. — En premier lieu, le fondateur de la nation juive a, pendant une partie notable de sa carrière, compté le fils de Nun parmi ses auxiliaires les plus dévoués; il l’a constamment trouvé docile à ses ordres et à la voix de Yahweh. — Mais, en deuxième lieu, c’était Josué qui devait compléter et mener à bonne fin l’œuvre de Moïse. Celui-ci avait, sans doute, tenu un rôle admirable et d’une incomparable importance. Il avait tiré les enfants d’Israël de la maison de servitude; il les avait fait sortir de l’Égypte, où les pharaons les opprimaient. Au Sinaï, il avait créé, en même temps que le lien qui devait unir Israël à Yahweh, celui qui enserrerait en un tout organique les divers éléments constitutifs du peuple de Dieu. Puis, comme à toute nation il faut une patrie, il avait conduit les fils de Jacob vers la demeure que le Seigneur avait promis aux patriarches de donner à leur postérité. Il ne devait pas toutefois introduire Israël en Canaan; il s’arrêterait au pays de Moab, en vue de la terre où coulaient le lait et le miel. À Josué de passer le Jourdain et, par les victoires magnifiques de Jéricho, de Haï, de Gabaon, des eaux de Mérom, d’assurer aux émigrants un séjour définitif; à Josué, en un mot, d’achever l’œuvre de Moïse. — En troisième lieu, enfin, les livres qui nous retracent les missions de ces hommes de Dieu présentent entre eux les plus étroites affinités. On a toujours remarqué les points de contact par lesquels ces deux œuvres se rattachent l’une à l’autre, un peu comme les deux parties d’un même tout. La critique moderne a encore accentué ces traits de parenté. Elle unit, sous le nom d’Hexateuque, le livre de Josué et les cinq livres de la Loi; elle prétend qu’ils sont réductibles aux mêmes documents, que ceux-ci, à une exception près, poursuivaient leurs récits depuis l’origine du monde, ou au moins depuis l’origine du peuple de Dieu, jusqu’à l’entrée des Israélites en la Terre Promise; elle soutient que l’histoire de ces livres a connu les mêmes vicissitudes. Bref il est devenu pratiquement impossible de suivre les controverses récentes sans adopter, au moins provisoirement, cet usage et cette terminologie. Pour toutes ces raisons, pour la seconde en particulier, nous traiterons en cet article et de Moïse et de Josué. — Une première partie sera consacrée aux sources d’information. — La seconde aura pour objet l’œuvre même de ces hommes de Dieu.
Première Partie — Sources d’information
2. — La principale, à beaucoup près, est constituée par le Pentateuque et le livre de Josué: aussi est-ce à ces documents que nous réserverons très principalement notre attention. Une seconde section toutefois aura pour objet les sources extrabibliques.
Première Section — Le Pentateuque. Le livre de Josué
3. — Notre but, en parlant de ces ouvrages, n’est pas de traiter les diverses questions qui s’y rattachent; on en trouve l’exposé dans toutes les Introductions à l’Ancien Testament. Le problème que nous avons à résoudre est celui-ci: Quelle confiance pouvons-nous donner au Pentateuque et à Josué pour la reconstitution de l’histoire des deux premiers chefs du peuple de Dieu? Ce problème trouve sa raison d’être dans les controverses qui ont défrayé les études bibliques au cours du XIXe siècle et qui, aujourd’hui encore, s’imposent à l’attention des exégètes; sa solution dépend de l’attitude que l’on adoptera en présence des systèmes qui font l’objet de la discussion. Ici encore, force nous est de procéder à des éliminations. Il ne s’agit pas de faire un exposé tant soit peu compréhensif du débat, de son histoire, de ses phases diverses. Cette œuvre a été, maintes fois déjà, réalisée dans les Encyclopédies et Dictionnaires qui, d’une manière ou d’une autre, s’intéressent à la Bible; en France en particulier, nous pouvons consulter avec grand profit l’ouvrage de M. Mangenot, L’Authenticité mosaïque du Pentateuque (1907). Le point de vue spécial du Dictionnaire auquel notre article est destiné nous indique la marche à suivre en notre exposé. Ce qu’il nous faut avant tout préciser, c’est la situation actuellement faite à l’apologétique catholique dans les débats relatifs à l’authenticité et à la valeur historique du Pentateuque. La question sans doute est pratiquement résolue par la décision que la Commission biblique a promulguée le 27 juin 1906. Aussi ne manquerons-nous point d’accorder à ce décret toute l’attention désirable. Il faut toutefois le reconnaître: l’intelligence de la décision ne peut qu’être singulièrement facilitée par une esquisse historique dont le but principal sera de mettre en relief l’attitude qu’au cours des siècles, l’Église a gardée en ce domaine. De là le sous-titre et les divisions qui suivent.
Historique de la question du Pentateuque au sein de l’Église catholique
I. Chez les Pères
4. — 1°) On pcut, sans exagéralion aucune, parler de l’unanimité complète des Pères de l’Église au sujet de l’authenticité mosaïque du Pentateuque. Toutefois un texte de l’apocryphe 1 Esdras exerça une grande influence sur les sentiments de plusieurs d’entre eux touchant la composition du Pentateuque 4 actuel. D’après le récit de sa septième vision (IV Esdr., xiv, 18-43), Esdras, ayant reçu de Dieu la mission d’instruire et de réprimander le peuple au déclin des temps, lui répond que le livre de la Loi a été brülé (sans doute pendant l’exil), qu’en conséquence personne ne sail ce qui est arrivé ni ce qui doit advenir. Il le prie donc de Jui envoyer l’Esprit-Saint pour qu’il puisse écrire tout ce qui s’est passé depuis l’origine et qui se trouvait dans la Loi. Dieu dit alors à Esdras d’annoncer an peuple que, quarante jours durant, il sera soustrait aux regards; il l’invite à prendre avec lui cinq scribes très rapides et lui promet ses lumières. Après avoir exécuté l’ordre divin, Esdras vient dans la plaine. Dieu lui ordonne d’ouvrir la bouche et de boire ce qui va lui être présenté: C’est une coupe d’eau couleur de feu. À mesure qu’il l’absorbe, Esdras sent la sagesse croitre en son cœur; en même temps, les scribes sont remplis d’intelligence. Quarante jours et quarante nuits durant, sans s’interrompre durant la nuit sinon pour leur repas, ils écrivent sous la dictée d’Esdras. Le travail aboutit à la reconstitution de quatlre-vingt-quatorze livres, dont vingt-quatre représentent les écrits canoniques, accessibles aux dignes ct aux indignes, dont les soixante-dix autres doivent ëlre réservés aux sages. D’après cette légende, Esdras aurait été favorisé d’un véritable don d’inspiralion pour rétablir les anciennes Écritures,
5. — 2°) Lc crédit dont l’apocryphe a joui dans l’antiquité chrétienne a fait prendre ce récit en considération par plusieurs Pères de l’Église. Parlant de l’inspiration des Septante et voulant prévenir l’élonnement de ses lecteurs, saint IRÉNÉE allègue ee qui se passa au temps d’Artaxerxès. Les Écritures avaient été détruites durant l’exil; mais, quand les Juifs furent revenus dans leur pays, Dieu iuspira à Esdras, prêtre de la tribu de Lévi, de rappeler toutes les paroles des prophètes anciens et de rétablir pour le peuple la Loi qui avait été donnée par Moïsc!. CLÉMENT L’ALEXANDIUE parle à peu près dans les mêmes termes2. Dans son commentaire sur les Psaumes, ORIGÈNE déclarait qu’Esdras les avait rappelésaveclesaulres Écritures . À propos des Lieux Saints, saint BasiLe mentionne la plaine où. sur l’ordre de Dieu, Esdras rétablit toutes les Écritures inspirées *. Saint JEAN CnrysosTour voit dans cette inspiration d’Esdras pour le rétablissement des Écritures brülées pendant l’exil, une des preuves de la bienveillance et de la bonté divines; on remarquera d’ailleurs que, d’après ce grand Docteur, Esdras se servit pour son œuvre de ce qui restait (272 isutcsv) des livres anciens?. Plus tard le souvenir nous apparaîitun peu déformé dans le PsRUDo-ATHANASE: Par suite de la négligence du peuple et de la longue durée de l’exil, les Écritures avaicnt élé perdues; mais 1: Kai cbdiv; e Oovuszror, rés O5 roëro Evnpprxéve, Ls je noi Er ni Nofsuycôsvocop ciyuniusis où 2008 Cruybupeussr mé L’oxs és, xui pzré Efôsuencyen En r@v Isoérion dues ES TA yoprv or, ÉTeuTE Êy Toi ypOrcus AsTuÈEpE ss To Il:::6> Érsuêuws, Evénrsussr Erôpe + ispei Es 575 cuuñs Aeui, E5U: TOY Nf5/EJCTO TessnTi Tous CuuroSusboe Joy, où Cor uSTETU TD 2 Tir di Mmsioz vousfesés, (Coatra Haereses, lib. VII, cap. xxr, 2; P. G., VII, 948, 959). 2. OÙ 0 Etes émrvoce Oess, Toù Th mpsputeius Gé 6To:, HO Ti5 Épprveter, qu Eros Tpéprrsor, Evsmyeisazu Ets axé vA Nofoycôs0zp ciyuviuoie CiugOnpauré” Ta Beer, roro Toi: ’Apzuëëpios, ro) Lleps@s Buotiius, ypivous, Enérveus ‘sd © AÂsuinne, Ô isssbe, esopesss, roisuce Tès Mae: ouf Cumresuusss mossscresoz V’pusds (Stromatum db. F, cap. xxtr; P. G., VHS, Su. 3. Hrce Ezèpe nai tour perè z@r Ghew lou: émournmsszssuToz (Selecta in Psalmos, Ex Commentariis ên Psalmos: P. G.. NU, 1975). H Erreÿfe vo maôtsr 29 D douyapizus ‘Erdpes, nérus BésTzéusro: Biisss Tporsdypur Ü::5 Enpeusure (Epistolarum Classis 1, Epistola xLu, 5, 4d Chiloncm discépulim sutem: Fe G., XAXII, 3571. D. [ic Goërs comes, fox porrzs 759 Oz ri Grure fuobpurus Evirveuss to porvptn Mouxet, rüs noces iadiole, fusésyer To) TEssepéroru Gpipus ITU TIÙ OPoUE, Ai TA Mesvitus iTipus, Lite Ôsoven Tô voue. Mer 8 Toro TES aTUs éreuye poupée nofcrros Ésu. ’Enxufe nOJEuT:, Goitis TÉv-Us, XerTeroiov, Évenprrünzer ui RrRlor. ‘Erëpo nor évênt Ocs- HZoT événreurev, te curés Exbisdee, T@ “Erder Jin, at ri Zectocen syyTelroe énoënse (In Epistolam ad lcbracos, cap. v, Homil. van, 4; P. G., LAN, 74), Esdras les avait soigneusement gardées avec lui («28 ëvur6>) et il put les rendre au peuplef. Autre déformation Chez Léonce dE Byzance: Quand Esdras revint à Jérusalem il conslata que tous les livres avaient été brûles pendant l’exil, mais on rapporte qu’il les récrivit de mémoire®.
6. — Parmi les Latins, TKRTULLIEEN parle de la restauration des documuents de la littérature juive par Esdras®. Le témoignage de saint JÉRÔME esi particuliérement intéressant. C’est à propos d’une de ces formules « jusqu’à ee jour » qui reviennent à plusicurs reprises dans le Pentateuque, netanument Deut., xxxiv, 6. Le « jour » en question doit être entendu du jour où l’histoire a été rédigée; mais peu importe qu’on applique ce terme à l’époque de Moïse, auteur du Pentateuque, ou à celle d’Esdras, le restaurateur de cet ouvrage. Comme on le voit, le solilaire de Bethléem ne se refuse pas à admeitre qu’Esdras ait introduit dans le Pentateuque, en le rétablissant, quelques modifications de détail ‘. Enfin saint ISIDORE DE SÉVILLE parle d’Esdras comme du rénoyvaleur et du second promulgateur (alter lalor) de la Loi brûlée par ies nationsÿ.
7. — 5:) li est intéressant de mettre en relief les principales idées qui se dégagent de ces textes. — a) On notera d’abord que ces’Pères onl émis leurs théories sans aucune préoccupalion d’apologétique et de polémique; on ne peut donc, en aucune manière, parier de concessions failes à des systèmes et à des opinions adverses, — db) Aucun d’eux ne songe à nier que le Pentateuque soil l’œuvre de Moïse. — c) Ils adimettent toutefois que, sous sa forme actuelle, le Pentateuque ne vient pas directement de lui. L’ouvrage du fondateur de la nation israélite a subi de nombreuses vicissiludes au cours des siècles; comme le reste des Écritures, il a été détruit, brûlé Î durant l’exil. Pendant plus de cent ans, la tradition littéraire des cinq volumes a été purement et 1. Ἱστορεῖται δὲ καὶ τοῦτο περὶ τοῦ Ἔσδρα, ὅτι, ἀπολομένων τῶν βιβλίων ἐξ ἀμελείας τῶν λαῶν, καὶ διὰ τὴν πολυχρόνιον αἰχμαλωσίαν, αὐτὸς Ἔσδρας, φιλόκαλος ὢν καὶ εὐφυής, καὶ ἀναγνώστης, ἐφύλαξε πάντα καθ’ ἑαυτόν, καὶ λοιπὸν προήνεγκε, καὶ πᾶσιν ἐκδέδωκε, καὶ οὕτως διασώζεται τὰ βιβλία (Synopsis Scripturæ Sacræ Liber XII, Esdræ primus et secundus : P. G., XXVIII, 332). — A propos des Psaumes : Ὁ γοῦν Ἔσδρας, συναγαγὼν τούτους πάντας τοὺς παρ’ ἑκάστου εἰρημένους ψαλμούς, εἰς μίαν συνέθηκε βίβλον. (Lib. XIII, Psalterium Davidis ; P. G., XXVIII, 332). 2. Ὁ δὲ Ἔσδρας συνεγράψατο τὴν ἑπτάτομον αὐτῶν· καὶ ἐλθὼν εἰς τὰ Ἱεροσόλυμα, καὶ εὑρὼν ὅτι πάντα τὰ βιβλία ἦσαν καυθέντα, ἡνίκα ἠχμαλωτίσθησαν, ἀπὸ μνήμης λέγεται συγγράψασθαι τὰ κβ’ βιβλία (De Sectis, Actio secunda, viii ; P. G., LXXXVI, 1212). 3. Quemadmodum et Hicrosolvmwis Babylonia expugnatione deletis, omne instrumentum judaicae litteratuae per Esdramn constat restauratuin (De cultu foeméinar um Î Lib, 1, cap. ur; P. L. 1, 1308). 4. Item in fine Deuteronomii: Et defunctus est Moyses servus Domini in terra Moab per verbum Domini, et sepelierunt cum in Gcth, prope domunm Pheyor, ct nemo scit sepulcrum ejus nsque in diem istum (Deut., xxx1v, [l 6, sec. LXX). Certe hodiernus dies illius temporis aestiimun= dus est, quo historia ipsa contextu est, sive Mnysen dicere volueris auctorem Pentateuchi, sive Ezram ejusdem ins- Î tauratorem operis, non recuso (De perpetua virginitate Beatae Mariae adversus Helvidium liber, 7; P. L., XXIII, 190). 5. Artaxerxes, an, XL. Esdras incensam legem renovat (Etymologiarum Lib. V, De legibus et lemporibus, cap. xxx1x, De discrelione tempurum, quinta aelas: P. L., XXXIX, 24). — Esdeas sacerdos Dei, qui a plerisque Malachias, j id est angelus Dei vocatur. ice sacrae scriplor extitit hisloriae, atque aller lator legis post Moysem, namque post cuplivitatein leren: incensam ex gentibus renovavit! (De ortu et obitu Patrum, cap. Lx; P. L., LXXXUH, 156). simplement interrompue; saint Jean Chrysostome, il est vrai, sait qu’il en demeurait des fragments ‘dont on a pu faire usage dans la suite. — d) Notre Pentateuque actuel remonte à Esdras et à l’époque d’Artaxerxès. Le prêtre-scribe, au dire de saint lrénéc, de Clément d’Alexandrie, de saint Jean Chrysostome, rétablit l’œuvre de Moïse sous l’intluence de la même inspiration divine qui avait présidé à son élaboration première. Les autres Pères, qui ne mentionnent pas explicitement cette inspiralion, ne doivent pas être censés la méconnaître; les données de IV Esdras ne permettaient pas de se mépreudre. La seule réserve à faire concernerait le Pseudo-Athanase, au regard duquel Esdras aurait cu en sa possession un exemplaire de la Loi. C’est l’œuvre d’Esdras qui cst venue jusqu’à nous. — d) Aucun de ces Pères ne précise le degré de conformite de l’édition du prêtre-scribe avec celle de Moïse. Il va de soi qu’ils admettent plus qu’une confurmité substantielle. Mais, si un exeégiète tel que saint Jérôme paraît disposé à reconnaître de légères modifications, rien n’indique la mesure que l’ensemble de ces docteurs prétendait garder!
8. — 4°) On trouve facilement dans la tradition juive un écho de la légende de 1V Esdras. Qu’on en juge par ces deux textes du TazuuD: « La Thorah était oubliée des Israélites jusqu’à ce qu’Esdras vint de Babylonc et la restaura: elle était oubliée jusqu’à ce qu’Hillel, le Babylonien, vint et la restaura » (Soukka. 20+). « Quoique la Thorah n’ait pas été donnée par lui [Esdras, l’écriture a cependant èté écrite par lui. » (Sankedrin, 2ob) Il. Au XVI siécle
II. Au XVIe siècle
9. — 1°) Pendant le moyen-âge, les catholiques se désintéressent de ces questions; mais les Juifs font queiques remarques utiles. Déjà. tout en admettant l’authenticité mosaïque du Pentateuque, les Jus TALMUDISTES faisaient exception pour les huit dermers versets du Deutéronome xxxIv, 3-12; récit de la mort de Moïse), qu’ils atiribuaient à Josué (Cf. Baba Bathra, fol. 14?-552). Au xr° sitele, un rabbin espagnol, fsAAC BEN Jasus (982-1037), avait remarqué que, dans Gen., xxxvi, 31, le titre de la liste des rois d’Edom « Voici les rois qui ont régné dans le pays d’Edom avant qu’un roi régnät sur les enfants d’Isruël » ne pouvait avoir été écrit qu’au temps de la royaulé israélite; il assignait ce chapitre en sa forme actuelle au règne de Josaphat. Cette opinion ne nous est connue que par ABen Ezna (1088-1103), qui la 1. Dès ces époques lointaines toutefois, an trouve des uuteurs qui s’en prennent à l’authenticité même du Pertuteuque. Tout en distinguant, parmi es lois juives, celles qui venaient de Dieu, celles que Moïse avait promulyuées de sa propre autorité, celles qu’avaient promulguées les anciens, ProLéuie, disciple de Valentin (Lettre à Flora, citée par saint Epiphane, Haeres., xxxiu, n° 3-7), ne paraît pas avoir nié que la rédaction définitive ne soit l’œuvre de Moïse, À en croire saint Epiphane (/aeres., xviii, n° 1) el saint Jean Damascène (Paercs., xix), la secte judéochrétienne des NAZARÉENS professait une opinion beaucoup plus radicale: la loi donnée aux duifs par Moïse difiérait de celle que contient le Pertaleuque, el ce livre n’était pas de lui. Mais c’est dans les HoMÉLIES CLÉMEN- TINES, écrit gnostique du troisième sivele, qu’un trouve les données Jes plus précises. D’une part, saint Pierre déclare que la Loi dounée par Dieu à Moïse et con‘iée oralement aux anciens n’a été mise par écrit qu’après la inort du grand prophète; d’ailleurs, successivement perdue et retrouvée, elle a été brülée au temps de Nabuchodonosor. Cette assertion ne va pas sans preuves. et l’on s appuia sur le récit de la mort de Moïse que ce dernier ne peut avoir écrit (Hfomel, 11, n° 47). D’autre part. des résérves sont faites (Homel. 11, n° 52) sur la vérité du contenu de cette première scction de la Bible. réfute. En revanche, d’après R. Simox!, ce célèbre docteur juif fait des réserves snr six passages du Pentateuque; d’ailleurs, afin de laisser à la critique le moins de prise possible, il s’’exprimeen termes assez ‘ équivoques. D’après lui, la formule « Le Cananéen était alors dans le pars », Gen., xu, 6, a été nécessai- reruent écrite après l’expulsion des terribles adver--. saires des Jsraéliles, donc longtemps après Moïse. De mème, Gen., xxt1, 14, la remarque « d’ou l’on dit aujourd’hui: « Sur la montagne de Yahwek ül sera vu», n’est pas sculement de beaucoup postérienre au sacrilice d’Isaac: elle ne peut se placer qu’à un äge où l’on portait un intérêt spécial au mont Moriah, c’est-à-dire après Salomon et la construction du Temple. De même, Deut.,1, 1, les mots « de l’autre côté du Jourdain » n’ont pu être écrits que par quelqu’un qui vivait en Cisjordane, non par Moïse qui esl mort dans les plairies de Moab. Dans Deut., ur, 11, la remarque relalive au lit de fer de Og, roi de Basan, ne se comprend pas dans le livre d’un conlemporain de ce roi. Deut., xxxt, 9, l’emploi de la 3° pers., Moïse écrivit, suppose que le récit est, D” non de Moïse, mais d’un tiers. Enfin Aben Ezra D! paraît avoir fait les mêmes remarques que les talmudistes sur Deut., xxxIV, 5-12. Comme on le J voit, ces remarques aboutissaient, non à contester D l’origine mosaïque du Pentateuque, mais à relever des adililions de dates diverses.:
10. — 2°) Ce furent les assertions des premiers pro-: pagateurs de la Réforme qui ramenèrent Fattention À sur ces difficiles problèmes. Dans un essai? publié à!: Wittemberg (1520), CARLSTADT f’ut le premier à se ser- à, vir de l’argument du style. Constatant que Deut., EXXIV, 5-12, qui ne pouvait être de Moïse, ne trahissait pas une autre main que ce qui précède, il en conclut à la légilimité de l’assertion que le Pentateuque D n’avait pas été écrit par le grand législateur. Toutefois la mention de l’activité littéraire de Moïse et de Josué (Deut., xxxt, 9; Jos., xx1V, 26), Ie récit de " la découverte de la Loi sous Josias (il X’eg., xxn), ln l’empêcbaient de descendre jusqu’à Esdras. L’auteur Rk demeurait inconnu. — De son côté, LUTIHER, qui avait Ru remarqué la difficulté de Gen., xxxXV1, 81, se demandait quel inconvénient il y aurait à ce que Moïse ln n’eût pas lui-même écrit le Pertateuque. A
11. — 3°) Le premier auteur catholique qui envisagea le problème avec quelque précision fut ANDRé Mars; son ouvrage (1534) fut mis à l’index donec corrigalur (1596). Ilrapprochait le Pentateuque des Mi. 1. Cf. Richard Simon, Histoire Critique du Vieux Testament, Livre premier, chap. vai ‘édit. de 1655, p. 41 sv.). C’est nous qui, sauf une exception ou deux, Du soulignons les raisons qui militent Contre l’authenticité = mosaïque de ces versets. D’ordinaire Aben Ezra emploie des formules évasives: « C’est un mystère: que ceux qui Im le comyrennent ne divulguent pas! » Ou encore: « Vous I en comprendrez le vérituble sens si vous concevez le Ru secret des douze (sans doute de douze passages qui font mn difficulté. ou encore de Deut, xSx1V, 1-12) »., 2. De Canonicis Scripturis libellus, Wittemberg, 1520. “ 8. Josuae impcraloris historia illustrata, Anvers, 1574, praef., p.°2. Cf. Micxe, Cursus completus Scripturae sacrae, VIE (Ia Josuam Masit Praefatio), col. 853: « Mihi certe ea est opinie, ut putem Esdram, sive solum, sive una cum aequalibus, insiyni pietate et erudilione viris, coelesti spiritu afilatum, non solum hunc Josuae, verum etinm Judicum, Rezum, alios, quos in sacris, ut vocant, Bibliis lesinus libros, ex diversis annalibus apud Ecclesiam Dei conservatis compilasse, in eumque ordinem, qui jam olim babetur, redegisse atque disposuisse. Quin ipsum etiam Mosis opus, quod vocant T:/réreuycr, longo post Mosen tempore. interjectis saltem hic, illic, verborum, et sententiaruum clausulis, veluti sarcitum, atque omnino explicatius redditum esse, conjecturae bonae afferri facile possuut, Nam ut unam, exempli causa. dicam, Cariath-Arbe écrits qui le suivent (Jos., Jud., Sam., Rez.), rédigés, d’après lui, pur des Lommes de piété, tels qu’Esdras, à l’aide de matériaux préexistants et sous la direction du Saint Esprit; de ces sources il relevait Is trace dans la wention du livre du Fa$er(Jos., x, 13). Quant au Pentaleuque, il y Signalait des traits. selon lui évidents, d’une rédaction ou de remanie ments postéricurs à Moïse, celui-ci en particulier: fréquemment la Genèse (XI, 18; XXL, 2, 193; XXXV, 27; xxxvu, 14) parle d’Héhron, alors que, d’après Jos., xiv, 14 (cf. Jos., xv, 13, 14; Jud., 1, 10), cette ville porta jusqu’à la conquête le nom de Cariatl-Arbé, — Le jésuite BENoir PerEtRa (1594) entrait dans le méme courant d’idces!.
III. Au XVIIe siècle
12. — 1°) Le problème prend une importance croissante. Le jésuite BONFRÈRE (1625)* admet que de légères additions ont pu être faites au lentateuque par des écrivains sacrés; puis, s’appuyant sur Jos. xxiv, 26, il déclare que Josué a pu faire des addi: tions à la Loi, spécialement au PDeutéronome. Le P. Tirin (16069) devait tenir un langage analogue. saepe illic Hebron nominatur et tumen hoc illi urbi nomen a Culebi filiu Hebrone impositum esse graves uuctores tradiderunt. Quapropter ueque divus Hieronymus, in actione contra Helvidium, alitcr de Pentateuchi scriptore sentire videtur, CUaelernmw priscis temporibus apud Ecclesium fuisse disrin et annales, in quibus res gestas, ut quueque notatu dignissimue, ad docirinue sacrae propagalionem utilissimae videbentur, continuuta serie inscribebant ii qui quoquo tempore eleganti eruditione, pietateque praestantes in populo Dei vivebaut, satis docent. cum aliae quae saepe laudantur, quaruvis jam interciderint, Regum historiae, tu liber bellornm Domini, et liher Recii, in quo et Josuae nostri, et Sumuelis, Saülisque gesta fuisse inscripta certum est ». 1. Prior Tumus Commentariurum et dispuiationum in Genesim, Lyon, 5e èd. 1597, t.!, p. 13-14: « Eso, ut credum waximam Pentateuchi partem esse Mosis, adducor, tum cousentisnte omnium auctorilale, lum eliam quod in sucris bris Ex., xvis et xxiv, et eut, xxxt multa in scriptis Mosen reliquisse comperio.… Placet etiam mihi eormu sentenlia, qui existimunt hoc Pentateuchum luuygo post Mosen tempore iulerjectis mailtifariam, verborum et sententiarum elausulis, veluli surciluin et explicutius redditum, et ad continuandem histariue seriem melius esse disposilum ». Dans le développement de ce thème, Pereira suit Maes de très près. 2. Pentaleuchus, Anvers, 1625, p. 93-94: Ayant allégué certains des prussages qui font difficulté sous Le calame de Moïse (Gen., xuit, 19: x1v, 14; MNune,, xu1, 3: xxr, 1%, 15; etc.) il dil: « Sed nibil vetat dicere haec et ulins id genus pauculas sententias poslea ub Ho: siograplhis Scriptoribus Jocis suis additas fuisse, a Moyÿse totum horum lisrorum corpus. exceptis his pauculis, quae postea accessere, esse formatum ». — Josue, Judices et Ruth, Paris, 1631, p. 183 (à propos de Jos,, xx1v, 26): « Scripsit quogue omnia verba haec in volumine legis Domint. lutellizit, nt recte Masius et Serarius, de admonitionibus et stipulationibus, ques Josue in praecedentibus fecerut, aC populi deinde responsivnibus, publicaque religionis suae, quam fecerat, professione; uno verbo, scripsit Josue verba renovali foederis seu quae in eo diclu factave essent. Sed quodnam illud volumen? Respondeo volumen istod intelligi, in quo Moyses Deuterononium conscripserat..., e quo verisimiliter lecta sunt et proposita illa praecepta et judiciu, de quibus agit versus praecedens ». 3. Commentarius in Sacram Seripturam, edit. novissima, Lyon, 1702, t. I. p. 74. À propos de Deut., xxx1v, 6: u Ev quibus eliam verbis patet, haec non a Moyse, sed ab alio quopiam huic libro inserta fuisse, et verisimilius à Josue suecessore illins, et rerum post mortem ejus gestarum uccurato scripiore, ut patebit ex libro sequenti. Quin imo totum hoc ceput. et plura quoque alia loea ab eodem Josue hinc inde in Pentateucho, maxime ubi Moyses effuse laudatur, inserta fuisse, plurimorum est opinio, quod censeant, virum twm modestumin laudes proprias numquam tam ample excursurum ». On lira aussi avec intérêt ce On insistait sur Gen., xut, 18 (vid. supr. 11); Num., x11, 3, éloge que Moïse n avait pu écrire à son propre sujet; Num,, XxI, 14, 15, inention et extrait du Liwre des Guerres de Yahwek; l’eut., xxxiv, 5-12, récit de
13. — 2°) La question étuit étudiée avec beaucoup plus d’indépendance chez les réformés. Le Hollandais Eriscorius (1650)!, ie philosophe anglais Horses G65:5)*, le calviniste IsaACG DE LA PEYRÈRE (1655)3, faisaient es constatalivns et émettaient des théories dont plusieurs ont été retenues, Toutefois c’est avec Banuca SriNoza (1670) ‘ que l’on voit s’esquisser un système proprement dit de critique litteraire et historique. a) Le Pentateuque actuel ne saurait ètre de Moïse; la manière dont on parie de lui à la 3° pers., les éloges qu’on lui décerne supposent que la rédaction est l’œuvre d’un tiers; les passages tant de fois allegués nous reportent à des dates bien postérieures au grand prophète. — b) Ce n’est pas à dire que le Pentateuque ne renfernie pas de traces de cette activité littéraire que des textes explicites attribuent à Moïse. On ferait volontiers remonter jusqu’à lui le Livre des Guerres de Yahiveh. Spinuza met aussi à part le Code de l’alliance (E-r., xx, 22-x x) et l’identilie avec «les paroles de Yahweh et ses jugements », dont ilest question Ezx., xxiv, 3, 4. Maïs cette activité est impossible à préciser par delà les retouches qui en ont atleint les résultats. — c) L’œuvre actuelle vicnt d’Ésdras el a été réalisée en deux étapes. La loi promulsuée par Le prêtre-seribe (Ve., vai-x) n’est autre que noire Deuteronome, qui forme un tout à part, dont la connaissance élait partieuliérement indispensable au peuple. Après l’avoir publié, Esdras l’inséra, à la place qui lui revenait, dans un récit comprenant toute l’histoire du peuple juif depuis fa création jusqu’à la ruine de Jérusalem. Le Pentateuque se trouve ainsi constituer une sorte d’Introduction aux autres livres historiques du Canon. — d) Pour réaliser son œuvre, Esdras s’est servi de documents anciens. Mais, d’une part, il a retouché les sections législatives pour Les mettre en Larmonie avec les besoins de ses contemporains; d’autre part, il n’a pas coordonué selon une méthode précise Les extraits historiques. De là les répétitions et Les incohérences que l’on peut facilement relever; Spinoza s’attache de préférence à celles qui ont trait à la chronologie.
14. — 3°) C’est pour lui répondre que RicnarD SiMoN cotuposa son Zistoire critique du Vieux Teslament (1685). — a) D’après le céltbre oratorien, juxement de Corxezius À Lapine (Commentaria in Pentateuchum Mosis, Arçumentum, édit. Vivès, Paris, 1866, t. I. p. 27): « Ubi adverte Mosen Pentatcuchum simpliciter conscripsisse per modum diarii vel annalium; Josue tamen, vel que simnilem evosdem hos Mosis annales in ordinemn diyessisse, dislinxisse, et senlentias nonnullas uddidisse et intexuisse ». Noter que Tirin ne parle que d’additions fuites par Jnsué. 1. Opera theolosica, Amsterdam, 1650. F Jastétutiones theulostcue in quatuor libros distinctae, lib. 1l, De Revelutione Must facta, sectio 1. De lee Mosis in grnere, p.49-60, mais surtout sectio v, De ltbris Veteris Testumenti, p.217. — Œuvre posthume; Episcopius elail mort en 1643. 2. Leviathan or the matter, forme and power of &« Commonseallh eeclesiastical and civil: Londres, 1651. Part IL, cap. xxxiu, Of the Number, Antiquity, Scope, Aüthority and Interpreters of the Books of Holy Seripture, p. 200, 3. Pracadumilae sive Erercitatio super versibus 2, 13, 14 capitis v Epistolae D. Pauli ad Romanos, 1635; Pars ], Hb. IV, cap. ret ur, p. 169-185. 4. Tractlatus theologico-politécus, 1670; Cap. VITI-X; édit. Fauchuitz, t. HE, p. 125 sv.; trad, Appuhn, Paris, 1915, t. 11, p. 180-190. les histoireset généalogies de la Genèse se présentent comme si Moïse les avait prises dans quelques livres authentiques ou empruutées à une tradition constante. Ces documents dilféraient les uns des autres quant à leur style ct leur contenu. même lorsqu’ils sc rapportaient à un même sujet. De là les confusions que l’on peut relever, par exemple, dans Gen., 1, l, ou encore dans le récit du déluge (Gen., VI, 1-1x, 17). D’ailleurs on peut aussi penser à des déplacements des feuillets ou rouleaux sur Jesquels les livres étaient écrits. — b) Dans Ex.-Deut., les législations ont été divinement inspirées à Moïse lui-même. — c) Or nolera avec un intérêt spécial la place qre Richard Simon fait aux scrihes de Moïse. Le grand législateur n’avait pas besoin que Dieu lui dictät le récit des événements qui se passaient de son lemps. Il avait sous lui des seribes qu’il avait établis et qui n’étaient pas sans analogie avec les scrihes publics des àges postérieurs. Ce sont eux qui ont rédigé pour la postérité les récits des faits dont ils étaient les témoins. ls ont ensuite fait des recueils, juxtaposant plusieurs de ces réciis sans se préoccuper de les harmoniser parfaitement. Ce sont ces recueils que le Pentateuque nous a conservés; ils ontune autorité divine parce que ces divers scribes étaient inspirés; on jreut en une certaine manicre les attribuer à Moïse puisqu’ils avaient été faits sous ses ordres.
IV. Au XVIIIe siècle
15. — L’œuvre du xvui’ siècle fut de poursuivre d’une façon méthodique les résultats précédemment obtenus. 17) Les premiers pas furent faitsen ce sens parun ruédecin catholique français, Jëax Asinuc, de Montpellier. Il déveluppa ses idées dans un livre qu’il publia en 1:53 à Biuxelles sous le voile de l’anouyme: Conjectures sur les mémoires originaux dont il paraît que Morse s’est servi pour composer le livre de la Genèse. D’après le litre même de l’ouvrage, Astruc limite son examen à la Genèse, à laquelle il adjoint toutefois Ex., 1,11. @) Il part d’un fait que l’on avail sans doute remarqué auparavant, wais sans lui donner l’attention qu’il réclamait: c’est que, dans cerlaincs portions du premier livre du Pentateuque, Dieu est désigné par le nom propre Yahweh, tandis que, dans les autres, on retient le nom commun Elohim.— ) De plus, ulors que ses prédécesseurs avaient surtout insisté sur l’uuité d’ensemble de la Genése, Astruc met en relief Ics confusions que l’on remarque en maints endroits. — c) Il est d’abord amené à äistinguer deux grands documents dont il suit la trace depuis Gen. 1 jusqu’à Lx., nu. Ils sont antérieurs à Moïse, à l’exception de la partie renfermée Ex:.,1, 1, qui est attribuée à Amram, père du législateur (Ex., vi, 20); ils alimentent le courant principal de l’histoire patriarcale. L’un deux, À, est élohiste: l’autre, B, est 1. R. Simon fut attaqué par l’arminien Jean Lecirrc dans l’ouvrage anonyme intitulé Seutiments de quelques théologiens de Hollande sur l’Histoire critique du Vieux Testament (Amsterdam, 1685, surtout p. 107-130). À la base du Penteteugue sont des documents de caractère privé, dont plusieurs peuvent étre antérieurs à Moïse. Faite en pays chaldéen, l’œuvre de fusion serait due au prêtre qui fut envoyé de l’exil enseigner aux habitants de l’uncien royaume de Samarie comment honorer Ynhweh (cf. 11 Reg., xv51, 24-25), La partie essentielle de l’œuvre scrait constituée par la Loi découverte au Temple sous Josias (cf. Il Res., xxu). Richard Simon réfute ces assertions dans Défense dus sentiments de guclques théologiens de Hollande (Awsterdam, 1686;, surtout lettre VII, p. 166-168. Leclerc atiénua plus tard ses opinions. vakhwiste!. — d) A côté de ces documents fondamenlaux, Astruc en distinguait neuf autres, C-M, qui se rapportaient à des sujets plus accessoires et qui avaient pris naissance dans les divers milieux avec lesquels Moïse avait été en relation. Ces nouveaux documents se réduisent parfois à des fragments de minime etendue. — e) Le médecin de Montpellier attribuait à Moïse la premiére coordination de ces documents. qu’il avait disposés en quatre colonnes parallèles. Mais, dans la suite, tout avaitété maladroitement ramené à une colonne et à un récit, et c’est ce qui explique les conlusions que l’on est obligé de conslater.
16. — 2°) Astruc avait été un précurseur: a) Une trentaine d’années plus tard, Joranx GoTTrie Ercnuonx (Einleitung in das Alte Testament, Leipzig, 1980-15S3)arrivait à des résultats analogues par des investigations personnelles, à propos desquelles il employait pour la première fois le noru de Iaute Critique. — v) Comme Astrue, il distinguait dans la Genèse un document élohiste et un document yahwisle, auxquels ilen ajoutait trois autres, sinon cinq (v. gr., Gen., xiv et encore Gen., XLIX, 1-25). Le récit du déiuge lui donnait l’occasion de préciser le caractère liltcraire de chaque écrit et, par exemple, de noter la méthode chronolosique de l’élohiste. Éichhorn poursuivait, lui aussi, l’application de son système jusqu’à Ex., 1. — $, Il ne se faisait pas furt de déterminer l’origine des documents. Il pensa d’abord que Moïse les avait utilisés dans la rédaction de Gen. et d’Ex., 1, nu; ensuite ses aflirtuations furent plus imprécises. —;) À la différence d’Astruc, Éichhorn s’occupait du reste de l’Exode et üu Zévitique; mais il ny voxait qu’une collection de documents séparés, souvent incomplets et fragmentaires, remontant aux temps mosaïques; il ne cherchait pas à établir des connexions entre ces pièces. — b) Kane Davib ILGENX poussera plus loin encore l’analyse de la Genése et, au lieu d’un élohiste, en distinguera deux, qui, comme le vahwiste, formaient chacun un tout indépendant, avec des caractères propres (Die Ürkunden des jerusalemischer Tempelarchivs in ihrer Urgestalt, I, 1398). 3) C’est ainsi que l’effort critique du xvin‘ siècle aboutissait à l’exposé d’une Première forme de l’hypothèse documentaire.
V. Au XIXe siècle
17. — 1°) Le x1x° siècle devait voir se poursuivre l’étude du? entateuque eu deux manières, D’abord on allait appliquer aux ciug livres qui le composent l’œnvre de critique jusque-là à peu près exclusivement limitée à la Genrse. Ensuite on aliait coordonner en systèmes les résultats ohtenus. 20) Malheureusement on commença par s’engager dans des hvpothèses fantaisistes; leur élaboration ne fut pas, àl est vrai, Sans entrainer la constatation d’un certain nombre de faits qui furent retenus dans la suite. L’hypothèse des fragments? ne fut guère autrechose qu’une régression purc et simple. Mais, avec, l’hypothèse des compléments?, on s’achemine vers la ñ 1. Astruc dit: jéhoviste. 2. D’une manière wénérale, l’Aypothèse des fragments substitue aux documents continus un grand nombre de 4 morceaux, plus où moins étendus, réunis et mis en un = ordre tout relatif par un rédacteur. Les principaux partisans sont: À. GrDoEs (1742;, VaTen (1802-1505), pe L WEeTTE (1803-180;), Benraozo (1813), HanTMANN (1831), etc.. 3. Dans l’Aypothèse des compléments, on met à la base du Pentatcugue un noyau primitif ou écrit fondamental (Grundschreft) formant une histoire complèle et suivie, F autour de laquelle ont été rattachés des suppléments de toute sorte et de tonte étendue. Ses principaux partisans Nouvelle Hypothèse des Documents, à laquelle l’avenir appartient. Elle consiste, comme l’ancienne, à réduire le Pentateuque ou, ainsi que l’on commence à dire, l’Âerateuque en une série de documents suivis.
18. — a) Inutile de nous arrèter aux essais de GRaugerG (Libri Geneseos secundum fontes rite dignoscendos adumbratio nova, 1828), de STAHELIN (kritische Untersuchung über die Genesis, 1830), de Bzeëx (avant son adhésion à l’hypothèse des compléments, Peiträge zu den Forschungen über den Pentateuch, dans Studien und Kritiken, 1831), de KNoBet (Æommentare zur Genesis, 1852 et 1860; zu Exodus und Leviticus, 1857; zu Numeri, Deuteronomium und Josua, 1861). Il y a même assez peu de résultats définitifs à recueillir dans la théorie proposée par Ewazn (Geschichte des Volkes Israel bis Christus, 1843), revenu de l’hypothèse des compléments, — b) C’est surtout d’HermManx Huprezn (Je Quellen der Genesis und die Art ihrer Zusammensetzung, 1853) que la critique moderne tient sa première orientation. La Genèse renferme, d’après lui, trois documents: le Grundschrift(Ecritfondamental)ou Premier Élohiste, dont le récit commence avec la création et se poursuit, en dehors de la Genèse, jusqu’à l’entrée des Israélites en Canaan; le FYahkwiste, quicommence, lui aussi, avec la création; un second Elokhiste, qui s’occupe surtout des patriarches et présente beaucoup d’affinités avec le Fahwiste. La Genèse est due à une fusion de ces documents, dans laquelle le Yahwiste et le second Élohiste ont été plus étroitement amalgamés. Généralement reproduits mot pour mot, les documents ont assez souvent subi des correetions et des modifications en vue d’une plus parfaite harmonie. — c) Tuëonon NüLpeke (Untersuchungen zur Kritik des Alten Testaments, 1869) appliqua cette théorie à l’Hexateuque tout entier et insista, plus qu’on ne l’avait fait jusque-là, sur la question de dépendance et de chronologie. D’après lui, le second Élohiste est plus ancien que le Jahsiste, qui lui fait des emprunts. D’autre part, il doute de la légitimité de l’hypothèse d’après laquelle le Grundschrift était généralement considéré comme antérieur aux deux documents précédents. D’ailleurs l’origine de ces trois écrits se place aux x-1x° siècles; ils ont été réunis par un rédacteur qui a poussé son œuvre jusqu’à Josué. Le Deutéronome, qui a été introduit ensuite dans ce recueil, est de peu de temps antérieur à la réforme de Josias (622). Le Pentateuque a pris sa forme définitive sous Esdras, qui l’a promulgué et fait accepter du peuple.
19. — d) En résumé, les critiques dont nous venons de parler reconnaissent les quatre documents auxquels on réduit aujourd’hui la Loi et Josué. Ils admettent un travail progressif de fusion, à beaucoup d’égards analogue à celui qu’aujourd’hui encore on aime à décrire. Mais ce qui, en cette première phase, est le plus caractéristique de la MWouvelle … hypothèse des documents, ce sont les dates respectivement attribuées aux sources. Si l’on adopte les sigles actucilement en vigueur (J — le Yahwiste, E — le [second] Élohiste: P — du mot allemand Priesterkodex] le Premier Élohiste, aujourd’hui nommé Code sacerdotal; D — le Deutéronomiste). on exprimera l’ordre de succession des documents le plus généralement admis par la formule PEJ D — e) C’est en ce domaine de la chronologie que le: changements les plus profonds allaient être intro duits par l’hypothèse grafienne, désormais la plu: universellement reçue. furent: KeLLE (1812), H. Ewarp (1823), F. Bezx (à parti de 1836), E. Tucu (1838), ve Werte (à partir de 1840), etc Tome Ii.
VI. Hypothèse grafienne
20. — 1°) Elle est encore appelée: théorie wellhausienne, à cause de celui qui davantage a contribué à sa précision et à sa diffusion; Aollandaise ou allemande, à raison de l’origine de ses premiers tenants; théorie du développement, à cause des principes qui sont à sa base.
21. — 2°) K. H. Grar avait eu des précurseurs. Surtout en la personne d’En, Reuss, professeur à l’Université de Strasbourg et son maitre (cours en 1833; article Judenthum, dans Allgemeine Encyklopädie de En-cr et GRAUBER, 1859; ef. La Bible, Ancien Testament; troisième partie, L’Histoire Sainte et la Loi [Pentateuque et Josué, t. 1, Introduction, 185y). qui appliquait plus strictement qu’on ne l’avait fait jusque-là le principe du développement religieux à la critique littéraire de l’Z/exrateuque. Sans parler de Varke (Die Religion des Alten Testaments nach den kanonischen Büchern entwickelt, t. 1, 1835), 3. F. L. GronGr (Die älteren jüdischen Feste mit einer Kritik der Geset: gebung des Pentateuchs, 1835).
22. — 3°) K. H. Grar (Die geschichtlichen Bücher des Alten Testaments, 1806) renchérissait encore sur le principe du développement posé par son maitre. — a) La première conclusion qu’il en tirait était que le code lévitique n’avait pas été en usage, ou même n’avait pas existé, depuis l’entrée des Hébreux en Canaan jusqu’à la prise de Jérusalem par Nahuchodonosor (586); il constatait d’ailleurs que ce code n’était pas homogène, — b) Le document le plus ancien est l’Élohiste, c’est-à-dire, non seulement le second Élohiste de Hupfeld, mais la partie historique du Grundschriftou premier Élohiste (surtout dans la Genèse). — c) Le Yahwiste de la Genèse n’est qu’un simple reviseur de l’Elchiste, auquel il ajoute des complénments; il serait du temps d’Achaz el il faudrait lui attribuer Æxr., XII, XX-XXNI, KXXIV. — d) C’est Deut.,1v, 45-xxvur, 68 qui a été découvert en 622; mais les chap. xxr-xxv sont de date plus ancienne et pourraient avoir d’abord formé un suppièment à l’Erode: Jérémie serait peut-être le Deutéronomiste, — e) En tout cas, c’est Ezéchiel qui est l’auteur de Lev., xvn-xxvi (Zoi de Sainteté, Ph des modernes) et d’Ex., xxx1, 12-17 (loi du sabbat). D’autre part, une portion notable du code lévitique n’est guère antérieure à Esdras, si elle n’est pas, au moins partiellement, son œuvre: Æx., xir, 1-28, 43-51; Lev., -xvr (m1 renfermerait une loi plus ancienne)); xx1v,10-10; Num, 1, 48-x,28; XV-XIX; XXVII- XXXI; KXXV, IO-XXXVI, 13. — f) C’est avec Esdras que le Pentateuque aurait reçu sa forme définitive. On y aurait encore ajouté dans la suite Lev., xxvit et quelques éléments d’importance secondaire. — 5) Cédant aux critiques de Kuenen et autres, Graf renonça bientôt à séparer les parties historiques du Grundschrift de ses éléments législatifs et acheva ainsi de donner à la théorie la forme que, pour ses grandes lignes, elle garderait à jamais. À la formule P EJ D on substituerait E J DP.
23. — Le) Dix années durant, les idées de Graf ne trouvèrent que peu d’écho. Mais, en 1836, elles reçurent une adhésion qui allait assurer leur succès et leur diffusion: celle de Jurius WELLHAUSEN. — a) Les principales de ses œuvres relatives à ce sujet sont: Die Composition des Hexateuchs, d’abord dans Jahrbächer für deutsche Thevlogie (1836, 1875), puis dans Skiz=en und Vorarbeiten (1885), enfin à part (1889); article Pentateuch and Joshua, dans Encyclopaedia Britannica (1885); Geschichte Israels (1858, 1883 et sv.); Zsraelitische und jüdische Geschichte (1894; 5° éd., 1904); article J/exateuch (revision de Pentateuch and Joshua par l’auteur Jui-même), dans Encyclopaedia Biblica (i1go1). C’est surtout des deux derniers travaux que nous nous inspirons. — b) Wellhausen retient la distinction déjà classique de trois couches dans l’Hexateuque: le Jéhoviste (JE; le mot est formé par l’adaptation des voyelles du mot Élohim aux consonnes du mot Yahweh: lehowih) ou document prophétique, formé lui-même par la fusion de l’Élohiste (E)et du Fahwiste (3); le Deutéronome (D); le Code sacerdotal (P). — c) La méthode à adopter pour fixer l’ordre de ces éléments présente deux aspects. Il faut d’abord comparer entre elles ces trois couches. 11 faut ensuite chercher à les placer dans leurs relations propres avec les diverses phases de l’histoire d’Israël, telles que d’autres données indiscutables nous permettent de la reconstituer; ce travail ne va pas sans que l’on introduise des modifications nombreuses dans les idées traditionnelles touchant la composition et la date des autres livres bibliques. — d) Le procédé est abrégé si l’on regarde comme acquis que la date du Deutéronome nous est fournie par II Reg., xx (récit de la découverte du « livre de la Loi » sous Josias); on a alors un point fixe autour duquel les autres peuvent se mouvoir. — e) Cette méthode doit également s’appliquer aux parties historiques et aux parties légales de l’Hexateuque. D’une part, en effet, JE renferme des législations (Ex., xx-xxIm; xxxIv), tandis que le Deutérorome et le Code sacerdotal contiennent des sections historiques; d’autre part, on constate dans chaque couche une influence réciproque du point de vue légal et du point de vue historique. Wellhausen toutefois insiste surtout sur la comparaison des lois, notamment des ordonnances rituelles (lieux de culte, sacerdoce, taxes sacrées) avec les données des livres historiques et prophétiques. — f) Voici quelles sont ses conclusions touchant l’ordre et la date des documents. Non sans avoir changé d’avis, il regarde le Yahwiste comme le plus ancien et en place la composition cn Juda, au cours du neuvième siècle; l’Élohiste, qui est israélite, serait du huitième. Il faut d’ailleurs remarquer qu’il s’agit de La rédaction principale de chacun de ces documents; ceux-ci, en eflet, renferment des éléments antérieurs. Leur fusion en un récit par le rédacteur jéhoviste aurait pris place avant le Deutéronome. Or on ne saurait avoir de doutes sur la date approximative de ce dernier écrit; il a été composé fort peu de temps avant sa découverte par Helcias, en 622. C’est pendant l’exil, ou aussitôt après, qu’il a été réuni avec l’histoire iéhoviste. Quant au Code sacerdotal, dont plusieurs tléments, notamment la Loi de Sainteté, remontent au temps de l’exil, il est allé se développant pendant la première période de la restauration nationale. Il était achevé et déjà combiné avec les autres documents avant la promulgation de la Loi par Esdras (Wellhausen adopte pour cet événement la date de 444); il se peut d’ailleurs qu’Ésdras ait eu une part dans cette combinaison définitive. Aussi bien, au moment de la promulgation, le Pentateuque était détaché du livre de Josué, et c’est Jui seul qui a été publié, Quelques suppléments sont postérieurs à Esdras.
24. — 5°) L’hypothèse de Welllausen a eu une immense diffusion. — «) On peut dire qu’elle esi aujourd’hui classique dans le monde des critiques. Les Einleitung in das Alte Testament de C. H. Cor- NiLL, H. HozzINGER (Einleitung in den Hexateuch), de D. C. Sreurnnace, etc.; les Geschichte der Vollkes Isracl de B. Srane et autres, l’ont vulgarisée en Alle magne; elle l’a été en Angleterre par l’Introduction to the Literature of the Old Testament de S. R. Driver, en France par l’/ntroduction à l’Ancien Tes= tament de L. GAvTiER, L’accord, ainsi que le remarque ce dernier auteur, s’est fait sur le nombre des sources, leur nature, leurs caractères, sur la façon de répartir entre elles le contenu des cinq livres, — b) On signale, il est vrai, quelques dissidences partielles, concernant les dates à assigner aux documents. A. DicuMann, R. Kirtez, W. W. Baupissin, C. Brus- TON ont persisté el persistent encore à soutenir que le Code sacerdotal n’est pas aussi récent que le prétendent Graf et Wellhausen. D’après Kiltel (Geschichte der Hebräer, 1°° éd. 1888; d’après la traduction anglaise À History of the Hebrews by R. KiTTez, Ordinary Professor of Theology in the University of Breslau, translated by John TayLor, D. Lit., M. A.: I, P. 27-134), les plus anciens éléments de D remonteraient aux dixième et neuvième siècles et le Code Sacerdotal aurait été achevé vers l’époque de Jérémie; on trouverait même dans ce prophète des traces d’opposition à ce travail des scribes. Dans sa seconde édition (1912), Kittel atténue sa thèse pour ce qui regarde la rédaction finale du recueil, — c) En dehors des exégètes catholiques, les partisans de l’authenticité iuosaïque du Pentateuque sont en nombre très restreint. Au xix° siècle, FRANZ DeciTzscu, après avoir soutenu cette thèse, se rattacha à la théorie documentaire; HENG: TENEERG (1802- 1869), KeiL (1805-1888) et Ilavernick (181::-1845) sont demeurés jusqu’au bout les représentants de l’opinion traditionnelle en Allemagne. A notre époque, l’Anglais Ilanozv-E. WisNEr s’est fait le défenseur acharné de l’origine mosaïque. Il a beaucoup insisté sur l’impossibilité de fonder sur les noms divins la distinction des documents; il s’est pareillement appliqué à battre en bréche les autres arguments des critiques; mais, il faut le reconnaître, ses discussions, peu courtoises et très tranchantes, ne lui ont pas gagné d’adeptes. D’autres exégètes, ORR, EERDMANNS, KLOSTERMANN, MôLcer, IIALÉvY, ont, pour des raisons diverses, rejeté un nombre plus ou moins considérable des conclusions des critiques, mais sans pour cela revenir aux opinions traditionnelles!. YIH. Exposé de la théorie documentaire
VII. Exposé de la théorie documentaire
25. — Telle est l’importance de la théorie des critiques que nous nc pouvons nous dispenser d’en faire un exposé suceinct. 1° Ses fondements Elle se ramène aux points suivants: — À. Le Pentateuque, sous sa forme actuelle, a été rédigé longtemps après Moïse. — B. Il se compose de documents de dates fort 1. Pour cet exposé de l’histoire des systèmes, nous avons surtout consulté et utilisé: E. ManGenoT, L’authenticité mosaïque du Pentateuque, Paris, 1907; J. Estuin CaRPENTER et G. HaxFronD-BATTERSBY, The Hezxateuch according tothe Revised Version arranged in its constituent documents by members of the Society of Historical Theology, Orford, cdited with Introduction, Notes, Marginal References and Synoptical Tables; tome I, 1900. — Nous nous sommes pareillement servi d’un ouvrage nlus an- À cien, mais utile à lire: Edouard Recss, L’Histoire Sainte et la Loi (lentateuque et Josué), dens La Bible, traduction nouvelle avec Introduction et Commentaires, Ancien Testament, troisième partie, 189. — Nous avons encore consulté les nombreux exposés qui figurent dans les diverses Introductions à l’Ancien Testament (surtout DRIvER, À GAUTIER, STEUFKNAGEL) €t dans les divers Dictionnaires et Encyclopédies bibliques. mpuissant à contrôler toujours les systèmes des auteurs dont nous ne faisons que rap- € porter les noms, nous nous sommes appliqué à n’analyser aucune opinion que d’apres les ouvrages mêmes de ceux qui l’avaient proposée; en quelques cas seulement, les circonstances nous ont contraint de nous en remettre à des résumés antérieurs. diverses. — Or de nombreux indices permettent de regarder ces deux posilions comme solides. A. Le PEnTATEUQUE A ÉTÉ RÉDIGÉ LONGTEMPS APRÈS Moïse. On peut à ce sujet recueillir des indices négatifs et des données positives.
26. — a) Indices négatifs. — Nulle part le Pentateuque ne se présente lui-même comme l’œuvre de Mise; bien plus, nombre de textes tendraient à faire penser qu il tient sa forme actuelle d’un auteur distinct du grand législateur. &) Dans Ex.-Num., les récits parlent constamment de Moïse à la 3° personne. Si l’on en juge d’aprés nos procédés de composition, l’hypothèsela plus naturelle est qu’on se trouve en présence d’un narraleur qui nous retrace la carrière de Moïse. Rien n’invite à penser qu’à la date où Moïse écrivait et dans son milieu, le style indirect fut la teneur reçue d’un mémoire personnel; la Bible elle-même nous fourait des indications en sens contraire. — /3) D’autres indications contribuent à aferwir ces impressions: Notices dans lesquelles l’intervention d’une tierce personne apparaît plus sensible: « Tels Aarou et Moïse, auxquels Yahweh a dit: Faites sortir les fils d’Israel du pays d’Égypte. selon leurs troupes. Ce sont eux qui ont parlé à Pharaon, roi d’Égypte. pour faire sortir les fils d’Isracl de l’Esypte; tels Moïse et Aaron» (Ex., va, 26, 27; ci. aussi Num., xv, 22, 23). Epithctes et formules de louanges qui eussent été étranges sous la plume de Moïse lui-même: « Et Yahweh donna grâce au peuple aux yeux de l’Égypte et l’homme Moïse fut tres grand au pays d’Égypte, aux yeux des serviteurs de Pharaon et aux yeux du peuple » (Ex., x1, 3); « Et l’homme Moïse était tout à l’ait doux, plus que tout homme qui est sur la face de la terre » (Num,., xt, 3; uf. Deut., xxxXIV, 10-12). — 7) Si certains textes d’Er.- Num., témoignent de l’activité littéraire de Moïse, celle-ci est toujours limitée à une péricope précise, facile à déterminer. Ainsi on lit, Ez., xvui, 14: “ Yahweh dit à Mulse: Ecris ceci en souvenir dans [le] livre et place-le dans les oreilles de Josué, car j’effacerai surement le souvenir d’Amaleq de dessous les cieux. » La seconde partie du verset montre clairement que l’ordre donné par Dieu ne vise que le récit de la défaite d’Amaleq. Il est vrai qu’on parle du livre, et l’on pourrait songer à un ouvrage d’une umpleur plus considérable, à une sorte de mémoire, par exemple. sur lequel on eut relaté, à mesure qu’ils se produisaient, les événements les plus inportants. En füt-il ainsi, qu’on ne serait pas autorisé pour autant à identilier cet ouvrage avec le Pentaleuque. On ne saurait même s’appuyer, pour soutenir cette identification, sur ce fait que les massorctes semblent l’avoir consacrée. D’une part, en ellet, si l’existence « du livre » était démontrée. il serait tout aussi naturel de le rexarder comme l’une des sources utilisées par l’auteur de notre Pentateuque. D’autre part, la lecture avec article déterminé repose uniquement sur la ponctuation massorétique (bassépl’ér). Or une tradition plus ancienne, représentée par les Septante (sis SEtov var. & f48/tw, AF], dans un livre, bsepbér), ignore cet article déterminé: on ne saurait done en faire le point de départ d’une argumentation trop rigoureuse. Ex., xx1v, 4, à son tour, vise le Code de l’alliance (Ez., xx-xx111) qui précède; Ex., xxx1v, 27, 28 se rapporte à la petite législation des vers 10-28; Num., XXI, 1, 2 ne concerne que la liste qui suit. — ô) Le cas du Deutéronome diffère uotablement des précédents. Les chap. 1 xxx ne sont qu’une série de discours dans lesquels Moïse s’adresse directement au peuple et parle de lui-mivine à la 1° personne. Des textes explicites attribuent à Moïse la rédaction de ce grand code: Deut.. xxvn, 2. 3 (ef. vers. E et Jos., vin, 30-35: on pent se demander s’il s’agit seulement de la section législative [xu-xxvi], ou s’il faut penser aussi aux discours de i-xil: Deut., xxviu, 58, Gret xux, 19 /Vulg. 20). 20 (2r). 26 (25), 28 iagl. où l’on parle du livre renfermant la Loi, les menaces de maladie et de fléaux, ete ); Deut., xxx1, 9, 10-13, 24-27, où cette loi apparaît écrite par Moïse (les vers. 16-22, 28-30 se rapportent au cantique du chap. xxxmr. D’apres ces indices, on esl. amené à conclure que Moïse a écrit un livre de lois substan tiellement identique à notre Deutéronome actuel, que ce dernier en renferme des extraits littéraux plus ou moins considérables. Toutefois en parlant de Moïse à la 3° per. sonne (Denf., 1, 1-5:1v, 41-43; 2v, 44-v, 3: xxVu, 1, Q. 11 xxvint, 69 [Vulg. xxix, 1]: xxxi-xxxiv), le rédacteur fina semble avoir pris soin de se distinguer du grand pcrsonnagi dont il reproduit les paroles.
27. — b) Indices positifs. — Les crtijues moderne: ontreprisles remarques qui avaient amené nombre d’anciens à reconnaître dans le Pentateuque des interpolations” postérieures à l’époque de Moïse et ils en ont allongé notablement la liste: Gen., xu, 6: « Le Canancen était alors dans le pays (à Sichem: cf. xiu, 7), ce qui n’a pu étre écrit qu’apres l’expulsion des Cananéens par les Israélites. Gen., xin, 18 (cf. xx, 2, 19: XXXV, 293; xxx vu, 14): mention d’Hebron, alors qu’au temps de Moïse, la ville s’appelait Qiryath-"Arba’ (Jos., xiv, 15; cf. xv,13, 14; Jud., 1,10). Gen., xiv, 14: mention de la ville de Dan, alors qu’au temps de Moïse, elle s’appelait Lésèm (Jos., xix, 47; cf. Jud., xvu, xviu). Gen., xxxvi, 31: « Et voici les rois qui ont régné au pays d’Edom avant qu’un roi ne réguät sur les fils d Israël », n a pu étre écrit qu’apres l’établissement de la royauté. Gen., xL, 15. où Joseph parle du « pays dos Hébreux », terme inexplicable avant l’exode. Gen., L, 10: « L’aire d’Atad au delà du Jourdaën », locution qui ne peut provenir que d’un écrivain établi en Canaan et, par conséquent, postérieur à Moïse (cf. Deut., 1, 1, 5: au, S: av, 41, 46, lg [en revanche Deut., m, 20, 25, dans un discours de Moïse, la locution désigne trés logiquement Canaan];: Num., xxu, t: [xxxn, 192, il s’agit de Canaan/; xxxu, 190, 32; xxxiv,15: xxxv, 14). Ex., xw,17, qui semble supposer que Jérusalem est conquise et le Temple bati. Er., xv1. 35, quin a pu étre écrit qu’après la cessation de laianne, par consuquent pas avant Josué (cf. Jos., v,12). Ex., xx, 10, où l’on parle de « l’étranger qui est dans tes portes », ce qui ne convient pas au séjour du désert (cf. Deut., V,14). Ex., xxvi, 18,22, où le Midi est désigné par résbbab, vers le négéb, et l’ouest par yammäh, vers La mer, deux expres-" sions qui nont de sens que pour un auteur établi en Canaan. Num., xx, 14, où l’on parle du Livre des Guerres de Yahweh, sûrement postérieur à Moïse (il doit avoir contenu les « guerres de Yahweh » de 1 Sam., xvtit, 19: xxv, 28). Num., xxiv, 7, Où Balaam anuonçe la victoire sur Agag, roi d’Amalec et contemporain de Saül (cf. E Sam., xv, 8, q sv.). Deut., 11, 11: La présence du lit d’Og, roi de Basan, à Rabbath et la description qu’ou en donne s expliquent anal au lendemain de la défaite de ce roi par Moïse. Deut., mi, 14: Ayant conquis le pays d’Arwob, Jaïr «les [villages de Basan; appela selon son nom Hawwoth-Yé&’ir jusqu’à ce jour. » Cette expression ne se comprend pas sous le calame de Moïse à propos d’une dénomination qui a eté donnée de son vivant. Jos., x, 12, 13 renferme un extrait du livre du Fäsar. Or cet extrait ne peut avoir été fait du temps de Josué. Le livre du Fafar, qui renfermait entre autres éléments l’elègie sur la mort de Saül et de Jonathas (cf. If Sam, 1, 18), est d’une date bien postéricure à celle du grand conquérant. Sans doute, remarque-t-on, il est tôle de ces remarques quin’est pas à l’abri de tout eonteste. Mais les critiques estiment qu’en les considerant dans leur ensemble, on ne peut s’empécher de conclure, non seulement que l’exateuque a reçu des additions de détail, mais encore que sa réduction est de beaucoup postérieure à l’époque de Moïse et de
28. — B. Le PENTATEUQUE EST COMPOSÉ D’ÉLÉMENTS DE DATES FOHT DIVERSES. — lour mettre en relief cette proposiuon, Wellhausen insiste: a) sur le développement de la législation religieuse: b1 sur les diférences dans la présentation des mèmes fuits historiques.
29. — a) Développement de la législation relisieuse. — On s’attache surtout aux lois qui concernent les lieur de culte, le sacerdoce, les redevances sacrées. Nous ne développerons à cet endroit que la première de ces considérations. Lieux de culte. — Nous avons sur ce sujet trois séries de textes. — «) Er., xx, 22-261. D’apres ce texte, Yahweh 1. Des critiques regardent les vers 22b, 23, où lon parle aux enfants d’Israël a la 2° pers. plur., comme étrangers à la rédaction primitive du précepte. D’autre part, un certain nombre d’auteurs doutent de l’unité primitive des vers 24-26. Il en est même qui, à raison de la place occupée par toute cette ordonnance avant le titre d’Ex., xx1. 1, se demandent sielle n’était pas étrangère à la teneur originelle du Code de l’alliance, est prèt à venir vers les sieus pour les bénir et, sans doute, pouræecevoir leurs hommages, dans tous les lieux qui seront consacrés par ses interventions et Sul souvenir. Co est, où le voit, l’affirmation de la léginuité des sanctuaires multiples. Dans ces lioux de culte on élévera, pour y oîtir les holocaustes et les sucritices pacifiques de menu et gros bétail, des autels taits de terre ou de pierres non dégrossies: ils ne comporterout pas do degrés. — f) Lent., xu, 1-14. L’idée principale de ce passage est que les Israclites ne devront avoir qu’un seul lieu de culte, que Yahweh preudra soin de déterminer: là, et là seulement, pourront s accomplir les actes spécfiquement rituels. Une diflérence est établie entre le temnps vù la loi est formu: ée, pendant lequel chacun suit uniquoment les directions de sa conscience, et ia période à laquelle le sanctuaire sera édit au lieu choisi per Yahweh. Le précepte est fondamental dans Ja législation deuteronoœique el on y revient en une serie d’ordonnances de détail: xu, 19-19, 20-28; XIV, 22-293 XVI, 1-8, g-12, 13-15, 10-17; zvu, $-13; xvin, 6-8: xxvi, 1-11. —;) Lorsque après leur entrée en Terre Sainte, les israélites concentreront leurs ado: Lations autour du seul lieu de culte, ils ne feront autre chose, selon une autre scrie de documents, que continuer ou reproduire ce qui existait déjà au désert. Au cours des migra: tions, en elle, les liturgies ne se développaient qu’autour du tabernacle ou sanctuaire portatif et de l’arche qu’il renferrail. Er, sxiv, 15’-XAU, La et xXxv-xL contiennent les prescriptüons relatives à la construction de ce lieu de culte et le récit de leur execution: le Lévitique est presque tout entel consacré à la réglementation des rites qui s ÿ doivent accom: plir (cf. aussi Am. 1, 48-55; td, 2-x, 10; xvI- xx [xvi seulement en partiel: xavr, 57-62; xxvin-xxx, une série de lémislations complementaires au sujet de ce même tabernacle). — 6) Si, appliquant la théorie du développewent où compare entre elles les léxislations d’Ex.. xx, 22-26 et di Deut., XU, on ne peut manquer de conclure à la privriu enronvlogique de la premivre. Le précepte deutéronomiqui est un précepte de stricie observante, de rigourense ortlodoxic: il est d’ailleurs on ne peut plus favorable à la sau: vegarde de la pureté du culte, à la visilince et au control: qui sont si utiles pour. maintenir les liturgies à Labri di toute inirusion de paganisie. On n’aurait jamais abandonn: ce precepte, duns les milieux d’observance, pour lui en sub stüituer un qui, l’histoire le prouve, devait etre, en Jud: Uer., u, 20-252, 255-28; nr. 2, 6. 9, 13. 21, 23, 2h, Va, 15, 3N 30-34; xu, 27: etc.) aussi bien qu’en Israël (4m., 1v. 4,5 v, 4,55 VI g: vus, 14; x, 1: Os., 1V, 12-195 V, 1-7: Vi 6-10; vin, 1-7: elc.), fécond en toutes sortos d’abus. A cuntraire, on envisagerait facilement l’ordonnanee concernan l’unité de sanctusire à la façon d’une réaction contre les iu cunvénients qui, à certaines époques surtout, étaient la consé quence de la loi trop libérale du Crde de l’alliance. — €) O l’aistoire vient confirmer point par point cette remarque Meme apres La constructiou du temple salomonien et long temps encore, les chels d’Israel agissent conume si le précept d’Er., xx, 22-26 était seul on vigueur. Des rois pieux, don quelques-uns très zélés pour la réforme des abus (1 Res. XF, 13.13: xxu, 47), ne songent en aucune manière à détruir les hauts lieux que les Israélites out élevés en l’honneur d Yahweh (1 Res, xv, 14: van, 44: 11 Reg.. x, 38, 4: iv, 3 4: xv,3, 4. et 34,33). Si, d’autre part, Jéro! oam 1° etses suc cesseurs complètent le schisme politique par un schism religieux, ce n’est pas du seul fait qu’ils favorisent Les sanc tuaires de Béthel et de Dan: c’est, d’une façon tres précise parce qu’ils s’eMorceut de detacher les Israélites du gran sanctuaire national de Jérusalem (] Reg, xu, 26-30). De prophètes d’ailleurs. et des plus illu-tres. un Elie par exempl il Res, xvui, 30-33), vont jusqu’à rétablir les sanctuaires d Yahw eh que leurs alversaires ont abattus. Aussi bien, les fil d’Israel se croyaientautorisés à ces pratiques par des exemple venus de tres haut; quand ils écrivaiont l’histoire de leur aucetres, ils aimaient à moutrer les patriarches consacrant le sanctuaires en honneur par leur dévotion, ou meme à leu en attribuer l’origine (Gen., zu, 7, 8: zu, 4: xx, 53; xxu 9: axvi, 25 (ef. xuve, 1]: xxvuI. 10-22 [ef. xxx, 13]: xxx 46-54: xxxmr, 30; xxxv, =, 14). — x: Il en fut ainsi jus qu’au déclin du vin‘ siècle. Encore la réforme réalisée pa Ezéchias UT Reg, sv, 4) n’eut-elle pas d’effet durable L’œuvre ne fut reprise que la dix-hui: iemeannce de Josias 62: après que l’on eut decouvert au Temple ce « livre de l’al liance » (IT Reg. xxu) que tous les critiques identifient ave ie Deutéroname. Tous les hauts licux furent abolis. tous le objets de culte communs aux Israéiites et aux Cananéen furent détruits (cf. Deut., 11, 2-4); Josias étendit son action reformatrice partout où il put faire reconnaître son autorité UH es, xxuw, 1-24). C’est ainsi que, par cvtte decouverte et par cette réforme, preuaient lin les désordres que, depuis deux siècles, les prophetes dénonçaient comme evatarminant la vie religieuse de Juda aussi Lien que d’Israul. 1l va de sui qui sentunent des critiques, la première entrée en vigueur u Deutronome coincide avec la réforme de Josias et que sa decouverte n’est que de tres peu de temps postérieure a sa composition. — 7) La nouvelle loi se réclamait d une origine divine et du nom de Moïse; son existence était ainsi reportée aux débuts memes de la nation. Dans la troisicme série de textes que nous avons rappurtée (vid. supr. 1, on a plus loin. Cette loi apparaît en vigueur méme pendant les migrations du désert. A cette date. le tabernacle tieut la meme place qd le temple do Jérusalem occupera plus tard. De la sorte, le culte des hauts lieux a beau paraître appuyé par les exemples des patriarches; il est opposé, non seul:-ment à la loi divine, mais à la pratique des temps de la plus grande ferveur; 4me., v, 25: Us., x, 1,3. 4; Jer., 15, 2,3:. Toutelois on remarquera que, dans les ordunnances relatives au tabernacle portatif, la loi de l’unité de sanctuaire n’est pas l’ubjet d’une prescription explicite: elle est plutot tenue pour acquise, présupposée (cf. Lew., xvur, 1-9). Wellhausen en conelut que lc Code sacerdotal suppose déjà réalisée la tin poursuivie par le Deutéronome, qu’il veut encourager la lidélité à une pratique déjà en vigueur, montrer jusqu’à quel puint elle s harmonise avec les usages suivis aux temps où la volonté divine était la mieux observée. Comme c’est seulement apres l’exil que la loi de l’unité de sanctuaire fut appliquée sans défaillance, c’est jusqu’a cette périvde qu’il faut repurter la composition du manuel liturgique suivi au désert.
30. — b) Dijjérenves dans la présentation des mémes faits historiques. — Wellhausen s étend beaucoup moins sur ce sujet, dans l’article de l’Encyclopaedia Biblica, que sur celui de la législation. — «) L’étude et la comparaison des suurces aboutit à constater la parfaite correspondauce qu’elles présenteut eutre elles. quant à l’arrangement de la maticre histurique qu’elles renferment et quant à de nombreux details: cest precisémeut à cause de cette parite des récits qu’il a été possible de les unir si étroitement dans un livre. La realité est que ces documents apparaissent comme des reprises successives de la tradition histurique, en ruanifestant le développement graduel. — 4) Or ce que l’on constate, c’est qu’en reprenant les mémes évenements, chaque document ä Sa maaièérs propre et très nettement caractérisée de les raconter. Il est inutile de développer cette considération sur laquelle nous aurons immédiatement à revenir. 2° Documents et travail rédactionnel
31. — Les principes que nous venons d’exposor Oul élé retenus par les disciples de Welthausen, c’est-a-dire par la tres grando inajorité des représentants de la Haute Critique. C’est sur ces principes qu’est fondée la distinction des documeuts géneralement admise: Élohiste, Fahwriste, Ecrit deuteronomique, Ecrit sacerdotal, Assez nombreuses toutefois sont les divergences de détail; on comprend sans peine que nous les négligions pour nous en tenir à une vue d’ensemble. Ea celle-ci nous nous inspirerons volontiers du dernier travailun peu compréhensif qui ait paru sur le sujet: Lehrbuch der Einleituns in das Alte Testament de Carl SreuERNAGEL, porn à l’Université de Halle: des notes siysnaleront à occasion les divergences un peu notables des autres critiques.
32. — A. Avant Lrs DOCUMENTS. — a) Aucun de nos documents ne remonte jusqu’à l’époque des événements qu’il raconte, mème quand il s’agit des faits de la période mosaïque. Tous repasent sur des traditions orales. — L) Ces tradi-» tions étaient d’origine populaire. Ayant pris naissance autour d’un souvenir local. s nctuaire, source, etc., ou eucore d une institution particuliere, elles avaient un caractère épisodique et fragwentaire. Remontant à des dates dilférentes. elles porteut l’empreinte du milieu intellectuel, moral, religieux de ces diverses époques. De là: tant de différences de frme (simples listes généalogiques.: vec ou sans notices interca= les; pelits récits; anecdotes plus développées, mais encore tres sobres; histoires riches en détails: etc.); les niveaux divers des conceptions théologiques (anthropomorphismes naifs de certaines apparitions: anthropomorphismes plus n relevés: Dieu restant invisille et transcendant, tout en se servant d’intermédieires pour apparaître aux hommes; etc.); les variantes proprement dites (mème incident attribué, ici à Abraham, là À Isaac; même anecdote localisée, ici à Gérare, là en Égypte). — c) Ces traditions avaient pour la plupart un caractere sacré; elles tendaient à siyrnaler une action très spéciale de Dieu dans l’histoire des ancetres d’Israel, dans la fondation même du peuple et dans son établissement en Canaan. — d) Ces traditions ont. en outre, un caractère esscntiellement légendaire. Elles ont trait, en effet, à des faits de plusieurs siècles antérieurs à l’organisation de la nationalité israélite par l’institution de la royauté, c’est-àdire à des faits dont on n’a pu garder le souveuir exact: elles donnent souvent un reliel égal à des événoiments considérables et à des incidents sans importance; elles multiplient les miracles, les interventions divines et angéliques. Bref elles sont pareilles aux traditions qui existent chez tant de peuples touchant leurs origines, pareilles à toutes les traditions orales et populaires. — c) Ces traditions et légendes sont de diverses sarles. Laissons de côté les mythes, dont on parle à propos des périodes antérieures à l’age mosaïque et mème à l’époque patriarcale. — à) 11 y a d’abord les légendes que l’on pourrait nommer historiques, Elles conservent la substance du fait. Mais elles en modernisent l’aspect, en projetint sur ce fait les particularités des milieux dans lesquels elles sont nées; les liens assez läches, par exemple, qui unissaient les tribus à l’origine servnt représentés sous une forme qui évoquera l’idée de l’unité nationale réalisée au temps de Salomon. Elles en idéalisent le contenu, en transformant en miracles les grands événements dans lesquels l’action providentielle était la plus facile à discerner. — 8) Dans les légendes que l’on peut appeler semi-historiques, la substance mème du fait est alteinte; c’est ce qui arrive, par exemple, quaud on met au compte d’un héros éponyme les traditions qui concernent les tribus. —;) On distingue encore: les légendes éftologiques (œir: x, cause), qui donnent la raison d’un nom. d’une expression populaire, d’une institution, d’un usage; d’ordinaire elles se rattachent à des légendes plus étendues, ponts à l’une des catégories precédentes. — 8) Certaines légendes servent de rerétcment à une idée religieuse: l’épisode du sacrifice d’saac (Gen., xxu, 1-14: E) souligne l: substitution des animaux aux premiers-nés de lPhonime dans les sacrifices. — e) L’histoire de Joseph enfin nous montre comment certaines lésrendes finissent par revéür la forme d’un véritable roman historique!.
33. — B. Le Yanwistre. — a) De nombreux indices marquent que ces traditions ont, en ce qui concerne leurs éléments les plus nombreux et les principaux, pris leur furme à l’époque de la royauté indivise, au temps de David et de Salomon. Comme elles revètent nettement les caractères de traditions orales, leur transmission de bouche en bouche a nécessairement dépassé la date du schisme; c’est apres 935 ‘933 ) qu’elles auront eté fixées par écrit. — b) On s’imagine facilemontque les deux royaumes s intéressèrent à ces tradiüons d’une origine commune. De fait, chacun d’eux en vil naitre une rédaction. L’histoire, qui lient la place principale en ces deux documents, a le mème objet: histoire d Israël et de ses aïeux depuis la création jusqu’à la mort de Moïse (de Josué). Si les premiers extraits de l’Elohisie ne remontent pas au delà de la période patriarcale, ce n’est pas une raison de croire qu’il ne renfermait pas primitivement une section consacrée aux commencements du monde et de l’humanité. — c) Dans les deux documents, cette histoire es! envisagée au même point de vue: souligner l’action de Diet conduisant les événements d’après des plans très précis formules des l’origine eu des prédictions: triomphant, pou les réaliser, de toutes sortes de diflicultés; faisant ains éclater sa puissance, sa souveraineté, sa sainteté. Le pla peut ainsi s’exprimer: Abraham choisit du milieu de l’huma: nité pour devenir le père d’une nation que Dicu traiter: comme son peuple et à laquelle il donnera en héritage k: terre de Canaan. Les difficultés à vaincre sont, entre autres la stériite de Sara, la migration des patriarches hors de I: Terre Promise, l’oppression égyptienne et, d’un autre coté les multiples infidélités d’Israël. — d) Dans les deux docu 1. D’une manitre générale, M. Lucien GauwrTier s moutre plus réservé duns le jugement qu’il porte sur 1 crédibilité des traditions qui sont à la base des documents il ianifeste particulicrement cette réserve quand il s’agi du Jahuriste et de l’Élohiste, plus spécialement encore. propos des récits concernant la période mosnique (ci lutroduction..…, 2° édit., &. F, p. 144 sv). — R. Driver n traite pas ex professo cette quesiion. ments, l’histoire demeure épisodique, faite de sections indépendantes comme les traditions. D’ailleurs, bien quelle résulte de l’idée dominante du document beaucoup plus que de la rédaction elle-même, la connexion générale est, en certains cycles surtout, adnuürablement réalisée. — e) On notera enfin que les deux documents présupposent déjà des sources écrites. L’Élohiste mentionne explicitement le Livre du Yasar (Jos., x, 12 sv.)etle Livre des Guerres de Yahueh (Num., xx1, 14 sv). Il serait possible de relever, soit dans le Fahwiste, soit dans l’Elokiste, d’autres extraits, de caractère surtout poélique, qui remonteraient ou bien aux recueils que nous venons de citer ou à d’autres écrits similaires.
34. — /) C’est dans le royaume du Sud, en Juda, que parut le prenier de ces doeuments, le Fahwriste (J;. Soul, en effet, il renferme les traditions propres à cette fraction du peuple de Dieu, celles notamment qui concernent le sanctuaire d’Hébron. C’est de même aux institutions religieuses du royaume du Sud qu’il porte le plus vif intérèt: la fête du printemps est pour lui la solennité judéenne de la Päaque. Toutefois, en tant que judéen, il n’admet pas la légitimité du schisme. En conséquence, il peut à l’occasion s’intéresser à ce qui concerne le peuple tout entier. — 2) Postérieur au schisrue, le Fahuriste est, comme d ailleurs l’Élohiste, certainement antérieur au Deutéronome, où au moins à sa découverte (622). On n’y relève, en effet, aucune influence des lois spécifiquement deutéronomiques, notamment de la loi de l’unité de sanctuaire; aucune trace non plus de certains épisodes caractéristiques conservés dans le dernier livre du Pentateugue (v. g. conquête du nord de la Transjordane par Moïse, son attribution à Manassé), ni du style de ce document. Bien plus, on n’y découvre aucune des idées caractéristiques du prophétisme inauguré en Juda par Isaïe. C’est donc au ixt siècle que le Fahuiste aura vu le jour. On notera que Jos., xv, 63 et Jud., 1, 21, qui appartiennent à ce document, n’ont pu être écrits qu’à un moment où il y avait encore des Jébuséens à Jérusalem, c’est-à-dire, d’une part, après la prise de la ville par David, mais, d’autre pert, avant que cet élément étranger n’eüt élé expulsé ou absorbé par Israël: cette remarque paraît bien nous reporter dans la premicre moitié du ax° siécle?. — k) En exploitant les sources tradilionnelles, le Fahwiste a fait son choix. Il a des épisodes qui lui sont propres, souvenirs auxquels peutêtre on attachait plus de prix dans le royaume du Sud: seul il raconte l’attaque de Moïse par Yahweh (Ex, 1v, 24-26, la longue résistance du prophete à la parole divine. 11 a sa manière de présenter les événements qui lui sont communs avec l’Élohiste, On s’en aperçoit surtout dans les récits relatifs à l’entrée en Canaan (Num, [éléments de x, 1-x1v, 45]; xxx, 1-8: Jos., xt, 18: xv, 23-19, 63: xvr, g* [?], 10; xvir, 21-13, [14-18]; xx, 45: Jud., 1): au lieu d’une conquête en masse réalisée par l’Ést sous la conduite de Josué, il nous présente une conquête progressive. commencée par le Sud, due à l’effort isolé de chaque tribu ou, en certuns cas, à l’effort combiné d’un groupe de trihus. — E) Ce n’est pas tout. On perçoit dans l’utilisation des traditions l’in- Iluence de certaines préoccupations théologiques et morales. Le Fahiviste laisse subsister des anthropomorphismes encore naifs (cf. Gen., m, 8, 21,22). Mais déjà pourtant Yahweh apparaît à Moïse dans une flamme de feu (Er., m 2); il apparaît en songe (Ger.. xxvi, 24), il intervient par le ministure de son ange (Gen., xvr, 7 sv.: cf. Ex., mi, 2). Dans le culte populaire, on critique déjales idoles de métal fondutmasséklak: Fr., xxxiv, 15); on réagit déjà contre les idées morales par trop primitives. — 7) À noter encore les préoccupations d’érudition en certaines retouches des récits traditionnels (Gen., n, 10 sv., les fleuves du paradis; Gen, x. divers éléments de la table ethnographique: etc.. — g) Ces dernières retouches ne sont peut-être pas à rattacher aux éléments les plus anciens du Fahsviste (J1). On distingue, en effet, dans 1. L’unanimité n’est pas complète touchant la provenance du Fahwriste: des critiques renommés, tels que ScunhaDer, Reuss et Kuënex le raltachent au royaume du Nord (cf, Cnrl H. Conxizr, ÆEïnleitung in das Alte Testament, à 11,5). Muis l’autre opinion est sûrement préponderante. 2 [fly a pareillement des divergences touchant les dates respectives du F’ahuiste et de l’Élohiste. Des critiques qui jouissent d’une haute autorité sont favorables à l’antériorité de l’Élohiste: Diuumann (E, 900-850: J, 750), Kirrez (E, 900-850; J, 830-N00). Rirum (E, 400-850; J, vers 850). WerrmAUSsEN, KUFNFX, STADE, placent le J’akuwriste vers 850-800, l’Elokiste vers 750. ce document des couches secondaires qui d’ailleurs sont de dates assez diverses et s’étagent du 1x° siècle au milieu du vne (avant 622); on les groupe sous Ja raison collective J=. Nous n’y insistons pas, Car, dans l’Exode et les Nombres, ces éléments, qui jouent un très grand rôle dans la Genèse, ne tiennent qu’une place plutôt restreinte.
35. — C. L’ELomISTE. — a) Le royaume du Nord devait avoir, lui aussi, Ses Œuvres littéraires consignant par écrit les vieilles traditions des origines. On les reconnaîtrait particulièrement à l’importance attachée aux usages religieux du pays schismatique: rite des Azymes comme fète du printemps, loi sur l’autel (Ex., xx. 25) en rapport avec l’usage de Sichem; importance attachée à l’arche: etc. D’autre part, Si ces documents font mention des sanctuaires del’extrème Sud, Bersabée, Gérare, etc., chers à toutes les tribus, elles gardent le silence sur le lieu du culte spécifiquement judéen d’Hébron. A raison du nom divin qu’elles emploient, ces œuvres sont groupées sous le nom général d’Elokiste (E). — b) De la première d’entre elles (E!) les fragments se laissent surtout reconnaître dans les récits concernant l’exode (Er. et Num.). C’est elle qui a d’abord incorporé les prophéties de Balaam, oracles ex «ventu qui consacrent le règne et les victoires de David. Le récit qui les entoure est notablement plus récent. I nous transporte à une période où Moab s’étendait au Nord de l’Arnon, c’est-à-dire, où bien aux temps antérieurs à la conquite d Omri (vers 880). ou plus probablement aux temps qui suivirent la revanche de Mesa (vers B50) et precéderent les exploits do Jéroboam IL (vers 730). Ce premier document est donc déjà postérieur au Fahuwiste (31). — c) Ce ui nous reste de cette première œuvre nous à été conservé de le document élohiste proprement dit (E°). Ce document suppose que l’Arnon est la frontière de Moab cf. Num., xxr, 132): comme rien n’indique que la réduction du territoire ait eu lieu au moment même où il a été composé, il faut descendre au-dessous de 770. Son contenu religieux, qui se rattache à la réaction dirigée par les prophites contre le culte de Samarie. nous ramène à la même époque, qui est celle d’Amos et d’Osée. Naturellement on ne saurait descendre audessous de la date de la prise de Samarie (722). — d) Comme le Yahwiste, E a fait son choix dans l’exploitation des traditions. Il a ses épisodes propres. et très particuliérement la révélation du nom de Yahweh à VHoreb. ll a sa manière propre de traiter les épisodes qui lui sont communs avec le Yahiwiste: ainsi, tandis que, dans J, la cérémonie de l’alliance consiste en un engagement basé sur la loi (Ezx., xxx, 27), E place la promulgation de la loi après le rite qui doit unir Dieu et le peuple!. On notera encore, d’une part, que J’ consigne les cycles parallèles d’Abraham et d’Isaac sous leur Fine primitive (Isaac), tandis que E:° (comme d°) les rapporte sous leur forme secondaire (Abraham). — €) De mème que le Fahuriste, l’Élohiste laisse transparaître dans l’utilisation des traditions, ses idées théologiques et morales, et elles sont plus élevées que celles du Fakswiste. La colonne de feu, par exemple, le symbole de l’arche. les nuages qu voilent Dieu à l’Horeb, les songes, sont autant de moyens d’atténuer les anthropomorphismes. D’autre part, l’auteur témoigne d’une plus grande antipathie pour les manifestations du culte populaire, teraphim, dieux étrangers, repré sentation de Dieu sous la forme d’un taureau, sacrifices hu: mains; les stèles (massébtäh) ne sont le plus souvent qu des symboles commémoratifs. Enfin E* éprouve le besoin d’atténuer l’impression causce par certains actes qui, mis al passif des patriarches. lui paraïssent en désaccord avec so: idéal moral déjà très élevé (cf. Gen., xx, 123 XXXI, 4-13). — f) Les préoccupations d’érudition sont, à leur tour, plus fré ‘ous que chez le Fahuwiste: noms des personnages seCon aires des légendes [Gen., xv, 2: XXXV, 8; Er., 1, 15] souci de la couleur locale dans le récit des événements qi se sont déroulés en Exypie (Gen., Xxxvn, 36; xu1, 43, 45 Ezx., 1, ui: etc.), indications de sources littéraires (Num xx, 14, 17), de chronologie (Gen., xv. 13); etc. — g) À n ter aussi quelques particularités de lansage: Horeb au lié de Sinaï: Amorrhéen au lieu de Cananéen: Fél’ér ou Fit" au lieu de Hé6bbabh, fils de R:‘ü’él, pour désigner le bear père de Moïse; sans parler des noms divins. Il y auré 4. C’est au moins ce qui ressortirait d’Exz., XXIV, 1 (ES [?]), qui vient nn récit de la rénovation de l’e liance (Ex., xxXIv, 3-8). D’après E (cf. Er... xXIX, 12). lois auraient été données, non pour être la base d’u alliance, mais comme point de départ d’enseignemen et de décisions destinés au peuple (cf. Ex, xvui, 13-° surtout vers. 15, 16). ncore à signaler des formes spéciales au point de vue de la rammaire, du lexique, du style. — À) De meme que le “ahwriste, L Élohiste (E=) a reçu des compléments successifs E’). Les premiers sont de peu postérieurs à la rédaction rincipale et ont pris place dans le royaume du Nord. Mais près 522, E° fut adinis en Juda, ainsi que les écrits prophéiques avec lesquels il présentait tant d’affinités. On verra lans la suite qu’il y fut entouré de toutes sortes d’égards. Les derniers élements de E3, surement antérieurs à 622, ont ju être ajoutés dans le royaume du Sud, et il n’y aurait pas à itre surpris d’y reconnaître l’influence de certaines idées udéennes.
36. — D. Copr D8 L’ALLIANCE. — a) Le Fahiiste et l’Élohiste étaient avant tout des récits, Ils renfermaient néanmoins des éléments législatifs. C’était, pour le Fahiwiste, ce qu’il y a de plus fondamental dans le petit code d’Ez., ZXXIV, 11-26. Il est plus difficile de dire quelles étaient les lois primitivement renfermées dans l’Élohiste. Qu’il en contint, on en a la preuve dans Er, xxx, 183: xxx, 15*, 16 (E!); xxxiv, 1, 4, 28 (E°)); xx1V, 12 (E3).— b) Ce n’est pas le Décalogue (Ex., xx, 1-17). Le Deutéronome (v, 19 [Nulg. 22]; x, 4) l’identilie bien avec le contenu des deux tbles de pierre. Mais cette identification était encore inconnue du rédacteur ((Rje) qui a combiné le Fahuriste et l’Elokisie: si l’on tient compte d’Er., XxxiV, si l’on rapproche Ex., XXxXV. 25, 28 d’Ex., XXXIV, 1, On aïrive à conclure que le contenu des premières tables était pareil à celui des deuxièmes, lequel est renfermé dans Er., XXx1V, 11-26 (cf. vers. 25°). D’autre part, le motif conné à l’observance sabbatique (Ex., xx. n1; ci. Gen., M, 2, 3) prouve que le Décalogue n’a été inséré dans l’Exode qu’après avoir subi l’inflyence du Code sacerdotal®. — c) Ce n’est pas le Code de l’alliance Ex., XX. 22 -XXMH, 33) sons sa forme actuelle. Si, en effet, Rje l’avait trouvé dans l’Elokisle, il n’aurait pas songé à identiier le contenu des premières tables avec celui des deuxiemes. Mais on peut aller chercher dans Er., xx, 22-xxin, 33 les paroles qui. d’après E? (ES), étaient gravées sur les tables de pierre. Ce seront: celles qui, en dehors des retvuches destinées à accentuer la ressemblance, se rapprochent davantage du contenu d’Ex., xxxiv, 11-206; celles que d’autres indices encore peuvent inviter à rattacher au récit élohiste: Er., xx, oh: (dans El); xx, 29, 23, 24" (dans E°); xx. 25, 26 et xx, 10-16° (+ peutêtre xxu, 27-30 [Vulg. 28-31], dans E3 (?])t: ete.— d) Le Code de l’alliance toutefois, abstraction faite des retouches, est ancien. Il n’est surement pas postérieur à l’exil. D’autre part, ce n’est pas pendant la captivité que les Juifs auraient songé à élaborer un droit civil et criminel. — €) Divers traits d’ordre linguistique invitent à traiter celle législation comme originaire du royaume du Nord: elle est donc antérieure à 322. — f) On ne saurait dire au juste à quelle 1. L’astérisque (v. 8. 18*) indique un texte composite. 2. D’autres critiques traitent d’une autre manière la question du Décalogue. Relevant les variantes qui existent entre les deux récensions de l’Exode et du Deutéronome, ils en concluent qu’aucun ce ces deux textes ne nous représente la forme primitive du document. Is estiment qu’à l’origine tous les commandements se présentaient comme de simples énoncés de préceptes, Sans aucune allégation de motifs en faveur de leur observation; les 50.8 commandements seraient Ceux qui auraientle mieux k conservé leur leneur originelle. D’après S. R. DRIvER. ce serait sous cette forme que le Décalogue aurait figure sur les tables de la Loi. Au dire de beaucoup de critiques, le Décalogue avait pris place dans lElokiste. 3. Les critiques posent un grand nombre de questions au sujet du Code de l’alliance. Nombre d’exégèles maintiennent qu’il figurait dans le document élohiste (KUENFN, Corniuz [au moins dans la & éd. de son Einleitune, Kirrez [au moins dans la 1r° édit. de sa Geschichte, probablement DRivER, etc). Mais, parmi ceux-là, il en 1 est pour lesquels le Code n’est à sa place actuelle que ’ 5 par suite d’un dérangement du texte; il aurait d’abord t - occupé la place du Deutéronome et aurait constitué la ‘ t forme primitive de ja loi donnée dans les plaines de Moab. D’ailleurs le Gode ne serait pas l’œuvre de « L’Élohiste: il lui serait antérieur et remonterait aux pre- - mières périodes de la royauté, sinon aux premiers temps s de l’établissement en Canaan (KiITTEL). e 4. D’après M. Steuernagel. une part de ces ordonnances s pourrait provenir des lois de Sichem dont il est question ï, À Jos, xxiv, 25, 26. On rapproche Ex., xx, 25 de ce qui est dit de l’autel de Sichem, Jos., VIN, 30,31: ériode de la royauté elle remonte; la question est môm D utent plus complexe que le recueil est composite. Nu indice ne nous ramène à la période mosalque; divers trait: nous conduisent, en revanche, à la vie sédentaire et agriculturalo. Que si lon ylace la rédaction au ax° siecle ou au viu* il faudra admettre que cette législation a incorporé, tant sous leur forme primitive, tantôt sous une forme adaptée aux besoins nouveaux, nombre de décisions juridique: depuis longtemps en vigueur. — z) Les rapports trè: réels avec le code de Haïninurapi ne peuvent s’explique: par un emprunt direct de document à document. Il faut plutôt penser à un héritage commun des vieux temps. De très bone heure. Babylone a été en rapport avec le pays de Canaan et lui a fait subir l’influence de sa civilisation. Les Cananéens ont pu prendre aux Babyloniens diverses déci. sions juridiques que les Israélites leur auront empruntée: dans la suite.
37. — E. Fusion pe L’ELouisre er pu Yanwisre (Rje). — a) Quand l’Élohiste fut reçu dans le royaume du Sud, on ne fut pas longtemps sans remarquer, d’une part, les nombreux points de contact qu’il présentait avec le Fahuiste, de l’autre, les compléments qu’il apportait aux souvenirs judéens des origines. L’idée devait assez naturellement venir de com. biner ces deux récits pour obtenir un monument plus complet de l’histoire du passé. — b) Cette idée fut réalisée avant 622. Sans doute les sections historiques des discours deutéronomiques n’utilisent que E, jamais JE; mais rier n’oblige à penser qu’après la fusion des documents, les exemplaires qui les renfermaient à l’état isolé aient été tou! d’un coup supprimés. D’autre part, si Rje s’était mis à l’œuvre apres 622, il lui aurait fallu tenir compte du Deutéronome et mettre la nouvelle loi mosaïque parmi les promulgations du Sinaï. Or, à ses youx, les tables de pierre ne contiennent encore que les seules paroles de J et de Es. — à) L’attitude de Rje par rapport à ses sources a été très variable. Tantôt, comme dans la premitre partie de la Genèsr, il n’utilise guëre que J: tantot, comme dans le récit de l’entrée en Canaan, il le laisse entierement de côté; ailleurs, c’est une question de simple prédominance en faveur de l’un ou de l’autre document: parfois ils sont employés dans des proportions à peu près égales. — d) D’une manière générale, le rédacteur a respect: le texte des sources. Il en a reproduit le langage, le style, les particularités, les divergences: c’est ainsi, par exemple, que l’on voit encore le nom d’Elohim prendre dans E! la place de Yahweh après la vision de l’Iorob (Er., m1), tandis que E* adopte avec décision le deuxieme de ces noms. Ce respect ne l’a pas d’ailleurs empèéché de fusionner ai étroitement les divers éléments de son récitqu’en une foule de cas il est À peu près impossible de les séparer. — c) Le sigle Rje désigne avant tout le rédacteur auquel nous devons le fond de l’histoire jéhoviste JE; mais il ee aussi les auteurs auxquels il faut attribuer les retouches et surcharges successives, qui sont assez faciles à discerner. Certaines de ces retouches sont très secondaires. Les plus importantes sont celles qui ont pour but d’harmoniser ces données divergentes des récits que le premier rédacteur avait respectées. On en trouve un spécimen dans Gen.. xvi, 8 sv. D’après J, Agar s’est enfuie avant la naissance d’Ismael (Gen., xvi, 1-6); d’après E, elle a été chassée après la naissance d’Isaac (Gen., xxr, 9-14). Un roviseur a établi la conciliation en faisant revenir Agar apres son premier départ (Gen., xvi, 9).
38. — F. Le Deuréronowe. — a) On distingue à première vue, dans notre Deutéronume, un corps de lois (Deut., xuxxvi) et des discours qui les encadrent (Deut., 1-x1 et xxvuxxx: cette derniere section est melée d’éléments étrangers, v. 8. chap. xxvur, et suivie d’un appendice composite, xxxi- XXx: V). — 6) Après en avoir éliminé les surcharges, M. Steuernagel ramène les lois à six groupes: 1. Lois de centralisation du eulle: x, 13-28: x1x, 22-29 (auquel se rattachent les fragments liturpiques de xxvi, 1-11, 12-15): xv, 10- 23; xvi, 1-19; M. Lois des juges, réglant les questions de justice et concernant les juges de profession: xv1, 18-20; xvu, 8-14; xix, 15-21; [l. Lois de la guerre: xx, 1-20: xxr, 10-14: [V. Lois d’humanité: xv, 1-18; xxu, 1-4, 6-8; xxm, 16 (Vulg. 15), 19 116), 20 (19), 21 (20), 25 (24). 26 (25): suiv, 6, 10-22: xxv, 1-4; V. Lois des anciens, attribuant des fonctions judiciaires aux anciens de la cité: x1x, 1-13; xx, 1-0, 15-21; xx, 13-29; xxv, 1-5: xxv, 5-10: VI. Lois d’abomination, prohibitions motivées par la formule « car c’est une abomination à Yahweh »: xv1, 21-xvh, 1: xvi, 9-12; xxu, 5; au, 19 (Vulg. 18); xxv, 13-16; [xxn, g-12). — €) C’est en 622 que le Deutéronome paraît pour la premicre fois dans l’histoire. C’est du Deutéronome, en ellet, qu’il s’agit dans ce récit de la découverte, de la promulgation et de l’application du « Livre de la Loi » qui figure li Kes., xxn-xxt11 et dont les éléments fondamentaux fxxur, 3, 42, 5b, 8-14, 152... 18abu, 1gae, 2oacb; xx, 1-Gaa, G-82, 11-122, 13, 14b, 15,21-23) et certains éléments secondaires (v. g. xxur, 5, 8b, 10, 12b, 142) sont absolument dissnes de foi. Tous les critiques et la plupart des autrcs exégètes sont d’accord sur l’identificat on foncière du « livre de la Loi » avec le cinquicme tome de notre Pentateuque. — d) Mais, au regard de M. Steuernagel, l’identification ne porte que sur les parties les plus fondamentales de la législation (Urdeuteronomium), c’est-à-dire sur les groupes, V, VI. Encore une distinction s’impose-t-elle. Ce qui, à beaucoup près, était le plus caractéristique, c était la loi de centralisation du culte ou de l’unité de sanctuaire. Elle-même n’apparaissait pas comme enticrement nouvelle: on la pouvait traiter comme une reprise et uno codification de l’essai de réforme du pieux roi Ezéchias. Quant aux lois des anciens (V) et aux lois d’abominations (VI), elles étaient loin d’être totalement ignorées auparavant, L’Urdeuteronomium [D¹] se ramènerait ainsi à: Deut., xt1, 13-28; XIV, 22-2935 AV, 19-23; XVI, 1-19, 21, 22; XVII, 1, 2-9(?); XVIII, 9-12; xIX, 1-13, 14 (2); xx1, 1-9, 15-21, 22-23 (?): xxut, 5, 9-29; xxuti, 1-15 (? Vulg. xxnt, 3o-xxiu, 14), 18 (219) 19 (18), 22-24 (? 21-23); xuv, 1-5; xxv, 5-10, 13-16; XEVI, 1-15 2). C’est ce document qui aurait été promulgué en 622!. — €) Mais à quelle date en remonte la composition? L’auteur auquel nous nous attachons rejette l’hypothèse d’une pieuse fraude, chéro jadis à un trop grand nombre de critiques. La prohibition des ‘aérrm et des efléminés (Deut., XVI, 21; XXI, “étr7) 19[18]) nous ramène en deçà de goo fe 1 leg, xv, 12, 15, la réforme attribuée à Asa); la prohiition du culte de Moloch (Deut., xvirt, 10) nous fait cescendre jusqu’au temps d’Achaz (cf. Il feg., xvi, 3) ou de Manassé (cf. IL Heg., xxi, 6). Avec l’intordiction du culte des astres (Deut., xvi1, 2-7) nous serrons de plus près encore la date de ce dernier roi (cf. I Res, xx1, 5): c’est là de nouveau que nous ramène la comparaison de la loi de l’unitéde sanctuaire avec la réforme d’Ézéchias. L’Urdenteronuminm aurait donc été composé au début du règne de Manassé, vers 697. — f) Il est probable que, dès l’origine, cette loi se présentait comme mosaïque. C’était par une de ces fictions littéraires dont l’antiquité ne se faisait aucun scrupule. On entendait dire par là que la nouvelle loi n’était qu’une simple applicaon à des besoins nouveaux des principes posés par le fondateur et le premier législatour de la nation. Ici la fiction souffrait d’autant moins d’objections que l’œuvre était aussi peu personnelle que possible. Ï n’y avait, en réalité, de personnel que le groupement des lois. Celui-ci fut fait pour un but très précis. La réaction de Manassé contre les réformes religieuses d’Ezéchias, la faveur accordée au syncrétisme, aux désordres moraux auparavant censurés dans e., vi, vii: autant de maux qui appelaient une protestation. L’auteur de Di recueillit dans le legs du passé les lois les plus aptes à constituer un véritable programme de réforme. Mais les temps devenaïent si mauvais qu’il n’osa pas publier son œuvre: en attendant des jours meilleurs, il la déposa au Temple. C’est là qu’ilelcias la trouverait en 623. — g) On notera qu’au regard de M. Steuernagel et contrairoment à l’opinion de beaucoup de critiques, D! n’a aucunes relations de dépendance avec le Code de l’alliance: les lois communes, dont la présence ne s’explique pas par des remaniements conciliateurs, proviendraient d’une mème source perdue.
39. — À) Devenu loi d’Etat, D! jouit aussitôt de la plus haute ostime parni les partisans du culte orthodoxe de Yahweh; ceux qui avaient quelque influence la mirent en œuvre pour accréditer ces ordonnances. De là les discours dans lesquels on encaura la législation. Le premier est D‘b, dont il ne nous reste que le prologue qu’il faut chercher dans Deut., iv, 45; v, 1-4, 20-28 (Vulg. 23-31): 1x, g-x1, 28. El est rédixé à la 2° pers. plur.; le texte législatif qu’il encadrait était celui de D!, avec déja ses premiers suppléments. — 1. En recueillant et en codifant les lois des groupes 1, V, V[, le rédacteur auquel on doit l’Urdeuteronomium avait déjà, selon toute probabilité, ajonté des remarques destinées à mettre ces ordonnances en rapport avec la situation qu’il envisageait. De très bonne heure, de nouvelles additions fournirent des précisions nouvelles. Parmi ces additions, il faudrait mettre en prenicre ligne les péricopes munies d’un point d’interrogation: mais les autres elles-mêmes n’ont pus été exemptes de retouches. 719 MOÏISE i) La deuxième édition est celle de Da. Il en reste un long prologue (1, 1, 5-1v, 2 [3,4 sont additionnels)), en grande partie historique (1, 6-11, 29), mais aboutissant (1V, 1, 2j à üne exhortation. C’est apres ectte exhortation que venait le texte législatif (xi1, 8-12 paraît en provenir). Il était suivi d’un épilogue, dont les éléments homilétiques sont conservés Deut., 1v, 5-8. dont divers éléments historiques sont renfermés dans Deut., xxx1-xxxiv. La seconde édition était, comme la première, à la 2° pers. du plur. C’est entre ces deux éditions quil faudrait distribuer ce qui, dans la section législative, nous a été conservé des rédactions à la 2° pers. plur, — 7) En revanche, la troisieme édition (D°c] était à la 2° pers. du sing. et avait un caractère surtout homilétique. Sans parler do quelques versets de x et x1. les éléments du prologue sont à chercher dans Deut., vi, 4-1x, 7, ceux de l’épilogue, dans Deut., xxviui-xxx. Comme la plus grande partie de la legislation actuelle est rédigée à la 2° pers. sing. on doit penser que le texte nous en est parvenu surtout sous la forme quil revétait dans D°c. Cette édition renfermait beaucoup d’ordonnances qui ne figuraient pas dans les précédentes, notamment les lois d’humanité, les lois de la guerre, les lois des juges, empruntées à d’autres codes qui ne nous ont pas été conservées. Par ces additions, par d’autres plus secondaires, on rendait la loi de plus en pla8 apte à gouverner les détails de la vie civile et religieuse. — À) Dans les sections historiques, les divers éditeurs suivent constamment le récit élohiste, qu’ils devaient encore posséder à l’état isolé. D’autre part, les péricopes homilétiques qui remontent sûrement à ces éditions ne font pas d’allusion à l’exil. On est ainsi amené i penser que D‘b. D‘a, D’c ont suivi d’assez près la promulgationgde D; ces éditions sont vraisemblablement antérieures à 600, voire à 607!. Tant qu’elles ont subsisté à l’état indépendant, ces éditions ont recu, en leurs diverses parties, de nombreux compléments. Le travail de fusion s’est fait sans doute pendant l’exil; il a d’abord abouti à l’union de D: b + D’e: l’addition de D‘a est un peu postérieure. C’es! le texte législatif de Dic qui l’a emporté; dans les prologues et tpilogues, l’œuvre de combinaison a entrainé des suppressions dans chacune des éditions. L’œuvre composite ainsi réalisée a. à son tour, reçu nombre d’additions, d’élements secondaires. Il faut spécialement noter le grand Cantique (Deut., xxx, 16-22; xxx, 28-xxxu, 43). — 1) Le littérature deutéronomique se présente avec des traits ncttement caractéristiques. Elle a son style à elle. aisé à reconnaître, et dont les particularités sont décrites dans toutes les fntroductions. Elle a son allure générale, à la fois inclinée vers le légalisme et encore très pénétrée d’esprit projoue. Elle se fait remarquer par ses hautes idées theoogiques et morales (cf. Juir [PEurre], duns Dictionnaire A M (t. II, col, 1573-1580). — m) Le Deutéronome, en ses codes et en ses homélies, ne traçait pas seulement des règles de vie. Il posait des principes qui permettaient une apprécialion de Maire: sa lecture n’’avait-elle pas éveillé dans l’âme de Josias le sentiment de la cul; abilité de la nation, depuis tant de siècles infidele à ces volontés divines? Le nouveau document fouruissait ainsi des bases de jugenent très solides à ceux qui, écrivant l’histoire du peuple choisi, se préoccupaient d’y reconnaître l’action de Dieu. De fait, tous les livres historiques furent soumis à un travail de 1. Dans les prrties des homélies qui sont exemptes de retouches, on ne trouve, en effet, aucune allusion précise à l’exil ct aux diverses catnstrophes politiques qui, depuis 607, éprouvèrent le malheureux pays de Juda. 2. On peut dire que, dans l’état actuel de la critique, il 3 a tendance à affirmer le caractère composite de la section légale du Deu’éronome et à faire une bislo: re comrliquée du travail de fusion qui Pa unie aux homélics qui l’encadrent. La tendance est fréquente chez les exégètes allemands: M. Lucien Gaurirr semble vouloir l’acelimater chez nous. Mais nulle part la solution du problème n’est ponssée avec rutant de détnil ni peut-être d’une façon aussi systématique que chez M. Steuernosel. En revanche, S. R. Driver maintient l’unité substantielle de la partie légale (Deuf., xu-xxvil et y rattache étroitement les éléments parénétiques de Deut., v-x1 et xxvit Il se montre wiëme disposé à y rattacher les éléments fondamentaux de Deut., 1, 1-1v. 40 et xxvilt, 69! Vulg. xxx, 1)xxx, 20. En dehors du chap. xxvit, dont la structure est étuiliée à part par la grande majorité des critiques, Driver ne reconnaît l’intervention d’un auteur sécondaire ou d’un réducteur que duns: Deut., au, 14-17: 1v, 29-31, 11-43, 44-49; sx1x, 0-98 (Vulg. 10-29); xxx, 1-10. revision dominé par les idées deutéronomiques. Cette activité se reconnait tout particulièrement au livre de Josué. Du principal reviseur, l œuvre est à peu pres completement conservée dans Jos.,1-x11: mais on n’en retrouve plus ensuite que quelques fragments. Malgré un certain nombre de particularités très saillantes, le récit demeure fidèle à la tradition de l’Élohiste: il se rattache à D? et remonte, en conséquence, aux environs de 600. Pendant le siecle et demi qu’il a existé à l’état séparé. ce document a naturellement reçu des additions de natures fort diverses.
40. — G. Répacrion DEUTÉROxOMIQUE (Rd). — a) Dès que l’on vit dans D! une nouvelle loi mosaïque, il fut tout naturel de lui donner une place dans l’histoire du fondateur de la nation. À un moment où J et E existaient encore à côté de JE, on pouvait hésiter sur le document dans lequel on l’intercalerait; on choisit JE. — 2) Quand se fit l’iuserüon, D! avait reçu tous ses compléments el encadrements. Or, tandis que les premiers cadres plaçaient la promulgation de D! très peu de temps après le départ de l’Horeb, le dernier faisait de D une loi publiée au pays de Moab, en face de la Terre Promise. C’est pourquui la partie principale du Deutéronome fut introduite entre le récit de l’attribution de la Transjordane à Rul: en et à Gad (Vum., xxxu1) et celui de l’intronisation de Josué (Deut., xxx1, 14 sv.). Il ne peut étre question de combinaison proprement dite et de fusion de D et de JE que dans la péricope des derniers jours de Moïse (Deut., xxxi-xxxiv). Si l’on a regarder comme certain que l’œuvre de Rd n’est pas antérieure à l’exil, on ne peut en fixer la date précise; elle se lit durant la captivité ou de bonne heure apresle retour. — c) En plus du rédacteur principal, le sigle Rd désigne tous ceux qui ont travaillé au nouveau recueil (JED’: avant la période où l’influence passa à l’écrit sacerdotal. À ces redacteurs secondaires appartient d’abord l’insertion de quelques éléments importants: Cantique de Moïse après le passage de la Mer Rouge (Ex., xx, 1-18), Bénédiclions de Moïse (Denut,, xxxim), surtout Code de l’alliance (Er., xx, 22-xxin, 33), placé au milieu des « paroles de l’Horeb » de l’Elokiste et fusionné avec elles. Il faut ensuite mentionner, dans JE et dans D, une foule de retouches de détail. tendant à atténuer des divergences trop sensibles; on reconnait un assez grand nombre de ces remaniements dans le Code de l’allianee. — d) Le résultat le plus important de la fusion de JE avec D fut l’extension à JE d’une part au moins du prestige dont jouissait D en tant que livre officiel de la Loi.
41. — H. Ecnir sacenporaL (P, du mot allemand Priesterkodex). — a) D’une manière générale, M. Steuernagel place la composition de toutes les grandes sections du Code sacerdotal dans les périodes exilienne ou postexilienne. Il s’appuie, comme le faisait déjà Wellhausen, sur deux considérations. D’abord sur ce que les prophites du van siècle et du vue, ceux-là mêmes qui, comme Jérémie, étaient d’origine sacerdotale, n’ont point eu connaissance d’une organisation cultuelle aux temps du désert: A47., v, 21-25; Os., vi, 6; Is., 1, 10-17; We. vi. 6-8; Jer., vu, 21-23). Ensuite sur ce que les principales sections de P présupposent l’existence du Deu= téronome. 1] faut d’ailleurs le noter: plusieurs des éléments qui ont pris place en ces sections peuvent remonter à des dates bien antérieures. peut-étre à la pratique primitive. — b) La section la plus ancienne est la Lot de sainteté (Fh: h = Herliskeitsecset:): elle est renfermée dans Ler., xvH-xxvI. Texte légal, embrassant la morale, le droit civil et cruminel, en même temps que le culte, ce document est une collection dont les éléments, d’origines diverses. se sont groupés par étapes successives. La main du dernier collectionneur se reconnaît dans l’homélie finale (Lee., xxv1). puis dans les formules d’introduction et de conclusion, dent la principale est « Soyez saints, car moi, Yahweh, votre Dieu, je suis saint» (Ler., xix, 2; xx, 7, 26: vu. 6, 8); c’est d’apris elle que la loi a reçu son nom!. Par son contenu méme, cette loi se rattache à la révélation sinaitique; mais comme le Code de l’alliance et le Deutéronome, elle vise la periode de l’établissement en Canaan, Elle suppose acquise l’unité de sanctuaire et commence, notamment eu ce qui regarde Iles À 1. Les critiques admettent d’ordinaire que cette Loi de sainteté n’a pas été conservée dans son intégrité, mais à subi des mutilalions. des interversions, des bouleverse-: ments. Il se pourrait méme que divers éléments de ce code fussent dispersés en d’aulres sections de l’écrit succrdotrl (Ex, xxxt, 13, 12; Lee., x1, 43, 45; Num.,: xv, 37-41, ctc.). sacrifices (Lev., xvu), à tirer les conséquences de la concen tration du culte en un seul lieu. Les prescriptions d’ordr moral, les censures des cultes étrangers, en attestant leur rapports étroits avec le code de 622, invitent à trailer comm: antérieures à l’exil les plus anciennes sources de Ph et leur: premiers groupements. En revanche, l’importance attribué! aux sebbats, notamment dans l’homélie finale (Ees., xxvi indiquent que le dernier collectionnement a été fait au cour: de l’exil; l’insistance sur les règles de pureté témoigne d’ui milieu sacerdotal. Si aujourd’hui ion renonce à hon droit: attribuer cette œuvre à Ezéchiel, il faut maintenir qu’ell s’est réalisée en des cercles soumis à son influence; o1 peut dés lors songer aux abords de 370!.
42. — c) L’élément fondamental de P (Pg: g—gründlich est un grand récit historique s’étendant, à la façon de ceu: de J et de E, depuis la création jusqu’à l’entrée en Terre Promise. Mais, dans cette histoire, Pg se place à un poinl de vue tout à fait spécial; ce qui l’intéresse avant tout c’est le culte ot ce qui concerne les origines des inslitutions religieuses. Aussi s’attache-t il surtout à la période mosaïque, aux directions cultuelles que Dieu denne à Moïse, insislaut, tantôt sur la perpétuité des ordonnances, tanto! sur le caractère idéal des pratiques du désert, qui devaieni être remplacées dans la suite. Pour les périodes antérieures, sauf quand les origines liturgiques sont en jeu. Ps se contente de généalogies, de séries chronologiques, de maigres narrativns. Brel, sous le revetement d’uu récit his torique. il donne avant tout une instruction sur le culte. — dj Non seulement Pg fait son choix dans les matériaux qui sont à se disposition, mais, lui aussi, a sa manière de les utiliser. Il a ses principes, celui-ci, en particulier, que Moïse a du régler et en partie faire pratiquer les ordonnancos qui seules lui paraissent légitimes. 11 a ses cadres, qui iui font ramener l’histoire à deux périodes: celle de le préparation (avec ses trois étapes: 1. avant toute alliance; 11 alliance noachique [que ne connaissaient pas J et is 111. alliance patriarcale); celle des realisations, ou période mosaïque. — €) Il a ses concepüons théologiques, notamment son idée de la transcendance divine, qui l’amene à supprimer des anciens récits une multitude d’anthropomorplhismes. Il a ses idécs morales, spécialement ses préoccupations de purification. se traduisant par une multitude de rites expiaioires qui dounent l’impression de perpétuelle cuipabililé dans la communauté; on notera d’ailieurs qu’il ne s’agit pas seulement d’infractions rituelles, mais souvent aussi de transgressions d’une plus haute portée. — fi Ces influences diverses contribuent à élnigner de plus en plus l’auteur de l’exactitude historique. Sans doute il a utilisé des sources. C’est, avant tout. Jet E, soit encore isoles, soit déjà combinés dans JE. Certaines divergences suppo- 8ent l’existence d’une autre source; c’est elle qui lui a imposé, per exemple, La création en huit actes, quil a fait entrer violemment dans sou cadre des six jours. Mais, mème quand il uülise l’Élohiste (les traces de J sont plus rarcs: on ne suisit aucune trace de D:), I: s libertés qu’il prend aboutissent à créer de sérieuses divergences; c’est ainsi qu’il suppriae toute trace de culte avant àloïse, qu’il crée de toutes pièces cerlains épisodes: Gen. IX. 1-17: XVI Aussi ne doit-on pas se laisser impressionner par Les traits d’érudition quon rencontre en son œuvre: cadres généalogiques ou chronologiques, détails techniques, dates des événements notables, etc. Toute cette exactitude n’est qu’apparente: qui peut eroire, par exemple, à l’exactitude de la chronolosie des patriarches antédiluviens. ou admettre que 2.500.000 hommes, sans parler des animaux, aient pu vivre dans la péninsule du Sinaï? — +) Pg est certainement postérieur au Deutéronome.! l ne s’explique que comme une conséquence de la grande réforme de 622. I] renchérit sur les preseriptions alors mises en vigueur, loi de l’unité de sanctuaire, système hiérarchique, systeme sacriliciel. ete. L’importance attribuée à la technique liturgique conduit à Ja méme conclusion: en consacrant d’une façon si solennelle et si exclusive les 4. S’il est probable que la m: jorité des eritiques reparde ectuellement la Luc de sainteté comme postérieure à Ezéchiel, il y a néanmoins quelques dissonances. Aux yeux de plusieurs exégèles de mème école, nan seulement divers éléments du cade, mais ea rédaction elleméme a-: ec homélie finale (Lev., xxvi) seraient antérieurs au wrand prophète de la captivité et pourraient remonter aux dernières années de la mouarchie(cf. S. R. Driver, Introduction..., 9° éd., p. 145-152; Driver esi lui-même de cet avis). F Sn du temple hiérosolyÿmitain, on nous transporte à une date où ils sont les seuls légitimes dans le seul sanctuaire légitime. Autant de considérations. sans parler de beaucoup d’autres, qui nous amenent après l’exil. L’autre part, Le termenus ad quem nous est fourni par le récit de Neh., viu-x. H faut, en eflet, adinettre qu’entre autres eléments, la loi promulguie par Esdras renfermnait les couches profondes de Pg. Or. M. Steuernagel place la grande assemblée en 4441. C’est de Babylonie, que le pretre-scribe apportait cette loi en 458 (Esdr, vu), mais iln’en était pas l’auteur; trop grandes sont les différences entre le style de ses Hemotres et celui du document qui nous occupe. On peut penser que, vers 500, le rétablissement du culte à Jérusalem suggéra à un prêtre juif de Chaldée l’idée de proposer la pratique (idéale) des temps mosaïques comme le modèle à suivre. Ce qui fut l’œuvre d Esdras et ce qui lui valut le ütre de scribe dans le firman d’Artaxerxés (Esdr., vu, 11 [cf. vn, 6], ce fut sans doute la fusion de Pÿ et de Ph; la comparaison de Nek., vis, 14 sv. avec Lev., xxut, 34-43 sv. ne permet pesde douteren tout cas que cette combinaison fut opérée lors de la grande assemblée=.— A) Au point de vue du style, Pg a ses procédés caractéristiques. 11 a le gout du schéma, du tableau synoptique, des divisions et des subdivisions. L’histoire prémosaïque, par exemple, est divisée en dix sections ayant pour titres: « Voici les générations de (té/dhüth)... » Quand la téled’äh ne concerne qu’un seul personnage, elle ne commence qu’après la mort de son père; son histoire antérieure fait partie de la tüléd’&h qui précède (cf. Gen., xxxvn, 2, pour l’histoire de Jacob). Si les iled’üt* se rapportent à plusieurs personnages (Esaü et Jacob), celle du principal d’entre eux ne vient qu en second lieu. Sur les autres particularités de style et sur celles, elles aussi très saillantes, du vocabulaire, cf. les Introductions.
43. — i) La fusion de Fg avec Ph entraina dans l’un et dans l’autre diverses retouches Mais Ph ne fut pas le seul complément que reçut Ps; il lui en vint bien d’autres. Ce sont d’abord des sections légales nettement tranchées et clles-mèmes composites: la lui des sacrifices (Po: o — Opfergesetz: Lev., 1-vu), qui sépare deux sections historiques étroitement unies par leur contenu (Ex., xxxv-xL et Lev., vi); la loi de pureté (Pr; r — Reinheitssesetz; Les., xi-xv) qui rompt la connexion entre Lev., x et Lew., xv. Viennent ensuite les innombrables fragments de toutes sortes groupés sous les sigles Ps (s= secundares) et Rp (= Rédacteur [final] du Pentateuque)3. Dans le domaine des législations, qui presque toutes ont trait au culte, ces additions, relatives à l’organisation du sanctuaire, à la sainteté du personnel. au calendrier des fêtes, aux sacrifices, ont pour but de mettre sans cesse à jour le programme de Pg, en le précisant, le complétant, parfuis aussi le modiliant; elles tendent à une codification de plusen plus parfaite des manifeslations exterieures du culte, auxquelles elles attechent une importance sans cesse croissante. Il est facile de les répartir en couches successives, mais leurs auteurs appartiennent tous à la même école et aux mêmes milieux sacerdotaux. Dans les récits, les conpléments sont d’espèces très variées, d’étendues très diverses; mais ilestrare qu’ils ajoutent quelque chose de substantiel à l’histoire. —;) Quelles que soient les dates des élements qu’elles consacrent, aucune de ces additions ne peut être antérieure à la constitution de Pz (vers 500). Plusieurs d’entre elles np être faites par Esdras lui-même. Toutefois divers traits du récit de Neh., vur, des engagements rapportés par Neck, x, 29 sv. (Vulg. 28 sv.), montrent que nombre de ces suppléments sont postérieurs à la promulgation de la Loi (444). Ils se sont 1. Cette date n’esi pas à l’abri de tout conteste. « L’an 7 d’Artaxerxès » (Esdr., vu, 7) pourrail se rapporter au règne d’Artoxerxès [1 (39S), et il n’est pas inadmissible que telle soit la dute de la première venue d’Esdras à Jérusalem (cf. J. Touzanp, Les Juifs au lemps ce la période persane, p. 54-71). 2. Nous avens noté plus baut qu’un groupe de critiques continuait à placer le Code Sucerdotal avant l’exil. En dehors de ce groupe, on adopte assez généralement, abstraction fuite de Ce que nous avens dit de la Loi de sainteté, une datation voisine de celle de M. Steuernagel. Rares partui les critiques sont ceux qui attribueranient à Esdras, comme le faisait Wellhausen, Ia promulgation d’un Pentuleuque snbstantiellement complet (JEDP). 3. Beuncoup de critiques sont plus sobres de distinctions que M. Steuernugel et ue mulliplient pas au mème degré les couches et additions seconduires. 723 MOIÏISE multipliés surtout dans le premier siècle qui suivit la Grande Assemblée. Ils étaient achovés au moment où la communauté samarituine se sépara définitivement de l’orthodoxie hiérosolymitaine, en emportant lo Pentateuque (vers 330, d’apres M. Steuernagel)!.— 4) Dans Josué, le récit sacerdotal n est conservé que pour la deuxième partie (sui-xxiv). Comme dans les cinq livres, il se conforme aux données générales de la tradition élohistique. 11 renferme toutefois des particularités qui pormettent, ici comme plus haut, de songer a des sources indépendantes.
44. — I. RÉDACTION SAGERDOTALE (Rp. — a) Après la publication de l’écrit sacerdotal, on eut deux représentations paralleles et également autorisées de l’histoire des origines et de l’époque mosaïque. On devait etre tenté de les combiner, comme on avait fait pour J et E. — bj La fusion eut lieu de bonne heure, sans doute avant 4oo, à une date en tout cas où tous les éléments de Ps n existaient pas encore. — c) Le rédacteur sacerdotal a autant que possible respecté ses sources, mais en donnant ses préférences à P. Quand il avait le choix, c’est toujours P qu’il a adopte, supprimant d’importantes sections de JED qui auraient formé des doublets ou introduit des contradictions, n’empruntant aux anciens documents que des fragments complémentaires: dans Gen., x, par exemple, la table ethnograiphique est avant tout celle de P, bien que J soit représenté par des extraits assez importants. Rarement Rp se livre à une combinaison proprement dite des sources, comme dans lo récit du déluge; il préfére, surtout dans les épisudes les plus importants, justaposer les récits paralleles. — d) Comme celle de D et de JE, la combinaison de P avec JED 2 été l’occasion et le point de départ de nombreuses modifications dans les parlies constituantes, surtout dans P: retranchements, additions, déplacements. etc. Toutefuis les limites ne sont pas toujours faciles à preciser entre ce qui provient de Ps et ce qu’il faut attribuer à Rp. D’urdinaire on saisit la raison de ces changements. Parfois elle échappe, comme pour le déplacement d’Ex»., xv, 22-xvI11, 29, dout une bonne part devait se trouver pruniuvement apres la grande péricope du Kinaï. — e) Vers 339, non sculement lo développement progressif du Pentateuque est achevé, mais l’ouvrage est déjà considéré comme canonique. Dans la suite, il y aura encore des changemenis. Les moindres. qui relevent surtout de la critique textuelle, trouveront acces dans les exemplaires officiels. Los plus importants seront rejetés par la communauté juive; ils ne seront reçus que dans le Pentateuque samarrtain et surtout dans les Septante. — f L’ouvrage ainsi réalisé était si considérable que l’on eut besoin de plusieurs rouleau: pour le transcrire. D’où la répartition en livres. Leslimites de la Genèse et du Deutéronome sont déterminées par la nature mème des choses. Pareille considération aurait ament à faire les autres sectionnements après Er., xix, à et Num. x, 10. Maïs les parties ainsi obtenues auraient été par tro disproportionrées. On a adopté un compromis en consti tuant un livre purement légal, le Levitique, entre deu: autres qui unissent à peu pres dans la mème proportion de: récits el des législations.
45. — J. Révacriox pe Josué. — «) Le récit du livre di Josué est le complément indispensable de celui du Pentateu gue et nombreux sont les liens par lesquels il s’y rattache On sait d’ailleurs que los sources du Pentateuque, J, E, P ont leur continuation dans le livre qui vient ensuite: D lui mème y est représenté par la suite des récits de D? a qu entrent dans la constitution de la finale du Deutéronome — b)A beaucoup de signes néanmoins, on reconnait que 1: rédaction du Pentateuqgue et de Josué n’a pas été réalisée ei mème temps ni d’un seul trait. Au moment de la séparatio: des Juifs et des Samaritains, Josué formait un livre disuünc du Pentateuyque qui, à lui seul, constituait le Canon. [’autr part, la combinaison des documents n’est pas la méme dan. les deux livres. — c) Nulle part dans Josué, on ne trouv de traces de cet écrit composite JE qni tient une si grand: plare dans Gen.-Num.+Deut.. xxxi-xxxiv. Deux document sont à la baso du sixième livre de l’Hexateuque: P, d’un part, ot, de l’autre, la continuation historique de D°a, déj: enrichie À [a vérité de nombreuses additions et rotouche (Rd). Le travail de fusion, qui s’opéra peu après 414, ne fu pas l’œuvre du même rédacteur (Rp) que dans le Penfateu gue. Dans Josué, en effet, c’est Da qui a la préférence 1. La dute de la constitution définilive du schisn samaritain ne nous paraît pas devoir être reportée à un date si tardive (cf. J. Touzanp, 0». cit., p- 50-53), Dans les chap. 1-x1r, on ne rencontre que quelques fragments de P: si, dans les chap. xuui-xxiv, le récit est surtout de P, les cadres (xini, 1*, 5"; xvirt, 2-10*; etc.) sont de D’a. Il va de soi que le travail de combinaison n’a pas été réalisé sans quelques retouches des éléments constitutifs. — d) Au moment où La et P furent réunis, J et E existaient encore à l’état séparé. Bien que D°a eut surtout exploité E, celui-ci renfermait des détails qui ne figuraient pas dans le récit deutéronomique; On en inséra quelques-uns (Jos., 11; v, 2 SV., 13 SV.: vil, 2 Sv.; etc.). On introduisit pareillement des extraits de J (xv, 13-19, 63: xvi, 10: xvii, 11-13*; etc. i. Sans parler des retouches à grouper sous le sigle Ps, on notera que, dans Josué, J est plus pur que E, qui a été remanié dans l’esprit de D. — «) Mème une fois constitué, le livre de Josué subit des modifications et reçut des addi- Uons qui ne figurent pas encore dans Les Septante. VII. La théorie documentaire et les exégètes catholiques 1° Fin de non-recevoir et réfutations
VIII. La théorie documentaire et les exégètes catholiques
46. — Ces théories nouvelles ne pouvaient manquer d’avoir leur répercussion dans l’Église; on peut méme être surpris de constater que les exégètes catholiques ne s’en soient guère préoceupés avant le dernier quart du dix-neuvième siècle, À cette date, ces opinions sont le plus souvent traitées comme absolument incompatibles avec le catholicisme. Elles sont l’une de ces formes multiples que revêt la luite de l’hétérodoxie et du rationalisme contre la vraie foi; d’autre part, elles constituent un péril redoutable pour les croyants qui, sans une préparation suilisante, auraient la témérité de se familiariser avec elles. Bref, on reste sous l’impression des sentiments hostiles, tantôt à l’orthodoxie et à la foi romaines, tantôt à toute idée de surnaturel et de miracle, qui tenaient une trop grande place dans les premières manifestations de la Haute Critique. C’est pourquoi exégètes et apologistes se préoccupent avant tout de repousser en bloc des thèses qu’ils qualifient purement ct simplement de rationalistes et de leur fermer l’accès de la science ecclésiastique. Ainsi se constitue nne sorte de Code ou Manuel de Contre- Critique. synthétisant l’ensemble des principes et des remarques de faits que l’on opposera aux théories et aux assertions de la faute Critique littéraire, historique et doctrinale. Sans parler de M. Paulin ManTiN, dont l’ouvrage (/ntroduction à la Critique Générale de l’ Ancien Testament: De POrigine du Pentateuque; Eeçons professées à l’Ecole Supérieure de Théologie de Paris, 1886-1887, 1887-1888, 1888-1889: 3 vol. in-4°) est demeuré polycopié et dont les voics spéciales ne sont pas toujours les plus sûres, les deux noms qu’il convient de prononcer en ce contexte sont ceux de M. Vicouroux, S. S. (dans le Manuel Biblique, à. 1. ire éd. en 1879, et dans Les Livres Saints et la Critique rationaliste, 1° éd. commencée en 1884 [la thèse de l’authenticité du Pentateuque est surtout traitée dans le tone lil) et du R. P. Connery (/ntroductio Specialis in Historieos Veteris Testamenti Libros, vol. Il, 1 de l’Historica et Critica Introductio in U. T. Libros Sacros [Cursus Scripturae Sacrae, auetoribus R. ConNeLy, 1. KXA- BENBAUER, Fr. DE HUMMELAUER aliisque Soc. Iesu presbyteris), 1883). L’œuvre apologétique devait se poursuivre sur un double terrain: preuves de l’authenticité mosaïque du Pentateuque, réfutation des chjections adverses. Il nous semble inutile de re- + produire in extenso ce qu’on peut lire dans des traités facilement ahordables et ce que l’on trouve monnayé dans une foule de publications secondaires. Nous 4 nous bornerons en conséquence à tracer un rapide aperçu de la thèse de l’authenticité mosaïque du Pentateuque, telle qu’on la trouve en ces divers ouvrages. 725 MOÏISE
47. — A. POSITION DE LA THÈSE DR L’AUTIIENTICITÉ — u) Au regard des différents auteurs que nous venons de nommer, la thése de l’authenticité mosaïque du Pentateuque n’implique nullement que Moïse ait tiré de son propre fonds ou reçu par révélation divine tous les éléments qu’il a ruis en œuvre. On peut fort bien admettre que, dans la Genèse en particulier, il a utilisé d’anciens documents, qu’en certains cas il s’est borné à l’insertion pure et simple de tel ou tel d’entre eux. Pour qu’un écrivain mérite d’être regardé comme l’auteur du livre qui porte son nom, il faut et il suflitqu’il en ail conçu le dessein et le but, qu’il ait rédigé intégralement les parties principales de l’histoire qu’il retrace, qu’il ait accommodé à son but et à son dessein, au point de les faire vraiment siens, les éléments qu’il a pris ailleurs. — L) D’autre part, l’authenticité mosaïque du Pentateuque n’implique pas que tout ce qui figure dans l’ouvrage actuel remonte à Moïse. Son œuvre a pu, comme toutes les œuvres de l’antiquité, souffrir, en nombre de détails, de la négligence et des hésitations des copistes. IL a pu arriver pareillement que des termes plus récents, plus facilement intelligibles, aient remplacé des mots devenus obsolètes. Des gloses ont pu être insérées en vue d’expliquer des vocables aneiens ou des passages difficiles à comprendre. Méme, à l’œuvre achevée par Moïse, des écrivains inspirés ont pu ajouter des compléments: par exemple, le réeit de la mort du grand fondateur de la nativn israélite. — c) Bref, M. Vigouroux n’hésite pas à dire: « Nous n’avons donc à défendre Pauthenticité du Pentatruque que dans sa substance, sans nuus occuper des menus détails que la crilique peut suspecter d’interpolation ou de modification. » (Livres Saints... 3° éd., El, p. 9.)
48. — B. ARGUMENTS EXTRINSÈQUES. — a) L’un des traits qui séparent le plus profondément l’argumentation traditionnelle des procédés critiques, c’est l’importance relative attachée aux divers genres de preuves. Tandis que les tenants dela /laute Critique insistent plus volontiers sur l’étude interne des textes, les représentants de la tradition attachent une bien plus grande importance aux preuves extrinsèques, aux témoignages.
49. — b) Or celui qu’ils invoquent en premier lieu, c’est le témoignage de Notre-Seigneur. Ils alignent les nombreux endroits dans lesquels Jésus parle du livre de Moïse (Warc., x, 26), de la Loi de Moïse (Zuc., xxiv, 44), déclare que Moïse a ordonné (Matt. var, 4 Marc,, 1, 44; Luc., v,14 l)telle démarche, permis (Mafth., xix, 8) tel adoucissement, dit (Warc., vn, 10), donné (Warc., x, 5; cf. Leut., NXIV, 1-4; de mème Joan., vit, 22) tel précepte ou même (/oan., vit, 14) la Loi tout entière. Ils soulignent des passages (Joan., v. 45-47) dans lesquels ilest évident que Jésus a voulu, non seulement se conformer au langage de son temps, mais exprimer sa pensée personnelle. — «) Le langage des Apôtres et des disciples ne peut manquer d’être pareil à celui du Maitre (Euc., 1, 223 xXIV, 237; Joan., 1, 19, 45; Act, I, 22; XV, 31; XXVHI, 28; Rom., v, 13, 143 1x, 155 x, 5, 195 I Cor., 1x, 9; El Cor., ur, 7-15; Hebr., vu, 14; 1x, 193 Apoc., xv, 3); leur maniere de parler ne permet pas de douter qu’ils attribuassent le Pentateuque tout entier à Moïse.
50. — d) Nous avons vu, au début même de cet article, que la tradition chrétienne est unanime à téinoigner dans le même sens. — e) La tradition juive est Lout aussi explicite. Elle est universelle au temps de Notre-Seigneur, commune à toutes les sectes: Pharisiens (cf. Matth, x1x, 7; Joan., vi, 5; Act., xv, 5); Sadducéens (cf. Hatth., xxix, 24 [Mare., x, 19]); Samaritains (ef. Josèpne, Antig., NII, x, 4); Esséniens (cf. Josèpur, Guerre, Il, vin, 9); Hellénisles (ef. Philon, Fe de Moïse, lib. n; Joskpur!, Antiq., AV, vin, 3, 48; Contre Appion, I, 8). — f) Cette tradition s’est maintenue avec toute sa rigidité dans le Judaïsme orthodoxe, comme le prouvent divers textes du Talmud (Zaba Bathra, 15b, etc.) et autres (Pirke Aboth, L, 1).
51. — s) Cette tradition n’est aussi ferme que parce qu’elle est très ancienne ct qu’elle plonge ses racines jusque dans les temps les plus lointains de l’Ancien Testament. On allègue d’abord des textes dans lesquels il est explicitement parlé de la loi de Moïse, du livre de la loi de Moïse: Jos., 1, 7; vint, 31,85; xx, 5; xx, 6; Î Reg., 1, 3; II Heg., xiv, 6; xx, 25; II Chron., xxuI, 18; xxv, 4; xxxv, 12; Esdr., ur, 23 vi, 183 vu, 6; Neh., vin, 1, 14; x, 30 (Vulg. 29); xt, 1. Parmi les prophètes: PDan., 1x, 113 Mal., ur, 22 (Vulg. 1v, 4). Parmi les deutérocanoniques: Zub., vi, 13 (Septante); vir, 15, 12, 13 (Septante; 11 et 13 seulement dansSinatt.); Il Mach., 5, 29; 1, 11; vi, 6, 80; Dan., xin, 3, 62; Dar. 1, 20; u, 2, 28; Eccli., xxIV, 22; xLV, 1-5.
52. — h) D’autres textes prouvent que, depuis Moïse, le Pentateuque a toujours élé connu des Juifs. — «) C’est, pour l’époque de Josué et dans le livre qui porte son noïu, un ensemble de textes si imposant que les critiques regardent ce volume comme un complément du Pentateuque et une partie intégrante de l’Hexateuque. Références directes: cf. Jos., 1v, 12 (Vum., XxXxXI, 28 Sv.); xt, 12 (Wum., XXXNI, 52 Sv.); xi1V, 1 (A’um., xx, 25 Sv.); XIV, 2 (Vum., XXXINT, B4; xxxIV, 16-29); xx1, 1 Sv. (Num, XXXV, 2-8); xxI, 4-42 (Nurn. ir, 19-39; ef. xXvVI, 57 sv.); cf. aussi Jos., 1, 3, 13; 1x, 24; x1, 15, 238, etc. Allusions qui ne trouvent leur explicalion que dans le Pentatenuque: cf. Jus., xxIV, 2-10 (Gen, X1, 813 XH, 1-53 XXI, 1-3; XXV, 1-4,19-26; sxXxVI, 6-8; Xxx VIT, 1-XLVII, 123 etc.); xxIV, 82 (E7r., xur, 19). — 8) Pour l’époque des Juges, le livre de ce nom fournit peu de rapprochements aussi précis; mais on y trouve de lelles préoccupations concernant l’observation de la Loi et de plusieurs observances de détail, qu’aucun doute v’est possible sur leur portée: cf. Jud., 11, 11; nt, 7, 192; 1V, 15 VI, 15; VIE, 29; XVI, 7-19; XX, 18, 23, elc. Cf. aussi Jud., 1, 1 sv. (Er, XxUI, 28, 32 SV.; xxxIv, 15, 16); ax, 5 el 6, xiv, 3 (Er, XxXxX1V, 16; Deut., vu, 3); xunx, 4-34 (Num., vi, 1-21). De même, pour les allusions historiques: cf. Jud., 1, 16 et iv, 11 (Num., x, 29-32); 1, 20 (Nuun., XIV, 24); 11, 1 (Ex, 1, 8-10, 16, 17, ete.); vi, 13 (Ex, vit, 8-13; Vin, 14-x, 29; XH, 29, 30; xni, 21, 22; xIV; ete.). À remarquer aussi les ressemblances de style: cf. /ud., n, 1-3(Ex., xx, 32 sv.; XXXIV, 12, 13: Deut., vu, 5); vx, 8 (Ex., XX, 3); VE, 16 (Ex., m1, 12); va, 39 (Gen., xvur, 83); etc.
53. — 7) Les temps de Samuel ct de Saül nous sont connus par l Samuel. On signale des rapprochements étroits: ef. EL Sam., vin, 5 (Deut., Xvu, 14); xu, 3 (Num, XVI, 153 Deut., xvt, 19); XV, 29 (Num... XXUI, 19); des allusions historiques précises: ef. 1 Sam., x, 82 (Gen., xEvI, 5-7); 1v, 8 (Ex, Vu, 14xu, Bo); xur, 6, 8b (Er, 11, 23-1v, 32); XV, 2 (Ex, xvu, 8). — é) Le [ Chroniques ajoute ses témoignages, et ils sont des plus explicites, à ceux de I et Il Samuel, à propos de David; c’est pour nous montrer qu’à cette époque la vie sociale et religieuse du peuple est tout entière pénétrée par l’influence des législations el directions du Pentateuque; cf. H Sam., 1, 21 (Lev.. vu, 14 [érümaäh )); I Sam., vx, 13, 19 et xxiv, 25 (1 Chron., xv, 26; xxix, 21] (Lev., 1, 11); Il Sam., vu, 22-24 (Deut., 1v, 9; x, 21); 1 Reg., n, 8[1 Chron., Î 4. On n’oubliera jas que Josèphe était un Juif hellé- ‘ niste. 727 MOÏISE E xxu,12; Vulg. 13] (Deut., xvn, 14-20); Chron., xu, 2 (Num., xxxv, 1-8); I Chron., xv, 4-15, xxHE(Num., me; iv; xvin); 1 Chron., xvi, 40 (Num. sxviu, 3-8); Ï Chron., xxm, ag (Lew., xx1x, 5-9); L Chron., xxrn, 31 (Er. SXRVIL, 9, 11, 19-24, 27-80; XXIX, 2-5, 8-11, etc; 1 Chron., xxvVIN, 4 (Gen., xzix, 8-12); etc. — €) Constatations analogues au sujet du règne de Salomon (I Zeg., 1-xt; I Chron., 1-15). D’abord relation si étroite entre le Temple (I Zeg., vi; I Chron., ui, 1v) et le tabernacle (Ex., Xxv, 1-xxxI, 11) que les critiques regardent la description du tabernacle corume faite d’après celle du Temple. Ensuite, nombreux points de contact entre le discours de Salomon au jour de la Dédicace et les livres mosaïques: cf. I Reg., vin, 29 (/’eut., xn, 11); vIr, 35, 32 (Lev., v, 1: Jeut., xXV, 1); vin, 33, 3% (Lev., xxVI, 17); vin, 35, 36(Lev., xxv1, 19); vi, 37-40 (Lev., xxvI, 23 sv.); vin, 46-50(Lev., xxvI, 33).
54. — &) Après le schisme, tout devait contribuer à détacher le royaurue du Nord de Jérusalem et de ses usages. Or, malgré tout, les écrits mosaïques sont reçus et jouissent d’une grande influence dans la région schismatique. On en a une preuve dans l’histoire d’Elie et d’Elisée: cf. I Reg., xvin, 33, 38, etc. (Lev., 1, 6-8; 1x, 24; Deut., xvin, 5, 20); E ’eg., xxI, 3 (Lev., xxv, 23; Num., xxxvI, 8); xxt, 102 (Peut., xvH, 6, 9: xix, 15); xx, 10h (Lev., xxIv, 15, 16; Ex., xx, 27, Vulg. 28); IL Feg., 1v, 1 (Lev., xxv, 39): 1v, 16 (Gen., xvut, 10); vu, 3 (Lev., xin, 46). Mais les références abondent surtout dans les écrits des prophètes, et non seulement pour le Fahuiste et l’’Élohiste, mais encore pour le Deutéronome. On y trouve mention: de la prévarication d’Adam (Os., ve, 7), de la destruction des villes coupables (Os., x1, 8; 4mn., iv, Li), de divers épisodes de la vie de Jacob (Os., xn, 5, 13 [Vulg. 4, 12); 4m, K, 11), de la sortie d’Egvpte (Os., u, 16, 19, 20° [Vulg. 14,15, 18e]; var, 16; 1x, 10; XI. 13 xu, 10 [Vulg. 9], 14 [13]; x, 4, 5; Am., n, 10; HI, 13 V, 25; 1x, 7), des châtiments réservés à la désobéissance à la Loi (Os., 1v, 6; -(m.. 11, 4), de préceptes particuliers, parfois d’iruportance secondaire, concernant les fêtes (Os., 11, 13[ Vulg. 11]; x1t, 10 [Vulg. 9]; dm., v, 21; vur, 5, 10), les sacrifices (Os., IV, 8, 05v, 6,11, 6; 1x, 45 An. iv, 4, D;0v, 22), la distinction des aliments (Os., 1x, 3), le nazaréat C4rm., 11, 11, 12), la reddition des gages (4m., 1, 8), la fixité des bornes (Os., v, 103 cf. Deut., RxvIr. 19), le respect des prêtres (Os., 1v, 4; cf. Deut., xvu, 12). En ienant ce langage, les prophètes ne font pas seulement allusion à des données iraditionnelles; ils connaissent des lois écrites (Os., van, 12) et diverses affinités de style sont caractéristiques: cf. Os., n, 10 [Vulg. 8] (Deut., vu, 13); 15, 19 [17] (Ex, xx, 13): 1x, 10 (Deut., xxxu, 10); xt, 1 (EX, 1V, 22); X0, 6[Vulg. 5] (Ex., 1, 15); Am, nn, 2(Deut.. xiv, 2); iv, Gb, 8P, gb, 10b (Heut., 1v, 30 sv.); v, 11 (Deut., xx VI, 30). —;) On s’attend bien à ce que les références soient plus nombreuses dans les livres d’origine judéenne. On les trouve dans les écrits historiques: LL Chron., xvu, 9-93; xx, s1 [IL Reg., xt, 12]; XXx1, 14-32 [Il Reg., xxn, 8-xxin, 3]. Mais elles sont plus fréquentes dans les livres prophétiques. On peut s’en reudre compte à propos d’Zs.,1; cf. 1, 2(Deut., xxx, 1-6); 1, 2b (Gen., xn,3; Ex, 1v, 22; Deut., xxvI, 19; XXXI, 20): 1, 3. 4 (Gen., xxx, 28 sv. ( Vulg. 27 sv.]; Ex., x1x, 5, 6; Leut., 1, 83; xIV. 13 xxvI. 18): 1, 5-7 CLer., xxvi,33; Deut., xxvin, 33, 35, 5o, 5r); 1. 5b, Qq (Gen, XIX, 1-29 [noter le terme consacré du vers. 3b qui se retrouve Deut., xxix, 22, Vulg. 23; Am, 1v, 11; Jer., 1, 4oï); 1, 11-15 (Ex, xxxiv, 23; Deut., XxXxI, 11); 3, 16, 17 (Ex., xxn, 21, 22 Vulg. 22, 23l): 1, 19 (Deut., sxVI,3; xxx, 15, 19). Les allusions sont aussi nombreuses dans la suile du livre d’Isaïe. On en pourrait relever de semblables dans les écrits de Jérémie, d’Ezéchiel, des prophètes du retour (Aggée, Zacharie, Malachie) et rejoindre ainsi la période à laquelle les critiques placent la rédaciion définitive et la diffusion du Pentateuque. Mais il est d’autant plus inutile d’insister que ces critiques eux-mêmes admettent des affinités entre Jérémie et le Deutéronome, entre Ezéchiel et les parties les plus fondamentales du Code sacerdotal. — 6) On peut donc conclure avec Fr. Decirzscn (Die Genesis, 2° éd., 1853) que «les livres historiques, prophétiques [didactiques et poétiques] d’Israël ont leur fondement et leurs racines dans la Loi de Moïse » (cité dans F. Vicouroux, Les Livres Saints…., I, p. 14).
55. — C. ANGUMENTS INTRINSÈQUES. — Ils sont tirés du contenu même des documents. — «) C’est une série de textes témoignant de l’activité littéraire de Moïse, D’abord Er. xvii, 14; XXIV, 4; XxxIV, 27; Num., XXXHT, 2, qui ne se rapportent qu’à des sections nettement déterminées. Quant à Deut., x, 5, il annonce l’explication (be er) d’une loi qui. nécessairement anléricure, ne peut être que la partie légale d’Ex.-Num. On a encore Deut., xx Vin, 58-61; XxxI, 9-13, que certains exégètes, il est vrai, entendent du seul Deutéronome, mais que d’autres interprètes, soit par des arguments directs, soit à l’aide de déduc- Lions, appliquent à tout le Pentateuque. — b)) C’est ensuite l’unité du livre, sensible dans le plan d’ensemble et dans une multitude de détails; elle est telle qu’elle ne peut s’expliquer que par l’unité d’auteur. On sait que les critiques en mettent la réalisation au compte du rédacteur sacerdotal (Rp). — c) C’est en troisième lieu le but poursuivi dans le livre, but si préeis qu’il nous permet d’en indiquer la date et, par voie indirecte, d’en nouuuer l’auteur. On a manifestement en vue dans la Genèse, en rappelant les promesses divines, en énumérant les Litres acquis à la possession du pays de Canaan, de décider le peuple à quitter la fertile Égypte pour les aventures d’une conquéte laborieuse. Les récits de l’Erode et des Nombres tendent, en rappelant encore les promesses, en consignant le souvenir des interventions du Très-Haut, à calmer le peuple irrité par les souffrances du désert, à entretenir sa persévérance, à vaincre ses résistances. Ces données nous ramènent à l’époque de Moïse, elles nous ramènent à lui. Un auteur de date tardive n’aurait pas recueilli tant d’anecdotes défavorables aux ancêtres. De même, la disposition des législations, dans lesquelles, par le mélanye des ordonnances culiuelles avec les prescriptions morales ou sociales, on s’applique à mettre en relief le caractère unique de la constitution politico-religieuse d’Israël, invite à les regarder comme remontant aux origines mêmes de la nation. — d) On insiste enfin sur des faits spéciaux, inexplicables en dehors de l’hypothèse de l’authenticité mosaïque: caractère progressif et lacunes des législations, inexplicables si ces législations avaient vu le jour dans une société déjà constituée: traits nom-— breux qui reportent le lecteur au temps de Moïse, au désert, avant l’entrée en Canaan, peu aprés la sortie d’Égypte; certains archaïsmes de langage, parmi lesquels l’usage du pron. de la 3° pers. sing. masc. (4ù”) pour les deux genres. — e) Tous ces arguments, qu’on les étudie chacun en particulier ou qu’on en exainine la force cumulative, aboutissent à établir victorieusement la thèse de l’authenticité mosaïque substantielle du Pentateuque. 2° Prise en considération de certaines données + de la thèse des critiques
56. — A. Au Coxcrès pe FrigsourG. — a)Il était 4 facile de constater, et on l’avait fait, que plusieurs de ces argumentations des exégètes conservateurs, davantage encore leurs réponses aux objections de lu critique, n’étaient pas de tout point concluantes. Il était assez naturel dés lors qu’on en vint à considérer les thèses adverses sous un nouveau jour et à se demander si tout en devait être rejeté. Des essais timides furent d’abord réalisés dans diverses Acvues. Mais c’est surtout au Congrès international des Catholiques, tenu à Fribourg (Suisse) en août 1897, que le problème fut envisagé avec quelque ampleur. Deux travaux retinrent l’attention: celui du baron von HüaeL, La Méthode Historique en son application à létude des documents de l’Hexateuque!; celui du R. P. LacnanGs, Les Sources du Pentateuque*.
57. — b) Le baron von HüGeL n’était pas un spécialiste de F Ancien Testament; mais les « six ans d’études fort minuticuses » qu’il avait consacrés au problème de l’Aexateuque lui permettaient de faire œuvre de vulgarisation. Sun muémuire fut, avant tout, un exposé de la théorie de Wellhausen sur la séparation des quatre documents, des adhésions qu’elle avait reçues chaque jour plus nombreuses, des principes sur lesquelles eile s’appuyait; à ce dernier point de vue, l’auteur insistait surtout sur l’évolution des législations. Deux séries de remarques lui étaient plus personnelles. Il soulissnait que la question de la Séparation des quaire documents était distincte de celle de leur àge absolu ou relatif: de celle du degré auquel leurs divergences apparentes (il suilit qu’elles soicnt apparentes pour auiuriser La séparalion des sources) en matières chronologiques, géographiques, historiques, morales, théologiques, sont seulement apparentes ou bien réelles; de celle du degré auquel ces documunts sont fondés sur une tradition authentique ou même sur des documents antérieurs. D’autre part, il s’appliquait, pour prévenir certaines détiances des exégêètes catholiques, à expliquer conuuent une loi de date relativement récente pouvait être dite mosaïque, soit parce que tel de ses éléments remontait jusqu’à Moïse, soil parce qu’elle se bornait à appliquer à des circonstances nouvelles les principes posés par le fondateur de la nation juive; il s’attachait, pour cette fin, au Deuléronume et à la loi de l’unité de sanctuaire. En même temps il montrait cominent la distribution du Pentateuque en documents réduisail à néant l’accusation d’incohérence, tant de fois formulée contre les résits et les législations. Enfin, contre l’obhjection d’invraisemblance, parfois exprimée à propos des théories des critiques, il alléguait le Diatessaron de Tatien.
58. — c) Beaucoup plus important était le mémoire dans lequel le P. LAGRANGE émettait sun avissur les rapports du problème des sources du Pentotenque avec la théologie traditionnelle. Parmi les remarques préliminaires, il en est une qu’il faut souligner: l’éminent professeur do l’Ecole Biblique de Jérusalem établit dès l’abord une distinction tres nette et d’une importance capitale entre les données de la critique littéraire et les systèmes de critique historique en faveur desquels on veut les utiliser. ll ramène ensuite son travail à l’étude de cinq questions préjudicielles qui jusqu’à présent ont ermpèché les catholiques d’aborder l’examen des sources du Pentateuque.
59. — d) La première est celle de la réduction des Livres Saints. Ceux-ci ont été composés en Orient. Or. en Orient, les principes et modes de composition sont très différents des nôtres. Le livre est, là-bas, perpéluellement en fieri et sa rédaction va sans cesse se poursuivant. Il jouit d’une autorité immense, mais il vaut surtout par lui-même et l’on ne se 1. Publié séparément, Paris, Picard. 2. Publié dons la Revue Biblique, janvier 1898, p. 10-32. préoccupe guère de connaître son auteur. Il devient la chose de tout le monde; on le copie avec soin, mais sans scrupule, et on ne se fail pas faute, si l’un est auleur à son tour, de lui emprunter des extraits mème importants. La Bible n’a pas échappé à ces procédés et on peut les voir fréquemment en exercice: dans (ren., XLVI1, 1-7, par exemple, les Septante nous montrent encoie simplement juxtaposés des éléments qui sont beaucoup plus élroilement fusionnés dans le texte massorétique. On ne saurait dire que le dogme de l’inspiration rende suspectes de telles constatations. Si ce dogme exige que le dernier rédacteur soit inspiré, il w’est pas néccssaire d’admettre l’inspiration des documents qu’il empluie. Mais, düt-ou l’admettre, qu’il faudrait sinplement conclure à une plus grande diftusion de ce don surnaturel.
60. — €) Deuxième question: l’évolution législative. Hormis la seule loi naturelle, dont les principes premiers sunt absolus, toute loi doit tenir compte des circonstances dans lesquelles se trouvent ceux auxquels elle s’adresse et, quand ces circonstances viennent à changer, elle doit évoluer avec elles: cette considération s’applique, sinon à son fond même, du moins aux détails de la loi divine positive. Quand il s’agit de la loi mosaïque, l’inconvénient d’une telle constatation est d’autant moindre que cette lui constitue une discipline essentiellement transitoire, D’autre part, les avantages sont iumenses. Si l’on admet, dans l’évolution du code mosaïque, des élapes successives et sulisamment distantes, un justiliera sans peine les prélendues contradictions signalées par les critiques hostiles à la révélation entre les diverses sectivns du Pentateuque; on se trouvera simplement en présence d’abrogations ou de modifications, répondant aux variations des circonstances auxquelles la Loi doits’adapter. Beaucoup de ces lois, il est vrai, sont précédées de la formule Dieu dit à Moïse. On ne l’entend pas d’ordinaire d’une révélation proprement dite; la loi ancienne n’est pas uue création, elle est avant tout Le résultat d’un choix fait entre des usages antérieurement existants. Ce chuix a té fait par l’auteur humain avec l’assistance et l’approbation de Dieu. Or, d’après Peut, xvi1, 11, les prêtres de Jérusalem avaient compétence, non seulement pour résoudre les questions de fait, mais encure pour fixer des points de droit. Que si les unes ou les autres de ces décisions, dans lesquelles les prêtres devaient strictement s’inspirer des principes antérieurement en vigueur, venaient à ubtenir force de loi, ne pouvait-on pas dire que, médiatement sans doute, mais tout de mème d’une façon très réelle, ces législations nouvelles étaient divines et mosaïques?
61. — /) Troisième question: le témoignage de la Bible. Aucun des textes qui attribuent à Moïse une activité littéraire quelconque ne le prêsente comme auteur de tout le Pentateuque. De certains d’entre eux(Er., XVII, 1425 xxIV, 4; XX XIV, 29; N’um., xxxur, 2) on peut soulenir que la portée est limitée à la péricope à laquelle ils sont directement annexés. Les plus importants sont ceux du Deutéronome. À les prendre à la leltre, ils s’appliquent à l’ensemble, sinon à lous les détails, du cinquième livre. Mais il en est de La formule Moïse a écrit comme de Dieu dit à Moïse; des livres canoniques, telle la Sagesse de Salomon, ne sunt-ils pas nettement pseudépigraphes? Le Deutérunome se présente comme une seconde loi; c’est une revision législative qui prend pour base le Code de l’alliance (Ex., xx-xxin). Si, dans cette revision, on est demeuré fidèle au droit mosaïque, aux prémisses antérieurement posées, ne peut-on pas la traiter elle-même cumme mosaïque? Ces considérations - L2 permettent de comprendre comment, dans le Nouveau Testament, Notre-Seigneur et les Apôtres ont pu en toute vérité, d’une part, indiquer Moïse comme auteur de la Loi prise dans son ensemble, de l’autre, quand leur langage est clair et explicite en ce sens, lui attribuer d’une manière concrète telle ou telle ordonnance. LA
62. — 4) Quatrième question: la tradition. Dans l’Église, la tradition est, en importance, parallèle à l’Écriture. Mais e’est évidemment quand elle touche à la foi; en toutautre dotuaine, le consentement mème unanime des Pères ne suilit pas à rendre certaine une donnée traditionnelle. De nombreux exemples montrent, en particulier, qu’en matière d’attribution littéraire, les sentiuents les plus universels des Pères ne sont pas une garantie. Pour la question qui nous occupe. une distinction s’iupose entre ce qui ressortit à la critique littéraire et ce qui ressortit à la critique historique. La tradition historique aura pour formule: Moïse est le législateur d’Israël, le mosaisme est à la base de toute l’histoire du peuple de Dieu. Parfaitement unanime et claire, cette tradition a tous les caractères d’une tradition qui oblige; la Bible, en effet, ne serait plus l’histoire du salut et la foi serait gravement menacée, si les plus grands faits du royaume de Dieu devenaient incertains. De la tradition littéraire la formule sera: Moïse a rédigé le Pentateuque que nous possédons. D’une part, l’unanimité n’est plus si complète, ni chez les Juifs, ni chez les chrétiens. Le role attribué à Esdras par certains rabbhins et plusieurs Pères de l’Église en est une preuve. Onremarquera que, dans cette hypothèse, la tradition littéraire du Pentateuque a été interrompue pendant plus de cent ans après l’incendie de Jérusalem et que toute son autorité repose sur Esdras inspiré; et qui sait si, dans cette tradition, il ne faut pas voir le dernier écho du souvenir d’une refonte générale de la Loi par le prêtre-scribe? D’autre part, il est de toute évidence que la question littéraire est d’une portée tout autre que la question historique. On dira sans doute que le Concile de Trente parle du Pentateuque de Moïse. C’est vrai; mais il faut noter qu’en se prononçant sur la question de canonicité, il a évité de trancher celle d’authenticité. Que si l’on voyait dans sa manière de parler une direction disciplinaire, au moins ne faudrait-il pas en tirer des conclusions plus strictes qu’à propos de l’Épitre aux Hébreux: le Pentateuque sera toujours le Pentateuque de Moïse si ce grand Lomme a jeté les fondements de sa législation.
63. — h) Cinquième question: la valeur historique. L’apologétique catholique recourt volontiers à des principes aussi absolus que celui-ci: « Tout le iuonde admet que le récit de Moïse est vrai, s’il est réellement de lui, tandis qu’on peut prétendre qu’il est indigne de foi et n’est qu’un tissu de mythes, s’il a clé écrit à une date postérieure » (F. Vicouroux, Manuel biblique, 9° éd., I, p. 4oo). Sur quoi il est aisé de faire plusieurs remarques: — c) D’abord que la date de rédaction d’une histoire, surtout quand le rédacteur a simplement reproduit et juxtaposé ses sources, importe beaucoup moins que celle des documents eux-mêmes. Il faut méme noter qu’à ce dernier point de vue, un mouvement heureux se dessine parmi les exégètes indépendants. — 5) Que d’après les critiques, les documents anciens (J et E) ont été utilisés dans ceux qui les ont suivis (P), même que P n’avait d’autres sources que J, E et D. Des lors il ne peut être question de contradictions fondamentales entre ces documents; et c’est ce qui explique qu’on ait songé à les fondre en un seul récit. —;) On dit, il est vrai, que P a une allure très particulicre, qu’il a altéré la vérité de parti pris, qu’il a généralisé,. idéalisé, systématisé l’histoire. Rappelons qu’il ne se peut agir que de détails. Que si nous nous plaçons au point de vue de l’histoire du rêgne de Dieu, ils sont sans importance. Que si nous nous plaçons au point de vue des conséquences de l’inspiration, il conviendra de se poser la question du genre littéraire adopté par P, de ses règles, de ses méthodes; il conviendra de se demander si Dieu a voulu nous enseigner ces détails ou s’en servir comme de véhicules pour un enseignement plus haut; n’en serait-il pas de ces détails du récit de P comme de nombreux détails des oracles messianiques? D’autre part, interdirons-nous à un législateur de se servir de cas de conscience pour rendre plus claire telle décision? (x. g. Num., XXVI, 33; XXVII, 1-11 3 XXXVE, 1-12). — 0) D’ailleurs on sera, en toute hypothèse, dans l’impossibilité de savoir à quoi s’en tenir par rapport à certaines circonstances secondaires des récits. Qu’à propos de la chronologie, par exemple, on rejette l’idée d’un thème systématique, on se heurtera aux variations des manuscrits, puis à l’impossibilité de faire concorder avec les diverses histoires anciennes des chitfres qu’on finira par déclarer altérés. — €) Enlin, à l’encontre des aflirmations de certains critiques, il devient de plus en plus évident que P avait ses sources propres; il devient donc impossible de le convaincre de mensonge s’il se borne à les reproduire.
64. — B. Autour pu ConGrës. — Il faut regretter que le P. Lagrange n’ait pu aller au delà de l’exposé de ces questions préjudicielles, À en juger par ce qu’il a écrit en passant soit en divers travaux et comptes rendus de la Hevue Biblique, soit dans La Méthode historique surtout à propos de l’Ancien Testament (1903), on entrevoit que la partie positive et constructive de son système eüût été des plus caractéristiques et des plus intéressantes. Malheureusement, des controverses s’élevèrent qui, surtout en certaines publications secondaires, allérent senvenimant de plus en plus. Notre but n’est pas de les exposer. Nous voulons seulement signaler quelques vues particulières, de nature à éclairer les décisions qui vont suivre et les atlitudes qui en résulteront.
65. — a) Dans les séances mêmes du Congrès de Fribourg, le P. BrucKrR avait déclaré « ne pouvoir accepter toutes les conclusions du KR. P. Lagrange ». Il lui semblait que, dans le Mémoire du docte Dominicain, « la tradition ne recevait pas Le rôle prépondérant qui lui appartient » (cf. Joseph Brucker, S. J., dans Etudes, t. LXXVIL, 1899. p. 671-674). Quelque dix et onze ans auparavant, le P. Brueker s’était expliqué sur le sujet qui nous occupe dans une série de quatre articles dont les trois derniers se rapportaient directement à la question du Pentateuque: Questions actuelles d’exégèse et d’apologie biblique, 1. Principes, dans Etudes, t. XLIII, 1888, p. 91-90; Il. L’authenticité des livres de Moïse, ibid., p. 321- 340; III. Les objections contre l’origine mosaïque du Pentateuque. ibid., t. XLIV, 1888, p. 57-74, 382-306. Nous n’insistons pas sur les réponses aux objections, bien qu’on y trouve des points de vue spéciaux qui tuanquent aux travaux similaires. 1l est plus intéressant de relever ce que le savant Jésuite déclare au sujet de la rédaction du Pentateuque par Moïse. Que celui-ci soit, dans un vrai sens, l’auteur des cinq livres, « c’est une vérité de foi divine, en tant quil s’agit de certaines parties déterminées de ces livres, pour lesquelles l’origine mosaïque est directement aflirmée par la Bible. C’est au moins une vérité certaine (theologice certum), quant à l’ensemble du Pentateuque, pris dans sa substance; parce que c’est une conséquence qui se déduit nécessairement des textes dont nous avons indiqué la longue série. » (Etudes, XLIU, 1888, p.327). Mais il faut préciser ce rôle d’auteur: « Il resterait vrai de dire que Moïse est l’auteur des cinq livres qui portent son nom, même s’il s’était borné à les faire rédiger sous sa direction et sa responsabilité, c’est-à-dire s’il s’était contenlé d’en fournir les matériaux et les idées, en chargeant un ou plusieurs secrétaires d’y mettre la forme, l’arrangement et le style. L’œuvre ainsi composée, puis revue et adoptée par lui à la lummëre de l’inspiration divine, aurait pu, en toute vérité, être appelée son œuvre. » (/bid., p. 327 sv.) Comme on le voit. le P. Brucker rajeunit la théorie des « scribes de Moïse », chère à Richard Simon. Il s’explique aussi à propos des documents: « Moïse a-t-il utilisé des documents antérieurs? À priori, cela est possible et n’a rien d’incompatible avec l’inspiration, ni avec la vraie notion du rèle d’auteur qui appartient à Moïse; tous les théologiens et exégèles catholiques le reconnaissent. Supposé que, [pour expliquer divers faits], on ait un réel besoin de cette hypothèse de plusieurs documents antérieurs, insérés plus ou moins complètement par Moïse dans son œuvre, rien, du côté de l’enseignement catholique, n’empécherait de la mettre à protit. Remarquons seulement qu’elle ne peut être un vrai secours que dans la Genèse. Dans les livres suivants, où Moïse ne rapporte gucre que ce qu’il a vu ou entendu, dit ou fait lui-même, on peut difficilement parler de documents préexistants qu’il aurail utilisés, — à moins qu’il ne s’agisse de documents préparés sous sa direction par ses secrélaires, conuue on l’a vu dans la réponse à la première question. » (Ibid., p. 330 sv.)
66. — b) Plus explicite que la simple note du P. Brucker était, à propos du Mémoire du P. Lagrange, l’article du RP. MÉCHINEAU, La thèse de l’origine mosaïque du Pentateuque, sa place dans l’apolugétique, san degré de certitude (Etudes, 1. LXXVIL, 1898, p. 289- 311). Ce que l’on veut surtout mettre en relief, c’est que, sous le prétexte qu’u il sutlit à La démonstration comme à la défense de la foi par les Écritures de sauvegarder la canonicité et l’inspiration des Livres Saints »…, il n’est pas permis de trailer les questions d’authenticité avec tant de désinvolture que l’on aille « droit à essayer de renverser l’une des bases sur lesquelles repose l’apologétique, tant juive que chrétienne ».… C’est qu’on ne peut, sans une grave erreur, rejcter une thèse « aflirmée par trois autorités irrécusables: la tradition judaique consignée aux Livres Saints; l’enseignement formel de Jésus-Christ et des apôtres; enfin la tradition chrétienne et l’enseignement de l’Église » (cf. Etudes, LXXVIE p. 291, 300, 304). Le même auteur devail «cunsacrer, l’année suivante, toute une étude à mon: trer que c’était un concessionisme dangereux que de sacrilier trop facilement la valeur humaine des Écritures et par conséquent leur authenticité (L’Autorite humaine des Livres Saints et Le « Concessionisme », dans Etudes, LXXX, 1899. p. 433-448, 565-780).
67. — c) Cependant le P. PrAT publiait deux articles sur La Lot de Aloïse; l’un était consacré à Ses Origines (Etudes, LXXVI, 1898, p. 87-114), l’autre à Ses Progrès, Conséquences pour la question du Pentateuque (ibid., LXX VIT, 1898, p. 29-56). Dans ce deuxième travail, Le seul qui se rapporte à la ques tion présente, l’auteur commence par admettre que la Loi a pu recevoir des compléments du vivant de Moïse. Mais il admet aussi qu’elle en a reçu après le mort du législateur, que telles ou telles consultations prophétiques ou sacerdotales, que tel commentaire plus ou moins autorisé de la Loi ont pu passer dan: le texte actuel du Pentateuque. Et il ajoute: « Nou: ne songeons pas à restreindre l’authenticitc du Penta teuque. Nous sommes cependant persuadé que l: thèse catholique gagnerait en clarté et en force probante, si l’on distinguait toujours bien soigneusement entre l’auteur de la Loi et l’auteur du Pentateuque. Ainsi nous ne croyons pas que le Pentateuque se donne lui-même pour l’œuvre de Moïse. Les passages cités à l’appui ont trait seulement au Zeutéronome et à quatre fragments particuliers, le Code de l’alliance, le Décalogue, les haltes des Hébreux dans le désert et la défaite des Amalécites, passages que Moïse écrit par ordre exprès de Dieu. Nous ne croyons pas non plus que cette appellation, assez fréquente dans leslivres sacrés, la Loi de Moïse ou le Livre de la Loi de Moïse prouve que l’ouvrage entier, où cette loi est consignée ait Moïse pour auteur... Une fois il est question du Livre de Moïse; mais, justement, il s’agit de savoir si le livre de Moïse veut dire nécessairement le livre écrit ou composé par Moïse. Pourquoi le livre de Moïse ne pourrait-il pas Siynilier: le livre où Moïse joue le principal rôle, ou bien, le livre qui renferme la législation mosaïque? Il y a cependant un texte de saint Jean qu’on ne peut, sans lui faire violence, empêcher de témoigner en faveur de l’authenticité, au moins substantielle, du Pentateuque. Et il reste toujours l’argument de tradition, le meilleur, dont la force probante est égale, et pour le croyant, et pour le véritable historien. » (Etudes, LXXVII, 1898, p. 48 sv.)
68. — d) On ne lira pas non plus sans intérêt ces lignes du P. Duranp (L’état présent des Etudes Bibliques en France, 2° art., dans Etudes, XC, 1902, p. 330-358): « Une conclusion s’impose au nom de la logique, c’est que, sans s’écarter des habitudes de l’école la plus strictement conservatrice, on peut attribuer à un autre que Moïse tous les passages du Pentateuque qu’on prouvera ne pas pouvoir être de lui... Dans cet alliage, reconnu de tous, quelle part faut-il faire au Législateur? Sur ce point l’accord cesse; mais les deux opinions ne différent entre elles que comme le plus du moins. Par le fait, il n’est pas nécessaire de résoudre le problème avec tant de précision. Au point de vue religieux, le principal est assurément que ce livre reste, en son entier, écrit sous l’inspiration d’un même Esprit; à part peutêtre quelques gloses qui seraient là, comme dans le reste l’Écriture, d’origine purement humaine... L’aftirmation traditionnelle qui attribue en bloc le Pentateuque à Moïse est quand même à conserver, parce qu’elle reste vraie; non plus au sens rigoureux qu’on a pu lui donner et que beaucoup lui gardent encore; ni en ce sens purement conventionnel qui nous fait parler couramment du Code Napoléon, à propos d’un livre où l’empereur n’a peut-être personnellement rien écrit; mais néanmoins en un sens suflisamment objectif. Le Pentateuque contient nombre de documents vraiment rédigés par Moïse, et ilest en son entier l’expression autorisée de sa Loi » (p. 351 sv.).
69. — e) Enfin nous ne saurions passer sous silence le seul commentaire un peu complet du Pentateuque qui ait paru chez les catholiques depuis que se discutent les problèmes qui nous occupent; c’est celui du P. DE HUMMELAUER, dans le Cursus des Jésuites allemands. C’est surtout dans l’Introduction au Deutéronome (1901) que l’auteur s’exprime sur la question du jour. Voici ses propositions principales. Partant du cinquième livre du Pentateuque, il soutient d’abord que Moïse écrivit une thorakh (cf. Deut,, xxxt, g)aqw’ilidentifie avec Deut., v-x1 + xxvut, 1-69 Vulg. xxix, 1]. Dans cette thorah, Samuel inséra son « jugement de la royauté » (cf. I Sam., x, 25) renfermé dans eul., Xi, 1-XxX VI, 15!. Déjà Josué y avait inséré 1. Il n’est pas sans intérét de noter que, de ce chef, scize chapitres du Deutéronome sont enlevés à Moïse. ses paroles (cf. Jos., xxIv, 26), dont un fragment semble représenté par Deut., SXVI, 10-XXVI, 261. C’est cette thoruh, augmentée de l’écrit de Samuel, qui fut retrouvée par Helcias sous Josias. Non seuleruent cette thorah, mais tous les écrits de l’âge mosaïque étaient, à l’époque d’Esdras, réunis en un seul Pentateuque, qui prit souvent dans la suite le nom de Thorah. Le Pentateuque n’est pas sorti tel que nous l’avons du calame de Moïse, mais il est dù à la fusion de plusieurs écrits mosaïques. Ces écrits n’étaient pas parvenus à ceux qui les combinèrent dans un état d’intégrité parfaite; ils étaient plus ou moins détigurés, mutilés et restaurés. Notre texte du Pentateuque est un texte rétabli au prix d’un labeur considérable et très ardu. Ce travail a été accompli ou par Esdras, ou par les Juifs exilés en Babylonie, ou mème avant la destruction de Jérusalem. Se plaçant ensuite en présence des documents chers aux criliques (P, J, E), l’auteur fait les remarques suivantes. Il est légitiue de distinguer dans Ex., 1, 1-Deut., 1, 3 xxx, 14-xxxiv, 12 (ce que le R. P. appelle le Liber Lipartitus) une source P, avant tout législative. Les lois auraient été écriles ou dictées au juur le jour par Moïse, puis réunies en un corps; rien d’ailleurs n’empêche que des lois nouvelies aient êté ajoutées dans la suite, qui, fidèles à l’esprit des institutions prüuitives, pouvaient ètre couvertes par la formule Dieu dit à Moïse. Quant aux péricopes historiques de P, dont le P. de Ilummelauer semble réduire le nombre, elles auraient pu être composées plus à loisir après les événements. Le Deutéronome mosaïque (D; vid supr.) présuppose le document légal P; il présupnose pareillement les récits d’Ex.-Vum., que la critique attribue à JE. Si, d’autre part, on admet que Moïse a eu recours, pour la rédaction des sections historiques, à des secrétaires, rien n’empêche de reconnaître l’existence des deux documents J et E, fondus ensuite dans l’unité composite JE. Bref, le P. de Hummelauer se rallie au tliëme JEPD des anciens critiques. Mais, à ses yeux, les documents historiques J, E (parties de P) remontent à Moïse. Il en est de même des éléments fondamentaux des législations (P et D); mais celles-ci ont pu recevoir, au cours des siècles, de notables accroissements (cf. p. 61, 94, 107, 145-152). IX. La décision de la Commission biblique
IX. La décision de la Commission biblique
70. — Ces hypothèses et controverses ne pouvaient manquer d’attirer l’attention des autorités ecclésiastiques et de provoquer leurs décisions. Fondée en 1902, la Commission biblique publia un décret sur la question, le 27 juin 1906. Nous en donnons le texte avec la traduction de M. Mangenol (L’Authenticité mosaïque du Pentateuque, p. 5 sv.) Propositis sequentibus La Commission Pontifdubiis Consilium Pontifi- cale, chargée de promoucium pro studiis de re bi- voir les études bibliques, blica provehendis respon- a pensé devoir répondre dendum censuit prout se- Comme il suit aux doutes quitur: suivants qui lui étaient proposés: [. Utrum sargumenta a 1. Les argunents accucriticis congesta ad impu- mulés par les critiques gnandam authentiam Mo- pour attuquerl’authenticité saicam sacrorum Libro- mosaïque des Livres saints rum, qui Pentateuchi no- désignés sous le nom de mine designantur, tanti Pentateuque, ont-ils tant de sintponderis ut, posthabitis poid-que, sans teuir compquampluribus testimoniis te des trés nombreux té. utriusque Testamenti col moignages des deux Testa: 1. Le P. de Hummelauer altribue aussi à Moïse le pre: mier discours Deut., 1, 1-1v, 13) uinsi que Deut., xxix, (Vulg. 2)-xxxr, 13. lective sumptis, perpetua ments pris collectivement, consensione populi Judaici, du sentiment perpétuel du Ecclesiae quoque constanti peuple juif, de la tradition traditione nec non indiciis constante de l’Église el inlernis quae ex ipso textu des indices internes qui eruuntur, jus tribuant allir- sont tirés du texte luimandi hos libros non Moy- même, ils donnent le droit sen habere auctorem, sed d’afirmer que ces livres ex fontibus maxima ex n’ont pas Moïse pour auparte aetute Mosaica poste- teur, mais quils ont été rioribus esse confectos? formés de documents pour Resp. Negative. lu plus grande partie postérieurs à l’âge mosaïque. Rép. Non. IT. Utrum Mosaica au- 11. L’autbenticilé mosajthentia Pentateuchi talem que du Pentateuque exisenecessario postulet redac- t-elle nécessairement Ja tionem totius operis, ut rédaction de l’ouvrage prorsus tenendunm sitMoy- entier telle qu’il faille tenir sen omnia et sinz; ula mauu que Moïse a écrit de sa sua scripsisse velamanuen- main ou dicté à des copistes sibus dictasse; an eliam touset chacun des détails; eorunm hypotbesis permitti ou bien peut-on permettre possit qui existimant eum l’hypothèse de ceux qui opus ipsum à se sub divi- estiment qu’il a confié à un nae inspirationis afflutu ou plusieurs secrétaires le conceptum alteri vel pluri- soin d’écrire l’œuvre ellebus scribendum comuni- même, conçue par lui sous sisse, ita tamen ut sensa le souflle de l’inspiration sua fideliter redderent, ni- divine, de façon toutefois bil contra suam volunta- que ces secrétaires rendent tem scriberent, nilil omit- fidèlement ses pensées, n’éterent; ac tandem opushac crivent et n’ometlent rien rulione confectum, ab eo- contrairement à sa volenté, dem Moyse principe inspi- et qu’enfin l’ouvrage ainsi ratoque auctore probatum, composé, approuvé par ipsiusmet nomine vulga- Moïse son principal auteur retur? inspiré, soit publié sous son Resp. Negative ad pri- propre nom? main partem, afbrmative Rép. Non à la prewière ad secundam. partie, oui à la seconde. IT! Utrum absque praeju- II. Peut-on, sans préjudicio Mosaicue authentiae dicepourl’authenticité mo- Pentateuchi concedi possit saïque du Pentateuque. con- Moysen ad suum conficien- céder que Moïse, pour comdum opus fontes adhi- poser son œuvre, s’est buisse, scripta videlicet servi de suurces, documents documenta vel orales tra- écrits cu traditions orales, ditiones, ex quibus, secun- desquelles, conformément dum peculiarem scopum au but particulier quil se sibi propositum et sub di- proposuil, et sous le souflle vinae inspirationis afflstu, de l’inspiration divine, ila nonnulla hauserit eaque ad tiré plusieurs parties qu’il verbum vel quoad senten- a insérées dans son œuvre tiam, contracta velamplifi- propre, mot à mot ou cata, ipsi operi inseruerit? quant au sens, résumées Resp. Afbrmative. ou amplifiées? Rép. Oui. IV. Utrum, salvasubstan- IV. L’authenticité mosaïtialiter Mosaica authentia queet l’intégrité du Pentaet integritate Pentateuchi, teuque étant sauvegardées admitti possit tam longo quant à la substance, peutsaeculorum decursu non- on admettre que dans un nullas ei modificationes si long cours des siècles obvenisse, uti: addita- quelques modifications 6ç’y menta post Moysi mortem soientproduites, comme par vel ab xuctore inspirato exemple des add’tions failes apposita, vel glossus et après la mort de Moïse explicationes textui inter- mais par un auteurinspiré, jectas, vocabula quaedam et ou des gloses et des expliformas sermone antiquato cations insérées dans le in sermonem recentiorem texle; certains mots et des translatas: mendosas de- formes de discours traduits mum lectiones vitio ama- d’un style veilli en un puensium adscribendas, de style plus moderne; enfin quibus fas sit ad normas des leçons fautives, dues à artis criticae disquirere et la maladresse des copistes, judicare? qu’il soit permis de recber- Resp. Affirmative, salvo cher et de fixer d’après les Ecclesiae judicio. régles de la critique? Rép. Oui, sauf le jugement de l’Église. Die autem 27 junii an. Le 27 juin 1906, à l’au 1996, in Audienlin Rmis dience bienveillamment ac Consultoribus ab Actis ke- cordée aux Consulleurs se nigne concessa Sanctissi- crétaires, le Saint-Pére t mus praedicta Responsa approuve les Héprnses sus adprobavit ac publiei juris dites et a ordonné de le: fieri mandavit. publier. FuLcrants G. VIGOUROUX, Furcran G. Vicouroux, P, S. S. Pa. s. LaAURENTIUS JANSSENS LauUrEnT JANSSENS, ©. S. h 0.5. 8. Consultores ab Actis. Consulteurs secrétaires. Il nous semble d’abord à propos de tenter l’exé gèse littérale et méthodique d’un texte appelé à être la norme de l’enseignement des Ecoles Catholique: touchant la grave question du Pentateuque.
71. — a) Les premières question et réponse met. tent d’ahord en conflit deux séries d’arguments. D’une part, ceux que les critiques ont entassés pour attaquer l’authenticité mosaïque des Livres Saints connus sous le nom de Pentateuque. Ces arguments ne sont pas autrement déterminés, ni quant à leur détail, ni quant aux groupes auxquels on pourrail les ramener. Mais il n’y a pas à s y tromper. Il s’agit des considérations auxquelles, depuis les origines du mouvement critique, les adversaires de l’authenticité mosaïque du Pentateuque ont fait appel. On peut penser, d’une mani re particulière, aux théories de l’école welllausienne, puisque ee sout celles-là précisément qui ont davantage troublé les consciences catholiques. Naturellement, argumeuts etthéories sont envisagés tels qu’on les présentait en 1905-1906. — db) D’autre part, les preuves traditionnelles, en tête desquelles figurent celles que fournissent les témoignases très nombreux des deux Testaments, On remarquera que ces témoignages sont envisagés collectivement, collective sumptis, comme si la Commission évitait de se prononcer sur la valeur dirimante et définitive que certains représentants de l’orthodoxie attribuent à tel texte en particulier, aux paroles de Notre-Seigneur par exemple. Aux données de l’Écriture se juignent celles qui attestent et Le consentement perpétuel du peuple juif et la constante tradition de l’Église. Entin si, à l’encontre de la méthode des critiques, mais en conformité avec les procédés de la défense catholique, la Commission donne la première place aux preuves externes, ce nest pas qu’elle oublie les indices lirés du texte luimême; à ces remarques basces sur le texte et que nous avons signalées plus haut, elle attache une très grande importance. — «) En présence de ce conflit le décret prend une position très nette. Il donne sans hésiter la préférence aux considérants de la thèse traditionnelle; il déclare que les arguments des critiques ne sont pas décisifs!. On peut se demander d’où provient l’ineflicacité de ces arguments? Elle tient, sans aucun doute, à leur valeur intrinsèque; si cette valeur s’imposait, rien ne pourrait prévaloir contre elle. Mais il semble que la Commisston veuille nous dire autre chose. Il ne paraît pas qu’elle entende condamner ni la recherche ni la méthode descriliques, et il demeure permis de soutenir que, considérés en eux-mêmes, ces proctdes sont légitimes et peuvent aboutir à de précieux résultats dans la question qui nous occupe. La Commission signale un danger, une laenne de cette méthode, telle que les critiques 1. Il paraît juste de remarquer que. tout en étant très nets, les termes du décret sont très modérés; les arguments des critiques ne donnent pas le droit d’afiirmer, c’est-b-dire, sans doute, de présenter comme certain... Tome II. étrangers à l’Église en font usage, et c’est sans doute ce qui explique que leurs conclusions ne soient pas décisives. Elle leur reproche leur unilatéralisme, elle les blâäme de ne pas tenir compte des données diverses du témoignage ou au moins de les rejeter à l’arrière-plan, posthabitis: elle les blâme de ne prendre en considération que certaines catégories d’indices internes.
72. — d) Le grand excès, la grande erreur des critiques Ctrangers au catholicisme, dans l’importar: le queslion qui nous occupe, out été d’arriver à cette conclusion que le Pentateuque n’a pas Moïse pour auteur. Le sens que le mot auteur doit prendre en ce contexlc nest pas précisé; il n’est nullement indiqué qu’on doive lui attribuer la signilieation très stricte que ce mot reçoit chez nous; il n’est nullement interdit de songer au sens notablement plus large que ce terme aurait en Orient. La suite des questions et réponses à venir indique sullisamment que nous pouvons rester à distance de son acception la plus étroite. Une chose est certaine. De même qu’on doit regarder Moïse comme prenant une place prépondérante au début des inslitutions sociales et religieuses d’Israël, de mème faut-il le regarder comme ayant eu un role prépondérant à l’origine de l’œuvre liticraire que représente le Pentateuque. — e) L’erreur des critiques ne nous est pas seulement présentee sous sa forme négative. Ils sont encore blämés de prétendre que le Pentateuque a été composé de sources en très grande partie postérieures à l’époque mosaïque. Ce reproche est avant tout la contre-partie du précédent, mais ilen éclaire la portée. Lesexpressions sont modérées; on les dirait à dessein un peu vagues. Il semblerait, à première vue, qu’en ce qui regarde l’origine du Pentateuque, la Commission tienne à l’époque de Moïse avant même de tenir à sa personne. Et cela se comprend sans peine, puisque au fond, ce qu’elle veut surtout garantir, c’est la valeur Listorique des premiers livres de la Bible. Mais, de plus, ne semble-til pas qu’elle censure l’hypothèse critique surtout paree que celle-ci situe la plupart des sources du Pentateuque, sinon toutes, à des époques postérieures à l’âge mosaïque? Ne semble-t-il pas, en conséquence, que, si on attribuait à Moïse une part assez grande dans la composition du Pentateuque pour qu’en un sens réel, mais large, il pût en être proclamé l’auteur, on aurait le droit de reconnaître, en cet immense ouvrage, telle source d’une date notablement postérieure? Admettons, en employant le langage de la critique, que les documents yahwiste et élohiste remontent nettement à Moïse: serait-il permis, strictement parlant, de soutenir que, dans le Code sacerdotal, très vaste et d’apparence nettement composite, telle ou telle section assez notable, v. 9. la Loi de sainteté(Les., xvu-xxvi) provient d’une source plus récente que l’époque mosaïque? Ce problème est évidemment délicat et il se peut que, pour le moment, les éléments fassent défaut qui permettent de le solutionner. Il faut toutefois se souvenir que les réponses canoniques doivent être interprétées dans leur sens le plus lilléral.
73. — La plupart des éléments du Pentateuque remontent à Moïse; mais en quelle manière? C’est ce que va préciser la seconde partie du décret. Nous le constaterons de nouveau: si les argumentations des critiques ne prouvent pas tout ce qu’ils avancent, la Commission n’estime pas pour cela qu’elles soicnt complètement à dédaigner. Sans condamner les opinions plus rigides, chères à plusieurs apologistes, elle envisage la possibilité de certains terrains d’ententr. — a) En premier lieu, on n’est pas forcé d’admettre une telle rédaction de l’ouvrage entier qu’il faille dire que Moïse a écrit ou dicté à des copisles lous et chacun des détails. En d’autres lernes, nous ne sommes pas tenus de souscrire à la thèse de l’unité absolue d’auteur, mème pour les parties qui remontent à l’époque mosaïque. — b) On peut admettre des docwuents. Moïse a pu recourir, en effet, au ministère d’un ou plusieurs secretaires. Leur activité est ainsi déterminée: Ce n’est pas à eux qu’il faut attribuer le projet, la pensée, le plan de l’œuvre; celle-ci a été conçue par Moïse lui-même, sous le sonflle de l’inspiration divine. Les secrétaires ont eu mission de l’écrire el de l’exéccuter, de façon toutefois à rendre tidélement les pensées de Moïse, sans rien écrire ni omuettre contrairement à sa volonté. Ainsi composée, l’œuvre a été approuvée par Moïse, que l’on doit considérer comine son principal auteur inspiré, elle a été publiée sous son propre nom.
74. — c)llest intéressant d’envisager ces décisions dans leurs rapports avec les assertions des critiques. On remarquera qu’il s’agit d’un ou de plusieurs secrélaires; le nombre n’en est pas limité. Rien n’est dit non plus touchant la part de travail qui leur fut assignée, Rien n’indique, par exemple, qu’il s’agit de secrétaires successifs, dont l’un aurait été au service de Moïse depuis la sortie d’Égypte jusqu’au Sinaï, un autre à Cadès, un autre dans les plaines de Moab. On n’est pas davantage invilé à penser que chacun de ces secrélaires n’a eu à S’uccuper que d’une partie de l’œuvre mosaïque, que l’un ait été chargé de la tenèse, unautre de Phistoire du séjour en Égypte et des premicres migrations jusqu’au Sinaï, un troisième d’un groupe de législations, et ainsi du reste. On peut forl bien comprendre que les secrétaires, ou au moins plusieurs d’entre eux, aient eu mission de traiter le mème sujet: une histoire des origines du ruonde, des origines du peuple de Dieu, de sa fondaon, de sa preruière organisation. La reuarque a son importance, Les membres de la Commission connaissaien: lesthéories des critiques pourlesquels plusieurs des documents, le Yahwiste, l’Élohiste, le Code sacerdotal sont des œuvres en grande partie parallèles; ils savaient que l’hypothèse de plusieurs secrétaires serait facilement et naturellement invoquée comme conslituant une explication plus orthodoxe de la thèse des sources. Il leur était facile d’exclure cette interprétation, s’ils avaient voulu le faire. — d) La Commission se garde de confondre ces secrétaires avec les simples copistes dont elle parlait dans la première partie de cette deuxième réponse. Les secrétaires ont unc mission d’écrire, de composer. Par le fait qu’on présente Moïse comme un auteur principal, on qualifie les secrétaires d’auteurs, secondaires sans duute, mais d’auteurs véritables.
75. — e) Aussi lien les précisions ne manquentelles pas. De Moïse, qui Fa conçu sous l’inspiration du Saint-Esprit, les secrétaires reçoivent le plan de leur travail: conception générale sans doute, mais avec assez de lignes distinetes pour qu’ils se rendent un comple exact de ce qu’ils ont à faire. On peut même entrevoir ici la raison pour laquelle on suppose ou on admet plusieurs secrétaires. Les critiques ont signalé entre plusieurs des documents, entre le Yahwiste par exemple et le Code sacerdotal, des différences caractéristiques. L’explication en peut ètre assez simple. Tout en donnant à ses secrétaires le mêne sujet à traiter, le mêrue plan de travail, les mèmes idées d’ensemble, Moïse a pu suggérer à chacun d’eux des points de vue particuliers. L’un aura été invité à s’en tenir principaleruent aux récits et aux lois d’une portée plus générale, en un mot à ce qui intéressera l’ensemble du peuple; un autre aura eu mission de faire une œuvre plutôt liturgique, à l’usage du personnel du sanctuaire, dont le point central serail constilué par l’exposé des lois cultuelles, dont le cadre serait fourni par les récits plus spécialement en rapport avec les origines et le développement des institutions religieuses. — f) Une autre explication est sans doute possible. Auteurs secondaires, les seerttaires sont de véritables auteurs et il semble, de ce fait, que les différences dont nous venons de parler puissebt être luises à leur compte. L’un d’eux, par exemple, aura pris goût à une histoire populaire; il aura parlé le langage du peuple, saisi les faits les plus susceptibles d’intéresser le peuple, les racontant de la façon pitturesque et avec les expressions et métaphores qui ont davantage prise sur le peuple. Un autre secrétaire, un liturgisle je suppose, avide de législations cultuelies, de rubriques minuticuses et précises, érudit par ailleurs et aimant à rechercher les origines des usages consacrés par Mise, réalisera son œuvre d’une tout autre manière. Il fera sa spécialité de tous les règlements qui, d’une manière ou d’une autre, se rattachent au service de l’autel; dans l’histoire, il s’intéressera à tout ce qui concerne les origines des rites les plus en honneur, il aimera à les voir en vigueur ou au moins en figure dans le passé, il saisira avec empressement ce qui peut s’y rapporter soit dans les récits concernant les origines, soit dans l’histoire patriarcale, soit dans les événements du désert. — g) Mais des uns et des autres l’œuvre devra derueurcr conforiue aux intentions de Moïse. Corume garantie de celtc confortuité, il faut admettre, sans parler d’une surveillance générale, unc approbation de l’ouvrage par Moïse, approbation telle et si complète que l’ouvrage puisse être publié sous son nom, quil doive lui Ctre attribué come à l’auteur principal et inspiré. La teneur du texte ne permet pas de douter que l’approbation portera, en cette hypothèse, sur l’œuvre de chaque secrétaire, que, par conséquent, l’œuvre de chaque secrétaire devra étre atiribuée à, Moïse el traitée comme inspirée. Et l’on voit par là quel’inspiration des divers docuiuents est compatible avec les divergences secondaires qu’y peuvent présenter les narrations parallèles des mêmes faits; ces divergences de détail n’atteigneni pas ces traits x caractéristiques du fait lui-même qui seuls consti- F tuent la matitre de l’enseiynement de Dieu inspira- 2 icur et de Moïse son principal intermédiaire et instrument.
76. — h) Dans toutes ces considérations, nous ke avons évité de parler du Deutéronome, Il ne nous paraît pas, en eltet, assimilable aux autres documents. k Nous sommes icien presence d’une œuvre à part et, si Moïse en a confié la rédaction à un secrétaire, celuici ne se trouvait pas dans les mêmes conditions que " les précédents; son œuvre n’est pas parallèle à la s leur, mais lui sert de complément. — t) Il y a toute- L lois une ressemblance eutre le Deutéronome et les « autres documents. Il faut, en effet, le remarquer:-si « le décret parle de l’œuvre de chacun des secrétaires, a il ne dit rien, ni esplicitement, ni implicitement, du L travail rédactionnel qui a abouti à fusionner enseru- L ble ces travaux séparéset à constituer le Pentateuque 4 tel que nous l’avons aujourd’hui; il n’y à pas un Lu mot pour attribuer directement ou indirectement “ cette activité rédactionnelle à Moïse. Il semble donc qu’ici encore la Commission n’ait pas voulu opposer x 1. Il va de soi que ce n’est pas l’approbation de Moïse te qui crée ou constitue l’inspiration des œuvres coinposées € ] par ses secrétaires; elle ne fait que la reconnaître et la constater. une fin de non-recevoir aux arguments que les crit ques mettent en avant pour repousser à une dai bien postérieure à l’âge mosaïque la rédaction déi nilive de la Zhorak. On peut done admettre, sembl t-il, qu’aucun travail de fusion n’a été fait du temp de Moïse; que les documents, y compris le Deutér nome, vut continué d’exister à part longtemps apré la mort du grand législateur; aucune donnée n’es fournie sur la date à laquelle aurait pris fin celt existence séparée. Comme, d’autre part, aucune ind cation n’existe sur la maniere dont la fusion se serai opérée, il semble tout aussi loisible de retenir u: travail progressif de fusion, analogue à celui don parlent les critiques (J + E; JE + D; JED + PF qu’une combinaison réalisée en un acte unique, v. Eg par Esdras. L’exégète catholique pourrait suivre le opinions qui, du point de vue d’une crilique sage € sensée, apparaîtraient les plus fondées. — j) Deu: conditions toutefois semblent nécessaires. La pre miére c’est que l’œuvre mosaïque ne reçoive aucun altération qui, en modifiant les données indépen danties des Mémoires émants des secrétaires, compro mettrait les intentions de l’auteur principal. Cett: remarque est utile. On le conçoit, en effet, ct le critiques sont là pour nous le dire: le travail rédac tionnel entrainera des suppressions dans les pas sages parallèles des documents; ailleurs il faudr: introduire quelques formules de liaison entre de: péricopes empruntées à deux Mémoires distincts parfois encore, la juxtaposition de sections venan d’auteurs différents pourra avoir pour résultat di nuancer les récits ou les prescriptions d’une manière un peu nouvelle. Tout cela est possible, tout cela es: inévitable; mais l’œuvre mosaïque doit être demeu ée et venue à nous telle que l’auteur principal l’e conçue, telle qu’il l’a voulue en présidaut à sa réali sation et en lui donnant son approbation. — 4) En second lieu, il semble absolument nécessaire que l’œuvre finale de rédaction soit couverte par l’autorilé d’un écrivain inspiré. Cette œuvre tinale, en effet, aboutit à notre Pentateuque, et c’est notre Pentateuque qui figure dans la liste des Écritures sacrées et canoniques du Concile de Trente, 3° Les sources
77. — a)Sil faut soutenir que, au moins dans es principaux documents qui le composent, notre Pentateuque actuel reruonte à Moïse, seul ou aidé de ies secrétaires, on n’est pas vbligé d’admettre qu’ils aient construit de toutes pièces; on peut soutenir 1wils ont eu recours à des sources. Celles-ci peuvent tre ou écrites ou orales. — b) Ces dernières partici- >eront évidemment aux caracttres de toutes les tralitions orales, même les plus fidèles. Tandis qu’un srand nombre de traditions dénaturent le fonds néme et la substance des faits, les plus tidcles, celles [ue l’on peut rencontrer de préférence en ces milieux rientaux où les dires des anciens se transmeltent l’âge en àge avec une réelle tixité, gardent, il est trai, la substance du fait, mais sans qu’on puisse ivoir en les consultant la garantie d’une exactitude ninutieuse des détails. On y constatera souvent, par xemple, la tendance à projeter dans le passé quel- [ue chose du présent, à revétir de couleurs contemtoraines les faits et usages des temps anciens; onrearquera pareillement que les traditions relatives au néme événement présentent, dans les divers milieux ïù on les recueille, de nombreuses variations d’exosé. Telles étaient les traditions orales auxquelles touvaient recourir les auteurs principaux et seconlaires du Pentateuque.— c) lispouvaient aussi avoir à eur disposition des documents écrits. Rien n’indique [ue ceux-ci fussent inspirés. À considérer les choses - in abstracto, indépendamment de la consécration et? des garanties spéciales qu’ils reçoivent du fait de - leurinsertion dans un livre sacré (sd. ënfr, h, i, 79), - la valeur de ces documents sera proporlionnée à leur ÿ caractére strictement historique ou plus ou moins - légendaire (midraschique, comme on dira plus tard), ÿ à la distance chronologique qui sépare l’époque de leur rédaction de celleuû se seront passés les faits qu’ils consignent, à la place plus ou moins grande qu’ils font aux traditions orales et à la manière. dont ils les critiquent et les consiynent, etc.
78. — d)Dans l’hypothèse rigide de Moïse seul auteur du Pentateuque tel que nous le possédons, il ne peut guère être question de sources qu’à propos de la Genèse; il est permis de penser que traditions orales et textes correspondent à ces documents que les critiques ont dès l’abord discernés dans le premicr livre de notre Bible. — e) Dans la théorie de Moïse auteur principal et des scribes auteurs secondaires, les sources interviendraient encore d’une manière prépondérante pour la coruposition de la Genèse. Toutefois, si la grande période d’activitc littéraire était fixée aux dernières années du séjour à Cadès, on pourrait penser à l’utilisation de rédactions partielles préliminaires, concernant les faits les plus importarts de l’exode, consignant les législations fondamentales; elles seraient de préférence identitiées avec ces écrits dont il est question Ex., xvur, 14; XXIV, 4; xXxxIV, 27; Num., xxx, 2. Il serait évidemment plus difficile de supposer que, pendant une période de trente-huit ans et du vivant de la génération qui avait éLé témoin des événements, des traditions orales parallèles aient pu se former avec des variantes de détail tant soit peu notables. — /f) La question des sources peut encore s’entendre en un autre sens quand il s’agit des sections législatives du Pentateuque. Ni les lois sociales d’Israël, ni ses lois religieuses ne sont des créations ex nihilo. Sans doute, le texte biblique déclare à maintes reprises que Mise les tient de Dieu: Dieu (Yahweh) dit à Mvïse. Mais, dût-on prendre ces paroles en leur sens le plus strict, que la constatation précédente n’en serait pas atteinte. Dicu, en effet, ne révéle pas nécessairement des choses jusque-là inconnues; il peut tout aussi bien sugyérer au prophtte un choix parmi les choses existantes. De fait, l’étude des lois sociales d’Israël montre qu’elles présentent beaucoup de points de contact avec diverses législations anciennes, surtout avec des nsages et législalions sémiliques. De même les pratiques cultuelles décrites dans les livres du milieu (Exode-Nombres) offrent plus d’une ressemblance avec les rites des autres Sémites et des Cananéens. D’autre part, on ne saurait douter que l’ordre nouveau fondé au Sinaï ait consacré nombre d’usages auparavant en vigueur dans la famille de Jacob, ou dans telle ou telle des tribus. On peut donc admettre qu’en ce domaine et pour cette partie de leur œuvre, Moïse et ses scribes se trouvaient en présence de nombreuses traditions orales et peut-ütre aussi de plusieurs documents écrits.
79. — 5) Quel usage fit-on de ces traditions et documents? Il semble que, dans la théorie des scribes, c’est à ces derniers qu’il faut attribuer la manipulation de ces textes sous le contrôle et l’action de Moïse. Ce contrôle et cette action étaient donminés par le but même que Fhomme de Dieu poursuivait, ils étaient guidés par l’influence de l’Esprit inspirateur. C’est dans ces circonstances que, soit par lui même, soit par ses scribes, Moïse a tiré de ces traditions et documents des éléments divers pour les insérer dans son œuvre propre, tantôt les reprodnisant not pour mot, tantôt en exprimant le sens. Il est dit ensuite qu’il a pu les résumer, mais il est prévu aussi qu’il a pu les amplifier, _contractu vel amplificata: ne peut-on pas penser, à titre d’exemple, aux développements que le secrétaire pour le Code sacerdotal aurait introduits en vue de signaler les rapports de tels ou tels épisodes du passé avec les origines et l’histoire des institutions religieuses? — h) Une autre question se présente naturellement à propos de l’utilisation de ces sources par Moïse: Quelle garantie leur insertion dans, le Pentateuque assure-t-elle aux données empruntées à telle tradition orale, à tel document écrit? Une chose est évidente: si la source était d’origine profane et mème païenne, la sélection opérée par Moïse aurait eu pour but d’écarter, soil des récits, soit des codes, tous les éléments indignes du yabwisme le plus pur. Si, par exemple, il s’agissait d’expliquer par une source commune, orale ou écrite, les ressemblances qui existent entre le poème assyro-babylonien du déluge et le récit dela Genése, on pourrail, en comparant ces derniers, se rendre compte de l’importance des éliruinations et des changements opérés par l’auteur inspiré. Mais le problème a une autre face: quelle valeur historique leur insertion dans le Pentateuque confére-t-elle, v. g., à tels récits concernant les patriarches. que l’on prendrait toute liberté de discuter si on les lisait dans les sources primitives ou si on les recevait directement de latradition orale? La réponse la plus shuple et la plus naturelle paraïitrait être qu’en faisant un choix et un triage, l’auteur inspiré a voulu précisément éliminer les éléments qui ne pouvaient être l’objet de l’enseignement divin, parce qu’ils n’étaient pas conformes à la vérité. La cenclusion serait alors qu’abstraction faite de minuties indifférentes à l’enseignement, l’insertion dans le Pentateuque des emprunts faits aux tradilions et aux documents est une garantie de leur crédibilité. — 1) Toutefois il paraît ojportun de mentionner en ce contexte une décision antérieure de la Commissiun biblique (13 février 1905), relative aux citations implicites. Tout en se souvenant que de tels principes ne doivent pas êlre facilement invoqués et qu’il faut réserver soigneusement le jugement de l’Église, on pourrait songer à traiter ces textes comme des citalions implicites, dont sans doute l’auteur sacré prend la responsabilité quand il s’agit &es grandes lignes et des faits principaux, mais sans se prononcer pour tous les détails. Ce serait un nutre moyen de résoudre un certain nombre de diflicultés, sérieuses à la vérité, mais se raitachant à des sujets relativeinent secondaires sur lesquels l’Église ne s’est pas prononcée. Je citerais, à titre de spécimen, les listes relatives à la succession et à la longévité des premiers patriarches, ou encore le récit du déluge; dans ce dernier cas, il ne s’agirait pas de nier le fait, cela va sans dire, mais de rendre plus aisée l’interprétation du récit (cf. A. Duran», /nerrance biblique, dans Dictionnaire Apologétique…., I, col. 552 sv., surtoul 756-784). &e L’intégrité du Pentateuque
80. — Une question délicate est celle des modifications que le Pentateuque a subies au cours des siécles. — a) Remarquons que la Commission parle d’authenticité et d’intégrité substantielles à sauvegarder. Tous nos lecteurs connaissent le sens de ces termes. L’authenticité concerne l’origine mème du livre; elle se dit avant tout d’un ouvrage qui est réellement de l’auteur dont il porte le nom. L’intégrité concerne l’histoire du texte; elle se dit d’un écrit qui nous est arrivé tel qu’il est sorti des mains de son auteur. On peut concevoir une intégrité absolue, v. g., quand un texte, livré à l’imprimerie après que l’auteur a donné le bon à tirer, est définitivement tixé par le clichage. Ce n’est ni d’une telle intégrité, ni d’une telle authenticité qu’il est ici question. La Commission n’exige que le maintien de l’intégrité substantielle; elle laisse par conséquent déjà eutrevoir des modifications qui peuvent être plus ou moins nombreuses, mais qui pourtant ne sauraient être lelles, par leur multitude et leur importance, que ce qui constitue la substance du livre en soit altéré. Inutile d’ailleurs de remarquer que ce terme de substance est un peu indécis, que des variations pourront exister touchant l’interprélation qui en sera donnée. De mème qu’il parle d’intégrité substantielle, le décret parle d’authenticité substantielle. 11 est évident que les altérations qui portieraient atteinte à l’intégrité substantielle finiraient aisémuent par compromettre l’authenticité substantielle elle-même; un livre pourrait être à ce point altéré qu’il ne représenterait plus du tout l’œuvre de l’auteur auquel il est attribué, et ne devrait plus être dit authentique. — L) On peut admettre que, dans un si long cours de siècles, des modifications se soient produites, aonnullas ei modificaïiones obve-, nisse. Le mot nonnulli est souvent et dans beaucoup À! de contextes classiques traduit par quelques; ilsem- hi ble toutefois qu’au point de vue de l’étymolugie et eu égard au langage ecclésiastique, il serait exacte-! ment rendu par un terme moins restrictif: des, di- N, verses, plusieurs. La décision ne vise nullement la question du nombre et, au point de vue de la sauvegarde de l’intégrité substantielle, il faudrait sans doute attacher beaucoup plus d’importance à la nature des modifications qu’à leur quantité. Aussi bien À, les auteurs du décret n’ignoraient pas les ruultitudes d’altérations de détail que la critique textuelle révèle, dans la plupart des écrits bibliques.:
81. — c) La Commission prend soin de signaler. quelques exemples de ces diverses modifications. IL; suilit de mentionner ici les leçons fautives dues à la maladresse des copistes et qu’il est permis de rechercher et de fixer d’après les règles de la critique. On sait de resle que de telles altérations sont très nombreuses. Personne n’ignore non plus qu’elles remontent pour la plupart aux temps antérieurs à l’ère chrétienne, que, depuis le début de notre ère, depuis le deuxième siècle surtout, le texte hébreu canonique, a été fixé ne varietur; auparavant d’ailleurs, le texte de la Loi était déjà copié avec une sollicitude toute particulière, — d) il n’y a pas davantage à insister N: longuement sur les mots et formes de discours traduits d’un style vieilli en un style plus moderne. 4 Notons d’abord que le cas n’a rien de chimérique. Sans doute les manuscrits que nous possédons du h. texte massorétique sont trop restreints pour que hs nous puissions nous livrer à des comparaisons pro- W, pres à éclairer le sujet. Mais, parmi les fragments M. hébreux de l’Ecclésiastique découverts depuis 1896, nombre de feuillets se rattachent à un manuserit(B) Ni. très soigné el pourvu de notes marginales. Or plusieurs de ces notes invitent précisément à substituer M, à des termes classiques des mots plus récents. Il est question, au sujet du Pentateuque, non seulement de à. mots, mais de formes de discours, et c’est tout aussi à. facile à concevoir. Une remarque ne sera pas inutile concernant la période durant laquelle les documents auraient existé à l’état séparé. L’œuvre de rajeunis- M, sement peut être envisagée comme se poursuivant d’une manière progressive, et alors il y aura des termes et locutions remontant à toutes les périodes de l’histoire de la langue hébraïque. Mais il est permis de penser à un travail de revision s’exerçant à un moment donné sur tel ou tel document et contribuant dés lors à lui assurer une physionomie nouvelle et très caractérisée. On peut songer pal exemple à une revision du Code sacerdotal exécutée durant l’exil, par ces prêtres lévitiques qui, sous l’influence d’Ezéchiel, se préoccupaient de préparer la restauration du eulte et de garantir l’observation ussi parfaite que possible des anciennes règles liturgiques. L’un des moyens les plus eflicaces pout atteindre cette dernière iin était de procurer de ce: lois une rédaction aussi claire que possible, aussi daptée que possible aux exigences du temps. Cela voudra dire d’abord qu’on remplacera les mots el ormes d’une allure trop ancienne et d’une intelligence trop difficile par des éléments du langage ctuellement parlé: cela voudra dire encore et, par voie de conséquence, qu’on uniliera la langue des ivers codes et spécialement la terminologie technique des rubriques. De ce travail de revision, le Code sacerdotal sortira avec une forme très caractérisée, avec un style à lui, une langue à lui. À propos de ces transformations, le décret ne parle pas d’auteurs inspirés; il faut du moins supposer, pour quiconque opère des retouches susceptibles, par leur nombre pu leur nature, d’altérer notablement l’œuvre mosaïque, un secours surnaturel qui le prémunisse contre te danger. — e) Jusqu’ici il n’a été question que d’altérations accidentelles ou de substitutions d’éléments secondaires. La Commission envisage aussi l’hypothèse d’additions proprement dites. Elle en distingue d’ahord un groupe qui, lui non plus, ne paraît pas réclamer l’intervention d’auteurs inspirés; elle parle de gloses et explications insérées dans le texte. 11 y a une réelle aflinité entre cette catégorie et [Ia précédente; c’est ainsi que le travail de revision dont nous parlions à propos du Code sacerdotal s’imagine difficilement sans qu’il soit question d’annotations introduites pour expliquer des rubriques et des usages anciens. Mais le sujet est envisagé ici avec plus d’ampleur. Il ne s’agit plus seulement de gloses destinées à élucider et à mettre à jour les textes législatifs. Mais on peut encore penser à ces notices, archéologiques, historiques, géographiques, ethnographiques, etc., qui avaient déjà attiré l’attention des rabbins et auxquelles les premiers adversaires de l’authenticité mosaïque attachérent tant l’importance.
82. — f) L’étendue de ces gloses et annotations sera nécessairement restreinte; elles ne constitueront pas ce que l’on pourrait appeler des « parties » 3e l’Écriture. Autrement elles rentreraient dans le lomaine des additions qui réclament, en conformité avec la doctrine de Trente, l’intervention d’un auleur inspiré. Le décret admet, en effet, l’hypothèse de telles « additions faites, après la mort de Moïse, mais par un auteur inspiré ». L’exemple typique sera pré- ‘isément le récit de la mort de Moïse, au dernier cha- Pitre du Deutéronome; il y a longtemps qu’il a attiré l’attention des exégètes. Il ne saurait toutefois être regardé comme une sorte de norme, indicatrice des proportions et de l’importance que peuvent avoir de telles additions. La seule réserve imposée, ici comme précédemment, est La sauvegarde de l’intégrité sub- Stantielle du Pentateuque.
83. — g) Au sujet des lois sociales et religieuses, la question est assez simple. Il se peut agir d’une loi ou d’un complément de loi qu’on rédige exprès pour l’introduire dans le code à côté d’une ordonnance similaire; tels pourraient être divers règlements de la fète des Tabernacies, destinés à préciser, pour ne époque tardive, des usages antérieurs. En d’autres cas, une loi déjà existante, transmise par traition ou même rédigée par écrit, aura été insérée près coup dans le grand recueil sacerdotal. S’il était prouvé que les sacrifices pour le péché et pour le délit ne remontent pas aux origines de la théocratie, les règlements qui se rapportent à ces sujets fourniraient d’excellents exemples de telles additions: ni elles n’altéreraient l’intégrité substantielle, ni elles ne seraicnt contraires à l’esprit de l’œuvre mosaïque,
84. — h) Le problème est plus complexe quand on envisage les additions faites aux récits. Il n’y a pas à supposer que celui qui les a introduites les ait tirées de son propre fonds. Il faut plutôt admettre qu’à l’ouvrage déjà constitué, il a ajouté des compléments empruntés aux documents qui auraient encore subsisté à l’état isolé; semblables additions ne semblent devoir créer aucune difliculté.
85. — :) Mais, en un certain nombre de cas, ne faut-il pas aussi penser à des sources non inspirées, écrites ou orales? Le problème se complique alors à raison des valeurs fort diverses que peuvent avoir ces sources. On sait de reste que, surtout après lPexil, les récits des origines du penple de Dieu ont été fréquemment repris et souvent surchargés d’abondantes amplifications. Les exemples sont nombreux dans la littérature apocryphe, en des recueils tels que Le Livre des Jubilés, l’Assomption de Moïse, les Testaments des Douze patriarches, etc., sans parler des écrits de Josèphe et de Philon. Mais il est plus intéressant de voir à l’œuvre des auteurs de livres canoniques. Négligeant certains psaumes déjà instructifs à cetégard(Ps., zxxvm[Lxxvn, cv[civ], cvi[cv], etc.), allons directement au livre grec de la Sagesse de Salomon. La troisième partie de cet ouvrage a pour objet les manifestations de la Sagesse divine dans l’histoire. L’un des thèmes le plus longuement développés est le contraste entre la manitre dont Dieu traite les païens idolâtres et les faveurs qu’il réserve au peuple fidèle. C’est dans ce cadre que prennent place de nombreux souvenirs de l’exode. Or il est rare qu’en les rapportant, l’hagiographe n’ajaute pas aux données fournies par le Pentateuque. Malgré tout l’intérêt qu’il y aurait à entrer en quelques développementis, bornons-nous à emprunter un exemple au récit des plaies d’Égypte. La plaie des ténèbres est sommairement décrite dans l’’Exode: «Et Yahweh dit à Moïse: « Etends ta main sur le ciel et qu’il « y ait ténèbres sur la terre d’Égypte et qu’on sente « (touche) les ténébres! » Et Moïse étendit sa main sur le ciel et il y eut ténèbres obscures sur toute la terre d’Égypte pendanttrois jours. L’on ne se voyait pas l’un l’autre et personne ne 8e leva de sa place pendant trois jours; mais pour tous les enfants d’Israël, il y eut lumiére dans leurs séjours. » (Ex., x, 21-23.) La Sagesse ajoute beaucoup de détails (Sap., XvH, 1-Xviii, 4). La plaie surprend les Egyptiens au milieu de leurs projets d’oppression; ils se trouvent subitement enchaïinés par les ténèbres et restent sur leurs couches, enfermés dans leurs maisons (xvix, 2), séparés les uns des autres (xvu, 3) et d’autant plus accessibles à la crainte (xvnr, 4). De fait, des bruits effrayants (xvir, 4), des fantômes (xvur, 3), des spectres aux visages lugubres (xvir, 4) les obsèdent. D’ailleurs, pas n’est besoin de phénomènes extraordinaires: le passage de petits animaux, le sifflement des serpents suilit à les effrayer (xvrr, 9: cf. vers. 17, 18). Un sort commun enveloppe ceux qui sont dans les maisons, petits et grands, pauvres et seigneurs (xvu, 13-15); ceux que leurs occupations ont conduits aux champs sont pareillement retenus par la puissance des ténèbres (xvur, 16). Celles-ci sont à ce point épaisses que ni feu, ni astre ne peut éclairer la nuit profonde (xvr, 5); de temps en temps pourtant, la vision de masses de feu (des éclairs?) ajoute d’autant plus à l’effroi qu’on n’en reconnaît pas La cause (xvir, 6). Bref la terreur est telle qu’on ferme les yeux pour ne pas voir (va, 9). Aûn de rendre plus sensible l’intervention divine, l’écrivain sacré note que, pendant ce temps, le vent continue de soufller, l’oiseau de faire entendre des chants mélodieux, l’eau de couler, la pierre de rouler, l’animal de courir et de gamhader, le fauve de rugir, l’écho de répercuter tous ces sons (XVIL, 17, 18). La paix règne, d’autre part, dans le reste du monde (xvu, 19) tandis que les Egyptiens ont devant eux l’image de l’obscurité qui les attend au $®6/(xvu, 20) Quant aux Israélites, ils sont en pleine lumière par. tout où ils résident, — on dirait au milieu des Egyptiens eux-mêmes, — si bien que ceux-ci doiveni reconnaître la main du Seigneur (xvin, 1-4). Notons encore une curieuse addition touchant la manne: elle procurait toute jouissance et s’appropriait à tou: les goûts; s’accommodant au désir de celui qui le nmangeait, elle se changeait en ce qu’il voulait (Sap.. xvI, 20, 21). Cette donnée cadre ditflicilement avec ce que les ombres disent et de la saveur du pair céleste et du dégoût que les Israélites finirent par er éprouver (Num., x1, 6, 8). — j) Toutes ces données sont fort intéressantes; mais où donc l’auteur de le Sagesse les a-t-il puisées? Certains de ses dévelop: pements pourraient nêtre que des commentaires des textes anciens, dont on devrait lui attribuer ls responsabilité. Il faudrait quand mème se demander si ces délails présentent les mêmes garanties de vérité historique que ee qui est emprunté à l’Exode, plus d’un exégète catholique estimerait peut-être que de telles particularités, au caraetère trés secon: daire, ne sont objet d’enseignement proprement dit, ni pour l’auteur, ni pour l’Esprit inspirateur. Mais cette solution ne peut rendre raison de tous les cas. Plusieurs des additions de l’hagiographe correspondent étroitement à ce qu’on peut lire dans Josèphe, dans les rabhins et surtout dans Plhilon, Il fau! évidement songer à des traditions conservées, oràlement ou par écrit, el que ces auteurs ontexploitées, Un critique catholique allemand, M. Hexiscn!, 8 prononcé le nom de midras. On sait qu’un midras esi un développeruent plus ou moins artiliciel des récits bibliques, en vue de rendre plus sensible Paction de Dieu dans la vie de son peuple; ces amplifications procèdent souvent par manière de yrossissement, surtout quand il s’agit de miracles. Mais si l’auteur de la Sagesse a fait des emprunts au midraë, leur a t-il conféré une autorité historique qu’ils n’avaient pas auparavant, une autorité que personne ne songe à attribuer à ces sortes de productions? Ne penserat-on pas qu en insérant ces détails, il a voulu édifier sans prétendre ajouter à l’enseignement de la Loi elle-même? N’est-ce pas le cas de signaler encore les principes de solution prévus par les décisions de la Commission biblique relativement aux genres littéraires et aux citations implicites et de rappeler que la nature spéciale du livre de la Sagesse peut susyérer le recours à ces principes?
86. — À) Mais, on le sait, le genre midraë n’a pas pris naissance seulement aux dernières années de l’ère ancienne, L’auteur des Chroniques connaissait déjà ces sortes de produits littéraires: il en a inséré des extraits dans son œuvre(li Chron., xi1, 23: XXI, 2). Tout porte à croire que. dès lorigine, à ce que les Livres Saints racontaient des ancètres d’Israël et de la formation du peuple de Dieu, les traditions populaires ajoutaient d’autres détails, analogues à ceux dont les midra$im devaient plus tard senrichir. Peut-on penser que telles ou telles de ces 1. Cf. D’ Paul Hrixiscu, Das Buch der Weisheit übersetzt und erklürt (dans Exegetisches Handbuch zum Allen Testament du D: Johannes NIkEL, p. 327). traditions aient pris place, sous forme d’additions, dans l’un ou l’autre document du Pentateuque, un peu comme dans les dissertations de la Sagesse? Peut-on penser que le fait de leur insertion n’a pas changé leur caractère d’amplifications, dont tous les détails n’auraient pas la même valeur que le contenu desrécitsauthentiques? Peut-on penser, par exemple, que l’on trouverait en cette hypothèse la solution de certaines dillieultes spéciales aux récits du document sacerdotal, telles que le grand nombre des Israélites mis en mouvement dans le désert du Sinaï, le caractère en apparence artiliciel de certaines particularités des marches et des eampements, les différences que l’on relève entre les récits paralléles du Code sacerdotal et des autres documents, etc.? La question vaut la peine d’être posée, alors même que l’on n’oserait prendre la responsabilité de formuler une solution. J’en dirai autant des problèmes qui vont suivre.
87. — l) Il reste, en effet, à se demander quelle peut être l’importance des additions. Nous l’avons déjà dit. La Commission ne se prononce ni sur leur nombre ni sur leur étendue; elle se borne à exiger la sauvegarde de l’intégrité substantielle du Pentateuque. Dès lors, une certaine latitude est laissée à l’appréciation des exégètes catholiques. Mais jusqu’où peut-on aller sans mettre en péril l’intégrité subsiantielle? La question ne laisse pas d’être ditlicile à résoudre.— S’il s’agit des parties législatives, il est à prévoir que les extgèêtes catholiques ne feront pas difliculté de reconnaître que l’on ait introduit un certain nombre de lois nouvelles dans les codes anciens. Mais peut-on aller plus loin et admettre, à une date éloignée de Moïse, la revision d’un code, non pas seulewuent limitée à un renouvellement de la foriue extérieure, comme nous l’avons supposé à propos de la loi sacerdotale, mais s’altaquant au fond luimême? L’exemple typique serait fourni par la section législative du Deutéronome. Nous avons précédemment remarqué qu’il se présentait comuie une sorte de récapitulation de la loi sinaitique, faite par Moïse dans les plaines de Moab, en vue de la Terre Promise. Nul doute qu’il ne faille retenir cette donnée. Mais ne pourrait-on pas la restreindre à un noyau du livre actuel, à un code analogue, par l’étendue et par le contenu, au Code de l’alliance? L’œuvre actuelle se présenterait comme un travail de revision dans lequel les modifications et les additions auraient eu pour hut d’adapter le code primitif aux besoins de la société judéenne, au début du septième siècle. Réalisé à la lin du règne d’Ezéchias en vue d’une application immédiate, le résultat de ce travail de revision aurait été déposé au Temple pendant la persécution de Manassé, puis retrouvé par Helcias en 622. Que penser de ces théories et dans quelle luesure seraient-elles compatibles avec une interprétation sincère du décret de la Commission biblique? Ce sont encore des questions pour lesquelles nous n’’oserions pas formuler de réponses. — n)Il en est de mème de celles qui ont trait aux sections historiques du Pentateuque. Nous avons pratiquement admis plus haut que le fond des parties narratives du Fahwiste, de l’Elukiste, du Cude sacerdotalremontait à Moïse et à ses secrétaires, que c’était à ces derniers que les documents devaient leurs caractères distinetifs. Il est évident que cette interprétation demeure la plus sûre. Mais est-il impossible d’envisager une autre solution? Les critiques ont unanimement signalé les nombreux points de contact de toutes sortes qui existent entre le document élohiste, dont ils placent l’origine dans le royaume du Nord, et le document yahwiste, qui aurait vu le jour en Juda; on sait aussi qu’ils en séparent la conm- position par un siècle de distance au plus. Serait-il légitime de ne faire remonter à Moïse que le prototype de ces documents 1, d’expliquer les particularités qui caractérisent chacun d’eux par un double travail de revision, opéré sur ce prototype et avec des préoccupations sensiblement dilférentes, dans les milieux prophétiques d’Israël et de Juda? Une hypothcse analogue pourrait elle être invoquée pour rendre compte de l’allure assez spéciale du Code sacerdotal? La question peut se poser 2, mais il nous semble que la solution atlirmative nc serait pas selon l’esprit de Ja Commission; c’est par l’hypothèse des secrélaires qu’elle paraît vouloir expliquer toutes ces différences. — v) La réponse de la Commission suggère de réserver le jugement de 1 Église quand on émet des opinions touchant les additions que le Pentateuque a pu recevoir, Cette réserve nous paraît s’imposer avec non moins de force à propos des questions que nous ne faisons que proposer; elles sont assez graves pour que l’énoncé luimême en soit timide el modeste. X. Après le décret de la Commission biblique
X. Après la décision de la Commission biblique
88. — Le décret de la Commission allait devenir cela va sans dire, la règle de l’enseignement catholi: que. Il est intéressant, par conséquent, de voir com ment on allait l’interpréter. — «) Le premier travail un peu important qui en ait suivi la promulgation me paraît être l’article Pentateuque de M. MANGENOT, dans le Dictionnaire de la Bible, article hientôt suivi du volume L’Authenticité mosaïque du Pentateuque (1907). Entre autres questions, l’auteur y traite de la note qui convient à la thèse traditionnelle. L’origine mosaïque de certains éléments du Pentateuque, de ceux nolamment que l’Écriture attribue directement au prophète, s’impose comme une vérité de foi divine. Pour l’ensemble dc l’ouvrage, le fait mêmc que la Commission s’en est occupée prouve que Ile problème n’est pas purement littéraire, mais que c’est une question religicuse, doctrinale même en quelque façon, et qui n’est pas libre dans l’Église catholique. D’autre part, comme la Commission n’articule aucune note particulière, on jouit d’une grande liberté d’appréciation dès que l’on regarde comme ne pouvant être soulenue sans lémérité théologiqne la thèse opposée à l’origine mosaïque L’authenticité s’impose-t-elle au nom dela foi divine‘ Il ne semble pas qu’on puisse le dire avec certitude Est-elle théologiquement certaine? On peut le dire bien que la Commission ne l’ait pas déclaré. At moins faut-il reconnaître que cest une opinior commune; c’est la note la plus inférieure qui soi attachée à une thèse appartenant en quelque chos: à la révélation. Quant à la nature et aux limites dt l’authenticité mosaïque substantielle, aux modifica tions el additions, M. Mangenot croit admissibles entre autres théories, celles des PP. Brucker et di Hummelauer.
89. — L) L’année 1907 vit encore paraître L’Eglis 1. Dans son introduction au Deutéronome (p. 153), anté rieure au décret de la Commission biblique, leP. ne Hu MELAUFR, envisageant l’hypothèse des documents J et E expliquait leurs différences pur la théorie des secrétaire de Moïse. Toutefois, prenant en considéretinn l’opinio d’après laquelle l’un de ces dncuments serait plus ancie que l’autre, il ajoutait: « In hac hypothe-i unica ile pri migenia parratio facilius Moysi concedetur auctori, se megnam diffeultatem patitur illa narrationis difBssio @ postmodum restitutio. » 2. Dans cette hypothèse, il resterait encore place pou la pluralité des scrihes. Mais les objets de leur activit seraient différents, les uns se partageant les diverse périodes de Ihistoire inclue dans le Pentateuqgue, le autres travaillant aux diverses collections législatives. et la Critique biblique (Ancien Testament), ouvrage important dans lequel le P. BrucKkER, reprenant plusieurs des théories qu’il avait jadis émises, les comparaît avec les décisions récentes, — «) Les trois conditions indiquées par la Commission dans l’hypothèse des secrétaires, — eonception du travail par Moïse, contrôle sur l’exécution, approbalion, — sont présentées comme sullisanles, non comme nécessaires. En réalité, pour être qualifié en toute justice du titre d’auteur, deux conditions sont nécessaires et suflisantes: avoir procuré eflicacement la composition d’un livre, soit par son propre truvail, soit par mandat accompagné de suggestion des idécs (professeur chargeant un de ses élèves de reproduire ce qu’il lui entend improviser), soit par mandat seul (pape demandant à un de ses sccrétaires de rédiger une bulle sur un sujet donné); avoir approuvé le livre de manière à manifester clairement qu’on en prend la responsabilité. S’il s’agit des auteurs hibliques, il faut en plus l’inspiration divine. — E) L’hypothèse des secrélaires, complétée par celle des sources, permet de rendre compte d’un certain nombre de différences de fond, secondaires à la vérité mais réclles, que les critiques signalent entre leurs documeuts; surtout elle explique les divergences de langue, de style, de procédés d’exposition dont il est impossible d’éluder l’évidence. Ceite hypothèse pourrait, de ce chef, donner satisfaclion à ceux qui, tout en reconnaissant les quatre documents, s’efforcent d’en sauvegarder l’inspiration et la vérité historique; il suffirait d’admettre que les quatre documents doivent à Moïse lui-même ou à ses secrétaires leur ètre, au muvins quant à l’essentiel, —;) Il se peut que les trois ou quatre écrits aient longtemps existé séparément et il n’est pas interdit de retarder le moment de leur fusion complète et définitive jusqu’à lexil ou jusqu’à l’époque d’Esdras. Aucun témoignage de l’Écriture ne les signale comme réunis avant cette date. — ë) Une si longue histoire n’a pas manqué d’être mouvementée et le travail de fusion ne s’est pas fait sans des manipulations et des modifications dans les éléments. L’essentiel cest que ces vicissitudes n’aient pas porté atteinte à la substance du dépôt sacré. L’intégrité suhstantielle est avant tout l’intégrité doctrinale; il faut exclure toute corruption de la doctrine inspirée, Quant aux interpolations qui, sans l’allérer, porteraient sur la doctrine, elles sont de la catégorie pour laquelle il convient de faire intervenir un auteur inspiré. En revanche, d’une manière générale et sauf des exceptions faciles à justifier, l’intégrité substantielle ne paraît pas intéressée À la forme mème des livres. On peut admettre, pour des écrits d’un usage constant, un travail de rajeunissement successif du langage qui, sans avoir fait disparaître toutes les traces d’arehaïsme, ait moditié la forme extéricure du texte et ahouli à lui donner le revêtement d’un style récent; il convient de rappeler que, malgré leur respect pour les Livres Saints, les copistes d’avant notre ère ont procédé avec beaucoup plus de liberté que ceux de la période rabbinique. Aussi bien ces modifications n’ont pas atteint au même degré tousles documents; les Lextes légaux ont eu besoin d’étre plus constamment mis à jour que les autres et cela peut expliquer qu’à part quelques restes d’antiquilé, le Code sacerdotal se présente avec la teinte de l’époque des derniers prophè’es et du temps de l’exil. — «) Rien n’empèche non plus d’admettre, réserve faite de ce qui touche. à la substance, des modifications dans le fond, soit de la doctrine et de la législation, soit de l’histoire.
90. — ce) Dans l’article Genèse qu’il a publié dans le Dictionnaire de Théologie catholique(1g14, tome VI, col. 1185-1221), M. MANGENOT nous paraît traiter el résoudre le problème dans le même sens que le docte Jésuite (cf. surtout col. 1195, 1196). — d) On peut dire que telles ont été les principales manifestations de l’opinion catholique, touchant la question qui nous occupe, pendant la période qui a suivi le décret. Elle n’a pas été féconde en travaux sur le Pentateuque. M. HoserG, dans la 2° éd. de Die Genesis nach dem Literalsinn erklärt (1908), continue d’admettre que le Pentateuque actuel n’émane pas de Moïse selon tout son contenu et reconnait des additions de morceaux historiques et de lois; d’autre part, il consent à ce que Muïse se soit servi de sources écrites. En revanche, il rejette l’hypothèse de sources réunies par un rédacteur; un rédacteur est pour lui presque nécessairement un faussaire. Au regard de M. ExcgcKkemren (Heiligtum und Opferstätten in den Gesetzen des Pentateuch, 1908), il serait, en certains cas surtout (v. g. à propos des lieux de culte), moins important de soutenir que Moïse a rédigé le Pentateuque tel que nous le lisons, que de prouver qu’il a vraiment édicté les lois qui s’y trouvent. Encore peut-on admettre que quelques lois ont êté ajoutées dans le cours des siècles. Il parle de lois insérées vers la tin de la période des Juges, d’une nouvelle rédaction du Deutéronome peu avant l’exil, etc. Dans une tout autre direction d’idées, M. Arthur AcLGier l’ber Doppelberichte in der Genesis, 1911) soutient que les prétendus récits en double de la Genèse n’existent pas et qu’ils seraient incompatibles avec la notion d’inspiration.
XI. Conclusions
91. — Au terme de cet exposé, il nous paraît utile de formuler avec précision nos conclusions, Nous nous placerons nettement sur le terrain apologélique. Ce que nous avons dit jusqu’ici met suflisanmment en relief, ce nous semble, les directions proposées aux savants etexégèles catholiques lorsqu’ils traitent entre eux des graves problèmes du Pentateuque. Maïs il est inléressant de déterminer en quels points d’une spéciale fermeté il faut placer les postes avancés de la défense catholique, en quels points aussi on a le plus de chances de rencontrer, en des entrevues pacifiques, ceux qui, lassés des aventures d’une critique échevelée mais n’étant pas disposés à recevoir les directions de l’Église Romaine, cherchent néanmoins un terrain sûr etreposant. Nous ne ferons qu’énoncer ces conclusions. La seconde partie de notre travail en scra le plus souvent le développement et la mise en œuvre,
92. — 1° Non seulement on peut et on doit mettre Moïse au point de départ de la grande œuvre religieuse, morale, sociale, législative, nationale, que notre Pentateuque lui attribue, mais encore on peut et on doit le mettre au point de départ de l’œuvre littéraire que représentent les cinq premiers livres de notre Canon. on peut et on doit lui attribuer une part dans leur composition. Le temps est passé où, sans exciter de surprise, d’aucuns se demandaient si, après avoir séjourné en Egvpte pendant de si longues années, cet esprit éminent était capable d’écriture et de production littéraire. Le temps est passé où ils pouvaient à ec point méconpaître l’importance de son intervention qu’ils consentissent à admettre qu’il ne s’était pas préoccupé de fixer en un texte les bases de la constitution qu’il voulait donner à son peuple.
93. — 2° Sous le bénétice de cette première remarque, il est légitime et il est à propos d’envisager la théorie documentaire de la composition du Pentateuque. Inutile de méconnaître que les arguments mis en avant par les critiques sont impressionnants. En une multitude de détails, sans doute, leur distinction des sources prête le flanc à des objections nombreuses el graves; mais, pour ce qui est des grandeslignes, et c’est ce qui importe, beaucoup d’esprits calmes et impartiaux jugent que le point de départ de leur système est fondé.
94. — 5° L’activité littéraire de Moïse s’est d’abord exercée dans le domaine de l’histoire. IL est deux documents dont les critiques adruettent volontiers l’antiquité relative: l’Élohiste et le Yahwiste. Mais l’antiquité qu’ils leur attribuent est trop récente. Ce n’est pas au vine siècle ou au ix° seulement que l’on peut et que l’on doit remonter, c’est au temps de Moïse. Les critiques trouvent souvent les preuves 1 d’une date plus récente dans le niveau élevé des idées! religieuses qui se font jour en ces beaux récits. Ce faisant, ils nous semblent méconnaître la haute pensée religieuse et sociale de celui qui mit le Yahwisme moral à la base de la constitution même de son peuple. Sans doute il serait peut-être ditlicile de prouver invinciblement que l’Élohiste et le Dahwiste! reruontent tous deux à Moïse et de réfuter une opinion d’apres laquelle ils représenteraicnt comme + deux versions, deux interprétations, d’un seul document mosaïque. Peut-être qu’à la rigueur l’apologé-! tique se pourrait contenter de cetteopinion. Peut-être 1 serait-ce à l’avantage de l’Élohiste (au moins de E’) qui, à raison de son caractère plus complètement dégagé des attaches locales, aurait chance de représenter plus fidèlement le document primitif. On aurait toutefois le droit et le devoir de remarquer qu’à prendre les choses en elles-mêmes, rien ne s’oppose à ce que les deux sources aient pour point de départ deux relations de l’époque du grand fondateur.
95. — 4° Nous sommes déjà bien loin, il est aisé de le reconnaître, de l’opinion de M. Sleuernagel et des critiques d’extrême gauebe, Nous nous en écarterons davantageencore dansla position que nous prendrons au sujet de la valeur historique de ces documents. Laissons de côté ce qui concerneles patriarehes, dont nous n’avons pas à nous occuper iei, mais dont nous tenons l’histoire pour très objective. Pour ce qui regarde l’époque mosaïque, on peut et on doit traiter: ces documents comme dignes de toute confiance. Loin d’être un tissu de données légendaires, parmi lesquelles il serait difficile de discerner un fonds historique plus ou moins appréciable, on peut el on doit admettre qu’ils nous fournissent une représeniation, partielle sans doute, fraymentaire, incomplète, mais exacte, de l’œuvre et de la carrière de Moïse.:
96. — 5° Cette constatation ne doit pas nous! faire perdre de vue un autre fait. Les critiques, on le sait, signalent d’assez nombreuses divergences de style et de fond entre les documents. D’une part de ces différences la Commission fournit l’explication en permettant d’admettre, à la base du Pentatcuque, l’intervention de plusicurs secrétaires de Moïse; elle fournit le moyen d’en expliquer une autre part en reconnaissant la possibilité de modifications et d’ad-. ditions survenues après coup dans les œuvres de ces scribes. Dans l’un et l’autre cas, les différences ne doivent pas porter atteinte à la substance mêrue des faits. C’est la seule limite qui soil tracée d’avance aux constatations que peut faire une critique sage et judicieuse, Rien d’ailleurs n’empèche de rattacher à une période déterminée le plus grand nombre des modifications qui ont contribué à donner à ces doeuments leur physionomie définitive. On peut en conséquence penser que le Yahwiste et l’Élohiste ont pris leur forme actuelle aux 1x° et vin‘ siècles, c’est-à-dire aux dates que les critiques marquent pour leur éclosion. On expliquera par là, si l’on veut, les traits et carac-! tères de ces documents qui les rapprochent de la littérature prophétique. Il est, d’autre part, tout à fait loisible d’admettre, si l’on s’y croit fondé au point de vue crilique, que, vers le milieu du vu siècle, ces deux documents ont été fondus en un seul récit (IE).
97. — 6° La reconnaissance des documents et de leurs divergences entraîne des conséquences quan à leur utilisation. Sur ce terrain plus qu’ailleurs, la pru: dence et la discrétion seront les règles de l’exégite catholique; mais il ne faut pas hésiter à formuler les principes. Il n’y a pas de raison de se refuser à admettre que, soit par respect pour leurs sources, soil pour d’autres motifs, les rédacteurs ont pu conserver deux recensions du même récit; en d’autres termes, rien n’oblige à exclure a priori la présence des doublets. D’autre part, quand il s’agit de recueillir les données de ces récits parallèles, l’historien ne duit pas se croire obligé de juxtaposer les renseignements particuliers aux divers documents, comme s’ils devaient nécessairement se compléter les uns les autres. Souvent, au contraire, il devra faire abstraction de ces divergences pour s’altacher à la substance même des faits.
98. — 7° Le cas des sections historiques du Code sacerdotal est plus complexe, Les critiques y recon: naissent unc part dont le fond est le mème que celui du Yakuiste et de l’Élohiste. Il serait diilicile sans doute de les amener à voir dans ces récits autre chose qu’un remaniement de ceux qui ont pris leurs premières formes dans les documents dont nous venons de parler. Ici encore, toutefois, on aurait lc droit de faire remarquer qu’à prendre les choses en ellesmémes, rien ne s’oppose à ce que cette source ait pour point de départ une troisième relation de l’épaque du grand fondateur de la nation israélite. Une conséquence en découlerait au point de vue de l’utilisation pratique de ces sections. Le secrétaire de Moïse auquel elles remonteraient pouvait poursuivre un but spécial en sa rédaction; mais, au point de vue de la fidélité, il se trouvait exactement dans les mêmes conditions que ses collègues. C’est donc à d’autres considérations qu’il faut recourir pour expliquer certaines particularités que les critiques se plaisent à relever. Cette explication pourrait être fournie par les modifications et retouches que ces récits auraient subies au cours des siécles et spécialement à une époque déterminée, v. g. au temps de l’exil.
99. — 8° Les criliques, d’autre part, admettent pour les récits du Code sacerdotal des emprunts faits à des sources particulières, autres que J et E. Rien n’empêche de supposer de telles additions; rien ne s’oppose non plus à ce que l’on reconnaisse des insertions qui tirent leur origine de la tradition orale, La seule garantie exigée est que ces additions, si elles sont tant soit peu notables, aient été faites par un auteur inspiré.
100. — 9° Quand il s’agit d’apprécier la valeur historique des changements que ces modifications et ces additions ont apportées à la teneur primitive de l’histoire, diverses considérations sont à faire. Il faut se demander si l’auteur inspiré qui a fait cesadditions a voulu, non seulement consigner une tradition, mais encore la prendre sous sa responsabilité, la faire entrer dans son enseignement. Au cas où l’on constaterait avec la certitude voulue que l’auteur sacré ne s’est pas prononcé, il y aurait à voir si l’on ne se trouve pas en présence d’un déveleppement analogue à ceux qui se rattachent au genre midraschique, ou encore en présence d’un épisode relevant d’un autre genre littéraire. On sait, v. g., qu’à propos des épisodes des filles de Salphad, on a parlé de cas de conscience (Yum., XXVH, 1-11: XXXVI). Il va de soi que les conclusions auxquelles on aboutirait, en ces constatations, ne sauraient porter atteinte à la substance mème de l’histoire.
101. — 10° l’armi les documents légaux, il en est un qu’il faut tout d’abord mettre à part pour en revendiquer l’authenticilé mosaïque. C’est le Pécalogue. Débarrassé des quelques amplifications qu’il a reçues dans l’Erode et le Deutéronome, le Décalugue primitif n’est autre chose, en dchors du précepte du sabbat, que l’énoncé des conséquences les plus fondamentales de la notion du Dieu unique, jaloux et moral, que Moïse a mise à la base de son enseigncment. D’autre part, il faudrait avoir des certitudes bien précises sur l’origine du sabbat pour prétendre qu’il n’en pouvait être question à l’époque des migrations du Sinaï, pour soutenir que la seule présence d’une ordonnance relative au sabhbat nous ramène au temps de l’exil. Autre est la date à laquelle remonte le principe même de l’institution, autre l’époque à laquelle certaines modalités ont prévalu dans la pratique.
102. — 11° On peut et on doil pareillement faire remonter à Moïse le Code de l’ulliance. Nous pensons à ses éléments principaux; il est fort possible que divers préceptes aient élé ajoutés dans la suite en vue de l’adapter à des circonstances et à des besoins nouveaux. Les points de ressemblance avec la loi de Hanuuourapi montrentque, longtemps avant l’époque de l’exode, beaucoup des législations du Code de l’alliance faisaient partie du patrimoine commun des races sémitiques. D’autres ordonnances se rattachent à ces usages des nomades qui remontent à une haute antiquité et qui n’ont cessé de prévaloir jusau’à nos jours. Quant aux règlements qui se rapportent à l’agriculture, ils suggèrent deux remarques: d’abord que. conformément aux indications de la Genèse, les Hébreux du temps de Moïse étaient plutôt des seminomades, en voie de se fixer, que des nomades proprement dits; ensuite que, dans ses législations, Moïse avait en vue leur prochain établissement. — Les mêrues réflexions s’appliquent au pelit Cude de la rénovation de l’alliance. (Ex., XXXIV, 11-26)
103. — 12° À propos du Deutéronome, on peut et doit admettre cette donnée des sections historiques qu’un rappel de la Loi et une rénovation de l’alliance ont pris place dans les plaines de Moab, qu’un nouveau code a synthélisé les obligations sur lesquelles Moïse voulait provoquer de nouveaux engagements. Quelle était l’étendue de ce code? I se peut que, par ses proportions et par les préceptes qu’il mettait en reliet, il rappelät d’assez près le Code de l’alliancel. Dans cette perspective, La plupart des lois nouvelles qui figurent en notre Deutéronome auraient été insérées à des dates postérieures pour faire face à des besoins nouveaux. Il est tout aussi permis de s’arrêter à l’époque de Josias (Engelkemper) qu’à celle de Samuel (de Ilummelauer). D’ailleurs de telles additions se conçoivent, inieux que de toute autre façon, dans l’hypothèse d’une revision générale de la législation. 11 Ya de soi que nous n’adhérons pas pour autant aux théories si compliquées et d’ailleurs si spéciales de M. Steuernagel.
104. — 13° D’une part, rien ne s’oppose à ce qu’un bloc assez considérable des ordonnances qui figurent au Code sacerdotal remontent à Moïse ou mème aux lemps antérieurs; il s’agit surtout des 1. Le Code de la rénovation d: l’alliunce ne se borne-t-il pas déjà à renouveler les ordonnances les plus fondsmentales du Code de l’alliance? Il n’est pas sans intérêt de rappeler que certains critiques rattachent le Code de l’alliance aux plaines de Moab comme à son contexte primitif et aussi que certuins Critiques truitent le Deutéronome comme une revision du Code de l’alliance. règlements qui consacrent des pratiques cultuelles d’un usage général dans les milieux sémitiques. Mais, d’autre part, aucune partie des codes du Pentateuque n’est plus apie que le rituel à recevoir de nombreux accroissements au cours des siècles. On pourrait en conséquence, si un examen sérieux suggérait une telle adhésion, souscrire à bon nombre des conclusions des critiques touchant les travaux de coordination, de revision, d’amplitication, auxquels les diverses sections du Code sacerdotal auraient été soumises dans la suite des temps, notamment pendant l’exil et à l’époque d’Esdras. DEuxIÈMr SECTION
Deuxième Section — Les sources extrabibliques
105. — I. Témoignages directs. — Si nous avons insisté si longuement sur l’Hexateuque, c’est qu’il constitue à beaucoup près notre principale suurce d’information pour la période dont nous avons à esquisser l’histoire. Le reste des Livres Saints, il est vrai, renferme de nombreuses allusions aux temps de la sortie d’Exypte et de la conquête de Canaan, et nous ne manquerons pas de leur prèter attention. Mais aucun de ces ccrils ne contient une présentation nouvelle des faits et de l’époque qui doivent nous occuper. D’autre part, nous n’avons pas, en dehors de la Bible, de témoignages directs dont la valeur soit à l’abri de tout conteste, Sans doute, Joskri, en ses Antiquités, s’appesantit sur la période mosaïque; il y revient encore dans son traité Contre Appion. Mais c’est à peu près constamment en suivant et en glosant les récits du Pentateuque; si quelquefois il en déhorde les données, c’est souvent pour faire place à des légendes qui ne méritent aucun crédit. Dans le traité Contre Appion, il allègue bien l’autorité de Mancthon, mais c’est s-ulement pour quelques détails particuliers; d’ailleurs, on ne peut se fier aveuglément aux assertions de cet historien lui-même.
106. — II. Témoignagesinä’rects. — Heureusement d’autres sources d’information projettent sur le sujet de notre étude une lumitre qui, pour l’atteindre indirectement, n’en concourt pas moins à éclairer nombre de points auparavant obscurs. 1° Ce sont d’abord les ënscriptions et papyrus égxptiens. Les relations des Hébreux avec la vallée du Nil ont été plus nombreuses à l’époque qui nous occupe qu’à aucune autre de leur histoire, Les docuruents qui, méme sans nous fournir aucune donnée direrte sur Israël (liste de Touthmès III, stèle de Ménephtab), nous renseignent sur l’élat du royaume des pharaons au terups du séjour en Égypte et de l’exode sont des plus intéressants à consulter (cf. A. MALLON, EGYPTE, dans Dictionnaire Apologétique de la foi catholique, t. I. col. 1301-1343).
107. — 2° Les rapports des fils d’Israël avec la vallée du Tigre et de l’’Euphrate ne prendront place qu’à une période beaucoup plus avancée de leur histoire. Mais certains documents cunéiformes présentent des renseignements précieux sur l’état des diverses régions de l’Asie occidentale au temps de Moïse, notamment sur l’état de Canean. Les lettre: de Tell el-Amarna sont pour nous d’une valenr inestimable (cf. A. Coxpamix, BABSYLONE ET LA Bisre dans Dictionnaire Apologétique..., 1. I, col. 323-390)
108. — 3° On ne saurait passer sous silence les fouilles palestiniennes. Les documents que lon er a retirés sont, il est vrai, pour la plupart anépigraphes, puisqu’on n’a rencontré de rares inscriptions qu’à Tell el-Hesi, Tell Ta ’anak et Tell el Jezari. Mais grâce aux classifications dont elles ont été l’objet à mesure qu’elles se multipliaient, ies trouvailles ont leur langage à tenir, leurs dépositions à faire entendre. — a) S’il s’agissait surtout de l’exploration superficielle du sol, il faudrait mentionner en premier lieu les expéditions de M. Victor Guérin: elles ont été racontées et décrites, sans parler du volume spécialement consacré à Jérusalem, dans le bel ouvrage Description géographique, historique et archéologiqué de la Palestine, dont les sept volumes se sont échelonnés entre les années 1868 et 1880. Cet ouvrage fait aujourd’hui encure aulorité; mais au point de vue de notre sujet, il ne fonrnit que quelques identiications topographiques d’importance tout à fait secondaire. Il faut porter à peu près le même jugement sur les campagnes (1871-1857 pour la Palestine occidentale, 1881-1882 pour la Palestine orientale) du Palestine Exploration Fund, dont les résultats ont été consiynés dansles trois volumes des Hemoirs of the Survey of W’estern Palestine (1881, 1882, 1883; sans parler de 4x /ntroduction to the Surver of Western Palestine par Trelawny Saunbers, 1881) et dans le volume des Wemoirs of the Survey of Eastern Palestine du Captain C. R. Conper (1889; ouvrage précédé d’une série de monographies sus diverses étapes de l’exploration).
109. — b) Mais, fondée en 1865, la société britannique dont nous parlons s’est proposé un autre but, à savoir les fouilles et l’exploration du sous-sol. Cette partie de son œuvre est pour nous du plus vif intérêt. Déjà les resuliats obtenus sont considérables; ils ont été exposés, au fur et à mesure de leur réalisation, dans le Qua: terly Statement de la Société et dans une série de publications spéciales. Jérusalem devait d’abord attirer l’attention des savants chercheurs; son exploration fnt l’objet d’une première série de campagnes (1867-1870; cf. Walter Morrison, The Recovery of Jerusalem, 1851; Captain WarRex, lnderground Jerusalem, 1856; et le quatrième volume des Wemoiïrs of the Surver ef Western Palestine, 1884). Jamais on ne la perdit de vue dans la suite et la société encouragea les travaux de M. Clermont-Ganeau et du D’ Schick; une nouvelle série de fouilles eut lieu dans les années 1894-1897 (cf. F. J- Buiss, Excavations at Jerusalem 1891-1897, publié en 1898). — c) Cependant des chantiers étaient ouverts en divers endroits de la Judée: à Tell el Hésy (Lachis) en 1890-1892 (cf. W. M. Fuinpers PETRIE, Zell el Hesy [Eachish), 1891; F. J. Briss, 4 Mound of Many Cities 4 [Lachish, 1894); à Tell Zakariya, Tell es Sati, Tell el Judeideh et Tell Sandahannah, en 18yÿ8-1g00 (ef. F. J. Buss et R. A. Stewart MacariStER, Éxcavations in Palestine, 1898-1900, publié en 1902), à Tell el Jezari (Gezer) en 1902-1905 et 1907-1909 (FR. A. Stewart Macazisrer, Bible Sidelights from the Mound of Geser, 1906; The Excavation of Gezer, 1902-1905 and 1907-1909, publié en 1911): à Ain Shems (Beth Shemesh), en 1911-1912 (cf. Duncan Mackenzie, Îhe Ercavations at Ain Shems, dans The Annual du Quarterlx Statement, 2° vVol., 1912= 19:13; un premier article sur le même sujel avait été publié par le mère auteur dans l’Annual de 1912. La dernière campagne du Fund avant la guerre a été consacrée, en 1913-1914. à l’exploration de la Palestine méridionale (nézéb, notamment région de Cadès; cf. C. L. Woozzex and T. E. Lawrexce, The Hnlderness of Zin, dans The Annual, 3° vol., 1914-1915); déjà le désert de l’Exode avait été exploré en 1869- 1850 (cf. Professor Edward Paruer, J’he desert of Exodus, 1871)!. $ 1. Sur les travaux du Palestine Exploration Fund, Col. Sir C. M. Watson, Fifty Years Work in the Holy Land A Record and Summary, 1865-1915; 1915.
110. — d) Les Anglais n’ont pas été seuls à explo rer les pays bibliques; au cours des années 1903 1905, le Deuische Palästina-Verein a fouillé Tell-el Mutesellim, emplacement de l’ancienne Mexiddo sur la bordure méridionale de la grande plain d’Esdrelon (ef. D’ G. Scuumacusr, fell-el-Mutesel Lim, Bericht über die 1903 bis 1905 mit l’nterstutzun; Sr. Maj. des Deutschen Kaisers und der Deutsche: Orient-Gesellschaft von Deutschen Verein sur Erfor schung Palastinas veranstaltenen dAussrabungen 1 Band: Objektiver Fundbericht, 1908 [nous ne pen sons pas qu’un deuxième volume ait été livré at publie avant la guerre)), — e) De son côlé, unt mission autrichienne commençait en 1902 l’explo ration de Tell Ta annak, à 8 ou 9 kilomètres at Sud-Sud-Est de Tell-el-Mutesellim; elle La poursuivait au cours de l’année suivante, pendant un laps de temps étroitement limité par les lirmans, et avai l’avantage de mettre au jour trois tablettes cunéiformes (cf. Ernst Seccin, Tell Ta’annek, Berich: uber eine... Ausgrabung in Palästina, nebst einen Anhang von F. Hrosxx: Die Keilschriftterte vor Ta’‘annek, 1904); M. Sellin, cette fois au nom de I: Deutsche Orient-Gesellschaft, revenait au terrair de la fouille en 1404 et découvrait huit nouvelles tablettes (cf. Ernst S&LeiN, Æine Nachlese auf den Tell Fla’annek in Palästina, nebst einem Ankans von F. HuosxY: Die neugefundenen Keilschrifttexte von Ta’annek, 1y06). Sous les auspices favorables des deux mêmes sociétés, autrichienne puis allemande, M. Sellin, accompagné de plusieurs notabilités scientifiques, inaugurait, eu 1907, les fouilles de Jéricho; il les poursuivait en 1908 et 1909 (cf. Ernst SELLIN und Carl WATzNGER, Jericho, Die Ergebnisse der Ausgrabungen, 1913). — f) Entre temps, au nom de l’Université américaine de Harvard, MM. D. G. Lyon, G. A. Reisner, G. Schumacher et C. S. Fisher exploraient à Sébastiyeh le site de l’ancienne Samarie (ef. D. G. Lxox, The Harvard Expedition to Samaria. Extrait de The Harvard Theological Review, 1909, 12 pages; G. A. Rrisxrn, Ile Hurvard Exrpedilion to Samaria: Excavativns of 1909, mème Revue, 1910, 16 pages). —Eg) Mentionnons enfin: les fouilles exécutées à Jérusalem sur la colline de l’Ophel, en 1909-1910, par une société de savants anglais et dont les résultats ont été publiés par le R. P. VINCENT, d’abord dans La Revue Biblique (1y11, p. 566-5y1; 1912, p. 86-111, 424-453, 544-554), puis dans un volume à part: Jérusalem souterraine; les fouilles réalisées, au cours de l’hiver de 19:13, sur le terrain de la cité de David, par M. Raymond Weill, pour le compte de M. le baron Edmond de Rothschild (cf. la note de la Revue Biblique, 1915, p. 280).
Seconde Partie — L’œuvre de Moïse et de Josué
111. — L’œuvre de Moïse comprend deux éléments très distincts. — D’une part, la série d’interventions qui eut pour résultat de faire sortir d’Égypte les fils de Jacob et de les amener en vue de la Terre Promise. En ce domaine l’activité de Moïse a pour compléruent celle de Josué, qui aboutit à l’installation des Israélites en Canaan; les rapports sont si étroits entre les œuvres de ces deux grands personnages qu’elles doivent être envisagées comme les parties intégrantes d’un méme tout. — D’autre part, c’est au nom du seul Moïse que se rattachent les documents législatifs qui tiennent une si grande place dans le Pentateuque. — De là les deux sections suivantes: E. DE L’Eaypre À La Terne Prouise. 11. LA LÉGISLATION MOsAïQus.
Première Section — De l’Égypte à la Terre Promise
112. — Si nous voulons nous rendre un comple suffisamment exact de l’œuvre de Moïse et de Josué, du rôle qu’ils ont joué dans la délivrance des fils de Jacob opprimés en Égypte, dans la constitution du peuple d’Israël, dans l’introduction de ce peuple en terre de Canaan, il importe d’abord de reconstituer brièvement le milieu historique au sein duquel ils ont évolué. La Bible nous fournit à cet égard des données précises et explicites, A les extraire on gagnera avant Lout de se faire une idée plus juste, plus concrète, de la physionomie de ces hommes qui furent puissants en discours et en actes. Mais aussi l’apologétique y trouvera une preuve des plus frappantes, bien qu’assez peu exploitée, des droits qu’ont à la confiance de l’historien les récits du Peniateuque. — Quand le terrain aura été préparé de la sorte, il sera beaucoup plus aisé de tracer le tableau, nécessairement sominaire, de l’activité de Moïse et de Josué. Nous ne manquerons pas d’ailleurs en cette esquisse de tenir comple des systèmes qui, souvent élaborés en dehors ou e:1 marge des données bibliques, ont dénaturé nombre des faits de l’exode. — Le simple exposé de cette grande œuvre et de ses résultats suilirait à en mettre en relief le caractère surnaturel. La Bible toutefois nous fournit à cet égard des indications plus précises. Les carrières de Moïse et de Josué nous apparaissent, en des moments particulièrement décisifs, fécondes en prodiges, en miracles proprement dits. L’apologétique ne peut se désintéresser de ces faits; elle doit au contraire les prendre en très particulière considération. — De là ces trois sous-titres et subdivisions: I. Le milieu historique de Moïse et de Josué. L — Le milieu historique de Moïse et de Josué
I. Le milieu historique de Moïse et de Josué
1° Points de repère géographiques
113. — Les allusions géographiques ne sauraient manquer d’être nombreuses dans une esquisse historique de l’œuvre de Moïse et de Josué. Pour éviter les parenthèses et digressions qui relentiraient notre marche, il nous paraît à propos de poser dès maintenant quelques points de repère. Les régions dont nous avons à parler sont, avant tout, la Palestine et la péninsule du Sinaï. La topogrnphie de la Basse EFypte et du pays de Gessen est suflisamment connue Pour que nous n’ayons pas à y insister.
114. — 1° La Palestine. — À, Les frontières. — a) « De Dan à Bersabée » (Jud., xx, 1; 1 Sam., 111, 20: I[ Sam., ant, 10; xvar, 11; etc.. cf. [ CAron., xxr, 2; Il Chron., xxx, 5), « De l’entrée de Hamath jusqu’au torrent d Égypte » (L Reg., vit, 65; Il Chron., vu, 8; cf. les expressions similaires [ Chron., xIU, 5; Am., vi, 14; Ez., xLvu, 19, 20, etc.). telles sont les deux formules les plus svnthétiques employées pour désigner les limites de la Palestine au Nord et au Midi. Elles ne sont pans absolument synonymes.— à) Le sit de Dan est unanimement identifié avec Tell el Qadi, sur celle des sources du Jourdain qni donne naissance au bras appelé Nuhr el Leddan. Le limite septentrionale qui passerait à Dan rejoindrait assez naturellement, en traversant le Merdj el ‘Ayun, le cours inférieur du Lifant où Qaäsimiyé. Or le Merdj el ‘ Ayün n’est j autre chose que la partie la plus méridionale de cette vallée de Cœlésyrie (aujourd’hui El-Biga‘) qui, située entre le Liban et l’Antiliban, correspond à l’entrée de Hamath. Vers l’Est, la ligne septentrionale pousserait sans doute jusqu’à Bäniyäs, à la source la plus orientale du Jourdain. De la sorte les deux terminologies « depuis Dan » et « depuis l’entrée de Hamath » sont à peu près équivalentes. — c) Au Sud, Bersabée se trouvereil sur une limite qui, partant de l’embouchure du wädi Ghazzé et suivant d’abord le cours de cette vallée, se coutinuerait par Je wädi el Milh, puis, sans doute, par le wédi ez-Zuwéra, pour aboutir vers le Midi de la mer Morte. Le torrent d’Égypte, identifié avec le wédi el ‘Arish, nous conduit bien plus au Sud; la frontière dont il serait le point de départ nous amènerait au wädé el Figra qui se jette dans la region murécageuse du Gh6r es-Safiyeh, au Sud de la mer Morte et au Nord du wéds el ‘Araba. Du côté de l’Est, la frontière méridionale la plus naturelle est le torrent de Zéréd (wâdi el-Hésa), qui se jette au Sud de la mer Morte. — d) La frontiére d’Occident est plus facile à tracer: c’est la mer Médilerrunée. On notera toutefois que le territoire phénicien de Tyr constitue une enclave. — e) La limite d’Orient est formée purles grands déserts syrien et arabique. Au Nord, la plaine infeconde estinterrompue par de vastes lerritoires volcaniques, terruins pluts on légèrement ondulés el montagnes: Djolän, Hauran (Djébel ed-Driz), etc.; maïs au Midi, ce sont les vastes étendues de sol aride, tantôt Lout en sable, tantôt couvert de pierres.
115. — B. La topographie. — «) La vallée du Jourdain distribue la Palestine en deux régions très distinctes. La division est singuliérement accentuée per l’extraordinnire dépression du lit du fleuve. Au point où se joignent les sept branches qui vont constituer le cours d’eau, on est à quarante mètres au-dessus du niveau de la Méditerranée; le niveau du lac Houleh n’est plus qu’à deux mêtres. Puis Iu déclivité s’accentue avec une extrême rapidité; la surface du lac de Tibériade est déjà à deux cent huit mètres au-dessous de celle de la Grande Mer; à la latitude de Jéricho, le pont du Jourdain nous fait descendre à trois cent soixante-quinze mètres; l’embouchure du fleuve est à quatre cents mêtres environ. D’autre part, la vallée, presque toujours encaissee, en dehors de la région située uu nord du lac Houleh et de la plaine de Jéricho, est dominée par des sommets souvent assez élevés au-dessus du niveau méditerranéen etaux pentes parfois très rapides. On a: sur les berges du cours supérieur, des hauteurs de 990 mètres (Djébél Hünin) à l’Ouest et de 1.29 mètres (Tell esrh-Schécha) à l’Est; la plaine de Jéricho est dominée, à l’Ouest par les hauteurs de Jérusalem (790 mètres), à l’Est par celles de Heshän(874 mètres), A l’Ouest de la mer Morte, on s’élève à plus de 1.000 mètres aux environs d’Hébron; à l’Est, el Kerak est à 419 mètres. C’est donc par une vérilable crevasse que sont séparées les régions de Transjordane et de Cisjordane.
116. — E) La Transjordane (région orientale) est divisée en plusieurs zônes par les affluents du Jourdain ou de la mer Morte. On notera surtout: — «&) Entre le Sert’at el-Mcnadiré (Yarmuk du Talmud) et le Nahr ez-Zerqä (J’abbägq de lu Bible) la région fertile et boisée du ‘4d; lun (ancien pays de Galaad), — f) Entre ie Nahr ez-Zerqa et le wâdi Müdyib (ancien "Arnôn), une région dans laquelle la zône cultivable, assez étendue au nord du s’édi Hesban, vnse rétrécissant au Sud et qui fut le pays des Ammonites. —;) À peu près pareil à cette seconde zône est le pays compris entre le a’adi el Müdjëb (Arnon)et le wädi el Hesä (torrent Zéréd de la Bible) ou pays de Moub.
117. — c) La Cisjordane. — «) Elle est divisée en deux régions très distinctes par cette grande plaine du Nakr el. Mugatta” (plaine d’Esdrelon de la Bible) qni a son point de départ au Djébél Fuqu’a (monts Gitbüs° de la Bible) et aboutit à la Méditerranée entre le promontoire du Carmel et Saint-Jean-d’Acre; par la trouée de Zé‘rin (Fizre‘él "]l de la Bible) cette plaine communique, à l’Est, avec celle de Bésan (Be yltb san de lu Bible) qui aboutit au Jourdain. Ar Nord, la Galilée; au Sud, la Samarie. puis le pays de Juda. — f) Au Sud de la frontière de Bersabée et surtout de celle du torrent d’Égypte, s’étendent des espaces déserlique: sur lesquels nous aurons à revenir. Bersabée, qui cest à 210 mètres, appartient déjà à la région du Négéh (résbébh de Juda, —;) Par des pentes, tantôt assez douces, tantô’ escarpées, on s’élève à la deuxième région ou région dt la montagne (Aar). Elle commence avec la montagne d’Hébron et se continue jusqu’à la plaine d’Esdrelon pai une ligne faitière qui partage les eaux entre les affluent: de la mer Morte et du Jourdain, d’une part, et, d’autre part, les cours d’eau qui se jettent dans la Méditerranée les hauteurs varient entre 1.050 mètres et 700 mètres. Sau aux environs d’Hébron, la montagne de Juda est pauvre dénudée; très peu de ouadis ont des cours d’eau perpéluels: la montagne d’Ephraïm est plus fertile et le de: vient davantage à mesure que l’on avance vers le Nord — b) Du côté de l’Est, le sol s’affaisse par des pentes très rapides, sillonnées de ravins très profonds, vers la vallée du Jourdain; dans la région judéenne, ces pentes ont un caracttre nellement désertique. La vallée est appelée aujourd’hui ÆEÎ Ghôr. Depuis l’endroit où elle s’élargit jusqu’à [a mer Morte, elle porte dans la Bible le nom ile ‘Aräbl’äb, la fertilité de la grande plaine de Jéricho fut toujours proverbiale. — «) Vers la Méditerranée, les pentes (’sédboth) de la montagne de Juda sont assez rapides et participent un peu aux caractères du névéb: elles aboutissent à la plaine large et féconde que la Bible appelle S-phéläh. Cette plaine côtière va se rétrécissant vers le Nord, surtout au delà de Jaffu, le long de la montagne d’Epbraim (plaine de Saron); les contreforts du Curmel viennent presque jusqu’à la mer. —- &) Au Nord de la pluine d’Esdrelon, la Galilée, par sa ligne faitière, par les dèclivités rapides qui menent au Jourdain ou au ac de Tibériade, par les pentes douces qui descendent du côté de la Mediterranée, rappelle à beaucoup d’égards la montagne de Samarie; toutefois, en dehors de ia plaine de Saint-Jean-d’Acre, les pentes atteignent le plus souvent jusqu’au rivage. D’autre part, la Galilée est la partie la mieux arrosée et la plus fertile de toute la Cisjordane.
118. — C. Canaan el Terre Promise, — a) Dans Gen., x, 15-19, Ganaan apparaît comme le territoire occupé par toutes les tribus et tous les peuples de race cananéenne. Le vers. 19 lui assigne comme limite septentrionale Sidon; mais, d’uprés les vers.17, 18, il faudrait remonter beaucoup plus haut, jusqu’au Nord de Tripoli, jusqu’à Hamath sur l’Oronte. D’après le vers 19, la frontière méridionale descend à l’Ouest jusqu à Gaza dans la direction de Gérare (Khirbet Umm Djarrar, au Sud-Est de Guza [?]), à l’Est jusqu’à Lésa’ dans la direction de Sodome. — b) Mais cette acception larxe est absolument exceptionnelle dans la Bible. D’ordinaire Canaan désigne, d’une façon très concrète, la Terre Promise aux patriarches. Or le pays dans lequel passent ou sejournent les patriarches et dont la possession est assurée à leurs descendants, n’est autre que la Cisjordane (Gen., xn, 6-9; xrir, 1-4, 12-18; XxIu, 1, 2, 17-19; xxxini, 182: xxxv, 65 xLvinr, 3, 75 XLIX, 30). C’est dans ce pays que les fils d’Israël veulent retourner au sortir d’Égypte; c’est vers ce pays que Moïse envoie les espions (Vus. xui1, 2, 17, 21, ©2 [ Vulg. 3, 18, 22, 23]), qu’à deux reprises les Israélites, châtiés pour leurs mutineries, tentent inutilement de monter (Nwrn., xiV, 89-45, xx, 1-3; cf. xxxini, 40). Quand, après avoir contourné Edom et Moab, Israël na conquis le royaume de Sékon l’Amorrhéen et y a établi deux de ses tribus, il n’est encore nien Terre Promise, ni en Cansgen (Vum., xxx, 17, 19, 28-32). Canaan, au sens précis de ce mot, n’est denc autre chose que la Cisjordane. C’est aussi ce qui résulte de la description des frontières de Num., Xxx1v, 2-12, bien que le tracé de la limite, au Nord et au Nord-Est, prète à quelque confusion (cf. vax KASTEREN, La frontière septentrionale d« la Terre Promise, dans Revue Biblique, 1895, p. 23-36; M. J. LAGRANGE, À la recherche des sites bibliques, dans Conférences de Saint-Elienne, 1910-1911, p- 3-56).
119. — 2° La péninsule du Sinaï, — À. Ses limites. — Lu péninsule du Sinaï fait immédiatement suite au négéb de Bersabée et an Sud de la Palestine. — a) Elle a pour frontière septentrionale: depuis le canal de: Suez jusqu à l’embouchure du wädz el ‘Arish, la mer Méditerranée; ensuite le ivédi el Abyad, un des aflluents du 6di el ‘Arish; les dernières pentes du néséb; enfin le massif mont&-neux qui constitue la berge occidentale du m’édé el ‘Araba. prolonxation méridionale de la dépression du Jourdain et de la mer Morte. — b) La continuation de ce massif constitue d’abord Ja frontière orientale; puis c’est le golfe élanitique ou golfe d’Aqabe. — c) Au Sud, la péninsule se termine en pointe (Ras Muhammed). — d) Du cap, le golfe sinnitiqre de la mer Rouge constitue d’abord la frontière occidentale jusqu’à Suez: elle se continuait jusqu’à la Méditerranée par la série des Lacs Amers, auxquels correspond approximativement le tracé du canal. On suit qu’au delà du golfe de Suez, à l’Occident, s’étend l’Égypte. — b) Il est à propos de signaler un puint de la péninsule arabique qui est en bordure du golfe élanitique. C’est le pays de Musur (Musri des inscriptions assyriennes, Wusran des inscriptions minéennes):; un des centres paraît avoir été Ma ‘än. On remarquera que ce nom de Musri est le même (parfois Misri) qui, dans les textes cunéiformes, désigne l’Égypte. Mais les annales askyriennes n’en dislinguent pas moins très nellement les deux régions. — f) Ce pays paraît avoir été aussi le centre du territoire des Madianites qui tiennent une place importunte dans l’histoire de l’exode et des premiers temps de l’établissement en Cunaun. Ploléemee et divers géographes arabes ont, en etlet, signulé une ville de Madiana duns ces régions; Cétait sans doute le point de fixation des tribus qui peu à peu s’attachuient à la vie sédentaire. D’autres tribus, qui avaient gurdé les instincts nomades, s’écartuient souvent à de grandes distances, conduites tuntôt par lu nécessite d’ussurer des pâturages à leurs troupeoux, tuntôl par les hasards de la razzia (cf. Jud., vi-vni).
120. — B. Sa topographie. — a) La nature elle-méme a divise la péninsule du Sinaï en deux régiuns des plus distinctes. Elles sont délimitées par la longue chaine de montugnes qui porte le nom de Djébél et-Tih (montugne de l’égarement). b] La région que cette chaîne laisse au Nord et au Nord- Est est de beuucoup la plus vuste de lu préninsule. — &) C’est un immense pluleau caleuire qui va s’inclinaut vers la Méditerranée, tres aride et d’aspect désertique. 11 ne faudrait pourtant pas s’en exagtrer luniformité. Au Nord-Est se trouve une série d’elévations assez accentuées, qui se rattachent aux dernières ramificalions du negrb judéen. De ces hauteurs descendent une série de ouadis qui conslitueront, en rejoignant ceux qui viennent du Djébel et-Tih, le wädi el ‘Arisch ou torrent d’Égypte. — $, Ces ouadis n’ont pas d’eau permunente. Les pluies sont rares; on ne compte guère plus d’une vinytuine d’orages par an, dans les mois de décembre à murs. Toutefois leur répétition même fuit que l’enu pénctre le sol: ou la trouve parfois en creusant le sable à peu de profondeur; il reste assez d’huwidité en tout cas pour entretenir, sur les rives du ouudi, une végétation plus ou moins nbondante. On rencontre donc, au travers du plateou, de véritables oasis: elles deviennent plus notubreuses vers le Nord et le négéb que vers le Sud. Mais, telle que la nature l’a fuite, cette contrée ne peut étre habitée que par des bedouins et des pasteurs. — 7) L’un des caracteres les plus saillants de cette région seplentrionale, c’est qu’elle renfrrme les routes qui mettent en communication l’Asie et l’Afrique. Il y u d’abord la trés importante route de La côte qui, du Nord arrivant à Gaza et de là passant par le Qula’at el ‘Arish, à l’embouchure du ouadi de ce nom, atteint, après un parcours de trois jours, le niveau d’El Qanfara; ce fut toujours l’un des principaux moyens de communication. Plus secondaire était la route de Süûr (dérékh Sir), qui descenduit d’Hébron à Bersubée, inclinail ensuite vers l’Ouest et rejoignait la précidente; elle desservait surtout le Sul de la Palestine. Unetroisième route traversait la péniusule de l’Ouest à l’Est: parlunt des environs de Suez et passant pur le Qala’at en-Nakel, elle aboutissait à Agaba, au Nord du golfe elanitique. De là, elle se divisail en plusieurs ramifications; l’une allait vers le Musur et l’Arabie méridivnale, une swutre contournait la rive orientale du u’ädi el ‘Araba et remontait vers le Nord, à lu lisière des déserts; une autre empruntuit le w’éde el “Araba lui-wème pour conduire soiten Palestine, - soiteu Transjordane. Au Qala’at en-Nakel, une quatrième route coupait lu précédente à angle droit; du Sud de la péninsule elle montait à Cadés et, de là, vers la Palestine. Des voies secondaires s’ajoutaient aux précédentes: Lelle celle qui de Cadès menait directement en Égypte.
121. — 6) Dans cette même région septentrionale, ur certain nembre de points sont à discerner. Le grand désert s’appelle aujourd’hui, comme la montagne qui le limite, désert de Tih: c’est le désert de Paran (ridhhar Pal ‘]ran! de la Bible, dont le chef-lieu Paran n’était peut-être autre que Nukel. Il s’élenduit jusqu’au mészeb et aux frontières de In Palestine et renfermait Cndès. Toutefois, en plusieurs textes, nullement inconciliahles avec ls précédents, la réion désertique qui entonre Cidès prend nn non particulier; c’est le désert de Sin ( /»). Pent-être qu’ar Nord-Ouest, vers la frontière d’Égypte, on nvait aussi le nom particulier de désert de Sùr. — €) Trés importants à noter sont les monts Se ir. On sait que les monts Séü étaient au pays des Edumites. Mais on ne doit pas pour autant identifier Séir et Edom. Le pays des Edomiles présente, en effet, au cours de l’histoire, des extension: trés variubles; à certaines dales il u compris les deux ver. sants du wédi el ‘ Araba. Or les textes bibliques et même certains documents égyptiens ne permettent pus de denner une telle extension à li dénominutiun de monts Séir, Les monts Séir sout à chercher au Nord-Est de la péninsule sinaitique, uu Sud du paÿs de Juda, dans le voisinage de Cudés (Gen., x1v,6, 7; Num., xx, 16, xxxuut, 2, 37-40; NXXIV, 3: Deut., 1, 2, 44, 465 ur, 1: Jus. x1, 175 xu1, 7: xv, 1, 10, 21). H faut douc songer principalement au plateau des ‘Azäzimé qui constitue lu frontière occidentale de la section septentrionule du wädi el ‘Araba. — x) Enfin, dans le Nord de la péninsule du Sinaï, il faut signaler Cadès (Qadhés). C’est une oasis qui, on le sait, tient une grande place dans les récits de l’exode. Elle est située uu Nord de la montagne imposante qui porte le nom de Djébel Araif, au Nord du Dyébél Aneiga et du Djébel Magrath; le nom de Ain Qaders (ou Gadis) semble perpétuer le souvenir du vieux site biblique, bien que l’on puisse hésiter à identifier avec cette source celle qui joue uu si grand rôle dans jes recits de lu migratiun. D’autres sources jaillissent duns le voisinage: ‘Ain el Guderat, ‘ Ain Qossaima, ‘Ain Muvetlleh, etc. — x) Un notera que le grand désert de Paran fut le territoire propre des tribus amalécites.
122. — c) Le Djébél et-Trh, qui forme la limite du plateau désertique, envoie de sa parlie Ouest-Snd-Ouest un certuin nombre de ramifications qui aboutissent au golfe de Suez; à l’Est, la région montagneuse s’étend jusqu’à Aqnba. Mais au Sud-Ouest, au Sud et au Sud-Est, une plaine sablonneuse (Debbet er-Ramlé) sépare le Djébélet-l’ih du grand massif méridional qui constitue la pointe de la péninsule. Cette région foriue avec la précédente le plus suisissant des contrastes, — x) Au lieu de la plaine monotone aux légères ondulations, on se trouve en présence d’un inextricable enchevêtrement d’arètes de montugnes que dominent des pics de granit rouge. parfois furt élevées. Les hauts pluteuux sont souvent arides; inais les vulléex, arrosées por des cours d’euu perpétuels, sont aptes à la culture; la vaste oasis de Férän est sans doute l’un des endroits les plus attirants et les plus fertiles de l’univers. Bref, ce n’est plus le désert dans lequel seuls les béduuins peuvent conduire leurs tronpeaux de ouadi en ouadi, c’est un sejour de sédentuires qui, de fait, donna asile, à certaines époques, à des inultitudes de moines. — 8) Du côté de l’Est. le massif atteint jusqu’à la mer. À l’Ouest, il est sépuré du golfe de Suez, par une grande plaine de sable (el Qü‘a) dominée, entre autres sommets, pur ceux du Djébél Serbäl (2.060 m.). A l’intérieur du massif, cette mugnitique montagne est tont proche de cetle oasis de Fèran, si capable de retenir un peuple en migration; une large vullée (wédi ‘Aleyät), propre aux campements et renfermant quelques pulmeraies, conduit jusqu’aux premiers gradins du rude escalie: qui mène aux pics. — 7) Nous dirons que le Djeébél Serbäl dispute l’honneur d’avoir été le piedestal de Yahweh à une autre imontugne, qui se tru:: ve uu centre mème du mossif et au picd de laquelle se développe la vosle plaine er-Riha: c’est le Djébél Müsa (2.292 métres), à moins que ce ne soit l’un des pics voisins: Djéb. Safsaf, Djéb. Käterin (2.606 mètres).
2° Les fils d’Israël et les grands peuples
123. — Les mouvements qui se sont déroulés dans l’Asie occidentale ont toujours été conditionnés par les vicissitudes de l’histoire des deux yrandes nations qui Sans cesse ont cherché à engloher dans leur domaine le rivage de la Méditerranée: les maitres de la grande plaine du Tigre et de l’Euphrate, d’une part, et. de l’autre, les maitres de la vallée du Nil. Dès que l’un de ces empires s’est développé au détriment et aux dépens de l’autre, la Palestine en a dû reconnaître, de gré ou de force, la suprématie, Elle n’a joui de l’indépendance, elle n’a pu vivre de sa vie propre et s’organiser à son aise que dans l’un des deux contextes suivants: quand les deux empires étaient l’un et l’autre trop puissants pour être tentés d’empièter sur leurs domaines respectifs; quand, au contraire, ils étaient trop affaiblis pour étendre leurs convoilises au delà de leurs frontières naturelles, On entrevoil sans peine que les migrations patriarcales, le séjour des fils de Jacob en Égypte, leur exode et leur installation en Canaan ont été conditionnés par la siluation des grands empires à l’époque où ces événements ont pris place. Si nous remontions jusqu’aux ancètres d’Israël, nous constaterions sans doute que la migration des Abrahamides se rattache à une période où des ennemis extérieurs — les Elamiles (>) — mettaient en siluation pénible les groupements de Sémites installés en Chaldée. On sait de reste que l’arrivée des Hébreux en Égypte eut lieu à un moment où des Asiatiques, les Hyksos, exerçaient la suprématie dans la vallée du Nil. L’exode, à son tour, et la pénétration en Canaan se placent à une période où, d’un côté, les pharaons nalionaux moniraient de l’hostilité envers les éléments de population étrangère cantonnés en divers distriets de leur empire, où, d’un autre côté, leur autorilé sur l’Asie antérieure n’était pas telle qu’ils pussent empêcher des immigrants de s’y établir et d’y fonder et organiser des nationalités nouvelles. Mais les articles BasyxLowe ET LA Bisce (A. CoNpamiN, Dictionn. Apolog., 1, col. 327-390) et EGYPTE (A. MaLLox, Dict. Apolog., 1, col. 1301-1343) nous dispensent d’insister sur ce sujet.
3° Les fils d’Israël et les petits peuples de Palestine
124. — Aussi bien y at-il plus d’intérêt, au point de vue du sujet qui nous occupe, à insister sur les petits peuples avec lesquels les vicissitudes de l’exode et de la conquête améneront les fils d’Israël en contact ou en conflit. La manière dont les renseignements fournis par la Bible, d’une manière tout oceasionnelle, cadrent avee les données des documents étrangers est une des preuves les plus palpables que les récits sacrés ne procèdent pas des souvenirs plus ou moins vagues d’une tradilion toute légendaire. De ces petits peuples il est question en divers contextes. La Genèse en parle en ses listes ethnograpliques et quand elle ouvre devant les patriarches les perspectives de l’avenir, leur décrivant la terre que leurs descendants doivent un jour occuper. L’Exode el les Nombres y font allusion, soit quand ils reprennent les promesses, soit quand ils racontent les premières péripéties de l’expédition. On les retrouve dans le Deutéronome, comme on y retrouve une foule d’allusions aux événements cl aux promesses dont il est question dans les livres antérieurs, Les récits de la conquête, en Josué, entrainent, comme tout naturellement, la mention fréquente des peuples à déposséder. Le plus souvent, hélas! nous n’avons à relever que des listes, plus ou moins développées, de nations et de tribus. Mais nous rencontrons à l’occasion des allusions historiques que nous n’aurons garde de négliyer.
125. — 1° Les petits peuples de Palestine. — a) L’Hexrateuque conuait, en premier lieu, des groupes d» peuples autochtones, aburigèenes, dispersés en Transjordane et en Cisjordane. Ceux qni les voient sont frappés de leur haute taille; ce sont des géants, en présence desquels ils se sentent pervile à des sauterelles (Vum., xtit, 33 [Vuly. 34]). Un non générique les désigne. nom élrange, le mème en upparence que celui qu’on donne aux mânes du.‘/; on les nomme Æpha’îm (Gen., x1v, 5; xv, 201; Deut., 11, 11, 20: aus, 11, 13: Jos., xu1, : xx. 12: xvnr, 15). Toutefois, selon les endroits où ils résident, leurs divers groupes portent des noms plus spécifiques: ’Emim (Gen., X1v,5; Deult., 11, 10, 11), Zamzummim (Gen., x1v,5: Deut., 11, 20), Hôrim (Gen., x1v, 6; Deut., 1, 12), ‘Enagim (‘anagim, Deut,, 51, 10, 11, 21; Jos., x1, 21, 22; xiv, 12. 15) ou fils de ‘Enäg (b’né[ylha‘anag: Num., x, 33 [Vuly. 3%]; Deut.,1x, 2; Jos.. xv, L4 — Jud., 1, 20).
126. — b) Les premiers immigrants dont on s’occupe sont les Abrahamides, dans lesquels les Israélites reconnaîtront des consanguins plus ou moins rapprochés. La Biblo les suit pendent trois générations. Ce sont d’abord les fils de Nachor et d’Aran, frères d’Abraham, qui, comme Jui et ses fils, sont appelés à devenir des chefs de peuples. Les descendants de Nachor se meuvent en deñvurs du contexte qui nuus occupe. Il en ve autrement des descendants d’Arau qui, par sun bils Lot, est l’ancètre des Azmonites el des Moabrtes. Le premier fils d’Abraham ser: /smaël, père de toute une série de tribus du desert qui, tout en étant reconnues pour apparleni à la ruce sémitiques demeureronten murge de bistoire que nous avons à esquisser. Il en seru de mème des descendants de la plupart des Els qui viendront à Abraham par Cetura. L’un d’eux toutefois sera l’ancètre des Aadranites; cette tribu, avec laquelle Moïse et les enfaats de Jacob entrelieudrent des rapports, sera dune, elle aussi, une tribu sémitique de même sang qu’eux. L’héritier principal d’Abrahum sera Isaac, auquel on attribue seuleisent deux Gls, les deux jumeaux Jacob et Esaü, celui-ci l’ancètre des Edomites.
127. — c) Plus importants pour l’histoire que nous écrivons sont les immigrants qui occupent la Terre Promise el qui en seront chassés per les fils de Jacob. Un nom générique les désigne, celui de Gananéens (4tna’‘eni[y));. Ce nom est parfois seul employé (Genr., x11, 6; xxav, 3, 37; 1,11: Naum., xx, 8: Jos., xvi, 10(6is]; xvu, 12, 13, 16, 18); il est alors ea corrélation avec le terme de Cunaan qui, nous l’avons vu, est l’appellation ordinaire de ja Cisjordane et de la Terre Prowise. A l’occasion toutefois on assOciera aux Cananéens, pour une région particulière, tel ou tel autre peuple, v. g., les Phérézéers (Gen., AU, 73 xxx1v, 30), Amalec (Vum., x1v, 25, 43, 45); ou bien encore on notera qu’à côté des Cananéens, le pays renferme d’autres habitants (Jos., vai, 9). Mais, le plus souvent, ce nom prend place dans des listes de peuples, plus ou moins steréoty pées, renfermant trois (Ex., xx111, 28), cinq (Ex., xiu, >; Num., xt, 29 [ Vulg. 30]), six (Ex., ut, 8, 17; xx, 235; xxx, 2; XxXLV, 11; Deut., xx, 17j; Jos., 1x, 1; x1, 35 xu, 8), sept (Deut., vi, 1; Jos., au, 10; xxav, 11) noms de peuples. 11 est possible d’ailleurs que certaines variations duns l’étendue des listes soient imputables aux copistes; la liste la plus étendue est celle de Gen., xv, 19-21 (dix peuples). Les critiques ont cherché à caractériser les documents de l’Hexateuque, par le nombre de nations qu’ils signalaient en Canaan; on à remarqué nvtaumment que le Fahur’iste est seul à s’en tenir à l’appellation géuérique de Cnnanéens, Les peuples que l’Elohrste (ou JE) et le Deutéronemiste mentionnent, à côté de ces derniers, sont: les Amorrhéens ou Emorites (“”ori([y]; Gen., xv, 2l: Ex., nt, 8, 173 xx, 235 xXXI1I, 2: XXXIV, 11; Num., xiu, 29[30]; Deut., 1, 7; vi, 5 xx, 17; Jes., tt, 105 v, Max, x, 3: x11, 8: xin, 4 sxiv, 51), les Héthéens ou Hittites (Aïttyl; Gen., xv, 0; Ex., au, 8,17; xuu, 5, xxitE 23, 28; xxxin, 2; xxxIV, 11; Wun., au, 24(30]; Deut., vu, 1: xx, 17; Jos, 111, 10; ax, 1; x1, 3; xu, 8; xxiv, 11); les Phérézéens ou Perizzites (ptrizzify]; Gen., x, 7, xv, 20; xxxiv, 30; Er, at, 8, 17; xxit1, 23; xxxuu, 2; xxxav, 11; Deut., vu, 15 xx, 17: Jos, 11,10: 1x, 1; xt, 35x11, 8: xxiv, 1l1; les Hévéens ou fivviles (Lëurwi y]; Er. ui, 8, 17: x10,5; xx, 23, 28; xxxin, 2; xxx, 11; Deut., vai, 1; xx, 17; Jos., tir. 10: 1x) 1, x1, 3; xu 8; xun, 3; xxiv, 11); les Jébuséens ou Yebusiles (ybtsi y]: Gen., xv, l: Ex., ui, 8, 17; xXAU, 55 xxSIE, 23 xxx 2; xuxv, 11; Vum., xui, 29/30]: Deut., vit, 1; xx, 17; Jos. 1, L 10; ax, 1: x1, 3: x. 8: xxiv, 11): les Gergéseens ou Girgaschites (gireasi[y]: Gen. xv, 21; Deut., vit, 1; Jos., ri, 10; xxiv, 1); Amalec(‘nälég: Num., xur, 29([30]; x1v, 25, 43,45). La liste de Gen., xv,19-21, ajoute troïs autres noms: les Cinéens ou Qénites (gé[y]7’[y]), les Cénézéens ou Qenizzites (g’nizzi[y]), les Gadmonéens ou Qadmonites (gadmeni z]).
128. — d) Aussi intéressantes que la présence de tels el tels noms dans les listes hibliques sont certaines omissions. Celle notamment des Philistins dans les séries du Pentatcuque. Elle est même d autant plus frappante à cet eudroit qne dans Josué (xiii, 2, 3) « Lous Iles districts des Philisiins » et les « cinq princes des Philistins » sont mentionnés daus « le pays qui reste à conquérir ». On notere qu’il est question des Philistins dans la grande liste ethnographique de la Genèse (Gen., x, Î).
129. — 20 Situation ethnographique des peuples palestiniens au moment de la conquête. — Cette situation présente beaucoup de différences selon les divers peuples dont il est question. — a) Les Rephaïm se présentent dans un état de profonde décadence, Au temps d’Abraham et de Chodorlahomor, on a l’impression d’une race encore vigoureuse, constituant des groupes capables d’attirer l’attention d’un conquérant (Gen., xiv, 5,6). Unc très lungue période s’écoule avant qu’ils ne reparaissent sur la setne de l’histoire. On les retrouve dans le rapport des espions que Muïse a envoyés explorer la Terre lromise; une des causes de l’elfroi que ces émissaires ont éprouvé a été la rencontre des fils d’Enac dans le voisinage d’Ilébron; mais déjà on compte ces ils d’Enac et les explorateurs insistent sur leur haute taille et leurs caractcres de géants (um., XIII, 22, 28, 33 [Vulg. 23, 29. 34!; cf. Veut., 1, 28). Le Deutéronoume renferme des renseignements concrets. Les Replaïm (u, 10, 21) sont nettement répartis en quatre groupes où races: Emim, Zamzummim, Horim (?),, EÉnacim. Mais ces peuples sont des peuples du passé et ils ont été supplantés comme les Cananéens le seront uu jour par les Israélites (Peut., 11. 10, 14, 12, 20, 21, 22, 23; LUI, 13, Cf. Gen., XXxXVI, 20-30). Au moment où les fils de Jacob arrivent dans les plaines de Moab, dans cette Transjordane qui est une vraie terre de Repliaïm (Deut., 1, 20; 11, 18), on ne connaît plus qu’un roi de race aborigène. C’est Og, de Basan (Deut., ui, 8-113 cf. Jos., xu, 4, 5); encore est-il présenté comme le souverain d’un royaume amorrhéen (Deut., it, 8-11). De nouveau la race est en voie de disparaître; comme on lit ailleurs, Og est le dernier reste des Rephaïm (/os., xiH, 12). Quant aux Enacim, c’est bien en Cisjordane qu’il les faut chercher (Deut., 1x, 2). Au temps où Josué va les réduire, ils sont cantonnés dans la montagne, montagne de Juda et d’Israël (Jos., XI, 21, 22; Cf. XVIt, 15), mais surtout région d’Ilébron (Jos., XI, 218; XIV, 12, 15; XV, 13,14; XxI, 115 Jud., 1, 20). Dans la Sephélab, ils ne sont plus qu’à l’étal de survivance à Gaza, à Get, à Asdod (Jos., x1, 22; cf, I Sam., xx4, 16, 18, 20, 22; cf. 1 Chron., xx, 4, 6, 8).
130. — b) Parmi les Abrahamides, les tribus demeurées nomades n’ont pas d’histoire. Il n’en est pas de iuème de celles qui se sont fixées à l’état sédentaire et organisées en peuples. Tels d’abord les Moabites. Nous n’avons à peu près aucun renseignement sur leur histoire jusqu’au temps de l’exode et il y a peu à prendre dans l’allusion à l’allure prophétique du Cantique de Moïse (Ex., XV, 15). Les Nombres et le Deutéronome nous fournissent des données plus fermes. Ou y apprend que Moab forme maintenant un peuple qui a son roi ( um., xxH, 4, 10; Jos., xxIv, 9), autour duquel gravitenrt des princes et des anciens (Num., xxui, 7, 8, 14; xx, 6). Les Moabites ont chassé du pays qu’ils occupent les aborigènes connus sous le nom d’Emim (/eut,, 1, 10, 31). Leur frontière tuéridionale paraît être le torrent de Zéred (Yum., xxi, 11,125 Deut., 1, 13; cf. N’um., xxx, 44), sans doute identique au wadi el Ahsa ou el Hésa, Entre la dépression de la mer Morte et le déseri oriental, le territoire s’étend jusqu’à l’Arnon (wüdi Müdjib). Telle est du moins la frontière seplen: trionale au moment de l’arrivée des Israélites; au delà s’étend le pays de Séhon FAmorrhéen (Vu. xx, 13,15; xx, 36; cf. Deut., xx, 18, 19 [ Ar, aujourd’hni 4r@’ir, est sur l’Arnon, 30). On remarquer: toutefois qu’en plusieur» Lextes on nomme pays de Moab la région dans laquelle les Israélites s’arrêtent en face du Jourdain, avant et après avoir vaincu Séhot (Num., xx1, 20; XXI, 1: XxvI, 3, 63; xxX1, 125 XXXIII 48, 49, 50; xxxv, 1: xxx VI, 13; Deut., 1,5; XXXIV, 1 6, 8; Jos., xim, 32); c’est le pays qui entoure le Pisga (l’um., xx, 20), les sommets de Ného et d’Aba rim (Vim,, xxx, 47, 48; Deut., xxxiv, 1, 5); la région orientale de la vallée du Jourdain et notamment! les environs de Sittim en font égalemeut partit (Num., xxv,1; Deut., xxxiv, 6, 8). D’ailleurs la population de ce district renferme encore des éléments moabites, comme le prouve l’épisode des filles qui corrompent les Isracliles (Num., xxv, 5). Il est clair qu’à une période antcrieure à celle qui nous intéresse, Moab s était étendu au delà de l’Arnon; la Bible d’ailleurs le dit explicitement et altribue le refoulement à Sébon l’Amorrhéen (Num., xx1, 26; cf. vers 2g). Déjà aflaiblis, les Moabites redoutent que les Israéliles leur causent de nouveaux dorumaues (Yum., xx, 4); de là les démarches en vue d’obtenir les malédictions de Balaam (Num., xxu- XXIvV).
131. — c) D’après Deut., n, 18, 19, il semblerait qu’en quittant le pays de Moab, on arrive aussitôt chez les Ammonites. Ceux-ci sont, en effet, censés s’étendre depuis l’Arnon jusqu’au Yabboq (Deut., n, 37; cf. Jud., x1, 18, 22), sur le territoire primitivement occupé par les Zamzuiumim (Deut., 1,20). Mais, à l’époque qui nous occupe, ils avaient subi des réduetions. À l’origine, en ellet, lcur domaine allait du désert de l’Est à la rive du Jourdain; ils s’en souviendront lorsque, à l’époque des Juges, ils voudront recouvrer leurs anciennes frontières (/«d., x1, 13). Mais il y a longtemps déjà que les Moabites ont passé l’Arnon el les ont refoulés (vid. supr. b.). Depuis lors, les Amorrhéens sont venus et ont oceupé la partie orientale de la vallée du Jourdain, les pentes qui conduisent aux plateaux, les plateaux euxmémes, ne laissant aux Ammonites qu’une bande de terriloire à la lisière du désert (Jud., x1, 22, présente la conquête comme plus complète encore); à leur tour les Amorrhéens s’étendent depuis l’Arnon jusqu’au Yabhoq (Nahr ez-Zerqga; Num. xxt, 24: Deut., x, 36,37; Jus., xu, 2; cf. Deut., 11,16; Jos., xiu, 10, 25, 26).
132. — d) Ammoniles ct Moabites ont done subi de nombreuses vicissitudes attestant que leur constitution est déjà ancienne. Tout autre est la représentation que la Bible nous donne de l’état des Edomites, ou descendants d’Esaü, à la période qui nous occupe. D’une part, la montagne de Séir, dans laquelle ils se sont élablis (Gen., xxxu, 4 Vulg. 3]; xxx, 14, 16; xxxvi, 8,9; Num., xxiv, 18; Deut., 1, 4, 5,8, 29), ne favorise peut-être pas une organisalion aussi stable et aussi régulière que les terriloires de Moab et surtout d’Ammon; elle est, en outre, contiguc au désert méridional dont l’attrait ne manque pas d’être séduisant pour des tribus qui sans peine se sonviennent de leur état nomade. D’autre part, les Edoruites sont un peuple plus jeune que les précédents et ils n’’onl pas encore eu le temps de prendre une physionomie propre, ni ieur place detinitive dans l’histoire. Au premier abord, la population apparaît comme très mélangée; c’est l’impression que donne la Genèse, ce chapitre xxxvi notannuent, qui pousse l’histoire bien au delà de la période patriarcale., Les Edomites occupent l’ancien territoire des Horréens (Zeui., 11, 12, 22); mais l’expulsion ou l’extermination n’ont pas été complètes (Gen., XxxvI, 20-30). Ce n’est pas non plus sans conséquence qu’Esaü épouse des femmes étrangères à la race sémitique(Gen., xx VI, 34, 35; XXXVI, 1,23 cf. vers. 2b) ou mème une femme appartenant aux tribusnomades du désert (Gen., xxvin, 8, g); ces unions contribueront à accentuer la diversité des éléments constitulifs de la nation. De fait, Edom paraît se composer d’un cenlre de population stable, bien eampé dans la montagne de Sir; il est organisé de bonne heure et possède des rois bien avant qu’il ren soit question pour Israël (Gen., xXxXVI, 31-36). Quand les fils de Jacob, partis de Cadès, arriveront à la frontière, Edom aura déjà un roi et pourra lever un peuple nombreux ct une armée forte pour s’opposer au passage des émigrants(Num., xx, 14-21 et les contraindre à contourner le pays (Yum., x3 21, 223 xx, 4 (cf. Jud., xx, 17, 18]; ef. Deut., 11, 1-8, 2€ une présentalion de l’incident, légèrement différente Autour de ce noyau stable toutefois, gravitent de tribus qui, tout en s’y raltachant par des liens plu ou moins läches, n’ont pas encore renoncé à la vi nomade (Gen., XXXVI, 12-19, 40-43).
133. — €) Parmi les immigrants étrangers à 1 race patriarcale, ceux qui attirent d’abord l’attentio! sont les Cananéens. On remarquera la situation qu leur est faite dans la table ethnographique de Gen., x Cette table, personne ne l’ignore, relève et soulign des affinités ethniques et géographiques, aussi sou vent, sinon plus, qu’elle ne signale des parentés pro premeut dites. Or, malgré des atlinités de langue de type et d’usages, les Cananéens sont neltemen détachés des Sémites; ce sont des descendants di Cliam (Gen., x, 6). Toutefois ce qui est plus frappan encore, c’est l’énvrme progéniture qui est mise a compte de Canaan; laissant de côté les peuples qu n’iutéressent pas uotre sujet, nous voyons groupé: autour de lui les Héthéens, les Jébuséens, le: Amorrbhéens, les Gergéséens, les Hévéens (Gen., x 16, 19), c’est à-dire, exception faite des Phérézéens la totalité des noms qui figurent dans les listes de: habitants de la Terre Promise. C’est dire qu’a moment où cette table ethnologique a été rédigée les Cananéens dominaient en cetle région tous le: autres groupes nationaux, suit que ceux-ci appar tinssent à la même race, soit qu’ils fussent d’origine différente. Pour la même raison, le nom de Cananéer suflit, en nombre de contextes, à désigner tous le: habitants de la Cisjordane (Ex., xut, 113 Jud., 5,3. 9, 10,15), et c’esten ce sens qu’on peut dire (Jud.,1, y que les Cananéens habitaient la montayne, le négél (cf. 1, 19), la Sephélah, et, d’une façon plus concrète encore, la région d’Hébron (Jud.,1, 10; cf. Num., xiv, 25; toutelois, dans un texte parallèle à ce dernier passage, Deut., 1, 44, l’Amorrléen est substitué au Cananéen et à l’Amalécite]; xxt, 1, 3). Quand il ne les remplace pas tous, ce nom ne manque jaruais de figurer dans les listes de peuples (Gez., xv, 21; Ex., xxu1, 23, 28; xxxiv, 115 Deut., VIH, 1; XX, 17; Jos., 1, 13 xn1, 8; xxiv, 11), souvent en première place (Ex., an, 8, 193; x, 5; XX XI, 23 Jos., ni, 10; vi, 9; x, 3; Jud.,1, 4,5). Mais il faut faire attention aux textes qui précisent la situation de ces Cananéens par rapport aux autres éléments de la population. On les voit d’abord, au temps d’Abraham, dans la région de Sichem (Gen., xn, 6; cf. xxxiv, 30), dans celle de Béthel et de Haï (Gen., xut, 7), d’une manière plus générale, dans tout le pays où séjourne le patriarche (Gen., xx1v, 3, 37, [il n’y a pas à tirer de conséquences de Gen., L, 11, le seul texte, d’ailleurs dilicile à interpréler, qui paraisse les signaler en Transjordane]). Ils semblent, par conséquent, couvrir à cette dateà peu près toulle pays. On dirait qu’au temps de l’occupation leur domaine s’est déjà un peu rétréci. On nous les montre spécialement sur la côte méditerranéenne et dans la vallée du Jourdain ou ‘A4rabbah (Num., xui, 29 [Vulg. 30]; cf. Deut..1, 7 [? et Jos., v, 1, pour la côte; Deut., xt, 30 pour la arabb&k). I est d’ailleurs surtout question, à l’époque de Josué, de la partie septentrionale de la côte, au Nord d’Ekron (Jos, xim1, 3; cf. Jud., ru, 3). ou encore, depuis (?) M°’arah qui est aux Sidoniens jusqu’à Aphec (dans la plaine de Saron; Jos., xt, 4). Nous trouvons aussi les Cananéens à Gézer à la lisicre de la plaine de Saron (Jos., XVI, 10; cf. Jud., 1, 29), sur la côte de Dor (l’antüra) au Sud du Carmel, dans la plaine d’Ésdrelon et dans celle de Bethsan iJus., xvur, 11, 12, 13, 46, 18 [?]; cf. Jud., 1, 27, 28). Ils sont dans les contrées les plus fertiles. du pays et ils y sont si fortement implantés que tout d’abord les Israélites ne pourront pas les en chasser. On les voit de nouvean dans la Galilée,. pays plus accidenté sans doute, mais non moins prospère; ils sont dans les districts qu’occuperont plus tard les tribus de Zabulon (Jud., 1, 30), Aser (Jud., 1, 31, 32) et Nephtali (Jud., 1, 33). Toutelois, quelle que soit leur force et la richesse de leur territoire, On a l’impression d’un commencement d’affaiblissement. Non seulement la contrée qu’ils occupent n’est pas continue; non seulement il y a des enclaves qui sont aux mains d’autres groupes ethniques; mais il semble que, sur ces groupes et ces enclaves, les Cananéens ne sont plus en mesure, au moment où arrivent les Hébreux, de faire prévaloir leur autorité.
134. — f) Entre ces groupes, déjà secondaires, il faut surtout prendre en considération les Amorrhéens et les Héthéens. Des Amorrhéens il est d’abord question à propos de l’expédition de Chodorlahotuor. Le roi élamite les rencontre à Has"son- Tamar (Gen., xiv, 9); c’est au retour de Cadés et après qu’il a frappé les Amalécites du désert et du négéb; c’est donc dans la montagne de Juda (cf. xiv, 13, qui les met en relation avec Hébron; xv, 16, qui paraît témoigner dans le même sens). L’épisode des espions nous ramène dans la même résion (Num., xin, 29 [Vulg. 3v]); de mème le récit de la lenlative faite par les fsraëlites pour entrer en Terre Promise vers le Sud, rualgré la défense de Moïse (Deul., 1, 7, 19, 20, 27; cf. Num., xiv, 39-45, où « Amalécite » et « Cananéen » ont sans doute remplacé « Amorrhéen »). En ce dernier contexte d’ailleurs, ces ennemis apparaissent redoutables et, quand la hénédiction divine lui manque, capables d’infliger un désastre à Israél. D’autre part, la portion que Jacob a prise aux Amorrheens avec son épée et son arc et que, sur le point de mourir, il donne à Joseph (Gen., xLvu, 22; allusion possible à Gen., XXXNH!, 19 où XXXIV, OÙ à une autre tradition concernant les mêmes faits) semble nous conduire à Sichem. Aussi bien, les textes ne manquent pas qui signalent ce peuple comme habitant d’une manitre générale la montagne de Cisjordane (Jos., v, à [par opposition aux Cananéens qui sont sur la côte]; vit, 7; x, 6,12; xiNt, 4: xxEv, 15, 18; cf. Jud., vi, 103 À Sam., vu, 145 dans Jud., 1, 36 ““moril1 est sûrement à remplacer par “dômilv]). Une autre série d’épisodes novs signale un royaume amorrhéen en Trausjordane, au nord de lArnon et du pays de Moab, entre le Jourdain et la bande de territoire ammonite, C’est le royaume de Séhon, dont la capitale est Hésebon (/ésbaän) et que les fils d’Israël devront conquérir pour aborder au Jourdain (%um., xxs, 13, 21, 32 [cf. vers. 24]; xxIE 1, 2; xxxut, 33, 39; Deut., 1, 4; 11, 24; m1, 23 1V, 66; xxxr, 4; Jos., xl, 23 xt, 10, 21; ete. [cf. Deut., 1, 8; 1v, 43; Jos., 11, 10; 1x, 10]). De toutes ces données une impression se dégage, Âu moment de la conquite, il y a longtemps que les Amorrhéens ont pied en Canaan et ils sont encore singulièrement forts. Dans la Cisjordane du Sud, ils sont capables de tenir tête à Israël; dans la Transjordane, ils se croient assez puissants pour le braver. Mais ce n’est pas sans raison qu’on nous les montre à peu près conslamment confinés dans la montagne. Ils ont été exclus par les Cananéens de la partie la plus convoitée du territoire, de toutes les plaines. C’est une première marque de leur affaiblissement., D’autre part, on peut croire que l’influence cananéenne n’a pas été étrangère au mouvement qui, à une date sans doute assez récente, les a portés en Transjordane pour s’y tailler un territcire au détriment des Moabites et, indirectement, des Ammonites. Une troisième marque de leur alfaiblissement paraît encore dans le récit même de la conquête de la Cisjordane; c’est dans la montagne seulement, et done seuleruent dans les territoires proprement amorrhéens, que les Israélites parviendront d’abord à s’implanter.
135. — 2) Sur les Héthéens les données sont plus somuaires. Une fois et dans un texte sans analogue, Le « pays des Héthéens » est synonyme de tout Canaan pris en son sens large (Jos., 1, 4; cette leçon manque dans les Septante). Au temps des patriarches, le récit de l’achat par Abraham de la caverne de Macpélah nous montre les « fils de Heth » dans la région d’Hébron (Gen., xx; cf. xxv, Q, 10 et xLix, 29, 40, 32); c’est dans le voisinage, sinon plus près de la montagne de Séir, qu’Esaü prend des femmes de la même race (Gen., xxvi, 34,35; ef. xxxvi, 2); le rapport des espions signale le Héthéen dans la même montagne (Vum., x, 29 [Vulg. 3o]). D’autres textes donnent une autre impression pour le moment de la conquête. Le pays des Héthéens est distinct de la Terre Promise (Jud., 1, 26). Il est au Nord, dans la montagne du Liban, vers l’Hermon, selon le sens probable de Jos., xt, 3 et Jud., nr, 3, où le mot « Hévéen » paraît avoir remplacé « Héthéen » (vid. infr. i.). C’est là qu’au temps des rois d’Israël les Héthéens formeront un royaume puissant (cf. 1 Reg., x, 29; xi, 1). Ainsi done, à l’époque des patriarches, les Héthéens, dont le vrai séjour étaitla Cœlésyrie, où on les verra plus tard former un état inportant, avaient débordé dans la Palestine et, envahissant le territoire, poussé jusqu’à Hébron. Pour ce motif, ils figurent dans les listes des peuples à conquérir et à déposséder de la Terre Promise; mais déjà, au temps de l’invasion, on a l’impression que leur prestige a singuliérement diminué en Canaan.
136. — À) Nous ne ferons guère que citer les autres peuples qui prennent place dans les listes: Jébuséens, Hévéens, Phérézéens, Gergéséens, Cinéens, Cénézéens. Cadmonéens. De plusieurs d’entre eux on ne connaît que le nom. Le groupe sur lequel les renseignements sont les plus préeis est celui des Jébuséens. Ils sont peuple de montagne (Jos., xt, 3). Le rapport des espions les signale dans la montagne de Juda, plutôt dans la région d’Hébron (Yum., xiu, 29 [Vulg. 3o)). Mais ils sont surtout en connexion avec Jérusalem (Jos., xvint, 16) qui, de ce fait et contrairement aux données des inscriptions (Tell el-4marne), prend sous le calame de certains rédacteurs le nom de Jébus (Jud., xtx, 10, 11; cf. Jos., xv, 8 et xvur, 16). Ils y constituent une force avec laquelle les envahisseurs doivent compter el que tout d’abord les fils de Juda (Jos., xv, 63) ou, selon une autre source, les fils de Benjamin (/«d.,1, 21) ne peuvent réduire. Israël neles dominera et ne conquerra sa capitale qu’au temps de David et grâce à son action vigoureuse (JE Sem., v, 6-9 — I Chron., xt, 4-6). — 1) Pour le temps des patriarehes, on mentionne des Hévéens au pays de Sichenm (fen. xxxiv, 2). Mais c’est plus au Sud qu’est leur véritable séjour. L’un de leurs principaux centres à l’époque de la conquête est Gabaon (El-Djil; Jos. IX, 8 SV.; cf. x1, 19); ils forment une petite confédération qui groupe autour de ce chef-lieu les localités de A‘phiräk, B‘’erut* et Qiryat”-X° &rim (Jos. IX, 17). — /) Ce sont les Phérézéens qu’il faut surtout chercher vers le Nord, près de Béthel et de Haï, à l’époque d’Abraham (Gen., xt, 7), près de Sichem au temps de Jacob (Gen., xxxiv, 30), sui le bord méridional de la plaine d’’Esdrelon dans le: jours de Josué (Jos., xvut, 15); Jud., 1, 4, 5 semble toutefois les mettre en relation avec le pays de Tome If. Juda. — À) On notera que les Cinéens, les Cénézéens et, sans doute aussi, les Cadmonéens ne sont pas vis à-vis d’Israël dans la méme situation que les peuples qui précédent; fils du désert, plus ou moins étroitement apparentés à la race sémitique, ils pourront contracter des relations d’amitié avec le peuple de Dieu el méme se fondre avec les fils d’Israël; nous le verrons plus loin à propos des Cinéens.
137. — ) Au terme de cette étude, les Philistins méritent une attention spéciale. Nulle part dans le Pentateuque ils ne figurent aux listes des peuples à conquérir. En revanche, lorsque Josué, devenu vieux, a conscience d’avoir accompli sa tâche, il ne manque pas de signaler parmi les pays et les peuples à réduire « tous les districts des Philistins (Jos., xur, 2), les cinq princes des Philistins » (Jos., xin, 3; cf. Jud., in, 3). Au début de la période des Juges, ce peuple ne semble pas constituer un danger pour Israël. L’épisode auquel fait allusion Jud., m, 31 ne paraît pas avoir une portée générale et d’ailleurs le texte est douteux (un certain nombre de manuscrits des Septante [54, 58, 59, 95, 76, 106, 121, 134, Aldina, Slave] répêtent ce verset après Jud., xvi, 31, où il trouve un contexte beaucoup plus naturel). Au eontraire, à partir de l’époque de Samson et pendant les premiers lemps de la royauté, les Philistins vont jusqu’à mettre en péril l’existence du peuple de Dieu. Or on sait que les Philistins étaient, eux aussi, des immigrants, qu’ils venaient de Caphtor et, pour cette raison, élaient dits descendants des Caphtoriru ou même appelés Caphtorim (Gen. x,14 — 1 Chron., 1, 12 [lire: et les Caphtorim, d’où sont sortis les Phi- Ï listins]; Deuf., 11, 23; Am., 1x,7; Jer.. xLvr, 4). Dès lors, siles Philistins sont absents des listes de la Genèse et de l’Exode, ne serait-ce pas qu’au temps des patriarches, ils étaient encore absents du pays, qu’aux jours de Moïse ils n’y étaient pas encore fermement installés? A l’époque de la conquête, au contraire, et dans les derniers jours de Josué, ils avaient l’organisation qu’ils devaient garder dans la suite, ils apparaissaient eomme des adversaires dangereux, dignes d’être traités à la façon des Cananéens (Jos., xin,3). Bref, l’immigration philistine coïnciderait à peu près avec l’’immigralion israélite.! Cest précisément parce que les deux peuples seraient en même temps en voie de s’établir et de se chercher un territoire fixe, que les conflits et les luttes deviendraient si âpres dans la suite. À cette conception on peut faire une objection. En effet, si les Plilistins n’y tigurent jamais sur la liste des peuples à conquérir, leur nom n’est pas pour autant absent de la Genèse et de l’Exode, C’est ainsi qu’Ahimélech, roi de Gérare (Gen., XX, 1, 2; xxvI, 1, 17-25), avec lequel Abraham et Isaac entretiennent des relations et contractent des alliances (Gen., xxi,22-34; xx vi, 26-33), est appelé roi des Philistins (Gen., xxvI, 1, 8); son pays est appelé pays des Philistins (Gen., xxr, 32, 34; cf. xxvi, 14, 15, 18). Mais beaucoup de critiques estiment que la mention des Philistins à cet endroit est un anachronisme imputable à un rédacteur d’une date postérieure à l’époque mosaïque. La même explication rendrait pareillement raison d’Exr., x1n, 197 et xxut, 31 (XV, 14 se présente comme prophétique).
138. — 3° Situation politique des peuples de Palestine au moment de la conquête. — Les constatations qui précèdent nous laissent déjà entrevoir la population de Canaan comme très morcelée, du fait de la multiplicité des races. Les détails que nous pouvons recueillir sur la situation politique du pays sont de nature à confirmer cette impression. — &) Il y a toujours intérêt à consulter la table ethnographique de Gen., x. Or, bien que nettement asiatique par son origine et son territoire, Canaan est dans cette liste associé à trois groupes africains, Aus, Misraïm et Püt, comme descendant de /am (Gen., x, 6). On en peut sans doute conclure qu’au moment où le catalogue a été dressé, Canaan se mouvait dans l’orbite de la grande puissance africaine, était en dépendance de l’Égypte. Les liens élaient, nous le verrons, des plus làches. — L) Il est vrai que nous n’avons, pour la période patriarcale, que des renseignements très maigres et très vagues. La facilité avec laquelle les ancêtres d’Israël passent en Égypte montre que les Asiatiques de la côte regardent toujours volonliers du côté de la vallée du Nil. D’autre part, la liberté avec laquelle les petites nations, Moab, Arumon, Edom, peuvent s’organiser, permet de penser que les pharaons n’ont ou n’exercent, en Gehors de leurs frontières naturelles, qu’une autorité limitée. Pour ce qui concerne le Canaan proprement dit, les patriarches n’ont que rarement affaire avec ces principicules qui auront bientôt une grande importance, mais dont, pour le moment, le rôle paraît effacé. Chodorlabomor en frappe cinq au Sud de Ia mer Morte, donc hors de Canaan (Cen., xiv, 8). Le roi de Gérare est pareillemuent en dehors de la frontière du pays; d’ailleurs les affaires qu’il traile avec Abraham et Isaac sont d’ordre cssenticllement local (Gen., xx, xx1; xxvi). Le seul prince vraiment cananéen avec lequel les patriarches aient affaire est Melchisédech de Salem (Jérusalem?); mais sa démarche u’a, semble-t-il, rien qui puisse intéresser son suzerain (Gen., XIV, 17-20).
139. — c) Des renseignements précis nous sont fournis par le livre de Josué et le récit de la conquête. Au moment où les Israélites envahissent le pays, Canaan apparaît comme divisé en une multitude de « royaumes ». La liste des rois vaincus (/os., xit, 9-24) en mentionne trente et un. Il est à croire qu’elle n’est pas exhaustive; rien ne démontre, en effct, que tous les souverains du pays se soicnt levés contre les Hébreux ou aient été frappés par eux. De l’étendue du territoire de ces principicules on peut se faire une idée quand on voit un roi de Haï à côté d’un roi de Béthel, un roi de Debir à côté d’un roi d’Hébron, un roi de Lachis à côté d’un roi d’Eglon; quelques kilomètres séparent parfois une capitale de sa voisine. — d) Non moins que par le nombre de ces « royaumes » el par l’exiguité de leur territoire, on est frappé par leur indépendance réciproque. Aucun lien ne paraît les rattacher; ni l’autorité prédominante de l’un d’entre eux ne les groupe, ni, semblet-il. l’influence d’une suprématie étrangère. On nous dit bien qu’à la nouvelie de l’arrivée des Israélites et du passage du Jourdain, tous les rois des Armorrhécns et des Cananéens sont atterrés et perdent courage (/os., v,1; cf. n, g-13). Mais on ne les voit pas, dès le début, tenter un essai de résistance commune et coordonnée. Les rois de Jéricho (Jos., vi), de Haï (os, vu, vin; cf., pour Béthcl, Jud., 1, 22-26) sont seuls en présence d’un ennemi qui est pourtant l’ennemi commun, Sans doute, deux coalitions se forment ensuite, ceile des rois du Midi (Jos., x) et celle des rois du Nord (Jos., x1). Mais, d’une part, ni Adonisédec de Jérusalem, ni Jabin d’Asor n agissent comme ayant une suprématie quelconque sur ceux qui les entourent; ils usent simplement du prestige que leur assure leur situalion et l’importance de leur capitale. D’autre part, leur action apparaît restreinte. Le roi de Jérusalem, à propos duquel les données sont plus concrètes, ne groupe que quatre rois, ceux d’Héhron, de Yarmuth, de Lachis, d’Eglon (Jus., x, 3). Ni celui de Libna (/os., x, 29, 80), ni celui de Debir (/os., x, 38, 3g) ne faisaient partie de l’alliance; quant à celui de Gézer, il s’est ravisé après coup, pour venir porler secours au roi de Lachis (/os., x, 33). — e) Nous nous trou- ( vons donc en présence d’une sorte de féodalité, d’un agrégat de princes qui traitent sur un pied d’égalité et ne reconnaissent aucune suprématie locale. Ils! ne semblent guére non plus se préoccuper de la su-! prémalie égyptienne; ni ils ne consultent les pharaons sur leurs mouvements, niils n’implorent leurs secours. L’Égypte est loin el, au moment où son ï prestige est menacé, elle n’a pas l’air de songer à le défendre. De nouveau nous somines en présence d’un grand morcellement, d’un véritable émiettement 1 de territoire; la situation polilique complète, à cet; égard, l’œuvre de la multiplicité des races. On peut 1 ajouter que cet état de Canaan facilitera singulière- d ment la conquête. 4° Les données bibliques et les documents k étrangers ñ
140. — De la consultation biblique qui précède, il faut tirer une double conséquence: — a) Les renscignements que nous avons groupés ne sont en aucune L manière extraits d’un tableau d’ensemble de la muigration israélite. Tout au contraire, ils sont pris à droite et à gauche, empruntés à des contextes très L multiples. Onne saurail donc être surpris de relever assez fréquemment des discordances de détail. Elles L témoignent de la variété des sources auxquelles nous avons puisé et du respect avec lequel les rédacteurs s en ont conservéles parlicularités. — b) Ce qui, toutcfois, est beaucoup plus frappant. c’est l’accord général J de tous ces éléments pour nous fournir, de la période et du milieu auxquels nous nous intéressons, un tableau à la fois trés compréhensif ct très nuancé. à Cette constatation a déjà par elle-même une grande 4 valeur apologétique. Un pareil tableau présente, en É effet, toutes les chances d’être conforme à la réalité.; Dès lors, il faut se refuser à regarder les documents! sur lesquels il repose comme de plusicurs siècles pos- à térieurs à l’époque qu’ils décrivent!. A plusieurs sié- à cles de distance, on ne saurait répandre, au travers d’une œuvre disparate, une pareille série de détails concrets, parfois minimes, qui aboutiraient à former d’unc période ancienne une peinture parfaitement cohérente et, en plusieurs endroits, très délicatetuent nuancée, La tradition orale est, de son côté, l, impuissante à conserver à l’état dispersé des éléments qui puissent se réunir en un tout aussi harmonique. Sans doute les eanaux par lesquels ces renseigne- 4 ments nous parviennent peuvent être très divers, k les dates où ils ont pris leurs formes propres peu- ke. vent être, elles aussi, fort variées. Mais ils dérivent 1 tous d’un même courant dont la source remonte à 4 l’époque el aux événements qu’ils illustrent. Lacomparaison de ces donuées avec celles des documents. étrangers ne fera qu’accentuer ces conclusions. ä
141. — 1° Les données de l’archéologie palesti- L nienne?. —La plupart des documents de l’archéologie palestinienne sont ancpigraphes; on ne saurait ré donc y rechercher des données d’une trop grande si précision technique et surtout chronologique. Ils ont toutefois leur langage, que tiennent, chaque groupe ‘1 à sa manière, les poteries. les restes de mobilier, les É: bibelots, le matériel funéraire, le matériel cultuel; É la place que ces éléments occupent dans les couches à superposées, telle ou telle inscription qui, à un étage n 1. C’est surtout l’époque mosaïque que nous avons en + Fue. ü 9. Cf. P. Hugues VixcenT, Canaan d’après l’erploration fn récente, surtout le chap. vi, Canaan dans l’histoire gé- L xérale. uunautre, vient par hasard les accompagner, periettent de dater avec quelque approximation leurs épositions. Au début, ce langage ne fut retenu et aterprété qu’avee de très grandes Lésitations. Mais 1 constance et la similitude des renseignements btenus, à mesure que s’ouvraient de nouveaux chaniers de fouilles, ont permis de procéder avee une récision et une exaclitude toujours croissantes. — ) Les découvertes réalisées remontent jusqu’aux péiodes paltolithiques et néolithiques. C’est au terme e cette dernière, au moment où se raultiplient, le mg de la vallée du Jourdain et notamment sur les lateaux de la Transjordane, les monuments mégalihiques de toutes formes et de toute proportion, u’on peut coordonner les nombreuses traces de la ude civilisation de ees peuples auxquels, sans préiger d’ailleurs la question de leur origine, nous ons appliqué l’épithète, toujours relative, d’autohiones. Une grande invasion va bientôt leur por-? r un coup fatal, sans pourtant les exteriminer à ce oint que, çà et là et longtemps encore, il n’en puisse absister des restes puissants.
142. — b) C’est dans la première moitié du troiième millénaire (3000-2500) qu’il faut placer l’inasion. Elle est sénuitique par ses origines el ses aractères ethniques; nous avons vu que, consultée vec discernement, la Bible n y contredit pas. Cette hinigration eouvre un immense territoire, tout celui uquel, dans son sens le plus large, s’applique le rme biblique de cananéen (Gen., x, 15-19). Avee ux, ces nouveaux venus apportent une civilisation elativement avancée et ils n’auront à faire que de ares emprunts à ces aborigènes desquels les distinueront, dès l’abord, des pratiques très caractéristiues, surtout en matière d’usages funéraires. Ces amiyrants sont les Cananéens. Leur emprise sur > pays sera telle qu’elle se maïintiendra pendant de ongs siècles. Leur civilisation jouira d’une très rande stabilité; les influences étrangères n’en altééront pas les lignes essentielles, surtout quand il ‘agira des pratiques funéraires et cultuelles; les nvasions, toujours limitées et transitoires, n’y prouiront que des perturbations de surface. Pour longemps, le pays et ses habitants mériteront eetle ppellation de « cananéens » qui, malgré sa génératé, paraîtrasuflisante à tel ducument du Pentateuque.
143. — c) Toutcfuis une civilisation ne demeure tinais complétement à l’abri des influences qui résulent des relations internationales, tantôt paciliques t tantôt hostiles. Les Sémites cananéens v’apporent pas en Palestine, eorme leur héritage propre, a culture des grands peuples qui, aux plaines de Euprate et du Tigre, ont supplanté les Sumériens t les Accadiens. Mais, pendant de longues périodes, s empires orientaux imposent leur suprématie à oute l’Asie occidentale et jusqu’à la côte méditerraléenne; on ne saurait donc être surpris de relever n Canaan des traces nombreuses de l’influence iabylonienne, sinon ruême de l’influence de l’Elam t de Suze, — d) Une autre nation, elle aussi très uissante, semble appelée, il est vrai, à exercer sur a Palestine une action plus profonde. Quelques urnées de désert seulement la séparent de la côte ananéenne et celle-ci est la voie normale pour les lébouchés de son industrie. On a nommé l’Égypte. Icanmoins son influence est lente à percer; tout e qui se rapporte au eulte et aux usages funéaires est, en particulier, longtemps hors de son itteinte, Mais, peu à peu, daus les autres branches le la civilisation, on saisit la présence de ce nou- ‘eau facteur. Bientôt même on le sent plus eflicace % on a l’impression d’une mainmise plus énerfique, sinon violente; on va jusquà trowcer des dieux égyptiens au milieu des divinités cananéennes. Jaruais néanmoins ces emprunts et ces infiltrations ne sont assez caractéristiques pour marquer une période déterminée. — e) IL en va autrement d’une autre civilisation qui entre, à son tour, en contact avee Canaan. Le centre en est dans l’ile de Crète; de là elle a rayonné, avec des vicissitudes et des adaptations diverses, dans les Cyclades, dans la Grèce proprement dite, à Tyrinthe el à Mycënes; elle est arrivée jusqu’en Chypre et en Asie Mineure, D’abord anonyiue, l’influence de cette culture va chaque jour croissant, dans la Syrie méridionale, jusqu’au moment où on la voit s’incarner dans un peuple d’immigrants qui vient s’installer sur les côtes de Palestine. Cette fois l’action est profonde, et à la dénomination de civilisation cananéenne des archcologues vont substituer celle de civilisation égéo-cananéenne.— c) Malgré ces divers apports, le type primitif s’est conservé avec ses trails essentiels inaltérés; au tuilieu du deuxicme millénaire (1500) comme au début du troisième, la Cisjordane, pour ne parler que d’elle, demeure un vrai pays de Canaan. — g) Ce sont ces Cananéens que les patriarches ont rencontrés sur ce sol, lorsque, pour suivre leurs destinées propres, ils se sont détachés de cette seeonde invasion sémitique — les Araruéens — qui de l’Orient est venue une fois encore vers l’Occident.
144. — 2° Les données de l’archéologie babrlonienne et égrptienne!. — Les documents écrits si nombreux que les découvertes modernes ont versés dans l’archéologie babylonienne et dans l’archcologie égyptienne, ne peuvent manquer de préciser ces premiers renseignements. Ils nous permettront très spécialement, et de mieux comprendre nos listes de peuples à exterminer, et de mieux apprécier la situation politique de la Terre Promise au moruent de la conquête. — a) Leurs premières données aboutissent à nous faire saisir l’énorme influence que la Babylonie a exercée sur l’Asie antérieure pendant de longues périodes de la civilisation canancenne. C’est ce qu’indiquent de la façon la plus évidente ces tablettes fameuses de fell el-Amarna (ierps d’Aménopbis IV et début du quatorzième siècle, 1330-1360 [?]) auxquelles celles qui ont été découvertes à Tell Ta annak apportent leur complément d’informations convergentes. Un millénaire environ après l’invasion cananéenne, l’emprise chaldéenne est telle que les petites chancelleries palestiniennes emploient l’écriture et la langue assyro-babyloniennes; bien plus, ils s’en servent jusque dans leur correspondance avec leurs nouveaux maitres, les pharaons d’Égypte.
145. — b) A cette date, il y a, en effet, bon temps déjà que Canaan n’est plus sous l’hégémonie orientale. À la suite des troubles qu’a occasionnés l’entrée en scene de l’Assyrie, la Chaldée a dû renoncer à faire prévaloir son autorité sur l’Asie inéditerranéenne. Un certain temps, les diverses peuplades qui s’y côtoyaient ont pu s’agiter à leur gré. Mais de nouveaux maitres sont intervenus. Aux environs de 1600. un grand changement s’est opéré dans la vallée du Nil. Des souverains thébains ont entrepris de l’émanciper de la domination des princes étrangers et asiatiques, — les Hyksos, — qui y faisaient peser leur joug. Le fondateur de la dix-huitième dynastie, 1. Cf. G. Masrero, Histoire ancienne des peuples de l’Orient classique, surtout t. If. Live pareïllement P. lnonue, Les pays bibliques au temps d’El-Amarna (extrait de lu Revue Biblique, janvier-juillet 1909. — On sait que, pour la dix-huitième et la dix-neuvième dynasties, la chronologie est loin d’être fixée d’une mauicre définitive: en conséquence, les dules proposées sont seulement approximatlives. Ahmès, a réussi à les chasser hors du pays et à les refouler en Asie. L’un de ses successeurs, Thoutmès III, qui révait de revanche, a sans doute profilé des troubles qu’y causait Le frottement des races, pour s’emparer de l’Asie antérieure(enlre 1500 et 1450). Au temps des Hyÿksos, les relations pacifiques entre la Syrie et la vallée du Nil avaient favorisé l’importation de quelques usages égyptiens en Canaan; l’intluence fut naturellement plus accentuée au temps de la vassalité. Cette dépendance fut très elfective pendant la période qui suivit immédiatement la conquête. Mais sous les derniers pharaons de la dixhuitième dynastie, notamment sous Aménoplis IV (1370-1358; Tell el-Amarna), les liens allèrent se relàchant. Heureusement, parmi les souverains de la dynastie suivante, il y en eut qui furent en mesure, soit de rétablir l’aulorilé de l’Égypte su: Canaan (Rarusés IE, 1292-1225 [?!), soit de La main: tenir (Ménephtah)): même du temps de la vingtième dynastie, Ramsès II (1200-1179) peut encore pacifier la région et y faire reconnaître son pouvoir. C’esi ainsi que l’histoire documentaire éclaire le témoi ynage des fouilles palestiniennes touchant l’in. fluence, importante quoique secondaire, de l’Égypte sur la civilisation cananéenne,
146. — c) Les alternatives de pharaons conquérants et de monarques impuissants favorisaient le reprise, au uoins intermittente, de la vie nationale chez les peuples de l’Asie antérieure. Abstractior faite de ceux qui ne jouent qu’un rôle plus effacé Jébuséens, Gergéséens, etc., il en est deux sur les: quels la Bible attire spécialement notre attention les Amorrhéens et les Héthéens. Les document: nous fournissent à leur sujet des renseignement: précis. Les Héthéens ou Hitlites, les Haiti des in. seriptions cunéiformes, les H-t« ou Ahéta des hiéroglyphes, ont leur centre national en Asie Mineure leur capitale (emplacement de Boghas-Aeut mo. derne) est sur la frontière des futures provinces de Bithynie et de Galatie. Mais, depuis longtemps, il: se sont montrés remuants et envahisseurs. De temp: à autre, ils ont poussé vers l’Est; mais c’est ver‘ le Sud qu’ils se sont sentis spécialement attirés. Nu doute qu’au temps des Hyksos, ils ne soient des cendus très bas dans la Palestine, et ce sont pro bahlement leurs menées qui ont provoqué l’expédition de Thoutmès III en Syrie; il y a certainement! eu des périodes où le pays cananéen tout entier E pu être justement qualifié de héthéen (Jos., 1, 4) Au temps de Tell el-Amarna, leurs tentatives d’ex pansion se font au détriment des provinces vassale: de l’Égypte. Leur présence est signalée en Canaar et les pharaons ont à compter avec eux. Un certair Laabaia, dont le centre d’action paraît ètre à Si: chem, suscite dans toute la région des troubles que l’Exypte a grand’peine à répriwuer. Bien plus on la voit reconnaître cette puissance au point de ruettre des souverains héthéens à la tête des petites seigneuries de Canaan. Détail piquant: le rui de Jérusalem, Arta-hipa, appartient à cette race. Or ne doit donc pas étre surpris de voir la Bible nous sixnaler des ilots héthéens dans la Terre Promise. Au surplus, cette influence n’est pas restreinte à l’époque de Zellel-Amarna,. d’Aménophis Il! et d’Aménophis IV. Le Ahéta traite avec Ramsès I, guerroie avec Séti!, puis avec Rarusès IL, jusqu’au moment où, après la bataille de Cadès, il conclu! avec ce dernier pharaon une paix plus durable; il faut arriver au règne de Ramsès Ilf pour constater l’affaiblissement de ces durs rivaux. — d) Avant d’entrer en Canaan proprement dit, les Héthéens rencontraient un autre Etat, le pays d’Amurru, autrement dit des Atuorrhéens. Les limites en sont précisées par les inscriptions: il s’étendait depui Arwad et, à l’Est, Cadès sur l’Oronte, jusqu’au Sue de la Cœlésyrie (jusqu’au Litäni)); ilenglobait Damas Sous la poussée violente des envahisseurs, le Amurru se trouvaient fatalement, eux aussi, entra @n nés vers le Sud, c’est-à-dire en Canaan. Sans dout leurs succès ne furent jamais si complets ni leur@ influences aussi sensibles que ceux des Héthéens- II@ trouvèrent dans les habitants du pays des adver saires capables de leur résister, disposés à ne leuÿ céder que ce qu’ils ne pourraient leur refuser. Ki@n Canaan proprement dit, ils ne se fixèrent guère qu dans la montagne aride de Juda et en Ephraïm. C’es seulement en Transjordane qu’ils fondèrent de établissements plus caractérisés. — e) De l’influenc des Héthéens et des Amorrhéens on ne saisit guèr la trace, pour des raisons diverses, sur la civilisa tion cananéenne. Mais, à l’époque à laquelle nou sommes arrivés, l’äction de la culture égéenne er des plus importantes. Elle n’est pas encore sensibl& au début de la dix-huitième dynastie (vers 1580: @ mais, au temps de Zell el-Amarna, elle pénètre d@ toutes parts. Ce n’est encore, il est vrai, que l’en preinte d’une civilisation, résultat de relations com ruereiales et pacitiques, Mais le temps n’est pas loi où Canaan va exercer un puissant atirail sur ce races qui sont à l’étroit dans leur domaine maritime Les « peuples de la mer » vont causer des inqui tudes toujours croissantes aux pharaons de la dix neuvième dynastie, aux Séti et aux Ménephtah. Sov Ramsès III, les Philistins seront signalés par ler nom dans la plaine qu’ils occuperont par la suit Tout porte à croire qu avant d’inquiéter l’Égypte, i® avaient déjà jeté leur dévolu sur la Sephélah.
147. — /) Les documents, surtout ceux de Zelle Amarna, nous fournissent une dernière donnée. I nous renseignent sur la situation politique de Canaa au temps d’’Aménophis IV. Otliciellement la Palestir® est toujours sous l’hégémonie des pharaons. Ce sot eux qui y établissent les « rois », les gouverneur les intendants, les surveillants. Tout ce personnel e: en perpétuelle correspondance avec eux et continu de multiplier les formules protocolaires les plus hun bles. Mais les lettres révèlent, de la façon la plus ex plicite, que cette suzeraineté n’est plus que nominale. L’Égypte est impuissante à gouverner les pay R situés en dehors de ses frontières naturelles. Ee troubles se multiplient dans la Syrie méridionak du fait des mouvemnnts héthéens et aruorrhéens des Landes de pillards, tels les Habiru, pénètrerh dans la région et y augmentent le désordre; des mouÿ vements d’origine locale tendent à rendre au pay son indépendance. Non seulement les pharaons n préviennent pas ces perturbations par la vigueur d leur autorité et de leur adruinistration; non seule ment ils ne prennent pas l’initiative de les réprime: Mais ils ne savent plus répondre aux appels déses pérés des roitelets qui invoquent leur appui. N’étan plus reliés par une suprématie efficace, ces gouven neurss’isolent les uns des autres, poursuivent chacu leurs intéréts, s’habituent à ne compter que sur eux mêmes. Canaan va s’émiettant en une foule de petite principautés sans cohésion. Les lettres offrent de ce état de choses un tableau très vivant et très facile interpréter. Sans donte l’action de Séti I, de Ramsès DU@ de Ménephtah fera à nouveau prévaloir le nom égyp@ tien en Palestine; mais jamais plus ne sera réalisée 1 grande et forteunité que Touthmèsilavaitinaugurée
148. — C’est ainsi que les documents extérieurs apportent leurs dépositions de tout point conformes à celles de la Bible, c’est-à-dire de l’Hexateuque. Les deux tableaux que l’on peut établir en colligeant les unes et les autres présentent les ressemblances les plus frappantes. C’est la preuve évidente que les témoignages scripturaires ont pour point de départ des sources qui prennent naissance à l’époque où les événements se sont déroulés. Ni la tradition orale, ni des documents notablement postérieurs n’auraient pu répercuter un écho si fidèle de la situation d’alors. Héthéens, Amorrhéens, Cananéens se seraient vaporisés et nous n’aurions que des types de convention évoluant au hasard; les Rephaïm, du fait que, même au temps de Moïse, ils sont du passé, présentent déjà ces caractères indécis.