Dictionnaire apologétique de la foi catholique

Moïse et Josué (II. L’œuvre)

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149. — On voudra bien se souvenir, ici autant sinon plus qu’ailleurs, du but nettement apologétique de notre travail. Il n’entre pas dans notre plan de raconter par le détail l’histoire de l’exode et de la conquête de la Terre Promise. Bien plutôt: supposant connues les grandes lignes de l’œuvre de Moïse et de Josué, nous nous proposons d’insister sur les points qu’il importe davantage de signaler, soit à raison des difficultés, objections et systèmes dont ils ont été le point de départ, soit à cause de leur importance intrinsèque.

1° Les Hébreux en Égypte

150. — Le texte sacré nous raconte d’abord comment, précédés de Joseph et attirés par lui, Jacob et ses fils prirent le chemin de l’Égypte et s’y établirent (Gen., xxxvii, 2-36, xxxix, 1-xlvii, 12). Mais de plus il nous donne certaines précisions. Jacob partit avec tout ce qu’il possédait (xlvi, 1); Jacob et ses fils prirent aussi leurs troupeaux et les biens qu’ils avaient acquis en terre de Canaan (xlvi, 6). La famille était au complet; Jacob emmenait avec lui ses fils, les fils de ses fils, ses filles et les filles de ses fils, en un mot toute sa descendance (xlvi, 6, 7). Le nombre des « fils d’Israël » qui descendirent en Égypte et qu’on se mit à cataloguer (xlvi, 8-25) était de soixante-six, sans compter les femmes des fils de Jacob. Quand le père et ses descendants eurent rejoint Joseph et ses fils, ils se trouvèrent soixante-dix (xlvi, 26, 27). On notera, si l’on veut, que catalogues et évaluations numériques remontent à P, et c’est aussi ce document sacerdotal qui insiste (vers. 6, 7) sur la migration de toute la famille patriarcale. Mais il faudra remarquer aussi que, d’après J ou au moins JE, Israël se mit en chemin avec tout ce qu’il avait (vers. 1). Des opinions récemment formulées tendent à mettre en doute ces données et nous amènent à nous poser les deux questions suivantes: Les enfants d’Israël sont-ils réellement venus en Égypte? Y sont-ils tous venus?

151. — A. Les enfants d’Israël sont-ils réellement venus en Égypte? — a) Pour l’intelligence des opinions que nous avons à critiquer, il est nécessaire de rappeler comment les fils de Jacob se distribuent entre les diverses femmes du patriarche. On distingue (Gen., xlvi, 8-25; cf. Gen., xxix, 31-xxx, 24 et xxxv, 26): les fils de Rachel, Joseph et Benjamin; les fils de Lia, Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issachar et Zabulon; les fils de Bala, servante de Rachel, Dan et Nephthali; les fils de Zelpha, servante de Lia, Gad et Aser. Au regard de beaucoup de critiques, ces noms sont purement patronymiques et, dans l’histoire des fils de Jacob, il faut savoir lire celle qui concerne l’origine des tribus qui portent leurs noms. Une autre opinion tend à gagner du terrain. C’est qu’à l’origine ces diverses tribus, bien que pour la plupart venues des mêmes régions, étaient isolées les unes des autres, vivaient très indépendantes les unes des autres, s’ignoraient les unes les autres. Loin d’être primitive et toute naturelle, l’unité est factice et elle n’est pas antérieure à David, elle n’est pas son œuvre propre; le caractère de cetcette unité est si nettement artificiel qu’elle n’a pu survivre au règne de Salomon. Loin donc qu’à ses débuts, l’histoire d’Israël ait été marquée par ces mouvements d’ensemble que les soutiens de l’unité ont ensuite imaginés, chaque tribu a d’abord vécu son histoire propre; c’est même par la combinaison des souvenirs particuliers à chaque clan que l’on est arrivé plus tard à retracer le tableau d’une histoire générale. Il ne faut donc pas être surpris, si nombre de critiques mettent le séjour en Égypte, puis l’exode, au compte de quelques tribus seulement.

152. — L) Hugo WincLen! est beaucoup plus radieal. La seule tribu qu’avec lui on rencontre sur la voie des migrationssinaitiquesest celle de Juda. Mais clle n’est jamais allée en Égypte. La donnée traditionnelle est née de la confusion du mot Misraiïm qui désigne l’Égypte et du mot Yusru qui désigne en gros la région d’Edoru-Séir et Le pays situé sur La côte orientale du «’adi el-"Araba et du golfe élanitique (vid. supr., 119, e). C’est dans le Wusru qu’il faut chercher le séjour primitif de Juda. C’est là qu’il a grandi, s’alliant et sefusionnant avec diversestribus nomades des mêmes déserts: Calébiles ou Cénézéens- Qenizzites (Num., xxxu, 123 Jos, xiv, 6-15; XV. 13- 19: Jud., 1, 13-15; nt, 9, 11), Ciméens ou Qénites (Num., xxIV, 21, 225 1 Sam., xv, 0; XX VU, 10; xxx, 29), Yeralumélites (E Sam., XxXVI, 10; xxx, 29), etc. C’est de là que Juda est monté en Palestine. C’est de là aussi que Yahweh l’a accompagné, soit qu’il eût étéson Dieu dès l’origine, soit que la tribu principale l’eüt emprunté à tel ou tel des clans qu’elle s’associait, — c) Ces idées ont pris une place de plus en plus grande dans les articles ou parties d’articles que T. K. Cueyne a fournis à l’Encyclopædia Biblica. Mais c’est dans les dernières publications du professeur d’Oxford? que la folie yérahmélienne a atteint son paroxysme. Toute l’histoire d’Israël trouve son explication dans Yérahméel, dans les déserts et les dieux du négéb, toute l’histoire, jusqu’à la période d’Esdras et de Néhémie; les noms les plus fameux de l’histoire universelle, Cyrus, Darius, Artaxerxès, sont corrigés, dénaturés, remplacés, pour témoigner plus éloquemment en faveur de cet axiome.

153. — d) On pourrait s’appuyer sur ces abus pour essayer une réfutation par l’absurde. Mais ce ne serait ni juste, ni exact. Il estmême probable qu’on ne doit pas opposer une fin absolue de non-recevoir à l’hypothèse générale d’après laquelle le nom de Misraim — Égypte aurait été parfois dans la Bible subslitué à celui de Â/usur. En certains cas, en effet, ce dernier terme serait en situation, aussi bonne, sinon meilleure, que!’Égypte. Par exemple les liens qui rattachent avec le négéb les épisodes concernant Agar inviteraient à trailer cette dernière comme une esclave musrite tout aussi bien que comme une esclave égyptienne (Gen., xvi, 3). De même la femme d’Ismaël, habitant du désert de Paran (Gen., xxI, 21) et ancêtre de nombreuses tribus arabes, pourrait être une musrite, et non une égyptienne, — e) Mais qu’on le remarque bien. Dans 1. Cf. H. Wincxrer, Geschichte Israels in Eïnceldarstellungen, Teil!, surtout les titres Uber die Einwanderung der Israelilen in Palästina et Die davidische Einkeitsidee bci den Propheten und die gleichzeitigen Zeugen, 1. Die Sage vom Aufenthalle in Agypten: — Sur le Musru en général, cf.: Le même, Altfestamentliche Untersuchunsen: Musri, Mésér, Misraim (p. 168-174); Eberherd ScuRAbEK, Die Keilinschriften und das Alte Testament, 3° éd, (H. Ziu- MERN et H. WixckLer), p. 145-148, 212-213: Alfred Jere- Mias, Das Alle Testament im Lichle des Alien Orients, p- 155-156. 2. Cf. T. K. Cneyxe, The traditions and beliefs of ancient Israel, a new study of Gencsis and Exrodus; — The veil of hebreu: history, a further attempt to lift Et, 1913: — Fresh vuyages on unfrequented waters, 1914. ces exemples et dans la plupart de ceux que l’on pourrait alléguer, ou bien l’on n’a que le seul mot Misraïm, ou bien l’on manque de détails circonstanciés. Tout autres sont les récits de l’exode. Ici, tout est précis et les détails concrets abondent qui nous ramènent dans la vallée du Nil et au royaume des pharaons. Les données sont à ce point déterminées que, non sans vraisemblance, on en a pu prendre argument pour établir que les récitsont été composés à l’époque même des événements qu’ils racontent. Si donc il y avait ici confusion, il faudrait reconnaître que non seulement on a perdu le souvenir du Musur, que non seulement on lui a substitué un autre nom, mais encore qu’on a élaboré une conception géographique et historique qui nous en écarte coruplètement. Or il est impossible d’assigner une date compatible avec une pareille transformation. Ce ne peut être évidemment celle des événements eux-mêmes et il est à propos de se rappeler que les tenants de cette hypothèse ramènent volontiers jusqu’au temps des Juges et de David l’époque à laquelle les Judéens et leurs alliés ont quitté le négéb pour venir habiter la région d’Hébron. A partir de David, les confusions, qui auraient été à la rigueur possibles durant la période obscure qui suivit Moïse, deviennent de plus en plus difficiles à imaginer. Le Musur prend dans l’histoire une place de plus en plus grande précisément jusqu’à ces dixième-huitième siècles, au cours desquels les critiques placent la composition du Yahwiste et de l’Élohiste. D’autre part, il faut faire disparaître le nom de l’Égypte et le souvenir des épisodes qui s’y rattachent, non seulement du Pentateuque, mais encore de nombreux textiles prophétiques dans lesquels on les rencontre (cf. Jud., 1x, 103 HI, 15 1V, 10; V, 25, 26; 1x, 7; OS., 11,16, 19 Vulg. 14, 15]; X1, 1, 25 x, 10, 14; xut, 4-6; etc.). L’opération réussit toujours, mais au préjudice des procédés et méthodes que l’on y met en œuvre. Il faut donc retenir que les Israélites sont allés dans le véritable pays de Misraim, c’est-à-dire dans le royaume des pharaons.

154. — B. Mais les fils de Jacob x sont-ils tous allés 2 — a) Il est encore des critiques qui font à cette question une réponse affirmative. E. REXAN! admettait que l’immigration des Beni-Israël s’était faite en deux coups. Le premier groupe, celui qu’on devait appeler le clan des Joséfel ou les Beni-Joseph, devait toujours, à raison de ses initiatives, garder vis-à-vis de ses frères des airs de supériorité; il apparait comme doué d’une culture supérieure. Etablis en Égypte ou plus exactement dans les environs de San, au pays de Gessen, les Joséphites s’y développent. Mais, loin d’oublier leurs frères. ils les appellent près d’eux, peut-être à l’occasion d’une famine; bientôt tons les Beni-Jacob sont dans l’empire des pharaons. On lit de même sous la plume de C. PIEPENERING À: « Nous pensons. que les ancêtres d’Israël ont réellement fait un séjour en Égypte, qu’ils y ont été op. primés, qu’ils ont réussi à secouer ce joug... Nous croyons historiques le séjour des Israélites et leur oppression en Égypte, parce que la délivrance de la servitude d’Égypte est le fait capital de toute l’ancienne histoire d’Israël, comme l’attestent, non seuleruent les légendes de l’’Erode, mais encore d’autres passages nombreux et, en partie, fort dignes de loi. De là nous pouvons conclure que les récits de la Genèse qui se rapportent à Joseph reposent sur un fonds historique. Une tribu..., après avoir souffert 1. Cf. Ernest RExAX, Wistoire du peuple d’Israël, tome I, surtout chap. «, Les Beni-Israël en Ecypte. 2. Cf. C. PigpeNBrixc, Histoire du peuple d’Israël, p. 14-16. de la malveillance d’autres tribus parentes, a immigré dans ce payset y a prospéré; [elle] fut rejointe là par des tribus sœurs, leur accorda sa protection ei acquit ainsi sur elles la suprématie. » Carl CornNicz professe des idées sensiblement analogues.

155. — L) Il y aurait plus d’une critique de détail à faire sur la manière dont ces théories sont présen tées; au moins sauvegardent-elles la substance de: données bibliques. Il en va tout autrement avec le: systèmes dont nous avons à parler. Beauconp d’his toriens d’Israël n’admettent aujourd’hui le séjour er Égypte que pour un groupe de tribus. On remarquer: d’ailleurs que, parmi ces dernières, celles qui se rat tachent aux servantes Bala et Zelpha n’attirent qu secondairement l’attention. Volontiers on les trait comme étant à l’origine plus on moins contaminée par le sang étranger (WELLHAUSEN=); volontiers o1 les regarderait comme des tribus cananéennes, con quises d’abord, puis assimilées par Israël. Au regar: de Wellhausen, le long sejour en Égypte pourrait n convenir qu’à la tribu de Joseph. La tribu de Benjs min, pareillement rattachée à Rachel, aurait pri naissance en Canaan, mais seulement après limmi gration; tel serait le sens de l’épisode raconté Gen XXXYV, 16-20. Quant aux tribus dérivées de Li (Ruben, Siméon, Lévi, Juda. Issacbar, Zabulon), i n’est pas sûr qu’elles suient allées en Gessen; il es fort possible que ce soit de leur séjour oriental (d Musru) qu’elles aient tendu la main aux fils d Rachel, avec lesquels elles auraient ensuite contract les liens de l’unité future. Le voyage (d’après la Bible le retour) de Moïse du pays de Madian en Egypt (Ex., 1v, 18-31; cf. 11, 15-22) trouverait en cette hype thèse une explication facile. Comme on sen dout c’est le rôle fait à Joseph dans la Genèse (Gen XXxvir-L) qui sert de base au système de Wellhausen d’autre part, la théorie expliquerait et les préter tions des tribus descendant de Lia à un äge plu avancé et celles de Ruben à l’hégémonie. Enfin toute ces vues sont dominées par un postulat; l’unité à tribus ne remonte pas aux origines du peuple d’I raël, Wellhausen toutefois la regarde comme ant: rieure à la conquête de la Palestine Prépre el dite.

156. — c) Le même postulat est à la base du sy tème de Bernard SrapE ‘. Mais, d’après lui, ce sont le tribus issues de Lia qui se sont établies dans le dése de Gessen et qui ont connu les années de servitud En revanche, celles qu’il faut rechercher au Sud d négéb, ce sont celles que l’on présente comme issut de Racbel: elles y vivaient en union intime avec k bédouins madianites, formant avec eux une sorte confédération et hbonorant le même Dieu. C’est pri d’elles que Moïse, échappé d’Égypte, s’est réfugi c’est dans le négéb qu’il a eu la vision de Yahwe e’est de là qu’’ilest retourné en Égypte proclamer, a nom de son nouveau Dieu, la délivrance de sc peuple; c’est là qu’il est revenu à la tête de ce de nier; c’est là, autour de Cadès, que s’est réalis: l’union nationale. B. Stade paraît préoccupé, € énonçant cette théorie, de tenir compte des lier qui unissent Moïse avec l’Égypte et de ceux qui rattachent à la tribu de Lévi (issue de Lia).

157. — d) Une autre théorie, qui gagne aujou d’hui de la faveur, est beaucoup plus radicale.- « ) Nous rentrons en contact avec les idées chères 1. Cf. Carl Heinrich Conxiiz, Geschichte des Volkes Israe p- 39-40. 9. Cf. J. WELLHAUSEN, sraelitische und jüdische Ge chichte, 5° ed., p. 16. 3. Ibid. 4. Cf. B. Srapr, Die Entstehung des Volkes Israel, 3° èc p- 10-13. Hugo Wincxzen. Les tribus qui sont à la base de l’unité israélite viennent toutes du même réservoir de peuples, sans doute des bords occidentaux du golfe Persique. Mais elles ont suivi des voies assez différentes. L’une d’elles, celle qui portera le nom de Juda, est d’abord venue se tixer dans le négéb; elle y a rencontré les tribus nomades dont plusieurs fois déjà nous avons parlé et s’est unie avec elles. À l’une d’elles elle a emprunté le nom de Yahweh. — 3) Au regard de H. Winckler, nous l’avons vu, c’est dans le négéb que cet élément du futur peuple de Dieu aurait vécu jusqu’à son entrée en Canaan. Ceux qu’effrait un pareil radicalisme et un tel dédain des textes, Léon CanT!, par exemple, mettent la pénétration et le séjour en Égypte au compte de ces groupes du négéb; ils auront, en se réfugiant en Gessen, suivi une voie que les bédouins de la péninsule sinailique ont toujours suivie et suivent encore volontiers. D’ailleurs, autour de Juda, plusieurs de ces auteurs groupent volontiers les tribus de Siméon et de Lévi; pour autant, le rôle attribué à Moïse y trouve son explication. En revanche, l’histoire de Joseph attirant tous les fils de Jacob en la terre des pharaons n’est qu’une superbe fantaisie destinée à donner plus de relief à l’un des principaux éléments de lisraël du Nord. —;) Revenus au négéb après la sortie d’Égypte, Juda et ses alliés y séjournent à nouveau un certain Lemps. Mais ce n’élait pas en vain que, dans le pays de Gessen, ils s’élaient initiés à la vie sédentaire; ils en avaient subi le charme. Aussi du négéb jetèrent-ils bientôt un regard de convoitise sur les régions plus fertiles de la montagne d’Hébron. Ils y montèrent directement à une époque que plusieurs des tenants de cette opinion maintiennent en relation avec les temps mosaïques?, mais, d’après H. Winckler, à l’époque même de David. Ce dernier n’était pas le jeune élu que nous présente la Bible (E Sam., xvI, 1-13), qui fait brillamtuent son apprentissage à la cour de Saül (I Sam, xvi, 14-23) et dans la vallée du Térébinthe (L Sam., xvu). C’était un aventurier, un chef de bandes, assez Vraisemblablement un chef calébite (on allègue, à l’appui de cette théorie, v. g. Ï Sam., xxv, où David épouse la veuve du calébite Nabal). Sa première œuvre fut l’unitication des Calébites et des Judéens, auxquels il assura la possession du Sud de la Palestine. — à) Mais ses exploits aboutirent à un résullat plus vaste. La Palestine du Nord était occupée, en dehors de ce qui restait de Cananéens, par un groupe puissant de tribus apparentées à Juda; c’étaient les tribus israélites, celles qui plus tard constiluérent le royaume schismatique. Ces clans y étaient directement arrivés de l’Est; comme Juda, ils venaient de l’Orient, de la Chaldée. Longtemps ils avaient séjourné, non pas sans doute en Harran ou Mésopotamie, comme certaines traditions le laissent entendre (Gen., x1, 28- 32; xxiv, 4, 10; xxvur, 43 [ces textes sont de J]; x1, 31, 32 et xxv, 20 [d’après P] ), mais plutôt au désert des B né[y] Qédém (Gen., xxix, 1, d’après E), situé au delà de la Transjordane et des rivages orientaux de la mer Morte (cf. Jud., vi, 33; viu, 10; etc.)*. De là ils étaient progressivement passés en Canaan. Peu à 4. Cf. Léon Cant, Au Sinaï et dans l’Arabie Pétrée dansle Bulletin de la Société Neuchüteloise de Géographie, XXII, 1914, p. 1-524), Appendice, p. 513 sv. 2. Cf. Léon Carr, op. cit., p. 516-519. 3. CF. Hugo Winekzex, Geschichte Israels in Eïinzeldarstellungen, Teil 1, p. 24-28. %. CF. Eduard MEYER und Bernhard LuTnER, Die [sraeliten und thre Nachbarstämme, 1906, p. 242 — Voir aussi, bien qu’il soit moins précis et moins explicite, Hugo Wixckten, Geschichte.…., 1, p.13 sv., 30, 126 sv., 134 sv., 156 sv. peu, sous l’influence du sang et pour la nécessité de la défense, ils s’étaient rapprochés les uns des autres; au temps de Débora et de plusieurs autres Juges, ils avaient formé des unités, toujours transitoires, mais de plus en plus compactes. David fut assez heureux pour les conquérir et leur imposer son hégémonie, — €) Une pareille fusion n’allait pas alors sans l’unité religieuse, Le culte judéo-lévitique de Yahwelh supplanta chez les Israélites du Nord ceux des élôhim variés auxquels ils rendaient leurs homiuages; une croyance et des pratiques cultuelles communesachevèrent l’œuvre d’unitication déjà réalisée sur le terrain politique.

158. — :) À l’appui de cet étrange système, on allègue d’abord le vieux cantique de Débora (/ud., v). Les tribus du Nord y sont mentionnées: la plupart sont louées pour leur empressement à répondre à l’appel aux armes (/ud., v, 14, 152[Eplhraïm, Benjamin, Machir, Zabulon, Issachar], 18 [Zabulon, Nephthali; d’autres sont bläuiées pour leur indolence (Jud., v, 15b, 16, 179 [Ruben, Galaad, Dan, Aser ). Mais sur Juda le silence est complet, ainsi que sur Lévi et Siruéon: tandis qu’au regard de Wellhausen?, ces deux dernières tribus n’existaient déjà plus, L. Cart préfère penser qu’à l’instar de Juda, elles étaient complètement en dehors du champ de vision de l’héroïne. Ces trois tribus n’appartenaient pas au groupement israélile, ellcs habitaient encore le négéb; on sait que dans la suite le lien le plus étroit fut conçu entre les territoires de Siméon et de Juda. Le silence qui frappe dans le cantique de Débora est constant dans Île livre des /uges (Jud., ur, 9-11 est additionnel). — r) On se plait à relever ensuite quelques indications sporadiquesrenfermées dans l’’/erateuque. Isolé de son contexte très tendancieux, le récit de Vum., xx1, 21-258 nous montre Israël conquérant sur Séhon les territoires orientaux compris entre l’Arnon et le Yahbok; c’est qu’israël vient de l’Est. D’ailleurs le roi amorrhéen va à sa rencontre dans le désert, c’est-à-dire vers les steppes des P’né[y] Qédém. Ce texte, où il n’est pas question de Moïse, n’a rien à voir avec l’exode traditionnel. Débarrassés des innombrables retouches de D?, les éléments fondamentaux de Josué (E, document israélite) fournissent des renseignements qui convergent dans la inême direction. Ils présupposent (Jos., vur, 30, 31b; xxIV, 25) une conquète de Sichem, une alliance conclue à Sichem, avec promulgation de loiset d’ordonnances. Or c’est à cette même conquête que fait allusion Gen., xevut, 22, la reportant ainsi en pleine période patriarcale; de cette mainmise sur Sichem, on peut rapprocher ce que dit Jud., 1, 22-26 de la prise de Béthel par les Joséphites, non encore divisés en Ephraimites et Manassites. Ces traits divers eoncourent à nous montrer la Palestine centrale conquise par les tribus du Nord. — 6) 11 n’y a pas d’ailleurs à distinguer entre deux invasions, l’une remontant aux patriarches, l’autre postérieure à Moïse. Une telle distinction n’est autre chose que le résultat des nombreuses retouches faites aux docnments primitifs. Il serait assez facile de discerner les principales d’entre elles. Celles d’abord qui ont mis Josué, auquel on fait l’honneur de la conqnète, en relations si intimes de dépendance, puis de succession, avec Moïse. Celles surtout qui ont trait à l’arche. A l’origine, l’« arche d’Elühkim » (expression la plus fréquente dans 1 Sam,, m-viret Il Sam., vi-xv) n’était autre 1. Of H. Wixcxcer, Geschichte.…, p. 29-42, 2. Cf. J. NELLUAUSEN, /sraelitische..., p. 31. 3. Op cit., p. 487-191. 4. Pour toute cette argumentation, cf. L. Carr, op. cit., p- 496-507. 783 MOIÏISE. chose qu’un emblème religieux des Israélites du Nord, propre au sanctuaire de Silo, et elle n’avait peut être aucun rapport avec Yahweh. Mais quand, après la conquête, David l’introduisit dans son tabernacle (1 Sam., vi, d’où elle devait passer dans le temple de Salomon, elle devint naturellement l’arche du Dieu judéen; elle fut. par une conséquence facile à prévoir, mise en relation avec le Sinaï et Cadès!. —:) Enfin on tient compte des données de divers documents extrabibliques, On relève d’abord ce que les lettres de Fell el-Amarna nous disent des Habiru qui, peut-être attirés par les Hittiles et les Amorrhéens, envahissent la Palestine au temps d’Aménophis IV, c’est-à-dire au quatorzième siccle. L’identification est adoptée de ces Habiru, non pas strictement avec les Israélites, mais avec ces envahisseurs araméens auxquels se raltachaient les Hébreux du Nord. On remarque d’ailleurs que, parmi les endroits auxquels se fixent ces immigrants, Artahipa, roi de Jérusalem, signale le pays de Sichem?. La mention de /acobel et de Joséphet sur la liste des peuples soumis par Thoutmès III (1501-1449) attire pareillement l’attention; il y faudrait voir deux noms de localités de la Palestine centrale près desquelles les Hébreux s’installérent et qui servirenL ensuite à en désigner les groupes principaux3. Enfin il y a le fameux texte de la stèle de Ménephtal I (vers 1220). Au milieu de diverses allusions à des succès militaires, notamment à la prise d’Ascalon et de Gézer. on lit: « Israilu, ses gens sont peu de chose, sa demeure n’existe plus ». C’est une allusion évidente à la présence d’un pouvoir israélite en Palestine au temps du successeur de Ramsés Il et nul doute qu avani d’être si profondément atteint, ce pouvoir avait eu le temps de s’établir et de se fortifier.

159. — e) Nous ne pouvonsindiquer dans le détail les formes diverses que peut revèlir cette théorie, la manière, par exemple, dont. avec une très ample documentation, Wilhelm Enrër la présente. Mieux vaut en tenter une appréciation: — «) Tout d’abord le postulat général sur lequel s’appuient ces systè mes ne s’impose nullement à notre créance. Un peu: ple peut se former de deux manières. Par la fusior de tribus auparavant distinctes, étrangcres les unes aux autres ou n’ayant entre elles que des rapports lointains de consanguinité. C’est ainsi que les Cinéens ou les Cénézéens ont pu S’introdnire au désert parmi les Israélites. Mais un peuple peut aussi bien se former par le développement progressif. rapide parfois, d’un clan important; les usages du désert actuel fournissent des analogiesf. Il n’y a rien qui répugne en soi dans l’idée de l’unité primitive des tribus israélites. — 8) Bien plus, cetcette unité primitive s’impose à l’histoire. Elle n’est pas seulement attestée par tels ou tels documents concrets. Il faut reconnaître, et les tenants de l’opinion contraire en font l’aveu, que, sous leur forme actuelle, tous les documents qui sont à la base de l’HMexateuque témoignent en ce sens. —;) Sans doute on peut objecter que l’union des deux groupes, judéen et israelite, a été assez éphémère; on peut ajouter 1. Cf. H. WixckLer, Geschichie..…., 1, p. 29-30, 35-38, 59-66, 69-70, 70-772 2 Cf. I. WincxLer, Geschichte….,, p. 16-21. 3. CF. Léon Carr, Au Sinaï.., p. 503, avec renvoi à Mürier, Asien und Europa nach Altäsyptischen Denkmälern, p. 162-164. h. Cf. Ed. Meyer, Die Isracliten…, p. 249,951 sv., 281 sv. 5. Wilhelm ERBT, Die Hebräer, Kanaan im Zeitalter der sien Wanderung und hebraischer Staatengründungen,. 6. Cf. P. Antonin Jaussen, Coutumes des Arabes au pays dc Moab, notamment le chap. ur, La tribu. qu’elle n’a jamais été parfaitement harmonique, qu’au temps des Juges, de Saül et de David, on voyait poindre les geriues des dissensions qui devaient aboutir au schisme. Il n’en est pas moins vrai que tous les documents qui parlent de ces désaccords insisient sur la fraternité primitive; de part et d’autre, en Israël et en Juda, se manifeste le regret de la rupture; de part et d’autre, les visions prophétiques mettent au rang des espérances celle de la restauration de l’unité antique. Or une telle unanimité de témoignages est inexplicable dans l’hypothèse d’une union qui aurait duré, tant bien que mal, pendant quelque soixantc-dix ans seulement; elle est surtout inexplicable si la réunion éphémère n’a été réalisée que par la violence de la conquête et par une volonté jugée abusive et tyrannique. — 6) Il y a plus: les documents soni aussi unanimes en faveur de l’unité religieuse primitive qu’à l’égard de l’unité sociale et politique. On sait de reste que l’unité religieuse durable est de toutes la plus difficile à réaliser. On peut oblenir, il est vrai, une adhésion temporaire au culte extérieur du vainqueur; ruais, quand la contrainte aura disparu, les vaincus retourneront d’instinct aux usages nationaux qu’ils n’auront pas eu le terups d’oublier; il faudrait une série de générations avant que la religion imposée de l’extérieur prit pied dans les âmes. David pouvait introduire l’arche d’Elohim dans le taberuacle de Yahweh et en changer le vocable: mais cette mesure elle-même n’allait qu’à indisposer contre le eulte judéen ceux qu’il avait dépossédés de leur palladium. En tout cas, ce n’est pas au bout de soixante ans que ces Yahwistes malgré eux se seraient à ce point aitachés au Dieu de Juda qu’ils en gardent à jamais le souvenir. C’est pourtant ce qui est arrivé. Ils ont pu retourner à leurspratiques cultuelles d’origine suspecte; mais à tout jamais ils ont retenu le nom de Yahweb; plusieurs siècles après la sécession. ils ont compris les prophètes Elie et Elisée, ruême le judéen Amos, quand ceux-ci leur parlaient de Yahweh et de ses exigences. La vigueur de David ne suflit pas à expliquer cette fermeté d’adhésion; moins encore l’intervention de la génite Jalel, aux côtés de Déhora, pour contribuer, avec l’appui de Yahweh, son propre Dieu, au salut d’Israël (Jud., Y, 24; cf. 1v, 19-22)l..

160. — <) Pareils souvenirs de l’unité primitive supposent que cetcette unité a des racines plus profondes qu’on ne se plait à le dire. IL faudrait des arguments trés forls et irès précis pour ébranler cette conclusion; or ces arguments n’existent pas. Le silence du cantique de Débora au sujeL de Juda trouve son explication toute naturelle dans les difficultés que cette tribu éprouva à s’installer parmi ses montagnes arides. D’autre part, les mêmes documents qui sont unanimes à faire venir du Nord les Israélites le sont pareillement, dans leur état actuel, à distingner une double phase de migration. Les Abrahamides ont d’abord séjourné en Canaan à la façon de peuples encore nomades, attirés: déjà sans doute par la vie sédentaire, mais ne s’installant pas encore à proprement parler; les tribus vivaient d’une vie propre, assez isolée, ne constituant en aucune manière ce que l’on appelle une nation. Mais les fils d’Israël sont revenus ensuite sous Ia conduite de Moïse et de Josué; ces tribus étaient alors plus étroitement unies, elles constituaient un peuple et elles étaient à la recherche d’une patrie. Entre ces deux invasions, les textes placeniie séjour de tous les fils d’Israël en Égypte. —:) Inutile de l’ajouter. L’unanimité est pareille quand il s’agit de l’unité religieuse primitive: c’est le même Elohim que les patriarches adorent avant de descendre en Égypte. Et ce Dieu des pères, les descendants son d’accord, après les théophanies du Sinaï, pour 1] révérer sous le nom de ŸYahweh et sous le symbol de l’arche. On n’a pas le droit de méconnaitre 1 valeur de témoignages aussi expliciles dans leur dépositions. Il faudrait, d’autre part, des raison tout à fait majeures pour préférer à de Lelles don nces celles que pourrait fournir un lambeau di texte, isolé de son contexte: on doil y regarder: deux fois avant d’admettre, ou bien que les rédac. icurs ont méconnu le sens des documents qu’il utilisaient, ou bien qu’ils en ont volontairemen altéré la portée.

161. — :) Nous retiendrons que tons les fils di Jacob, moralement parlant, sont venus en Égypte Nous n’avons pas, en dehors de la Bible, de témoi gages explicites à ce sujet. Mais on l’a souven remarqné: ce que nous savons de la sitnation de I: vallée du Nil au temps des Hyksos éclaire admirable ment les récits bibliques. Rien d’étrange à ce qu’i cette époque, des tribus sémitiques, poussées par l fainine, descendent en cette vallée qui fut l’un de: greniers principaux du monde antique. Tout naturel d’autre part, l’accueil qu’ils reçoivent des pharaon: leurs congénéres; et, si ces derniers accordent aus Hébreux le séjour du pays de Gessen, ce n’est pa: avec un parfail désintéressement: ils ont toutavan tage à poster aux marches orientales du royaumue des sujets reconnaissants qui, cn cas d’alerte, se rout des veilleurs attentifs et, au besoin, des défen seurs dévoués. Il n’est pas jusqu’à l’histoire de le brillante carriere de Joseph qui n’ait reçu des do: cuments hiéroglyphiques les lumières capables de l’expliquer. — 6) En adoptant cette conclusion, nous n’avons pas la prétention de dire que toutes les difficullés disparaissent comme par enchanteruent. La présence de Jacobel et de Joséphel sur la liste de Thoutmès III indiquerait, si ces noms avaient quelque rapport certain avec les Israélites, que des clans hébreux se trouvaient en Palcstine entre la date présumée de la descente en Égypte et celle de l’exode. Quand ces découvertes furent publiées pour la première fois, des apologistes catholiques recoururent, pour expliquer ces textes, à l’hypothèse de plusieurs exodes, dont l’un antérieur à Moïse et contemporain d’Ahmès If. Il serait peut-être aussi simple d’admettre que tel ou tel clan de la famille de Jacob ou même de la tribu de Joseph ne descendit pas dans la vallée du Nil; la Bible signale seulement les enfants qui naquirent à Joseph après son arrivée à la cour du pharaon. On pourrait aussi penser que, pendant le séjour en Gessen, tel outel groupe restreint aurait eu la nostalgie de ses montagnes. Aussi obseure que celle de Jacobet ct de Joséphel est la question des Aabiru. Leur identätication avec les Hébreux sonlève toujours des diilicultés et est objet de controverses. Fel texte assyrien, récemment étudié par le P. Scheil, serait plulôt favorable à la thèse de la distinction?; en tout cas, les Habiru y 1. Cf. Fr. ne Moon. L’Egyptologie et la Bible dans La Science eatholique, 1597-1898, p. 899-920, 1058-1078, surtout 899-920. 2. CF. V. ScneiL, Les Habiri au femps de Rim-Sin (Notules, dans la Revue d’Assyriologie. XII, 1915, P. 114 sv.). Ces Habiré, mentionnés en un texte provenant de Larsa et de six cents ans antérieur à l’époque de Tell-cl-Amarna, peraissent avoir eté, à l’origine, une peuplade élamite, kassite ou bas-mésopotumienne. Ils servaient dans les milices de la dynastie élamite de Larsa; on les employait sans doute aussi dans les contrées lointaines de l’Ouest où la suprématie des monarques orientaux devait se maintenir avec plus ou moins d’autorité. grâce à la présence de quelques troupes armées. Il rests encore possible que, conformément à l’opinion de H. Winckler, ce nom, apparaïilraient plutôt comme des émissaires à la solde des Babyloniens, en vue de troubler la Palestine et de créer des embarras aux pharaons. Aussi bien, si l’on est favorable à l’identification, on n’en pourra rien tirer contre la descente de toutes les tribus en Égypte; il y aura plutot lieu d’exaruiner quel rejaillissement cette thèse peul avoir sur la discussion touchant la date à attribuer à l’exode. Il en faut dire autant de la mention d’/srailu sur la stèle de Ménepltab!.

2° La sortie d’Égypte

162. — À. D’après la Bible. — Les données bibliques sont ici de nouveau fort claires. Après la mort de Joseph et de tous ceux de sa génération (Ex., 1, 6: J), les Israéliltes connurent encore de longs jours de prospérité (Ex., 3, 7; P) sous des plaraons qui leur étaient favorables. Maïs survint ensuite un roi qui ne connaissait pas Joseph; son avènement fut pour les Hébreux le point de départ d’une terrible persécution (Ez., 1, 8-10, 11*, 20b, J: 11, 12,15-22*, E; 13, 14*, P). Cependant Dieu préparait en Moïse le libérateur de son peuple (Ezx., 11, 1-10, É. Ce tils de Lévi (Ex., 11, 1; E) fut vivement affecté pur le spectacle de la misère de ses frères (Ex., 11, 11-14: J ou E). À la suite de divers incidents et pour échapper à la colère du pharaon, il 8e retira au pays de Madiun; il y entra en relations avec un prêtre, Raguel selon le récit yabwiste (Ex., 11, 18; à moins que, d’après Num., x, 29, il ne faille corriger: Hobab fils de Raguel [Re‘û’él]), Jethro (Yithrô) selon le récit élohiste (Er, 111, 1; 2v, 18; xvunt,, 2, 5, 6, 9, 10,12); il épousa une de ses filles (Ezx., 11, 15-22; 3). Son séjour en Madian se prolongea et le pharaon oppresseur mourut Ex., 11, 2327; J). À cette occasion les cris de détresse des [sraélites montérent plus pressunts vers le ciel Ex., 1, 232:-95: P. Or, comme Moïse conduisait le troupeau de son beau-père « derrière le désert » (‘akar hammidbbar), il arriva à la montagne de Dieu, à l’Horeb (Ezx., in, 1: E). Là eut lieu l’apparition divine en forme de flamme, du milieu du buisson. Dieu cunfa à Moïse la mission de délivrer son peuple; en même temps il lui révéla son nom de Yuhweh, multiplia les signes les plus capables de le réconforter, lui danna à lui-même le pouvoir d’en accomplir et de se servir à cette fin de son bâton. Moïse retourna vers son beau-père et obtint de lui la permission de revenir en Egrpte. Sur le chemin du retour, il eut à affronter la colère de Yahweh; en arrivant, il rencontra son frère Aaron qui venait au-devant de lui. Tous deux se présentérent au pharaon: s’appuyant sur l’autlorité de Yahwel, ils lui demandèrent de permettre aux Israélites de se rendre au désert, à trois jours de marche, pour célébrer une fête en l’honneur de leur Dieu. Mais le roi s’endurcit et rendit plus terrible encore le sort des Israélites (J: Ex., nr, 2-4a, 5, 7, 8*, 16-920*; 1v, 1-14a7, 19, 20a, 24-26, 29*, 30b, 312; v, 12*, 3, 5-23: vri,1. — E: Ex., at,1,4b,6, 9-15, 21, 22; rv, 17, 18, 20b [21-23], 27, 98, 29*, 302, 31b; v, 1*,2,4. — P: Ex., vi, 2-30: vn, 1-13). 11 ne fallut rien moins que les dix plaies pour avoir raison de son cbstination! J: Ex.. va, 14, 152, 16, 17*,18, 21a, 94, 25, 26-29 [Vulg. vru, 1-4]: vin, 4-11ae (Vulg. 8-15ac], 16-28 [Vulg. 20-43]: rx, 1-7, 13-21, 23b, 24,95b-30, 33, 54: x, 1-11, 13b. 1422-19, 24-96, 98, 29; x1, 4-8: xi1, 21-93, 270, 29, 80. — E: Ex., vu, 15b, 19b*, 90%, 23: 1x, 22, 2%a, 252, 852; x, 12, 138, Léau, 20, 21-23, 27; x1, 1-3. — Rd: Ex., xu, 24-27a.—P: Ex., vu, 19, 20a*,21b, 22; vous, 1-3, 11° [Vulg. 5-7, 15], 12-15 [Volg. 16-19]; 1x, 8-12 [Glose: 31, 32: Rp.: 35b]; [Rp.: x1,9, 10]; xur, 1-20, 28). Après celle qui atteiguit les premiers-nés, le pharaon lui-même invita les Isrnélites à quitter le pays. lls partirent »ussitôt, au nombre de six cent mille, sans compterles femmes et les enfants, sans compter non plus une grande multitude de gens de toute sorte qui monta avec eux; ils avaient séjourné quatre cent treate ans en Égypte. Leurs premières stations furent Ramsès, Socoth, Etham à l’extrémité du désert, PlibabirotL près de la mer. Cependant le pharaon se ravisa et se mit à la poursuite des Hébreux. Grande fut d’abord ethnique, soit devenu, dans la suite des temps, appellatif. 1. Quand elle n’indique pos les particularités de la Vulgate, la parenthèse à crochets signale ou bien les élémeuts rédactionnels, ou bien les attributions douteuses. leur détresse; mais Moïse étendit son baton sur la mer et les Israélites y passèrent à pied sec. Les eaux revinrent ensuite sur elles-mêmes et engloutirent les Égyptiens qui s’étaient aventurés dans le lit de l’abime. Moïse composa un chant d’action de grâces que Marie, sa sœur, interrompait par des refrains de délivrance (J: Ex., xir, 31, 32, 38: œun, 21, 223; xiv, 5-7*, 10*, 11-14, 19b, 202, 2la3, 24, 25, 2rab, 30, 31. — E: Ex, xt, 33, 86, 39: xunr, 17-19; xiv, 5-7*, 1U*, 1583, 1624, 192, 20b: xv, 20, 21.— Rd: Ex., xu, 3-16. — P: x11, 37, 40-42, 43-51 zxur, 1, 2, 20: uv, 14,8, 9, 10b:, 15*, 16718, °laab, 29, 93, 26, 2720, 98, 20. R: Ex., xv, 1-19)!

163. — B. Moïse. — a) Le pays où séjournèrent les Israélites dans l’empire des pharaons, porte deux noms; il s’appelle pays de Gessen (Güsén; Gen., xELv, 105 xLvi, 28, 34; xLvir, 1, 4, 6, 27; Ex., vu, 18 [Vulg., 22]; 1x, 26: tous textes de J) et pays de Ramsès (Gen., xLvur, 11: Ex., x, 37; Num., XXXIMI, 3, 5; textes de P). Les Septante ont généralement traduit ‘érés gošen par 7x l’iz: u; deux fois ils ajoutent un complément: % Miseu ‘Apoñios (Gen., xLV, 10) ou ‘Apañir (Gen., xLVI, 34); deux fois ils remplacent par 728" "How row (Gen., xLvI, 28, 29); une fois enlin ils ont la leçon conciliatrice +207 Hp rod sis 77 ‘Pauesré (Gen., xLvi, 28). Les détails fournis par le texte biblique au sujet de Gessen sont peu nombreux, mais caractéristiques. C’est moins un pays de culture que de pâturage (Gen., xLvi, 342; xuvir, 6, 11); il est, par conséquent, situé au delà des terres atteintes par les inondations du Nil, bien qu’une branche du fleuve en soit assez rapprochée (Æx., 15, 3-10). C’est une région assez distante de la résidence du pharaon et de Joseph, donc éloignée du centre du royaume (Gen., xLvi, 28, 29); elle est située à la fronticre orientale (Ex., xu, 37; XIII, 20; x1V, 2) e! les Egyptiens n’y habilent guère (Gen.. xLvi, 341) On y trouve les villes de Pithom et de Ramsès (Er. 1, 11). En ajoutant à deux reprises le complément ‘Apogias, Acœä, le traducteur grec avait probable ment en vue le nome d’Arabie que les auteurs ancien: mettent constamment en relation avec celui de Bu baste; la traduction a près d’Héroopolis », véritabl traduction par équivalence, nous ramène au mêmt endroit; de même, les premières stations des Israéli tes à leur départ (Ex., xir, 39: xur, 20). Enfin la dé. couverte de Pithom (Héroopolis) par M. Naville (1883 apporte sur le sujet une lumière définitive, Pithon correspond au l’ell el-Maskhuta actuel, dans le wäd Tumilat, sur la voie ferrée de Zagazig (Bubaste): Ismailieh. Nul doute que tel ne soit en gros le site di pays de Gessen?.

164. — b) Dans cette région, nous l’avons dit ave la Bible, les fils de Jacob connurent, sous les Hykso et les rois-pasteurs, des jours heureux. Il en fu autrement à partir de l’époque où Ahmès, le fonda teur de la dix-huitième dynastie, entreprit de libère la vallée du Nil de la domination étrangère; les Asia tiques immigrés devinrent suspects aux pharaons ceux-là surtout qui, établis pres de la frontier orientale, pouvaient être plus facilement soupconné de faire le jeu des ennemis. De là, à défaut d’un expulsion violente, les vexations de toutes sorte auxquelles les Israélites furent en butte. Sans dout les corvées dont parle la Bible étaient le sort ord naire des étrangers, de ceux-là surtout que l’on lra lait en prisonniers de guerre. Mais les Israélites, qt n’avaient pas perdu le souvenir de leur ancienn 1. Lu répartition en documents, que nous sommes loi de donner pour certaine, est conforme à celle de Ca: STEUENNAGEL, Lehrôuch... 2. CF. Fr. M-J. Lacraxce, L’itinéraire des Israëélites à pays de Gessen aux bords du Jourdain, dans Revue Bibl que, 1900, p. 63 sv., surtout p. 71-80. L’auteur ne demo: tre pus ces identifications, il les suppose acquises. indépendance, firent monter leurs gémissements vers le ciel. Le ciel les entendit. Dieu leur envoya

165. — c) On ne saurait entreprendre de lraiter ici tous les points de détail qui, dans la vie du grand législateur, intéressent l’apologétique, de chercher, par exemple. à rendre compte des particularités que la Bible a relevées touchant son enfance (Ex., 11, 1-10). Une constatatsinon plus importante est à faire. On ne traite plus aujourd’hui l’existence de Moïse comme étant seulement « très probable », ainsi que le faisait E. RENAN!. Les critiques qui comptent sont unanimes à reconnaître la nécessité d’un personnage de très grande envergure à l’origine de la nationalité israélite et du Yahwisme. Ceux-là mémes qui réduisent à si peu de chose les groupements de tribus qui monttrent de Cadès déclarent ne pouvoir s’en passer. Il en est de même à plus forte raison de ceux qui rattachent au Sinaï la fusion de tous les éléments qui devaient constituer le peuple d’Israël. Le nom de Moïse (Moséh) est égyptien; c’est un indice sérieux touchant le lien de sa naissance. On ne fait plus guère difficulté de le rattacher à la tribu de Lévi (cf. Ex., nn, vi, E;1, 16-20, P); son rèle dans l’établissement du culte de Yahweh, qui sera l’apanage de cette tribu, confirme cette donnée du texte sacré. D’antre part, on reconnait assez volontiers que le séjour de Moïse près dela fille du pharaon favorisa son éducation, qu’il participa en quelque manière à la culture intellectuelle de la haute société égyptienne (cf. Act., vit, 22); on ne songe plus en tout cas à le traiter comme un illettré, nc sachant nilire ni écrire. Enlin les critiques se montrent moins sceptiques que jadis touchant l’existence et le rôle d’Aaron.

166. — 4) Le premier fait qui attire l’attention est ce voyage de Moïse au pays de Madian au cours duquel il reçut sa mission et la révélation du nom de Yahweh. Sur cette mission et cette révélation, cf. J. Touzanp, Juir (Peupzr), dans Dictionnaire apologétique de la fai catholique, tome IE, col. 1565-1651, surtout 1600-1603. Nous nous bornerons ici à quelques observations en rapport avec cerlaines opinions en cours. Nous savons que le nom de Madian a désigné, au moins à une époque donnée, le pays qui s’étend sur la côte orientale du golfe élanitique. Est-il nécessaire d’admettre que Moïse soit allé jusque-là? On pourrait d’abord remarquer que, d’après diverses données bibliques (cf. Gen., xxxvi, 35; xxxvir, 28, 36; Num., xxn, 4, 7; xxv, 6-18; xxx1; Jud., vi-vmi), les Madianites apparaissent comme des bédouins pillards qui poussent leurs migrations en diverses directions et parfois très loin. Mais on peut arriver à une plus grande précision. Le beau-père de Moïse est qualifié tantôt de Madianite (Ex. u, 16, J; nr, 1, E; Num., x, 29, J) et tantôt de Cinéen-Qénite (/ud., x, 16; 1v, 11); c’est un indice qu’il y a entre ces deux tribus une atlinité étroite, celle au moins qui relie un clan à une tribu plus étendue. Or des textes nombreux placent le séjour des Cinéens-Qénites dans le négeb de Juda (Jud., 1, 16; 1 Sam., xv, 6; xxvi, 10 Sv.; xxx, 29 Sv.; etc.). C’est peut-être en cette région que Moïse a rencontré le prêtre de Madian. — e) Une autre remarque est plus importante. Il ne résulte nullement des textes que le lieu où Moïse a reçu sa vision fût au pays de Madian. Dans le récit élohiste (E: r., ut, 1), la montagne de Dieu ou Horeb est « au delà du désert » ou « derrière le désert »! (peut-être: à l’occident du désert, d’une certaine manière sur le chemin du retour en Égypte, comme l’indique Er., 1v, 27. Le rédacteur qui a fusionné J et E a dù trouver une indication pareille dans le 1. E. Rexax, Histoire, 1, p. 159. Faksiste à propos du buisson; c’est du moins ce qu explique le mieux les rapprochements qu’il à établis, Des critiques pensent d’ailleurs que le huisson se trouvait, lui aussi, sur la voie du pays de Gessen: ils lisent, en effet, Ex., 1v, 19, 20 (24-26) entre Ex. 1, 230, et Ex., it, 2 (dans les Septante, Er., 11, 236: est répété avant Ex., 1v, 19). Les textes. par consé: quent, ne favorisent aucunement l’hypothèse d’après laquelle la montagne des révélations divines aurait été au pays de Madian (ou de YWusur), aurait été ur sanctuaire en vue dans ces régions.

167. — /) 11 n’y a de même aucun appui dans les textes pour cette autre hypothèse selon laquelle Moïse aurait emprunté aux Madianites ou aux Cinéens-Qénites le nom et le culte de Yahweh. On fait état d’un certain nombre de données dignes à la vérité d’être soulignées. IL est incontestable qu’er sa fuite Moïse entre en relations avec les Madia: nites, relations si étroites qu’elles seront consacrées par un mariage; il convient même de nolet que ces rapports s’élablissent avec le sacerdoce madianite (Ex., 1, 16-22, J. Ces relations ne demeureront pas purement personnelles; lorsque Moïse retournera au désert à la tête de son peuple. elles aboutiront à des liens durables avec les en. fants d’Israël. Le récit inachevé de Num., x, 29-32, J. semble témoigner en ce sens à propos des Cinéens: Qénites: en tout cas des textes tels que Jud.. 1, 16; IV, 11,17-22; V, 24-27 tendent à faire accepter cette interprétation ou du moins à faire retenir les consé quences qui en üécouleraient. 1 autres passages (los.. wav, 6-15; xv,13-19; Jud., 1, 12-15) nous montrent d’autres tribus du négéb, les Cénézéens- (Jenizzites (Calébites), entrant à leur tour dans l’unité israélite. Il y a plus: certaines de leurs attitudes, certaines manitres de parler (Ex., xvIN, y-12, E; Num., x, 29-32, J; Jos., xiv, 6-12) inviteraicnt à regarder ces tribus comme connaissant Yahweh et pratiquant son culte. On remarquera toutefois qu’en serrant de près les textes, on découvre qu’ils n’ont pas une portée aussi précise; si, par exemple, ces bédouins parlent eux-mêmes de Yahweb, c’est en s’adressant aux chefs d’Israël et apparemment par déférence pour eux. Ce n’est pas qu’à prendre les choses en soi, il ne puisse y avoir des affinités entre la religion des Madianites et celle des fils d’Israël. Madian est fils d’Abraham par Célura (Gen. xxv, 2); par Eliphaz, fils d’Esaü, Cénez, l’éponyme des Cénézéens-Qenizzites, se rattache à son tour à la famille patriarcale (Gen., xxxvi, 11). Rien d’impossible à ce que, eux aussi, ces fils du désert aient fidèlement gardé le souvenir de l’Élohin du père des croyants; à ce titre, le Dieu des Madianites aurait pu dire à Moïse qu’il était le Dieu des ancètres (Exr., mr, 6, E) communs. Mais rien ne sert de s’arrèter à ces possibilités; les textes ne se prêtent pas à ces interprétations. La scène du buisson et de l’Ilvreb est racontée comme un événement imprévu, subit. Il se pourrait que l’appellation de « montagne de Dieu» (Ex., nr, 1 évoquit l’idée d’un sanctuaire qui, d’abord païen et peut-être consacré au dieu Sin (lune), füt devenu, sous nn nouveau vocable plus rapproché du monothéisme, cher aux bédouins du négéb ou de la péninsule sinaïtique. Rien toutefois n’autoriserait à voir dans le passage fameux de l’Exode le récit d’une inilialion à la religion et au culte des Madianites. Les paroles de Dieu à Moïse témoignent nettement que la préparation à la révélation du nom de Yahweh s’est opérée au sein des tribus israélites elles-mêmes, que c’est parmi elles qu’il en fant rechercher les antécédents. Ce qu’il y a de plus spécifiquement nouveau, c’est la révélation du nom sous [lequel ce Dieu veut être honoré des ils d’israël, c’est une manifestatsinon plus précise de la personnalité et des attributs de ce Dicu.

168. — C. Du pays de Gessen au delà de la mer Bouge. — Eclairé par les révélations dont il avait été favorisé, soutenu par son patriotisme, secondé par son frère, Moïse revint en Égypte pour affranchir son peuple. Malgré l’obstination du pharaon, malgré certaines diflicultés que les Israélites euxmêmes lui suscitèrent, il aboutit à faire sortir ces derniers de la maison de servitude. — a) Nous ne reprendrons pas Ja discussion si savamment conduite par A. MazroN(art, Ecxetr, dans Dictionnaire apologétique de la foi catholique, tome I, col. 1301-1343) sur la date de l’exode, On sait que la diversité des opinions provient en partie des ressemblances qui existent entre les vicissitudes des dix-huitième et dix-neuvième dynasties égypliennes. La première a pour point de départ un acte vigoureux d’Alhmès pour rétablir l’autorité nationale et traditionnelle sur la vallée du Nil; elle atteint son apogée lorsque Thoutmès IT impose avec une irrésistible énergic le jougégyptien à l’Asie antérieure, y compris la Palestine; la décadence commence avec Aménophis Ill et se consomme avec Aménophis IV. Il y a plus d’un trait de ressemblance entre Ahmés et le pharaon restaurateur Harmhabiqui inaugure La dix-neuviéme dynastie, entre Thoutmès II et Séti I ou Ramsès IH, entre Aménophis HI et Ménephtah. Toutefois ni Ramsès Il n’agitavec autant de vigueur que Thoutmès II, ni surtout Ménephtal n’est faible comme Aménophis I, En comparant ces deux dynasties, on arrive à cette conclusion que Thoutmèés II! et Ramsès IT se présentent sous les traits qui caractérisent le pharaon oppresseur des Hébreux, Aménophis LI et Ménephtah dans les conditions qui expliquent la facilité relative de l’œuvre de délivrance, S’il était établi que les /abiru sont identiques aux Hébreux, on serait presque nécessairement amené à placer l’exode sous Aménophis III et l’entrée en Canaan sous Aménophis IV. À defaut de la certitude voulue touchant cette identification, il faut prêter attention à ce qui est dit des /srailu sur la stele de Ménephtah. [ls y apparaissent comme un peuple déjà fixé en Palestine de la même manière que tous les autres dont parle le vainqueur. D’auire part, l’importance qui est atlachée à leur déroute ne permet guère de songer à un petit groupement demeuré en Canaan lors de la descente de Jacob en Égypte, moins encore à quelques émigrés ayant quitté la vallée du Nil avant Moïse, Aussi l’hypothèse qui rendrait plus facilement compte de la situation serait celle qui placerait l’exode à la fin de la dix-huitième dynastie. Arrivés en Canaan sous Atuénophis IV, les Israélites auraient eu le temps de s’organiser et de grandir avant d’inspirer des inquiétudes au successeur de Rarsès Il. Ce n’est pas tout. Dans cette perspective, la lin de la période des Juges correspondrait facilement an temps de la vingtième dynastie; on s’explique alors que les derniers juges et les premiers rois aient autant à lutter avec les Plilistins dont la présence en la Sephélu’ est attestée pour l’époque de Ramsès LL IL faut aussi le noter, la fin dela dix-huitième dynastie constitue un cadre admirablement adapté au récit de la sortie d’Égypte. Fatigués de la tyrannie de Thoutmés HI, excités par Moïse, les Israélites ne pouvaient que trouver tout naturel de profiter de la faiblesse d’Auénoplis HI pour se soustraire à une autorité qui les avait exaspérés. En même temps ils ne quittaient pas l’Égypte sans un but précis, ainsi qu’on se plait quelquefuis à le dire. Ils n’étaient pas dénués d’informations sur ce pays de Canaan dans lequel leurs pères avaient séjourné; ils savaient en quel état d’émiettement et d’anarchie il se trouvait; ils ne pouvaient manquer de le regarder comme une proie facile que les pharaons affaiblis ne les empéchcraient ni de convoiter ni de conquérir. L’occasion étsit propice; ils se laissérent sans trop de difficulté onvaincre de la nécessité de la saisir; ils se prépaérent au départ.

169. — b) It n’entre pas dans le plan de cet arlicle de procéder à l’identitication minutiense de leurs éLapes successives. Nons indiquerons seulement l’opinion qui tend à s’accréditer parmi les catholiques touchant l’endroit où se fit la traversée de la mer Rouge. Les documents indiquent les étapes suivan- Les: Ramsès (Er., x, 37, P; Num., xxxiu, 3, P), Sukkôth (Ex., xu, 37, P; xui, 20, P; N’um., xxx, 5, P), Etbam (Er, xin, 20, P; Num., xxx, 6, P), Pibahirôth (Ex., xiv, 2, P; Num., xxxnt, 7, P). Ramsès était à un endroit où l’on pouvait choisir entre la voie de la côte et celle du désert, sans doute non loin de San, Or Yahweh ne conduisit pas les enfants d’Israël par le premier de ces chemins (Ex., xin, 17, E); par conséquent. ils ne se dirigèrent pas vers la Méditerranée, vers El-Qantara. Ils suivirent l’autre route et les stations de Sakkôth et JEtham les amenèrent aux confins du désert (Ex., un, 20, P; Mum., xxxut, 6, P; c’était l’itinéraire normal el l’on peut penser qu’il passaità El-Djisr, au Nord du lac Timsah. Mais Yahwel les fit changer de licection, si bien que le passage par Pihahirôth a ‘ous les caractères d’une contre-marche (Zx., x1v, 2, P) destinée à préparer la manifestation de La gloire livine (Exr., xiv, 3, 4, P). Or Pihahirôth se trouve mntre Migdol et la mer, en face de Baalsephon (Ex. «iv, 2, P; Aum., xxx, 7, P). Ils campèrent donc devant la mer (Ex., x1v, 2, 9, 16, 21-23, 26-30; xv, 1,4, 8. 103 cf. Zs., XL, 16; L1, 10; LXIN. E13 Ps. LXVI, >; Lxxvut, 13, 53; cx1v, 3) ou, comme on dit ailleurs, devant la mer des roseaux (Fam süph: Ex. xin, ISSN V, L, 22: Heut., 11, 1; 7/05, 11, 10: IV. 295 XXIX, 6; ef. Ps. ovi, 5, 9, 223 CxxxVI, 138, 15). Personne, bu à peu près, ne doute qu’il s’agisse de la mer Rouge. Mais, à l’époque de l’exode, « La géographie du temps de la dix-huitième dynastie nous montre la mer Rouge remontant, quoique par des passages à peine continus el par conséquent à peine inondés, jusqu’aux environs de Pithom on Héroopolis, qui donna son nom au golfe » (LAGRANGx). C’est dans cetle région, peut-être au Sérapéunm, entre le lac Timsah et les lacs Amers qu’aurait eu lieu le passage!.

170. — c) La principale difficulté de ce contexte provient du nombre des émigrants; et cette difficulté s’accrolt singulièrement quand on songe que quaante ans durant, cetie multitude énorme devra vivre dans les steppes arides du Sinaï. « Le total des per: sonnes de la maison de Jacob qui vinrent en Égypte était de svixante-dix. » (Gen., xLvi, 27°, P). Av bout de quatre cent trente ans (Ex., xu, 4o, P), les Israélites s’étaient singulièrement accrus. Es sorti rent au « nombre d’environ six cent mille piétons (mäles) sans compter les enfants » (Exr., xu, 35". PIJE,?]); cette donnée est confirmuée par Aum., XI 21, J[?]. Le texte ajoute d’ailleurs qu’une grande foule composée d’éléments hétérogènes, comme il s’en pouvait trouver près de la frontière, s’adjoignit à eux (Ex, xur, 38, J). On connait, d’autre part, les deux recensements du Code sacerdotal, le premier aboutissant (Num., 1, 46) à six cent trois mille cinc cent cinquante hommes en état de porter les armes sans compter les lévites, les femmes ct les enfants: le deuxième aboutissant (Yum., xxvi, 51) dans les 1. Fr. M.-3. LAGRANGE, L’itincraire..., surtout p. 71-81, La citation ci-dessus reproduite provient de la p. 78. mêmes conditions au total de six cent un mille sept cent trente. Beaucoup de commentateurs ont remarqué combien il est difficile d’admettre qu’un si grand nombre d’Israélites — en tout plus de deux millions — ait pu vivre même dans le pays de Gessen, à plus forte raison dans le désert de Cadés. La difticulté, il faut le reconnaître, est des plus graves. La critique textuelle n’offre pas d’éléments de solution, puisque les nombres en question sont les mêmes dans les textes et les versions. La critique littéraire serait peut-être plus accommodante. On pourrait par exemple, faire appel au caractère schématique, artificiel, du Code secerdotal, aux exagérations à tendances midraschiques de certains remaniements qui y ont été faits après coup, aux amplitications et déformalions de certainestraditions qu’il a insérées saus que ses auteurs se prononcent sur leur valeur, il serait d’ailleurs peut-être juste de noter qu’ils’agit ici de détails n’atteignant pas la substance des faits. Cette hypothèse aurait pour complément assez naturel celle de retouches harmonistiques faites après coup à l’Élohiste où an Fahwiste (Ex., xvi, 99t; Num., x, 21). Mais a-t-on le droit de s’avancer de pied ferme sur un terrain aussi brûlant?

3° Dans la péninsule sinaïtique

171. — A. Données bibliques. — Si l’on fait provisoirement abstraction des incidents seconduires qui y sont rattachés, des législations multiples qui y sont insérées, le récit du voyage des Israélites au travers de la péninsule du Sinaï, se laisse, dans l’état actuel du texte, résumer comme il suit: — a) Au sortir de la mer Rouge, les émigrants marchent trois jours dans le désert de Sur (Šûr), arrivent à Mara (7@rah, puis à Elim (‘yl/îm: Ex., xv, 22-252 [JE]. 27 ‘P]: 25b serait de E, 26 de Rd). D’Elimn ils vont au désert de Sin sin, qui est entre Elim et le Sinaï (Ez., xv1, 1, P). — b Du désert de Sin, suivant les marchos réglées par Yahweb, ils viennent à Raphidim rp’idim; Ex., xvir, à, P). Dans ce contexte est raconté le miracle des enux de Massah (massäk) et Méribuh rcrib’ak), à un endroit où se trouve un rocher qui est en Horeb Ex., xvn, 1b:-7, J et E; noter le vers. 6az). D’autre part, en connexion explicite avec Raphidim est mise la victoire des Israélites sur Amalec (Ezx., xvn, 8-16, E). — c) La suite du récit suppose, ou bien que Raphidiun est la montagne de Dieu (cf. xv11, 6ac), ou bien que, par une nouvelle marche sous-entendue, on y est urrivé, C’est, en effet, à la montagne de Dieu (Exr., xvut, 5) que Muise reçoit la visite de Jethro, son beau-père (Ex., xvrn, 1-27; surtout E. avec quelques truits de R’. De fait, on dit eusuite, d’une manière expresse, que de Raphidim les Israélites sont renus au Sinaï où ils sont arrivés au débat du 3° mois après la sortie d’Égypte: ils campent dans le désert vis-à-vis de la montagne (Ex., xix, 1, 22, P; b, E).— d) Le séjour du Sinui (Ex., xix — Num., x, 10), si fécond au point de vue de le constitution de la nation israélite, se prolonge jusqu’au 20 du 2: mois de l’an? de Ja sortie d Égypte (Num., x. 11, P). Quand tous les préparatifs ont été prévus et réalisés, Israël se met en marche au signal donné par Yahweb luimême. On dirait d abord que d’un trait il arrive au désert de Puran (pa’ran; Nurm., x, 11,12, P8). Toutefois on s’aperçoit bientôt que les premières stations sont: Fhabeera (tab*’éräh; Num,., x, 1-3, E), Qibroth-Hattaava (Qibtratt Hatia’wah; Num., xt, 4-34, surtout J avec lraits empruntés à E), Haséroth [Hisérôth; Num., x1, 35, J, enfin Paran (Num., xH, 16 [Vulg., xit1, 1], 3). —e) La suite immédinte du récit (Vurn., x1ItI-XIV; tres composite, JEP) donnerait à entendre que déjà l’on est à Cadès; c’est du désert de Sin (sin), en effet, que les espions partent pour explorer Canaan (Vum., xan, 210 [Vulg. 22L]. Pj. Ils reviennent, il est vrai, dans le désert de Paran (Num., xitt, 26a [Vulg. 272], P); mais on sait que le désert de Sin, où se trouve Cadès, n’est qu’une région du grand désert de Perun; d’ailleurs le texte ajoute expressément que le lieu du retour des espions est Cadès (Num, xin1, 262 [ Vulg. 273], P). C’est dans le désert de Cadès que les [sraélites, à la suite de faits sur lesquels nous reviendrons plus loin, paraissent être condamnés à errer pendant quarante ans Num., x1v, 81 [E?], 34 [P?]), là que semblent se produire les incidents et se développer les législations dont il est question Vum., xv-xix. Néanmoins cest seulement avec Num., xx, 182 (P) que nous voyons les Isruélites arriver au désert de Sin dans le premier mois. que nous apprenons (Vum., x1x, 1a: b, Ej que le peuple séjnurna à Gadès et que Murie, sœur de Moïse, y mourut. Suit (Wrm., xx, 2-13, Eet P) le miracle des eaux de Méribah. Après quoi se préparent les étopes qui de Gadès conduiront Israël dans les plaines de Moab. — /) On ne saurait dissirnuler les heurts que produisent en ces récits la juxtaposition et la combinaison des divers documents. Mais ilest deux points d’une absolue certitude. Dans les récits actuels, les Israélites n’arrivent à Cadès qu’après être passés au Sinaï. D’autre part, le Sinaï se trouve dans la partie méridionale et montagneuse de la péninsule, — g) Jusqu’à ces derniers temps, aucun doute ne s’étuit élevé sur les grundes lignes de cet itinéraire. On discutait seulement au sujet d’identifications locales parfois très dificiles; on se demundait si, dans le massif méridional, c’était le Serbälou le Djébel Maisa ou le Safsäf qui avaient servi de marchrpied à Yabhweh. Mais des opinions se sont récemment produites auxquelles il nous faut prèter quelque attention.

172. — B. Les opinions des critiques. — C’est une idée à peu prés courante dans l’école de WELL- HAUSEN, que les Israélites sont allés directement de l’Égypte à Cadès sans passer par le Sud de la péninsule sinaïtique. — a) Uu argument d’ensemble domine cetle théorie. C’est que, dans le cas où les fils de Jacob quittaient l’Égypte pour s’acheminer vers la Palestine, telle était, à défaut du chemin de la côte méditerranéenne, la voie normale pour s’approcher de la frontière à conquérir. C’est que tel était aussi l’itinéraire tout indiqué au cas où, sans un but ultérieur, les Israélites eussent simplement voulu échapper à Ja servitude, regagner le désert, c’est-à-dire peutêtre leur point de départ et leur séjour primitif. Le détour par le massif méridional ne correspond à aucun itinéraire rationnel. — b) Du voyage conduisant directement les émigrauts de l’Égypte à Cadès, les critiques prétendent retrouver les traces dans les récits eux-mêmes. D’après Ex., ur,18, E [?, Yahweh, du milicu du buisson, invite Moïse à demander au pharaon la permission de faire, à la tête des Hébreux, un voyage de trois jours pour aller sacrifier à l’endroit même de l’apparition. De fait (Ex., v, 3, J), Moïse présente cette requête au roi qui refuse de l’accucillir. Mais, à la suite du passage de la mer Rouge, on voit les Israélites marcher trois jours dans un pays sans eau, c’est-à-dire daus le désert (Ex., xv, 22P, JE). Cette indication a pour suite Æx., xvir, 1P(JE), qui de nouveau nous remet dans un désert sans eau. C’est alors que prend place le miracle de la source de Massah-Méribah (Ex., xvir, 22-79, JE). Ce miracle serait identique à celui de la source de Méribah qui est raconté Num., xx, 2-13 (racb, 32, 5, Bacba, g°, 112b-, de E; le reste de P) et explicitement localisé à Cadès. — c) Nous aurions donc déjà un doublet, IL y en a d’autres: celui de la maune (Ex., xvI, 2-36, et Num., x1, 4-9), celui de l’adjonction des anciens à Moïse pour le jugement et le gouvernement du peuple (Ex., xvu, 13-26 [E]et Num., xt, 10b- 25 [J, saufir », 12, 14, 16, 19,24", 25, qui se rattachent à Ej). Il est clair que ces doublets ne se rapportent en chaque cas qu’à un seul et même événement, que tantôt les documents primitifs (J, E, P; ila pour la manne et les anciens), tantôt les rédacteurs (RJE; les eaux de Cadès) ont placé en des contextes et en des cadres locaux différents. Dans les deux hypothèses, ces doublets attestent des variations touchant l’itinéraire des Hébreux au désert.

173. — d) Le premier itinéraire conduisait directement les Israélites à Cadès (WeLLHAUSEN!, Bernard 1. Cf. J. WeLLHAUSEN, Jsraelitische…, p. 13-14; Prolegomena sur Geschichte fsraels, 3° ëd., 1899, p. 357-359. STADE!, Bruno BArNTsGCK?, Edouard Meyer). C’était celui de J¹ que M. Raymond Waicci, par exemple, reconstruit comme il suit: Er., xv, 22? (en ajoutaut: et ils arrivèrent à Cadès); Num., xx, 18; Ex., xvn, abs, ane [— Num., xx, ea], ga: b, Ga, Gb, qoba; XV, 25b: Après trois jours de traversée dans un désert sans eau, on arrive à Cadès. Ici non plus il n’ya pas d’eau; le peuple s’en prend à Moïse qui leur en procure par une opératiou miraculeuse dont le détail a disparu des éléments de J! qui nous ont été conservés; on donne à l’endroit, à la source, les noms symboliques de Massah et Méribah. Le peuple fit à Cadès un long séjour pendant lequel Yahweh, en même temps qu’il l’éprouvait, lui donnait une législation. Cadès apparait ainsi comme un sanctuaire: qu’auparavant il füt, ou non, consacré à un autre dieu, il est considéré, au temps de Moïse, comme le sanctuaire de Yahweh. Moïse en est le prêtre. En effet, Cadès n’est autre chose que le sanctuaire du buisson ardent de J. Par sa lutte avec Yahweh (Ex., 1v, 24-26), Moïse a acquis des droits sur ce lieu dont la vision (éléments de J dans Ex., in, 2-6) lui a révélé le caractère sacréÿ.

174. — e) Mais, bien que sans rapport avec la législation, le Sinaï avait sa place dans la tradition primitive (WELLHAUSEN‘). Cadès n’était qu’un sanctuaire secondaire, Le pied à terre de Yahwelh pour ses relations avec son peuple; la demeure divine véritable, c’était la montagne sainte, le Sinaï. Cette subordination de Cadès par rapport au Sinaï a trouvé son expression dans la relation établie entre Moïse, prêtre de Cadeës, et le prêtre de Madian ou du Sinaï, son beau-père (WKILL‘). — /j) Dans J!, c’était Yahwveh qui, du Sinaï, venait à Cadès8. Déjà toutefois on trouve dans le Fahiviste des traits qui nous montrent le peuple à [a montagne sainte (Ex., x1x, 18, 20, à lire 202 18 L aof), Il faut donc admettre que J? conduisait les Israélites au Sinaï; mais tout porte à croire que le voyage était intercalé dans le séjour à Cadés. Il va de soi que, du moment où les fils de Jacob allaient au séjour principal de la divinité, le prestige de ce dernier allait nuire au sanctuaire secondaire. D’une part, l’œuvre législative allait être rapprochée de la montagne sainte; de l’autre, le séjour propre de la divinité tendrait à devenir le but du voyage.

175. — 5) On admet assez voloutiers chez ces critiques que l’Élohiste est plus récent que J°, bien plus, qu’il s’en est inspiré. Or tandis que, dans J, Yahweh donne rendez-vous au buisson, autrement dit à Cadès (Er, 11, 18), c’est à sa montagne, à l’Horeb, que, dans E, Dieu appelle les Israélites (Ex., m1, 1, 12). Par 1. Cf. B. Sravr, Geschichte.., J, p. 129-134; Die Entstekung des Volkes Israel, P. 12 8v.; Stade, au moins dans son Histoire (cf. p. 132, note 2), se défend de rechercher le véritable emplacement du Sinaï. Mais les allées et renues des tribus ont pour théâtre le Nord de Ia péninsule, même jusqu’au Musur. 2. Cf. Bruno BarnTscn, Erodus-leviticus-Numeri übertetzt und erklart (dans Handkommentar zum Alten Testament, de W. Nowacx), p. 139 (cf. p. 14, 18, etc.), 3. Cf. Ed. Mrvex et Luruer, Die Israeliten.…, p. 60-71. &. Cf. Raymond Wreiir, Le séjour des Israélites au detert et le Sinaï dans la relation primitive, l’évalution du ’exte biblique et la tradition christiano-moderne, p- 49-77. 3. CF. R. Wie, Le scjour..., p. 56-69: Ed. Mryer 2 D. LurTurr. Die fsraeliten..., p. 62 et 3-6. 56-39, 6. Cf. J. WeirHAUsen, /sraelitische.…., p. 13-14. On 1otera d’ailleurs que, contrairement à R. Weill, J. Wellrausen identifie le Buisson avec le Sinaï. 7. Le séjour.…., p. 77-89. Cf. Ed. MeYER, Die Israclier. 8. te J, WeLLHAUSEN, Jsraelitische..…., np. 14, note!. — Prolegomena..., p. 349 où il allégue Deut., xxxrit, 2), 9. Cf. R. Wei, Le séjour., p. 89-94. conséquent, pour l’Elokiste, l’Horeb qui, d’après nombre de critiques, est identique au Sinaï de J, sera l’endroit vers lequel les Israélites s’achemineront au sortir de l’Égypte. Sans doute, E retiendra Cadès que lui impose la tradition. Mais Cades n’aura plus qu’une importance secondaire; ce sera simpleruent l’endroit d’où l’on monte en Palestine. C’est cette intrusion de la montagne de Dieu avant Cadès qui a été le point de départ de tous les remaniements upérés dans les données de J!, l’occasion des doublets. 11 faut. dans ces bouleversements, voir une «uvre progressive, commencée par E, puis continuée d’abord par le rédacteur de JE. L’auteur du Code sacerdotal aurait encore renchéri en deux manitres. D’ahord par la multiplication des détours et des stations qui conduisent d’Égypte à Cadès en passant par le Sinaï (c’est Le nom qu’il garde pour la montagne divine). Ensuite par la substitution au nom de Cades d’expressions plus vagues, désert de Paran, désert de Sin (cf. pour l’identification de cestermes, Num., xxx, 36; Num., EXVH, 12-14 — Deut., xxxu, 48-51); il se pourrait que des préoccupations d’orthodoxie l’eussent porté à diminuer l’importance du sanctuaire du négéb (WeLLHaussn!, WeizL?). — À) La lucnlisation de Cadès ne présente plus aucune difficulté; l’identification avec l’oasis de ‘Ain Qadeis, d’une maniere plus générale avec toutes les oasis qui se groupent en cette région, est aujourd’hui recon: nue unanimement. Si, même considérées dans leur ensemble, elles sont absolument insuflisantes poui assurer le ravilaillemcnt de deux millions d’émigrés on peut dire qu’elles permettent d’envisager le séjour prolongé d’un campement déjà considérable.

176. — à Mais où se trouve le Sinaï? Notons d’uborc que beaucoup de critiques admettent l’identité réelle, supposée pur E, de l’Hureb avecle Sinaï de J°, l’identité de l’ur et de l’autre avec le Sinaï de P. Ils ne se préoccupent, er conséquence, que de la localisation du Sinaï. D’aucuns nou: l’avons dit, le placent sur la côte orientale du wädi el- ‘Araba, ou du golfe élanitique: BeKe 5 qui, en 1878, l’iden: tifiuit avec le Djébél en-Nür; WELLHAUSENi, qui dhilleurs n’attache qu’une importance secondaire à cette localisation; Moore, qui plus tard aura des hésitations: Barrscu 6, etc. Telle sera l’opinion de plusieurs de ceu) qui traiteront le Sinaï comme un volcan et verront dan: les récits de l’Erode la description d’une éruption: telle: sont, avec des nuances diverses, les théories de EH, GUNkrL° H. Grrssuaxn t et Ed. MEYER®. —;) La théorie de Vor Ga!° est plus complexe. Le Sinaï de J serait distinct de l’Horeb de Ë et du Sinaï de P. Dans Ex., xin1, 17, 18, récit élohiste conduit évidemment les Israélites vers l Sud, sur lu côte orientale du golfe de Suez; l’Horeb es donc dans le massif méridional de la péninsule. De soi côté, le récit sacerdotal reprend la même marche pou: conduire le peuple à son Sinaï (Num., xxxitt, 10, 11). En revanche, le Sinaï de J est à l’Est du golfe élanitique. Ge: divergences s’expliquent sans doute parce que, d’une part les Madianites, avec lesquels le Sinaï est en relation avaient leur berceau et centre principal à l’Est d’Agab, 1. Cf. 3. WeLLuausen, Prolezomena..., p. 370. 2. Cf. R. Weil, Le séjour... p. 109. 3. Cf. C. T. Beke, Origincs biblicae or Researches 01 Primeval Listory, 1831; Mount Sinaï a Volcano, 1873 Discovery of the rue Mount Sinaï, 1873: Discoveries © Sinaï in Arabia and vf Madian. 1878. 4. Cf. 3. WerLuausEen. Prolesomena..., p. 359, note 1. 5. Cf. Rev. George F. Moon, À critical and ezcgeti cal Conmentary on Judges, 1893, p. 140, 179. 6. Cf. Tngo BarxrseH, Erodus…., p. 138-140. 7. Cf., au sujet de H. GuxkEL, Deutsche Literaturzei tung, 1903, p. 3058. 8. Cf. H. GuessMaxx, Mose und seine Zeit, 1913, p. 19 sv., 409 sv. 9. Cf. Ed. Meyer, Die Jsracliten..…, p.60, 69-70. 10. Cf. Von Gaz, Alüisraelitische Kultstätten (dans Lei bee Zeitschrift fir die alttestamentliche Wissenschaft p. 1-37. et parce que, d’autre part, un de leurs clans avait émigré au Sud de la péninsule. — À) D’autres uuteurs toutefois ont tendance à rajhprocher le Sinaï de Cadés. Hs font volontiers état de deux textes: Jud., v, 4, 5, qui met le séjour primitif de Yahweb (peut-être explicitement le Sinaï en relation avec Séir d Edom, dont on retient l’emplacement à l’Ouest du srédi cl-’Araba: Leut., xxxiM, 2, qui met en corrélation le Sinaï, Séir, le mont Parun et Méribath- Cades (leçon du grec pour? a:). Déja GRrarTz! plaçait le Sinaï au Débél’Araif, au Sud de ‘Ain Qadeis. D’untres songeruient au massif de Séir ou d’Edom: GREEN², Dini- MANNS, SMEND ⁴; SAYCEP, qui d’ailleurs place assez étranement le passage de la Mer Rouge au golfe d Aqaba; WINCKLER⁶, qui adoptera ensuite une autre opinion; Moore‘. D’autres se contentent d’une situation générale près de Cadès, HoLzIXGER*®, CHEYNE?.

177. — 1) Il faut noter la seconde théorie de Winc- KLER 19, Le Sinaï de l’ancienne tradilion esten rapport avec les Qénites du négéb; Deut., xxxin, 2, le met en relation avec Edom. Il est donc situé d’abord au Sud de Juda, mais à l’horizon visible de Juda; dans la suite toutelois ci à mesure que les perspectives se développeront, il reculern de plus en plus vers la partie méridionale de lu péninsule. Dans cette conceplion du Sinaï qui se déplace, est plus ou moins implicitement renfermée l’idée d’une montagne ivréelle et mythique. La pensée de Winckler évalue en ce sens et rattache à cette conception la distinction des deux sommet: Horeh et Sinaï. Le concept d’une montagne mythique est particulièrement cher à Rnymond Weu 11, qui l’applique au Sinaï de J, à l’Horeb de E, au Sinaï de P, qui ne font qu’un. C’esl le séjour principal du Dieu dont Cadès est le sanctuaire secondaire: dépendance exprimée, et dans la filiation du sacerdoce de Cadès Moïse) par rapport à Celui de Sinaï (prêtre de Madinn ou du Sinaï), et par la ressemblance entre le mot s*nch, buisson (de Cadès), et le nom yalwiste et sacerdotal de ja montagne (Sinaï). Dès lors, il ne peut ètre question pour le Sinui d’une localisation précise. 1l est situé derrière Cadès, en Séir, en Paran. Il n’est pas loin de Cadès et de la Palestine. puisqu’un dieu doit toujours ètre près de son peuple. Il est derrière l’horizon immédiat d’Israël, à une distance idéale de trois jours, selon l’évaluation de J°, que l’on trouve reproduite par E (!! dans Num., x, &4a 12: mais il est dans le désert où on ne pénètre pas. L’UHoreb del Élohiste, situé entre l’Égypte et Gades, esttout aussi indèlerminé et Weill n’admet pas qu’EEa., xutt, 17- 18 soit à entendre d’un voyage vers le Sud de la péninsule. En revanche, l’épisode de la victoire de Raphidim 1. Cf. I GnaTz, Monatschrift für Geschichte und Wissenschaft des Judenthums, 1878, p. 327-360, 2. Ct. Baker Garen, The Hebrew Migration from Egypt, 96 éd., 1883, p. 138 sv., 170 sv. 3. Cf. Duncan, Exodus, 1880; Exodus und Levilicus, 3° éd., RysseL, 1899, p. 31. &. Cf. R. Sue», Zchrbruch der alltestamentlichen Rcligionsgeschichte, 2° éd., 1899. p. 35, note 2. Le Sinaï: Horeb) est à l’Ouest du pays de Madian (situé à l’Est du golfe Elanilique), donc vers Séir. 5. Cf. A.-H. Sayce, The early History of the Hebrew: s, 1897, p. 188-189. 6. Cf. H. WixckLer, Das Nordarabische Land Musri in den Inschriften und der Bibel, dans Altorientalische F’orschungen, 1 (1893), p. 24-30, 337-335; — Musri, Meluhha, Main, dans Mittcilungen der Vorderasiatische Gesellschaft. 1898, fasc. et 4. 7. C’est du moins ce qui peut résulter de G. F. Moure, Ecodus, dans Encyclopaedia Biblica, M, 1901, col. 1413 (voir surtout parag. v). 8. Cf. H. HouziNcer, Erodus (dans Aurzer Hand-Commentar zum Alten Testament, de Karl Mani), p. 65 66. 9. Cf. T. K. CuevNe, Moses, dans Encyclupaedia Diblica, HI, surtout col. 3208 (n° 5). 10. Cf. H. WixckLen, Sinaï and Horeb, dans Encyclopacdia Biblica, IV, col. 4629-4643, surtout col. 4638-4641 (n° 14-17), Au poiat de vue du concept mythique (astral, cosmologiquel. voir col. 4629-4633 (n°* 1-6). 11. CE R. Was, Le séjour.…., p. 36-40, 50-55, 77-80, 9G-104, 109-114. 1°. A cet endroit, E transerit J?: « Hs partirent de la montagne de Dieu pour un chemin de trois jours... », mais il supprime le nom de Cadés, terme du retour du voyage au Sinaï, iaséré par J° dans la tradition de J!. (Ex, xvnt, 8-16) nous ramène vers le séjour d’Amalec, c’est-à-dire vers le nézcb et Cadès. Mais il y a Mara et Elim, qui semblent indiquer un voyage vers le Sud!.. La direction paraît d’uutant mieux marquée que Weill, à la suite de Mever, s’appuie sur des comparaisons d’Ex., xv, 23-°7 avec des textes d’auteurs profanes pour identifier Mara-Elim (ils en font une seule localité) avec l’oasis et la pulmeraie de Tor. I ne faut pas céder à cette illusion: ju ention de Mara-Elim en ce contexte a une tout autre raison d’être. Au huitième siècle, quand l’Élohiste écrivait, l’oasis de Tor était un lieu de cures miraculeuses où afflunient de nombreux pélerins. Comme on y venuit d’Israël, l’auteur du récit éprouva le besoin d’attribuer à « Yahweh qui guérit » (Ex., xv, 26) l’origine de la sourcebienfuisante. 11 ne trouva pas d’autre moyen que de mettre Mara-Elim sur le chemin suivi par les llébreux, précédés de leur Dieu, au sortir de l’Égypte. Sans doute, au point de vue géographique, le crochet était extraordinaire, puisque 1 Horeb est pres de Cudès. Mais le narrateur, grâce à l’extrème indigence de ses connaissances topographiques, trouvait cela tout simple. Non moins flotinntes étuient les notions du rédacteur sacerdotal, bien que son texte paraisse de tous le plus précis. Comparant la liste de Num., xxxui, uvec les éléments anlécédemment fournis par P, Weill conclut: « On voit que cette liste de Nombr., xxxtn1, qui est considérée en général comme appartenant à une couche tardive de P, est partout d’accord avec les détails acceptés ou introduits par P et donnés par lui d’autre part, ct que toute son originalité consiste dans lintercalation d’un nombre considérable de sta: tions que le récit antérieur ne connaïit pas. Il est inutile de dire que toute tentative de localisation géographique, ici, serait absurde: le rédacteur qui inscrivail ces noms èle file avait de tout autres préoccupations que celles de savoir s’ils correspondaient à une réalité quelconque. »

178. — m) La plupart des critiques esliment que c’est l’itinéraire direct qui correspond à la vérité historique. De ce chef, Cadès acquiert une importance extraordinaire. De par son nom même (Qades), c’est un sanctuaire, et il y a lieu de croire que, longtemps avant l’époque mosaïque, c’était pour les bédouins du désert un lieu de prière et de pèlerinage. L’objet sacré était une source; dés le temps des patriarches, elle s’appelait Source du Jugement( Ain Mispal; Gen., XIV, 9): preuve que l’endroit revêtait un caractère sacré bien avant l’exode. C’est cette même source que désignent les noms, de sens analogue, de Massah et Méribah, « eau d’épreuve », « eau de décision », et ilest possible que ces vocables remontent à un lointain passé. Les récits qui les concernent sont nettement étiologiques et ont pour but d’expliquer ces noms. Mais les explications varient. Ici, c’est Yahweh qui tente son Fidèle et querelle avec lui (Deut., xxx, 8, 10; cf. Aum., xx, 12,13 [P]); là (Ex. xvu, 1-7, JE), c’est le peuple qui tente Yahweh ou Moïse. Cadès, c’est donc le sanctuaire de la source, le sanctuaire des décisions. C’est aussi le sanctuaire de l’oracle, de l’érim el du tummim (Deut., xxxur, 83). C’est là que Moïse trouve accès; là que, selon les uns, en contact avec la confédération du Sinaï, il est initié au culte du vieux dieu, 1. Cf. R. Weur, Le séjour..., p. 111. Nous ne ferons que mentionner l’opinion de L. Cart (cf. L. GaRT, Au Sinaï et dans l’Arabie Pétrée, Appendice: La Géographie de l’Exode, à partir de lu paye 373; voir surtout: p. 378, 3K4-385, 386, 387, 418-420, 430-431, 41-142, 451-460). Il rejette l’idée d’un itinéraire primitif allant directement d Égypte à Cadès. Tous les itinéraires portaient: Égypte, Sinaï ou Horeb, Cades. Il distingue entre le Sinaï et l’Horeb. Le Sinaï, qui n’est autre que le buisson s*x6h). est près de Cadès, ainsi que l’indiquent Deut., xxxru, 2 et Jud., v,4, et correspond peut-être au Débèl Magra ou au Djébél Museilleh. Quant à l’Hloreh, il n’est pas près de Cadès; il est plus en Sud, à trois jours de murche (Num., x, 33), à onze journées d’après le Drutéronome D?) qui suit d’ordinaire E (Denut., 1, 2): l’histoire d’Elie 1 Reg., XIX) suppose aussi une lonçrue distunce. Le Sinaï de P est pareillement dans le massif du Sud. peut-être qênite ou madianite: là que, selon les autres, il substitue au culte d’un élôhim imprécis celui de Yahweh qui lui est apparu dans le buisson. C’est là qu’il reçoit la législation qui présidera à la formation de son peuple, là pareillement qu’il recueitle ces ordonnances et ces moyens cultuels dout il léguera le dépôt aux héritiers de sa fonction, les Lévites. Cadès est le vérilable berceau de l’unité nationale et religieuse d’Israël.

179. — C. L’itinéraire des Israélites au désert. — Il faut bien se garder d’accepter sans contrôle les théories que nous venons d’exposer. — a) llest incontestable que le chemin normal pour aller d’Égypte à Cadès ne comporte pas le long détour par le massif méridional de la péninsule du Sinaï. Seule une raison spéciale peut expliquer un pareil crochet. Mais précisément les documents qui parlent de l’Horeh et du Sinaï donnent cette raison. Laissons de côté, par égard pour la mentalité de certains critiques, ce que la Bible nous dit de la révélation et de la convocation divines (Æx., nt, 12, E; an, 18, J). Il reste que la réputation d’un sanctuaire vénéré explique très adéquatement une telle déviation d’itinéraire; or, quand Moïse revint en Égypte, le Sinaï-Horeb avait pour lui ce caractère et à un degré éminent. — b) Il faut ajouter une deuxième remarque préliminaire. Il ne convient pas de s’attacher à des théories qui vont à l’encontre des données les plus claires et Les plus universelles des textes, si on ue peut les étayer qu’avec des arguments d’une probabilité très tenue. Or, d’une part, la question de l’antiquilé respective de J et de E admet encore, dans le monde des critiques, des solutions très variées; beaucoup d’exégètes diraient que les deux conclusions ont sensiblement les mêmes chances de certitude; la thèse de l’antériorité de E est soutenue par des personnalités imposantes. D’autre part, si l’on peut, avec quelques vraisemblances, reconnaître en J la présence de plusieurs couches successives, il est, dans la plupart des cas, tout à fait délicat de vouloir les séparer: qui oserait regarder comme délinitive la reconstitution de J! telle que R. Wii, par exemple, nous la représente? C’est là pourtant l’un des éléments les plus fondamentaux du système.

180. — c) Que si maintenant l’on aborde les arguments positifs, on voit qu’à leur tour ils prêtent le flanc à de sérieuses contradictions. Ainsi en est-il de celui qui repose sur le voyage de trois jours. Il est, en eflet, impossible de déruontrer avec certitude que le terme de ce voyage soit Cadès. Dans Ær., 1, 18, c’est au Buisson que Yahwelb fixe le but de ce pèlerinage; mais l’identité du Buisson et de Cadés est loin d’être prouvée, loin d’être admise par tous les critiques. De même, le contexte actuel d’Er., XY, 22 n’a aucune relation immédiate avec Cadès, et le lien avec Ex., xvit, 10 n’est rien moins qu’évident. Quand on sort de l’Égypte au niveau du Sétrapéum, nombreuses sont les directions dans lesquelles on peul, trois jours durant, errer dans le désert, sans eau potable. Mais il y a plus. La distance de trois jours ne se présente pas comme une distance précise, D’une part, la mention de cet itinéraire a pour but d’obtenir plus facilement du pharaon la permission de quitter l’Égypte; ellen’est donc pas nécessairement exacte. D’autre part, elle peut être une évaluation générale et plus ou moins symbolique. Enfin il est capital de noter que la distance réelle qui sépare la mer Rouge de Cadès est, en ligne directe, non de trois, mais de plus de sept jours. IL n’est donc nullement prouvé que le voyage de trois jours mène directement à Cades.

181. — d) Si nous parlons d’une évaluation symbolique, ce n’est pas que, pour nous, les documents évoluent autour de données vagues, plus ou moins mythiques. Loin de là. Les indications concernant Cadés, le Sinaiï-Horeb, les stations, correspondent à des entités réelles et précises. Quelle que soit la date de la composition des documents, on ne säurait arguer, en vue d’une conclusion opposée, de l’ignorance de leurs auteurs. Au neuvième siècle ou au huitième, par exemple, les écrivains de Palestine avaient toute facilité de connaitre par eux-mêmes, par les récits des pclerins ou des bédouins, les sites dent ils parlaient. La péninsule du Sinaï, qu’il s’agisse du désert ou du tuassif méridional, était accessible à tous et parcourue dans toutes les directions. Il y a quelque naïveté, par exemple, à prétendre que l’Ælohiste ne se rendait pas compte du site de Mara-Elim-Tor par rapport à Cades. Sans doute, il eût été, aussi bien que le bédouin ou le fellab de nos jours, incapable de fixer sa science topographique sur une carte; mais, comme le bédouin de nos jours, il était en mesure d’exposer un itinéraire, d’énumérer les stations, de les décrire, de dire la durée des élapes qui les séparent; il n’eût pas même sans doute commis la bévue de R. We&iEz qui identitie Le désert de Sin (sin) entre Elim et le Sinaï (Æx., xvr, 1) et le désert de Sin (sin) qui est autour de Cadès (Yum., xx, r)!. On peut, en conséquence, regarder les données des documents comme se rapportant à des réalités concrètes. De même Les relations qui peuvent exister entre le Sinaï et Cadès ne sauraient être traitées comme des relations d’ordre purement logique.

182. — e) Il faut d’abord rappeler (vid. supr. 166, e) que le Buisson de J et la montagne divine de E sont en dehors de Madian, sur le chemin du retour en Égypte. Rien n’indique, nous l’avons vu (vid. supr. 166, d), que le Madian où Moïse a rencontré le prêtre soit à l’Esi du golfe d’Aqgaba; c’est plutôt au négéb, au pays des Cinéens-Qénites qu’il faut penser. Mais düt-on situer le Madian en Arabie, qu’on ne serait nullement obligé d’y mettre le Sinaï, dont le caractère volcanique n’est par ailleurs nullement démontré. D’autre part, nous croyons à l’identité topographique du buisson et de la montagne de Dieu. Admettons que lon puisse formuler des réserves sur la compétence du rédacteur RJE; il est en tout cas impossible de lui attribuer gratuitemen! upe erreur sur les données les plus fondamentales des récits qu’il amalgaue. Si, dans Ex., ur. il a fondu étroitement les données relatives au buisson ei celles qui concernaient la muontagne de Dieu, c’esi évidemment que, par leur teneur même, les deux documents présentaient ces quantités comme identiques. De cette constatation, une autre conséquence découle: c’est que le buisson n’est pasà Cadés. Nulle part cetle équation n’est établie et ce que nou: venons de dire de l’identitication du buisson et de le montagne la rend impossible. Dès lors le voyagé de trois jours perd toute attache avec Cadès; que que soit le sens dans lequel on le veuille entendre il est en relation avec Le buisson, avec la montagnt de Dieu, avec le Sinaï. — f) Les critiques tiennen que les itinéraires de E et ce P placent l’Horeb et lt Sinaï avant Cadès; c’est, en effet, de toute évidence D’autre part, on n’a qne des lambeaux de texte: pour appuyer l’hypothèse d’après laquelle J? met trait le voyage au Sinaï pendant le séjour de Cadès tandis que J! ignorerait complètement ce voyage Au lieu de donner crédit à des constructions auss chancelantes, n’est-il pas plus rationnel de faire font sur les textes clairs des documents en même temp: 1. R. Wei, Le séjour..., p. 110. que sur la manière dont les a interprétés le rédacteur qui les à combinés enseruble? On est ainsi amené à penser que toutes les sources anciennes, J aussi bien que E et P, plaçaient le Sinaï-IHoreb avant Cadès et cela avec un sens très précis des réalités. On est ainsi amené à conclure que tel fut en elfet l’itineraire suivi par les Israélites.

183. — 5)Si nous attachons une valeur au témoignage des rédacteurs pour nous faire une idée des lignes fondamentales des documents, il ne nous en coûte pas pour autant de relever des méprises de détail dans l’utilisation des sources, Il est fort possible qu’il y ait de véritables doublets. Les noms de Massah-Méribah (Ex., xvi, 1-5) et de Méribhah (Num., xx, 2-13) peuvent désigner la mêue source et les récits se rapporter au même fait, Des critiques distinguent dans chaque récit l’influence de plusieurs documents (J et E dans Ex., xvn, 1-7; E et P dans Num., xx, 2-13), Il se peut que chacun des auteurs situät le miracle de la source d’une manière un peu différente par rapport à Cadès: il est possible aussi que les noms fussent divers (Massah dans un document, Meribah dans les autres). Le rédacteur aura pu voir deux faits alors qu’il n’était question que d’un seul, il a pu hésiter sur la manière de les siluer; la mention de l’Horeb, Ex., xvis, 6, aura pu ètre ajoutée pour préciser les rapports de l’un des récits avec son nouveau contexte; l’addition aura d’ailleurs été assez maladroite puisqu’au chap. xvur, on n’est pas encore à la montagne de Dieu. Des raisonnements analogues pourraient êlre faits au sujet des récits concernant la manne et les anciens. D’ailleurs de tels dédoublements ne sont pas sans exemples faciles à constater. On sait que saint Marc place la guérison de l’aveugle de Jéricho à la sortie de la ville (Marc., x, 46), saint Luc à l’arrivée de Jésus dans la cité (Luc., xvin, 35), que saint Mathieu parle de deux aveugles à la sortie de la ville (Math., xx, 29-30); des commentateurs n’ont pas hésité à voir en ces textes Les récits de trois miracles différents. — X) Pour conclure, nous nous attachons donc à l’itinéraire: mer Rouge, Sinaï-Horeb, Cadès!.

184. — D. ZLe Sinaï. — a) Le Sinaï-Horeb n’est pas, nous l’avons vu, identique à Cadès; rien n’indique qu’il soit en son voisinage immédiat. Il faut d’abord le reconnaître: les raisons tirées de ce qu’un dieu doit habiter à portée de son peuple tiennent d’autant moins qu’au regard de ceux qui les font valoir, Yahweh aurait à Cadès un sanctuaire et séjour véritables. quoique secondaires. — b) D’autre part. les textes de Deut., xxxru, 2 et Jud., v, 4, 5 n’ont point la portée qu’on leur attribue. Dans le second, où le mot Sinaï (vers. 5) n’est peut-être pas authentique, Débora, parlant des marches de Yahweh pour venir au secours des siens, en met le point de départ en Séir-Edom; mais, pas plus à ce sujet qu’à propos d’Hab.. nr, 3, on ne peut faire état de l’absence du mot Sinaï pour conclure à l’identification du Sinaï avec le massif de Séir; il serait plus juste de dire que, pour Débora, l’étape de Cadès avait une importance qu’on ne lui donne pas ailleurs. Le texte de Deut., xxxim, 2 est beaucoup plus explicite. Le point de départ des marches de Yahweb est désigné par les noms Sinaï, Séir, mont de Paran, Méribath (Mériboth)-Cadès. Or rien ne prouve que ces termes soient synonymes; il est heaucoup plus naturel d’y voir la désignation des étapes successives avant que Le Dieu n’ait rejoint son peuple. En tout cas, on ne peut opposer les données, toujours un peu vagues, 1. Cf. Fr. M.-J. Lacrancr, Le Sinaï biblique, dans Revue biblique, 1899, p. 369-392, surtout p. 379-389, 801 MOÏSI de ces textes poéliques à celles que peuvent fourn des récits circonstanciés.

185. — c) Or, bien que moins nombreux put cette partie du voyage, ces textes existent. Not avons d’abord le récit de JE dont il serait peut-êtr imprudent de vouloir séparer les éléments. Il not fournit les étapes: désert de Sur (Ex., xv, 22), Wara (Ex., xv, 23), Elim(Ex., xv,29)!, Raphidim (Ex., xvi 8). Cet itinéraire nous reporte vers le Sud de la pénir sule. Qu’on l’identitie avec le wédi Gharandel ou ave l’oasis de Tor, la palmeraie d’Elim témoigne en € sens; on n’en rencontre pas de pareille sur le chemi tçui mène directement de la mer Rouge à Cadès. De critiques prétendent que le récit du combat contr Amalec n’est pas à sa place, qu’il se rattache au cycl de Cadès, que le nom de Raphidim y a été ajout après coup et sous l’influence de P (cf. Ex., xvir, à) L’argumentation ne nous paraît pas décisive. Il es vrai que le centre des Amalécites était dans le négél non loin de Cadès; mais on n’est pas autorisé à nie qu’ils ne tissent des razzias dans le Sud de la pé ninsule, qu’ils ne s’y trouvassent un peu chez eux; venue d’un groupe d’émigrants qui leur disputeraien leurs ressources était de nature à les inquiéter el; leur faire prendre une attitude hostile. On remar quera que le défaut général des opinions que nou étudions provient de ce que leurs auteurs, se conlii: nant dans la critique littéraire, ne se préoccupen pas assez d’en controler les résultats par les réalité: objectives. M. VWaizz, par exemple, tient untel con: trôle pour une faiblesse?., — d)Soit au cours des récits de l’Erode et des Nombres, soit dans la grand: table de Yumn., xxxmmt, attribuée à une couche secon daire, le Code sacerdotal, reconnaissable à son style très caractéristique, nons fournit les stations sui: vantes: le désert [Etham] (Num., xxxm, 8); Maral (Yum., xxxur, Bt); Elim (Num., xxx, 9); campement près de la mer Rouge (Num., xxxut, 10); déseri de Sin, quiest entre Elim et le Sinaï (Ex., xvi, 1 Num., XXXUN, 11); campements indiqués par Yahwel (Ez., xvu, 1), qui sont Dophca et lus (Vum., xxxur 13, 13), Haphidim (Ex., xvu, 1; Num., xxxmt, 14), désert du Sinaï (Ex., x1x, 1, 2: Vum., xxxun, 15). Avec les statious de Mara et d’Elim, cet itinéraire nous ramène, comme celui de E, vers le Sud de la péninsule; la mention du campement près de la mer Rouge, que l’on peut maintenir malgré certaines ditficultés de critique textuelle, prouve que, sur le chemin, on retrouve la côte orientale du golfe de Suez. — €) Nous n’avons pas de raisons de nous attarder ici à lidentilication des stations3. Notons qu’on fait d’ordinaire coïincider le désert de Sin avec la plaine maritime de "Aïn Murkha. Mais, tandis qu’on plaçait volontiers Raphidim à l’ousis de Férän, des auteurs aussi compétents que le P. Lagrange songeraient plutôt au Debbet er-Hamlek, au pied du Djebél et-Tih. Les derniers détails de l’itinéraire sont moditiés en conséquence.

186. — f) En toute hypothèse, on arrive au Sinaï. C’est une question secondaire, en Comparaison de celles que nous avons abordées, que de savoir s’il faut identilier la montagne avec le Serbäl ou avec le Djébél Müisä. Nous n’entreprendrons pas de discussion à ce sujet. Les arguments d’ordre purement topographique ne permettent pas de résoudre le 1. C’est une idée assez particulière à Steuernagel que de rattacher Ex., xv, 27 à P. 2. Cf. Le séjour, p.22, 23. 3. On peut lire à ce sujet tous les commentaires, à quelque école qu’ils appartiennent. Cf, aussi Fr. M.-J. La- GRANGE, L’itinéraire des Israélites du pays de Gessen aux bords du Jourdain, 1% article, dans Revue Biblique, 1900, P- 63-86. Tome III. problème. De part et d’autre, on a des sommets imposants, dignes de servir de piédestal à Yahweh: de part et d’autre, on a des emplacements (plaine er-Räha au pied du Djébél Misü; wädi ‘ ileyät et waädi Férân au pied du Serbäl) favorables à un campement considérable et prolongé. Les documents historiques tendent à prouver, au dire de bons juges. que les traditions anciennes sont en faveur du Djébél Müisä; Vantiquité voyait dans les environs du Serbul le site de Raphidim et le lieu du coimbat avec Amalect.

187. — 5) D’après les évaluations du Code sacerdotal (cf. Ex., x1x, 1 et Num., x, 31), le séjour au Sinaï dura près d’un an. De toutes les étapes du voyage, ce fut de beaucoup la principale. IL nous suflira de résumer ici ce que nous en avons dit ailleurs (cf. Juir (Peupce) dans Dict. Apolog. de la foi catholique, tome IT, col. 1565 à 1651). C’est au Sinaï que, dans son premier voyage, Moïse était entré en relation avec Yahweh; c’est là qu’à son tour le peuple participa à la manifestation de la majesté divine. Une alliance fut solennellement contractée entre les tribus et Yahweh. D’ailleurs les tribus quise rattachaient à la famille de Jacob n’étaient pas seules en présence. Lorsqu’elles avaient quitté l’Egÿpte, une multitude bigarrée s’était attachée à elles (Ex., xir, 38, J); on y voyait sans doule des descendants d’Asiatiques, immigrés ou prisonniers de guerre, établis en Gessen comme les Israélites; il pouvait y avoir aussi des Egyptiens. Ailleurs on parle du ramassis de peuple qui était au milieu d’sraël (Num., xt, 4, J). Or l’alliance conclue avec Yahweh devait avoir pour complément l’union intime de ces divers éléments en une fédération, disons mieux, en une nation. De la permanence de cette union, le gage serait avant tout la permanence de l’alliance avec la divinité; il fallait que les événements qui se déroulaient eussent un grand éclat et une grande pussance pour que leur influence et leur souvenir puissent suilire à grouper, malgré certains heurts et certaines dissensions, des éléments aussi disparates. — À) Aussi bien avail-on posé la base d’institutions destinées à perpétuer les elfets de ces grandes théophanies. De là Ia premiére ébauche de la législation sociale qui allait régir le nouveau peuple; de là la première organisation de la vie religieuse, dominée par la personnalité de Yahweh, Dieu unique, jaloux et moral; la premiére réglementation du culte autour d’un sanctuaire portatif qui abritait l’arche; la première institution d’un sacerdoce et la reconnaissance du privilège de la tribu de Lévi. — Bref, les lils de Jacob étaient arrivés au Sinaï à l’état de clans qui avaient conscience de leur parenté, mais poursuivaient encore chacun leur voie propre; ils en devaient partir en forme de peuple,

188. — E. Cadès. — a) Les documents présentent de nouveau des diflicultés, quoique d’un ordre plus secondaire; les uns sont fragmentaires à l’excès; d’autres ont subi de sérieux bouleversements, JE, dans lequel nous hésitons toujours à opérer des dissections, fournit les données suivantes: départ de la montagne de Yahwek (Num., x, 33), marche de trois jours en vue de trouver un lieu de repos (bid.); il n’est nullement dit ni insinuc que cette marche conduise à Cadès et elle est d’ailleurs topographiquement insuflisante, Il est tout naturel de penser qu’elle mêne à la station immédiatement mentionnée dans la suite, ou à une station dont le nom aurait 1. Cf. Fe. M.-J. LacraNcre, Le Sinaï biblique, dans Revue Biblique, 1899, p. 369-392, surtout p. 389-392. 2. Cf. les commentaires et Fr. M.-J. LAGRANGE, L’ilinéraire.…, 2° article, dans Revue Biblique, 1900, p. 273- 250. disparu des textes. Les stations suivantes sont: Thabéera (Num, xx, 1-3, E (?)), Qibroth-Hattaava CNum., xt, 4-84; surtout 3 [?]), Haséroth (Num., x, 35, 3), désert de Paran (Num., xu, 16 [Vulg. xt, 1, J[?), où l’on se trouve à Cadès (Num., xnx, 26 [Vuig., 29/, El?1; ef. xx, 183, E [?)). — b) Pour cette partie de l’itinéraire, le Deutéronvme (D°) nous fournil un renseignement, Il y a onze jours depuis l’Horeb, par le cheruin de la montagne de Sëir, jusqu’à Cadès-Barné (Deut., 1, 2); c’est en traversant un désert vaste et atfreux que, parti d’Horeb, on se dirige vers la montagne des Amorrhéens et Cadès- Barné (Deut., 1, 19). — c) Au cours des réeils, le Code sacerdutal ne renferme que deux indications: désert de Paran (Num., sin, 3 Vulg, 4]), désert de Sin (Num., xx, 122). Mais il nous fournit d’amples détails dans le catalogue de Num., xxx. Malbeureusewent cette liste a subi des bouleversements. Les vers. 16-35 signalent dix-neuf stalions entre le Sinaï et Asiongaber; on va ensuite d’Asiongaber à Cadès en une étape (vers. 36). Or le site général d’Asiongaber est connu; c’est aux environs d’Aqaba, au fond du golfe élanitique, d’où il est impossible d’aller d’une traite à Cadès. D’autre part, le Deutéronome (Déut., 1, 2, 19; 11,1-8; D?) présente très neltement l’ordre Sinaï-Cadès-Asiongaber. On remarquers enfin que, tandis que P fait mourir Aaron au mont Hor (Vum., xxxux, 38), D? le fait mourir à Mosérs (Deut., x, 6). On peut penser que les deux traditions ne présentaient pas de variantes fondamentales; Hor et Mosérah seront donc deux points trés rapprochés l’un de l’autre, loin d’être très distants comme le catalogue le suppose. Ces diverses considérations doivent entrer en ligne de compte pour un essai de restitulion du texte. Le plus souvent on adopte l’ordre suivant: Num., xxxiu, 30%, départ de Hesmona; 36!, désert de Sin, qui est Cadès; 3, départ de Cadès, mont Hor; 38-40 (mort d’Aaron; un trait de l’épisode du roi d’Arad); 4:4, départ du mont Hor; 301, Moséroth (— Moséra de D). Que si cette restitulion est fondée, on n’a plus que quatorze stations entre le Sinaï et Cades, et l’on peut songer à un ilinéraire assez direct.

189. — d) L’identification de Cadës est ferme (cl. 181, ©). Les Hébreux devaient faire un long séjour dans l’oasis el les déserts environnants. Dans le Deutéronome, on parle d’abord de longs jours (Leut., 1, 34-46; 11, 1), puis de quarante ans (Deut., 11, 3), dont trente-huit employés à contourner le ruont Séir (Deut., 1, 14; cf. vers. 1). Déjà JE connait ces quarante ans, au cours desqnels les Israélites feront Paitre leurs troupeaux dans le désert (Vum., xiv, 33, E[?)). Le Cude sacerdotal mentionne à son tour les quarante ans (Vum., xiv, 34) passés dans le désert de Paran (Vum., xux, 1-3 [Vulg. 2-4], 262 [254]), dont le désert de Sin, où se trouve Cadés (Vum., XX. 1, 22; XXxI!, 36) n’est distinet (Yum., x, 21 [Vulg. 22 ) que comme une région qui porte un nom spécial, Chaque document présente ninsi des variantes de détail, mais la donnée générale est constante: les Hébreux demeurent longtemps autour de Cades. — €) Sans doute cette prolongation de séjour, contraire au but premier du voyage, ne s’explique que par un contretemps dont nous aurons à parler dans la suite. Mais Cadès était favorable à cet arret. Les tribus retournèrent un peu à la vie nomade et durent se dissocier à nouveau pour conduire leurs troupeaux dans les diverses directions de ces vastes solitudes où les lieux de pälure sont maigres el pen nombreux. Mais le système d’oasis, dont ‘Ain Qudeis peut être regardé eomme le centre, formait un pointde ralliementtrès favorable. Aujourd’hui encore, il y a en toute cette région des champs cultivés; les ruines des temps byzantins attestent qu’avec plus de méthode, on arrivait jadis à de meilleurs résultats. À l’époque des Hébreux, des groupes pouvaient demeurer avec plus de fixilé autour de ce centre, cultivant les terres arrosées, étendant artificiellement l’irrigation, s’accoutumant à nouveau à la vie sédentaire, attirant en même temps leurs frères pour des rendez-vous plus ou moins réguliers.

190. — f) Aussi croyons-nous que Cadés a eu, dans la vie d’Israël au désert, une importance beaucoup plus considérable qu’on ne le dit d’ordinaire. Au Sinaï, le point de départ de la nouvelle vie nationale avait été posé sur des bases précises; mais c’est à Cadès que l’on commença de vivre cette nouvelle vie. Il était infaillible que la mise en pratique des principes posés et des mesures prises au pied des saintes montagnes n’eül pour conséquence la nécessilé d’y introduire de nombreuses précisions. Le récit biblique l’indique lui-mêiue pour quelques cas (Mum., XV; xvui; xx), mais il est fort probable qu’il faille songer à en augmenter le nombre. Ceux qui ont coordonné les divers codes qui se rattachent à la péninsule sinaïitique n’avaient aucun intérêl à distinguer minutieusement ce qui avait été promulgué à la montagne de Dieu et ce qui avait été ajoulé à Cadès. Rien n’empêche, par exemple, de penser que, dans le Code de l’alliance (Ex., xx-xxmi), à côté d éléments remontant au Sinaï, à côté d’additions plus récentes, il y ait un nombre assez notable de prescriptions portant le reflet d’une première adaptation à la vie semi-sédentaire etagricole que l’on menait à Cadès. — g) Si nous ne nous faisons illusion, c’est à Cadès que l’unilé nationale s’est puissamnient affermie. Disperséès pendant de longues périodes dans les ouadis du désert, les tribus venaient y reprendre conscience de leur unité. En même temps, d’autres clans se joignaient à Israël: celui des Cinéens- Qénites (selon l’indication probable de Num., x, 29- 32, 3; cf. Jud., r, 16), celui des Cénézéens-Qenizzites (cf. Jos., xiv, 6-15; xV, 13-19; Jud., 1, 12-15), elec. — h) Le centre de ce commun rendez-vous élait le sancluaire. Le nom même de Cadëés indique que le lieu de culte était fort ancien; ses origines pouvaient être plus ou moins pures. Mais, à l’arrivée de Mise, il devint lelieu de culte du seul Yahweh; le tabernacle portatif, placé sans doute près de la source et abritant l’arche, en fut l’élément principal. Là des interprètes de Yahweh faisaient valoir, avec une précisiontoujoursceroissante, ses exigenceset ses volontés, les liens qui lui ratlaehaient tous les fils de Jacob, la nécessité de maintenir ces liens pour perpétuer l’unité nationale. Le culte à son tour évoluait, notamment à l’occasion des grandes panégyries annuelles. Les droits du sacerdoce se trouvaient précisés, à mesure que les circonstances l’indiquaieut et non sans quelques beurts et contestations (cf. MNum., XVI, xvi). En même temps, les essais de vie agricole entrainaient des adaptations nouvelles du droit alors assez généralement en vigueur dans le monde sémitique. Nous oserions presque employer cette formule à l’allure ecclésiastique: le séjour à Cadés fut comme le novieiat de la vie nationale dont la règle avait été promulguée au Sinaï!.

191. — Nous en avons fini avec les questions les plus délicates, on pourrait dire les plus scabreuses. 1. Cf. les commentaires et Fr. M.-J. Lacrance, Le Sinaï biblique, dans Revue Biblique, 1899, p. 869-392, surtout p. 372-378; — Ain Kedeis, dans Revue Biblique, 189€, p- 440-451. Voir aussi: C. Léonard Woozrex-T. E. LankENCr, The W’élderness of zin (Archacological Report), Annual 1914-1915 du Palestine Exploration Fund. Les difficultés qui demeurent sont, ou secondaires, o relalivement aisées à élucider. Aussi ne prendron!: nous en considération que la principale d’entre elle: après un exposé des particularités de l’itinéraire te que le présente la Bible.

4° Vers les plaines de Moab

192. — A. L’itinéraire. — a) Une question préalable 8 pose: À quoi bon le long détour purlu lransjordane, alor qu à Cades on était aux portes de la Palestine? On sai pourquoi les fils de Jacob n’ont pas pris le chemin de 1 mer (Lx, xiut, 17): les Cenanéens, qui occupaient encore ] Sephélah au temps de la sortie d’Égypte, constituaient un puissance avec laquelle on pouvait redouter d’engager 1 Combet; dans la suite d’ailleurs, les Israélites devaien reconnaître leur infériorilé en rase campagne. Mais pour quoi retarder le pénétration dans la montugne et l’entré en lutie avec les Amorrhéens? Le récit de Vum., xi1i-x1 est la réponse topique à cette difliculte. Dès l’arrivée! Cadès, Moïse, guidé par Yahweh, songe à monter directe went en Canuan et c’est pourquoi il fait explorer le pay (Num., xut, 1-20 [Vulg. 2-21: I-17a, P; le reste, JE)) Mais, à l’exception de Caleb, les espions donnent at peuple une impression défavorable et décourageant (Vum., xiu, 21-38 [Vulg. 22-34: 21, 25, 262°, 82, P; reste, JE; 23,2%, 26°, 28*, 30, 31, 33. probablement de E ) De là une mutiuerie du peuple, chàtiée par la condamna tion à un séjour prolongé dans le désert et par quelque. mesures plus terribles encore (Num., xiv, 1-39:1a2,2, 5-7 10, 26-29, 34-38, P; le reste JE: 22-25", 25b, 30, 31. probe. blement de E;. Toutefois le peuple se ravise et, malgr Moïse, se décide à tenter un effort qui aboutit à une défuit: Num., xiv, 40-45, E [mention des Amalécites et des Cana. néens, R]. Telle est la raison pour laquelle le peuple n monta pas en Palestine, pour laquelle il demeura si long temps dans le désert de Sin. — b) Si, au moinent d’er pertir, il se decida à allonger démesurément son parcours ce fut sous l’influence de raisons impérieuses sur lesquelle: les itinéraires nous renseiyneront. Ils sont plus nombreu: pour cette partie du voyage que pour les précédentes mais ile ne sont pas tous complets, ni en purfait état.

193. — c) Un trait que l’on attribue volontiers at Fahuriste est la victoire sur Le roi d’Araxd (Num., xx, 1-3) Nous aurons à y revenir, disons, pour le moment, qu’i s agit d’une tentative de pénétration qui, malgré le succè: des Israélites, n’a pas de suite immédiate. — d) C’est une question parmi les critiques de savoir s’il faut attribuer au Fakiwiste une section d’itinéraire avec stations. Il s’agit dans l’espèce de Deut., x, 6,7. que tout le monde regarde comme étranger à son contexte acluel et qui, à raison de frappantes afBnités de style, est rattaché à Vum., xxI, 12-20. Tandis que divers critiques attribuent ces deux fragments à E, d’autres sans plus de précision à JE, que d’autres encore les décomposent entre J et E, le P. La- GRANGE, s’eppuyant sur la mention du Livre des Guerre: de Yahiveh 1, les attribue à J. Les statiuns mentionnées sont: Péeroth-Bené-Jakan: Mosére, où mourut Aaron; Gadgad: JétébathaDeut., x, 6,7): ouadi Zared [Num., xx4, 12); l’autre côté de l’Arnon, dans le désert, sur ia frontière amorrhéenne (Num., xx1,13; Beer (Num, xxt, 16); diverses autres stations (Num.. xxi, 19, qui aboutissent à la vallée qui est dans la plaine de Moab (Num., xxi, 20). — e L’itinéraire élohiste est très fragmentaire. On part de Cadès (Vum., xx, 12: b). Des messagers sont envoyés au roi d’Edom pour obtenir la permission de traverser son pays; il s’y refuse et accompagne sonrefus d’une démonstration hostile (Vum., xx, 14-212), Israël se décide alors à contourner ce territoire en allant vers le golfe élanitique Vum., xx, 21b; xx1, 4a:: suit [4L-Y] l’épisode du serpent d’airain). Peut-ètre faut-il attribuer à E l’arrivée dans le désert qui est en face de Moab à l’Orient (Num., xx, 11b). Le récit de la victoire remportée sur Séhon l’Amorrhéen Num., xxt, 21-30) lui appartient sûrement quant à ses lignes principales, peut-être aussi celui de la campagne contre Og de Basan (Num., xxi, 33-35 [ou bien Rd. Enfin, Pr delà l’épisode de Baluam, la dernière étape de Settim (Num, xxv, 13), en face de Jéricho. — f) Le Deutéronome (D) nous fouruit ici une série d’étapes assez précises: après le long séjour à Cadès Deut., 1, 46), le détour vers le polie élanitique. le long de la montagne de Séir, pour ne pas violer la frontière des Edomites (Deut., 11, 1); avec la 1. Cf. Fr. M.-J. LAGRANGE, L’itinéraire.…, 1% article, dans Revue Biblique, 1900, p. 63-86, surlout p.66, Ü7. Lys même préoccupation, on remonte d’Eluh et Asiongaber dans la ‘arabäh (wädi el ‘Araba, Deut., u, 2-88 [interprétation de 82 d’après le grec, qui seul présente un sens acceptable]); détour vers le désert de Moab (Deut., 11, 8b): avec la prévccupetion de ne pas violer la frontière de ce deruier pays, pussuyre dans le ouadi ZaredDeut., 11, 9-13); avec la préoccupation de ne pus violer le territoire d’Ammon et l’ussurance de vaincre les Amorrhéens, passage de l’Arnon Deut., 11, 16-25; victoire sur Séhon l’Amorrheen (Deut., 11, 26-37), puis sur Og de Basan (Deut., 1, 1-7); occupution du territoire par les Rubénites, les Gadites et plusieurs clans de Manussites (Deut., 111, 12-17); arrivee et séjour dens la vallée, vis-à-vis de Beth Phogor (Deut., 1, 29). — g) Les éléments de Fitinéraire saccrdotal qui sont renfermés dans le récit du voyage et que leur style, toujours très caractéristique, permet de reconnaître sont peu nombreux: de Cadès au mont Hor (Nurm., xx, 22); départ du mont Hor (Num., xx1, 4ee); arrivee à Obotk (Num., xx1, 10; d’Oboth à Jeabarim (Num, xx, 112); les platnes de Moab, au delà du Jourdain de Jéricho (Num, xx11, 1). Après que l’on y « rétabli l ordre primitif, le catalogue de Num., xxxnt présente les indications suivantes: de Cadès nu mont Hor (37); départ du mont Uor (413), Moséroth. (30b; cf. Deut., x, 6): de Moséroth à Asiongaber par Bené-Jaacan, Hor-Gadgad, Jétébatha (ct. Deut., x, 7), Hébrona (31-35); d’Asiongaber, par Salmona, Phunon, Oboth (cf. Num., xxi, 10), Jeabarim (cf. Num., xx1, 11, Dibon-Gad, Helmon-Deblathaïm, monts Abarim en face du Nébo, jusqu’aux plaines de Moab (‘Arbôth Ho ’ab) en face du Jourdain de Jéricho (41b-48); US ALES du Jourdain, depuis Bethsimoth jusqu’à Abel-Settim, dans les plaines de Moab (49).

194. — )On ne saurait méconnaitre les variantes de détail qu’une étude attentive fait découvrir en ces divers catalogues. Un certain nombre d’entre elles, surtout quand il s’agit d’omissions, sont dues aux rédacteurs; c’esl à eux, parexemple, que, selon toute vraisemblance, il faut attribuer la suppression de la victoire sur Séhon dans le Fahuiste et le Code sacerdotal: ils ont voulu éviter les surcharges et les répétitions; d’autres différences tiennent à la leneur des documents eux-mêmes, Mais si Deut., x, 6, 7 + Num., xX1, 12-20 appartiennent à J, si l’on a le droit de se servir de D? pour combler les lacunes de E, il devient évident que, pour les lignes générales, l’accord est aussi parfait qu’on peut le rêver. —:) En partant de Cadès, on contourne le mont Séir et on arrive au golfe élanitique. On remonte ensuite le «’édi el ‘Araba; La station de Phunon forme unpoint de repère précieux depuis que, dans une de leurs caravanes, les Dominicains de l’Ecole Biblique de Jérusalem ont découvert dans ce ouadi le site très caractéristique de fenan!. Au Sud de la mer Morte, un détour introduit les Israélites dans le ouadi Zared (sédi el Hésä), frontière méridionale de Moab. Par ce pays de Monb, ou plutôt par le désert qui l’entoure à l’Orient, ils arrivent aux frontières du royaume amorrhéen. La victoire de Jasa sur Séhon: la défaite de Og, qui aurait pu les surprendre par derrière; la prise de possession de ces deux territoires leur permettent de descendre en toute sécurité les pentes de la grande vallée et de venir s’établir dans la plaine de la rive orientale du Jourdain; ils y attendront le moment favorable pour pénétrer en Canaan*.

195. — B. Les tribus méridionales. — Nous entendons par tribus méridionales celles qui devaient occuper le Sud de la Palestine, à savoir Juda et Siméon: d’aucuns y ajoutent celle de Lévi, au moins avant qu’elle ne disparüt de la liste des clans attachés au 1. Cf. Fr. M.-J. LAGRANGE, Phounor (Num., sxxri1, 42) dans Revue Biblique, 1898, p. 112-115. Cf. CLernonT-G.- NEAU, L’Edit byzantin de Bersabée, dans Revue Biblique, 1906, p. 12-432, surtout p. 427-498. 2. CI. avec les commentaires, Fr, M.-J. LAGRANGE, L’Itinéraire..., 2° article, dans Revue Biblique, 1900, p.?80- 287; 3° article, totdem, p. 443-449. 807 MOIÏISE. sol. Beaucoup de critiques ont des vues très particulières sur l’entrée de ces tribus en leurs séjours.:

196. — a) Le point de départ de ces théories est le fragment yahwiste Num., xxt, 1-3, On y lit qu’Israël venait (ou entrait) par le chemin d’’Atharim et que le roi d’Arad, au négéb, voulut s’opposer à sa marche, L’entreprise échoua d’abord vers.1); Israël fut vaincu et on lui fit des prisonniers. Israël fit alors vœu, pour le cas où Yahweb lui accorderait le succès, de dévouer les villes à l’anathème (vers.2). De fait, après la victoire, on extermina les villes et leurs habitants (vers. 3) et on appela l’endroit Hormah (Anathèrue). Le chemin d’Atharim est inconnu, mais le négéb et Arad aujourd’hui Zell ‘Arad, à 80 km. 1/2 au Nord-Nord-Est de Cadès, à 30 kim. au Sud d’Hébron) sont des quantités précises. Il s’agit, en conséquence, d’une tentative faite par Israël en vue de pénètrer par le Midi dans la montagne d’Hébron. Le contexte général place cet essai après la station du mont Hor; mais le lien du récit avec ce qui l’entoure est assez làche.

197. — b) Cet épisode ne doit pas être traité isolément. Il faut, en premier lieu, en rapprocher le récit de Num., xiv, 40-45, que les critiques attribuent volontiers dans son ensemble à JE. Il s’agit d’une tentative analogue à la précédente, mais qui aurait pris place presque aussitôt après l’arrivée à Cadés et le retour des espions, Accomplie malgré Moïse et en dehors du secours divin, elle eut une issue fatale; l’Amalécite et le Cananéen qui habitaient la montagne taillèrent en pièces les enfants d’Israël et les poursuivirent jusqu’à Horma (mère nom que xxr, à). — c) Il faut encore établir le rapprochement avec Jud., 1, 1-17, qui, dans ses lignes générales, est traité comme provenant du l’ahwiste. C’est après la mort de Josué et, d’après le contexte d’ensemble, on est dans la plaine du Jourdain. Les enfants d’Israël sont réunis et consultent Yahweh pour savoir quelle tribu ruontera la première à La conquête du territoire qu’elle doit occuper (Jud., 1, 1). Juda est désigné; il s’adjoint Siméon (vers. 2, 3). Montant vers les hæiteurs, il remporte un preruier succès sur Adonibésec, sans doute dans les environs de Jérusalem (vers. 4-7 lle vers 8 serait additionnel; cf. vers. 21 et 1] Sam., v, 6-9). De Jérusalem on descend vers le Midi (vers. 9). Juda, ou plus exactement Caleb (les Calébites; cf. Jos., xiv, 6-15; xv, 13-19) s’emparent d’Hébron et de Dahir (ed-Dähariré 1?!: vers 10-15). Avec les fils de Juda, les Cinéens-Qênites montent aussi de la Ville des Palmiers vers le désert de Juda qui est au négéb d’Arad (vers. 16): dans leurs luttes contre les Cananéens, Juda et Siméon arrivent jusqu’à Séphaath (vraisemblablement Sebaita, à 35 km. au Nord-Nord-Est de Cadès, à 60 km. au Sud-Ouest d’’Arad); ils les taillent en pièces, détruisent la ville et lui donnent le nom de Forma vers.17: cf. Num., xiv, 45; xx, à).

198. — d) Si l’on se contente de lire les textes tels qu’ils se présentent, il semble qu’on est en présence de trois faits distincts: tentative de tout le peuple, dès l’arrivée à Cadès, en vue d’entrer en Palestine par le Midi, issue fatale; tentative renouvelée par tout le peuple après la station de Hor et aboutissant, après une période d’angoisse, à une victoire, dont d’ailleurs on ne protite pas; occupation de la montagne d’Hébron et du négéb par les tribus de Juda et de Siméon venues de Jéricho avec les Calébites et les Cinéens.

199. — e) Toutefois la présence du nom de Horma dans les trois récits a souvent attiré l’attention des critiques et en a porté un certain nombre à n’y voir que la description de plusieurs phases du mérue événement. Ceux qui attribuent à J les traits principaux de Num., xiv, 40-45! et Num. xxi, 1-3, sont à peu près nécessairement amenés à conclure qu’il y a eu deux tentatives par le Sud, l’une aboutissant à un échec, l’autre finissant par un succès; STEUERNAGEL, qui attribue le premier texte? à E, se rallie quand même à cet enchainement des faits. — / D’autres, tels que BasxTscu, poussent plus loin l’analyse de um, X1V, 39-45. Ils distinguent d’abord des restes d’un récit élohiste (392, 4osbe7, fase, 42, 44, 45ab:) qui se termine à la défaite de Horma. Les autres éléruents sont de J; il faut les rattacher à xx1, 1, qui leur fournit une conclusion dans le même sens pessimiste que celle de l’Élohiste. Les deux traditions placeraient ainsi la première tentative dés l’arrivée à Cadès. Seul toutefois le Yahwiste (Num., xxt, 2, 3 aurait gardé le souvenir d’une seconde entreprise couronnée de succès. -Si l’on s’en tenait à Aum., xxi, 2, à, il semblerait que ce succès suivit l’échec d’assez près; en tout cas, on pourrait croire que l’anathème des villes et de leurs habitants eut pour conséquence une installation dans le négéb. Mais déjà cette hypothôse se concilie assez diflicilement avec les malédictions prononcées contre les 1sraélites à l’exception de Caleb (Num., xiv). Aussi BaAsNTScH se demande si la tradition n’aurait pas généralisé en faveur de tout Israel un succès remporté par les seuls Calébites-Cénézéens. — y) Mais il y a Jud., 1. Ici l’établissement est placé après la mort de Moïse et de Josué et c’est du Nord que Juda, Siméon, Calébites et Cinéens viennent dans la montagne d’Hébron et le nègeéb; dans ce contexte, la victoire racontée Num., xx1, 2, 3, n’aurait pas eu de résultat durable. Des critiques, ilest vrai, altachant une grande importance à Jud.,1, 16, se sont demandé, à la suite de SreuERNA&GEL?, si a Ville des Palmiers (ir hatimärim), au lieu d’être identifiée avec Jéricl: o (comte dans Deut., xxxIV, 3; Jud., 11, 13; U Chron., xxvnr, 15), ne devrait pas l’être avec Tharar du négéb (aujourd’hui Aurnub [?]; cf. Ez., xevu, 19; xLvint, 28). Si c’était du négéb que Juda (Siméon) et les Cinéens fussent montés vers la Palestine ct eussent pris le point de départ de la campagne qui aboutit à la victoire de Horma (/ud., 1, 15), on pourrait aisément conclure que Jud., 1, 16, 19 et Num,, XXL 2, 3, se rapportent exactement au même fait. Mais le contexte de Jud., 1, est tellement contraire à cette interprétation que STEUERNAGEL Se borne à admettre la pénétration par le Sud pour quelques groupes seulementt, D’autres préféreraient dire que l’occupation consécutive à la victoire racontée Num., xxr, 2, 3 fut transitoire; BAENTsCH convient que tel est bien le sens suggéré par le contexte, mais qu’il ne se laisse pas déduire du texte. Pour d’autres, tels que WELLHAUSEN, le vœu dont parle Num., xx1, 2, n’a vraiment été exécuté qu’après l’invasion par Le Nord (cf. Jud., 1, 17); mais 1. Cf. J. Estlin CanPexTER et G. HARFOkRD-BATTERS8Y, The Hexateuch according to the Revised Version arransed in ils constituent documents by members of the Society 0f Historical Theology, Oxford, edited with Introduction, Notes, Marsginal References and Synoptical Tables; t. II, Tert and Notes, ad loc. 2. Cf. Carl STEUERNAGEL, Lehrbuch..…., p. 167. 3. Cf. STRUERNAGEL, Die Einwanderung der Israelstümme in Kanaan, 1901, p. 70 sv. 4. Cf. B. BarNTSCH, Erodus-Leviticus-Numert übersetzt und erklärt (dans Handkommentar zum Alten Testament de W. NowaAcr’, à propos de Num., xxt, 1-3. Cf. W. Nowack, € Richter-Ruth überset: t und erklärt (dans Handkommentar zum Alten Testament de W. Nowacx), à propos de Jud., 1, 16. 17. 5. Cf. Carl STeuErVAGrL, Lehrbuch..., p. 166-167. 6. Cf. Carl SrguERNAC EL, Die Einwanderung.…, p. 73-57 alors il faudrait réduire autant que possible la distance qui sépare entre eux les événements!. Dans ce cas, Num., xxt, 3, serait, ou bien une anticipation de Jud.,1, 1-19, où encore (NowaAck?, Bunbr*) un résumé destiné à remplacer Jud., 1, 1-17 après qu’il fut violemment détaché de Num., xxI, 2, auquel il faisait d’abord suite.

200. — k) La théorie aujourd hui la plus en faveur est peut-être celle à laquelle BAENTSCn’ paraît en définitive donner sa préférence. Nous aurions vraisemblablement dans ces textes l’écho de deux traditions. L’une, élohiste, représentée par les éléments principaux de Aum., XIV, 39-45, n’aurait connu que le désastre de Horma, mais l’aurait étendu à tout Israël; c’est que, d’après cettc tradition, l’entrée de toutes les tribus en Canaan se fait par l’Est. L’autre tradition, ya wiste, aurait sans doute, sous sa forme actuelle, repris ct mis au compte de tont Israël l’échec de Cadès raconté par E et l’invasion par l’Est. Mais sous sa forme première, telle que /ud., 1 nous la laisse entrevoir, cette tradition ne se serait d’abord intéressée qu’à Juda, Siméon et aux clans adventices; sa caractéristique principale aurait été de faire pénétrer ces tribus par le Sud, dans le négéb d’abord, puis dans la montagne d’Hébron. — i) Et telle serait, en eflet, la vérité historique: seules les autres tribus auraient fait le grand détour par les plaines de Moab. On comprend que, par ce qu’elle dit de Juda, cette théorie ait l’assentiment de ceux qui, comme NVINGKLER, isolent complètement l’histoire des tribus du Nord de celle des tribus du Midi.

201. — ;)On ne saurait traiter d’une manière uniforme toutes les considérations que nous venons de résumer, Dès que l’on se place dans le cadre de l’hypothèse documentaire, il n’y a pas d’objection de principe à formuler ni contre la distinction des sources telle que Baentsch, par exemple, la pratique dans Mum., x1v, 39-45, ni contre cette première concinsion que E ne s’attachait qu’à l’entreprise infructueuse tentée par les Israélites lors de lenr arrivée à Cadès; dés que l’on ne spécule pas sur les raisons du silence concernant les événements ultérieurs, la constatation du fait lui-même est sans conséquence. — À) Il est pareillement possible que les éléments de J que l’on prétend découvrir en Mum., x1v, 39-45 soient à rejoindre avec Mum., xx, 1, pour constituer le récit de la même entreprise et du même échec que raconte E. On l’a déjà noté, le lien de Mum., xx1, 1-3 1. J. Wellhausen admet que toutes les tribus sont montées par le pays de Moab et que Juda est descendu du Nord en le région qu’il devait occuper (cf. Die Israelitr. sche…., p. 36-37; Die Composition des Hexaleuchs und der historischen Bücher des Alien Testament, 2% éd., p. 344-315). Il attribue la prise d’Hébron à Caleb Die Composition... loc. cit.). Ed. Meyer reconnaît aussi que les tribus son! montées par l’Est (Xritik der Beriehte über die Eroberung Palästinas, dans Zettschrift fur dic alttestamentiüiche Wis. senschaft, 1881, p. 117-150, surtout p. 140-141). Si l’or admet avec Meyer, que Num., xuit, 22 (Vulg. 23) est du Yahiviste, tout comme Jud.,1, la comparaison de ce verse avec Jud., 1, 10, 20 semble entrainer la conclusion que l’envoi des messagers, la tentative d’invasion par le Suc éléments de 3 dans Num., xiv, 39-45, et Num., xxt, 1-3) l’arrivée par le Nord Jud., 1, 1-17) ont dù se produire dans un laps de temps assez restreint eët-on, au bou de quarante ans, retrouvé les trois fils d’Enaq?). La remer. que est, entre autres, de H. HoziNGEer (Nurmert, dans l Kurczer Hand-Commentar zum Alten Testament de Ker MARTI), à propos des systèmes de Wellhauson et Meye: (cf. Meyex, Aritik..., p. 140). 2. Cf. W. Nowacx, Richter…., à propos de Jud., 1, 17 3. Cf. Karl BuDpe, Das Buch der Richter crklärt (dan: Kurzer Hand-Commentar zum Alten Testament de MARTI) à propos de Jud., 1, 17. 4. CE. H. BAENTSCH, Ezodus..., à propos de Num., xxt, 1-3 avec son contexte est lâche; d’autre part, le vers. 1 et les vers. 2-3 peuvent se rapporter à des faits séparés par un certain laps de temps. Rien ne nous renseigne sur la date du vœu du vers. 2 et rien ne prouve qu’il ait été formulé aussitôt après l’échec. Quant à la victoire dont parle le vers. 3, elle nous paraît mieux s’expliquer dans le cadre d’une pénétration par le Sud que de toute autre manière. L’exécution de l’anatbème aux dépens des villes cananéennes entraîina la possession du territoire du roi d’Arad. Mais l’occupation semble devoir être considérée comme transitoire, réserve faite de certains éléments de tribus qui seraient demeurés au pays; on pensera assez naturellement à des clans cinéens ou calébites s’attachant plus volontiers à un territoire voisin du négéb, leur séjour primitif. — ) Toutefois nous ne croyons pas absolument inadmissible, au point de vue d’une saine critique, que Jud., 1, 1-17, maintenant résumé dans Mum., xx1, 3, soit la suite immédiate de Num., xx1, 2. Il n’y aurait alors qu’une seule campagne d’occupation, qu’une seule prise de possession. Dans ce cas, au lieu de s’attacber à un résumé plus que sommaire, c’est Jud., 1, 1-17 qu’il faut prendre en particulière considération; il est, en conséquence, nécessaire de dire que cette seule invasion eflicace s’est faite par le Nord.

202. — m) Il faut donc conclure, pour rester d’accord avec les textes auxquels on donne confiance, que tout le futur Israël est venu par le pays de Moab: toutes les tribus ont quitté ensemble la terre d’Égypte, toutes ont pris part aux migrations et ont séjourné à Cadés, toutes ont fait le grand détour par les confins du désert syrien. C’est seulement aux plaines de Jéricho, et dans les circonstances dont nous aurons à parler ensuite, que s’est opérée cette séparation après laquelle chaque tribu a suivi, en vue de son installation dans le territoire conquis, sa voie particulière.

203. — C. Dans les plaines de WMoab. — Nous n’avons pas de données bien précises sur la durée du séjour des Israélites dans les plaines de Moab. Deux faits de premier plan attirent l’attention: la mort de Moïse (cf. Deut., xxxiv, 1-8)et l’entrée en charge de Josué (Deut., xxxIV, 9; cf. Jos., 1, 1-9), auparavant désigné comme son successeur (Mum., XXVII. 15-23; Deut., 1, 38; in, 28; xxx1, 3, 9, 8, 14, 15. 23). D’autres faits plus généraux méritent encore d’être soulisnés. C’est alors que les tribus transjordaniennes commencent à s’installer dans leurs séjours (Num., xxxii; Deut., iii, 12-20). C’est alors aussi que les Israélites commencent d’entrer en contact avec les paiens. Ces derniers n’étaient pas des Cananéens, mais des Moabites; les conséquences de ces premiéres relations furent déplorables au point de vue moral et religieux (Vum., xxXv, 1-5, JE; l’impression est la même là propos des Madianites, dont parle P, vers. 6-18). Le châtiment fut sévère (Num., xxx1; P), maisil importait de prévenir le retour de tels scandales. La Bible représente le séjour des plaines de Moab comme marquant, à la façon de Cadès, une période active de législation. Des précisions apportées aux décisions antérieures d’ordre civil (cf. Num., xxvI; XXVIH, 115 XXXIII, DO-XX XIV, 29; XXXV; XXXVI) Ont pu être oecasionnées par l’installation même des premieres tribus; tels ou tels compléments ajoutés au rituel, sans doute assez élémentaire, de Cadès (cf. Num., xxvi-xxx) ont pu, cux aussi, répondre à des besoins nouveaux. Même si l’on admet que le Deutéronome a, autant sinon plus que tel autre code, reçu des amplifications destinées à l’adapter aux besoins des âges postérieurs, on ne peut opposer une fin de non recevoir à la donnée billique d’après laquelle c’est dans les plaines de Moab que furent posées les première bases d’une législation avant tout destinée à isoler le peuple de Dieu du contact avec l’étranger impur.

5° La conquête de Canaan

204. — A. Les données du livre de Josué. — L’histoire dela conquête esi surtout racontée dans le livre de Josué. — a) Après la mort de Moïse el sans que la date soit autrement précisée, Yahweh invite Josué à passer le Jourdain: tout le pays que foulera la plante de ses pieds sera à lui; sa fidélité à la Loi sera récompensée par une force irrésistible. Josué donne ses ordres au peuple: il rappelle aux Transjordaniens qu’ils doivent, en vertu de leurs promesses elles-mêmes, prendre part à la conquête de Cunaan Jos., 1. — b) Le jour venu, le peuple quitte Settim, passe le Jourdain, arrive à Galgwla: il va en fire son campement prolongé et le point de départ de ses entreprises ultéricures. Le temps des migrations est désormuis possé, on est en Canaan. Les Israélites se mettent en règle pour le rite de la circoncision, qui paraît avoir clé négligé au désert. Ils célèbrent la Päque, mangent des fruits du pays et la manne cesse Jos.. rH1-v).— c) Une terreur salutuire s’empare des rois de Cauaan. La premiere conquêle à réaliser est celle de Jéricho; son occupation assurera la possession de l’oasis et de la plaine; Israël ne sera pas exposé à être pris par derrière à mesure qu’il avancera dans la montogne. Aussi, même avant le passage du Jourdain, Josué s’est-il fait renseigner sur l’état de la place (Jos., 11); il s’en empare maintenant et la voue à l’anathème le plus complet (Jos., vi). — dj La conqnète de la Terre Promise s’opère ensuite en quatre actes: prise de Haiï, qui assure l’entrée dans la montagne d’Ephraim et qui semble aboutir à l’oceupation de Sichem, où se fait un renouvellement de l’alliance (Jos. vui-viu; l’alliance avec les Gabaonites, qui crée un point d’appui important à peu de distance au Nord de Jérusalem (Jos., 1x); la défaite de la coalition des rois du Midi, qui permet à Josué, tout en luissant Jérusalem aux mains des Jébuséens, de pousser vers le Sud jusqu’a Macéda. Libna, Lachis, Eyrlon, Hébron. Debir (Jos., x, 1-39); la defaite de la coalition des rois du Nord, ouvrant dans cette nouvelle direction la voie à la conquête (Jos., x1, 1-15). — ej Des résumés donnent Fimpression d’une occupation complete. soit de la région du Sud depuis LEDs » Rogné jusquà Gabaon (Jos., x, 40- 43, soit de la région du Nord et de toute la terre promise depuis le négéb et Séir jusqu’au Liban et à l’Hermnon (Jos., x1, 16-23). Une sorle de tableau synoptique achéve cette section; c’est la liste des rois vaincus: Séhon et Og en Transjordane, trente et un roitelets en Canaan (Jos., xu).

205. — f) Puisque le pays ast conquis, il semble qu’il n’y ait plus qu’à le partager entre les tribus (Jos., xiu, 6b, 7). Néanmoins, avant de lui donner des ordres à ce sujet, Yalhweb rappelle à Josué devenu vieux qu’il y a encore beaucoup de territoire à gagner (Jos., xi11, 1-62). Le récit mentionne d’abord que la Transjordane a êté répartie par Moïse entre Ruben, Gad et une moitié de Manassé (Jos., xI11, 8-33). Le partage de Canaan se fait en deux fois. D’abord en faveur de Juda rt Caleb), puis de Joseph (Ephraim et Manassé; Jos. x1v-xvit). On rencontre alors un renseignement (Jos., xx, 1), d’après lequel la tente de réunion est installée à Silo; le peuple s’y réunit devant Yahweh. Sept tribus n’ont pas encore reçu l’indication de leur territoire. Josué envoie explorer le pays inoccupé et le fait distribuer en sept lots. On les tire au sort en faveur de Benjamin, Siméon, Zabulon, Issachar, Aser, Nephthali, Dan: Josué reçoit pour lui la ville de Thamnat- Saraa (Jos., xvii-xix). L’opération a pour complément la dé-ignalion des villes de refuge et des villes lévitiques dos., xx, xx1). Les récits du retour des Transjordaniens en leurs foyers, des derniers jours et de la mort de Josué remplissent la fin du livre (Jos, xxti-xxiv).

206. — E) Une impression générale se dégage de l’ensemble du volume et plus spécialement de la deuxième partie, C’est que l’on opère sur un terrain conquis, dont on dispose et que l’on distribue sans résistance. Mais, quand on y regarde de plus près, on saisit diverses réserves. D’abord celle de Jos., XI, 1-63, dont nous avons parlé. Celle encore de Jos., x1v, 6-15 et xv, 13-19 où l’on voit les Calébites conquérir ou achever de conquérir Hébron et Debir alors que, d’après Jos., x, 36-39, ce serait Josué qui se serait emparé de ces villes (cf. Jos., xr, 21, 22, oùil chasse de ces villes les fils d’Enac). Ensuite: Jos., xv, 63, où les fils de Juda sont impuissants à chasser les Jébuséens de Jérusalem; xvi, 10, où les Epbraimites ne peuvent déloger les Cananéens de Gézer: XVI, 11-13, où les Manassites éprouvent la même résistance dans le district des Trois-Collines; xvn, 14-18, où les « fils de Joseph », désignés par leur nom générique, ont à conquérir une partie du territoire qu’ils convoitent; xix, 47, où les Danites, trop à l’étroit en leurs territoires, émigrent en partie vers le Nord. — ) 11 est intéressant de rapprocher ces données de celles que fournit Jud.,1, en un récit que l’inscriplion du début reporte aux temps qui ont suivi la mort de Josué. Juda et Simcon ont à conquérir laborieusement le territoire qu’ils doivent occuper, sans même réussir à s’emparer de la plaine(vers. 1-20); Benjamin (dans Jos., xv, 63, c’était Juda; dans Jud., 1, 8, au contraire, Juda réussit en cette entreprise) est impuissant à chasser les Jébuséens de Jérusalem (/ud., 1.21). Désignée par un terme collec- Lif (cf. Jos., xvn, 14-18), « la maison de Joseph » monte à la conquête de Béthel (vers. 22-26); cependant on répète. à propos de Manassé (vers. 23, 28; cf. Jos., xvI, 113) et d’Ephraïm (vers. 29; cf. Jos., xY1, 10), el à peu près dans les mêmes termes, ce qui en a été dit dans le livre de Josué. Zabulon, Aser, Nephthali sont à leur tour impuissanis à chasser les Cananéens de leurs territoires (vers. 30- 33). D’autre part, les Danites sont refoulés dans la montagne par les Amorrhéens ou mieux les Cananéens (vers. 34, 35); d’où, sans doute, l’exode dont parle Jos., xix, 47 et que raconte vraisemblablement Jud., SVI-XVIm.

207. — B. Fhéories des critiques. — H est évident que Josué nous présente un ensemble de fragments empruntés à des documents divers, que le rédacteur n’a pas pris soin de fusionner dans une parfaicette unité. De cette juxtaposition des sources, les critiques tirent de graves conséquences, — a) D’après eux, nous soimes en présence de trois documents qui traitent exactement du même sujet — la premuiére conquête de la Palestine, — mais présentent les événements sous des jours très différents. -— b)Le principal de ces documents est le Deutéronomiste (D); il a englobhé l’Elokiste, dont quelques fragments seulement ont été insérés après coup sous leur forme primitive. D’après D°, qui a fourni la Uüame principale des récits de Jos., I-xu, la conquête a élé l’œuvre des tribus réunies en un seul groupe. sous la conduite de Josué, Non seulement Juda y a pris part; mais. malgré qu’ils eussent déjà acquis leur territoire, Ruben. Gad et le Manassé oriental s’y sont associés. Cette conquête a été rapide, réalisée en une série de quatre campagnes qui ont assuré aux vainqueurs la possession imuédiate de tout le pays convoité. Cette idée était déjà celle de E (ef. 200, k); elle a été adoptée, développée par D? ei les rédacteurs de Ia même école, qui l’ont encore accentuée. — c) De son côté, le récit sacerdotal, auquel on doit la trame de Jos., xur-xxi, est tout entier à cetle conception et renchérit encore sur ceux qui l’ont précédé. La conquête est si complète quon peut entièrement disposer du pays, le diviser en autant de parts quil y a de tribus et tirer ces parts au sort. — « ) Mais toutes ces constructions sunt purement chimériques et c’est à un autre document qu’il faut prêter attention, au Fahwiste, dont quelques fragments ont été dispersés dans Jos., xIn-xI<, puis groupés avec quelques autres dans /ud., 1. Dans ce document, loin de s’accomplir en une série de victoires éclatantes et décisives, la conquête apparait surtout comme une «uvre de pénétration progressive; d’autre part, loin qu’il s’agisse d’une aclion commune, réalisée sous la conduite de Josué, c’est chaque tribu, associée tout au plus à une tribu voisine, qui poursuil ses propres fins, sans pouvoir la plupart du temps aboutir à un résultat complet.

208. — C. Appréciation. — Ici encore il importe de faire la part du vrai el du faux en ees théories. — a) nous paraît incontestable que les textes, dans lcur disposition et état actuels, bloquent en leurs assertions globales, à côté de résultals acquis au temps de Josué, des progrès réalisés à des dates postérieures, parfois beaucoup plus tardives, C’est ‘déjà le cas, semble-t-il, pour plusieurs résumés de la fin de la première partie du livre qui nous occupe (lus., x, 4o-43; x1, 16-23; peut-être une part de xu). On pourrait dire sans doute que l’auteur, un conlinuateur de D2, tient compte, ce faisant, des droils acquis sur tout le pays en vertu des victoires de Josué et aussi, peut-être surtout, des promesses divines. On pourrait dire aussi qu’écrivant à une date notablement postérieure aux événenients, ce reviseur a rattaché à la première conquête des résultats qui en étaient vraiment la suite, mais n’avaient été réalisés que beaucoup plus tard. Il faudrait faire des remarques semblables à propos des récits de la prise d’Hébron et de Debir (Jos., x, 36-39). — b) À plus forte raison convient-il de les renouveler et de les acecnlucer en présence des données de P touchant le partage de la Terre Promise. Non que P ait inventé l’histoire. Dès le temps de Josué, il y eut, sous une forme ou sous une autre, un partage de Canaan: chaque tribu se trouva fixée sur le point du territoire vers lequel elle dirigerait ses convoitises. Mais à ce cadre, sans doute très élémentaire, P et ses continuateurs ont donné d’extraordinaires développements. Lis en ont fait comme la base d’une géographie de la Palestine et de sa division entre les divers clans, tels qu’ils se présentaient à leur époque. C’est ce qui explique, par exemple, que des villes — notamment celles de Plilistie (Jos., xv, 41-47, même 33-40) — sont altribuées à Juda, qui certainement ne lui appartenaient pas au temps de Josué; que d’autres, v. g. Béthel (Jos., xvim, 22; cf. Jud., 1, 22-26) et Jérusalein Jos., xvin, 28; cf. (Jud., 1, 21 ct Il Sam., v, 6-9) sont mises au compte de Benjamin qui, d’après des textes très authentiques, ne lui revinrent que dans la suite. On pourrait se figurer ces calalogues comme autant de listes, rattachées à la conquête, des localités qui peu à peu s’ajoutèrent au territoire de chaque tribu. — c) On est invité, semble-t: il, à considérer les événements sous cet angle par le rédacteur luimême. Utilisant les dounées de P, il a éprouvé le besoin de les tempérer par des insertions beaucoup plus sobres, empruntées au l’ahwiste.

209. — d) Ces constatations n’empêchent pas de retenir le fond des réeits du livre de Josué. On peut raruener à quatre les données de preruier plan. La première concerne l’action conquérante de Josué luimème, dirigeant l’invasion à la tête des tribusréunies. Il importe loutefois de bien préciser la nature de ces expéditions. Elles revêtent surtout, pourrait-on dire, le caractère de raids et de razzias; le récit le marque avec toute la précision désirable. Le lieu de séjour, le campement est etdemeure à Galgala (Jos., tv-v). C’est de là que l’on part à la conquête de Jéricho. Sans doute, on ne dit pas que l’on ÿ revienne aussitôl après la prise de la ville. Il est très admissible que les Israélites se soient hâtés de profiter de ce premier succès pour faire de suite une poussée dans la montagne (Jos., vit, 2); néanmoins l’épisode d’Achan (Jos. vir, 13-23), où l’on parle du campement (vers. 21-23), pourrait peut-être permeltre de penser qu’on est retourné à Galgala entre la victoire de Jéricho et la campagne définitive contre Haï. En tout cas, on y revient après la bataille de Haï et c’est là que les envoyés des Gabaonites rencontrent Josué (Jos., 1x, 6); on y revient après la défaite des rois du Midi (Jos., x, 43). S’il en est ainsi, on ne saurait dire que, d’après le texte lui-même, les campagnes victorieuses de Josué aient pour conséquence une occupation immédiate. Ce n’est aflirmé nulle part et, si même il n’est pas anticipé, le récit de Jos., vin, 30-35 n’enlraine pas nécessairement cette conclusion.

210. — e) Mais à défaut d’une occupation immédiate, la campagne glorieuse a pour conséquences des droits incontestables. Il se peut que les vainqueurs ne se senlissent pas de taille à se maintenir, après chaque combat, dans le terriloire conquis; il se peut qu’ils éprouvassent le besoin de se refaire pour de nouvelles luttes. Maïs ces triomphes, parfois difficiles, avaient trop bien réalisé le but que l’on poursuivail avec la conviction de travailler à lPaccomplissement des promesses divines, pour que l’on hésität sur les résultats de tant d’efforts, A Galgala, au retour de l’expédition contre les rois du Nord, on se regardail conme maitre du paysenvahi; on étendait même cette prétention à toute cette terre de Canaan que Dieu avail promise aux péres et sur laquelle on avait pris pied d’une manière si étonnante etsi décisive. C’est cette conviction que consacrent des textes tels que ceux de Jos., x, 4o-43; XI, 16-23.

211. — f) Que s’il en est ainsi, il apparaît tout naturel qu’à Galgala on ait, d’une maniere ou d’une autre, procédé à une répartition de ce territoire; il fallait que chaque tribu sache vers quel point diriger ses entreprises en vue d’un établissement durable. Le texte de Jos., x1It, 1-7 paraïl nous maintenir encore à Galgala; en tout cas, c’est ce que fait Jud., 1. D’autre part, Jos., xvur montre que l’opération s’achève à Silo. C’est dire qu’elle ne se fait pas d’un seul coup et de la façon métbodique que d’autres textes pourraient suggérer; la même impression se dégage des réclamations que, d’après Jos., XVIr, 14 Sv., font entendre les Joséphites. Pendant que Juda et Joseph, plus vite fixés sur leur sort, se dirigent, l’un vers la montagne du Midi, l’autre vers la montagne du centre (cf. Jos., xvur, 5), le reste des tribus est encore hésitant et incertain. Les deux documents que nous pouvons consulter sont, d’autre part, unanimes à dire que l’œuvre de répartition revétlit un caractère religieux; ici l’on consulte Yahwelh (/ud., 1, 1: 3), là on tire au sort en la présence de Yahweh (Jos., xx, 6; xvut, 6). Rien en cela de surprenant pour qui se rappelle la compénétration de la vie civile et dela vie religieuse à ces époques lointaines.

212. — g) C’est seulement après ces campagnes, après un séjour plus ou moins long à Galgala, puis à Silo, que chaque tribu se préoccupe d’une installatsinon plus définitive. Les extraits du Yahwriste qui sont répartis dans le récit sacerdotal (Jos., xin-x1x) le disent clairement. C’est alors qu’intervient l’action séparée de chaque tribu ou, comme dans le cas de Juda-Siméon, de Joseph —Ephraïm-Manassé, de tel où tel groupe restreint de tribus. Elles s’acheminent chacune vers leur objectif, avec des succès divers qui sont exprimés dans les textes avec un juste sens des nuances. Juda monte d’abord (Jud., 1, 2). Il conquiert la montagne du Sud (/ud., 1, 4-7, 9172, 19%) et le négéb (Jud., 1, 9). Ses succès sont limités dans la plaine (Jud., 1,9, 18, r9t); même il est obligé de céder une enclave importante aux Calcbites (Jud.,1, 10:15, 20) et de laisser les Siméoniles s’installer à ses dépens (Jos., xix,1-9: cf. Jud., 1, 3). A son tour, Joseph, ou le groupe Ephraïm-Manassé non encore divisé, occupe de très bonne heure une portion considérable de territoire (Jos., xvi-xvn; Jud., 1, 22- 29). Ilemporte avec lui l’arche et le sanctuaire mobile du désert, il pourvoit à l’installation du culte de Silo, qui contribucra à assurer pendant longtemps la supériorité à Ephraim. Celui-ci s’agrandit aux dépens de Manassé (Jos., xvI, 9; xViIL 9) qui, de son côté, empiétera sur Issachar et Aser (Jos., xvu, 11). Mais, pour les fils de Joseph non plus, la conquête n’est pas complète. Les Cananéens demeurent indéfiniment à Gézer au milieu d’Epbraïm qui parvient seulement à les assujeltir à la corvée (Jos., xvi, 10; ef. Jud., t, 29). Il en est de même en Manassé pour les Cananéens des Trois-Collines (Jos., xvii, 12; cf. Jud., x, 29); c’est plus tard seulement que, devenu plus fort, Manassé pourra en exiger une redevance (Jos., xvn,13; Jud., 1, 28). Nous avons déjà dit le sort de Dan (Jos., xIx, 475 Jud., 3,34; xvnt-xvinr). Zabulon et Nephihali n’eurent à leur tour qu’un succès limité; ils durent tolérer des Cananéens dans plusieurs de leurs villes, se bornant à en réclamer des redevances (/ud., 1, 30, 33). Plus précaire encore la siluation d’Aser; c’esi lui qui fut réduit à demeurer au milieu des Cananéens qu’il ne sut chasser (/ud., 1,31, 32). On remarquera qu’avec un sens très précis des réalités et au prix de quelques répétitions, les rédacteurs ont placé les éléments du Yahwiste et dans le livre de Josué et au début de celui des Juges. C’est dire très elairement que, commeucée sous Josué, l’œuvre d’occupation se poursuivit après sa mort (Jud., 1, 1); elle fut longue, laborieuse, et n’obtint, en ces premières périodes, que des résultats partiels; les tribus s’installérent dans la région montagneuse; mais les plaines leur échappèrent presque entièrement.

213. — C’est ainsi qu’en nous plaçant sur le terrain de la critique documentaire, nous arrivons à des constatations intéressantes pour l’exégèse catholique. Bien comprise, l’œuvre de la critique littéraire du dernier siècle n’a pas nécessairement, dans le domaine de la critique historique, les répercussions que de trop nombreux exégètes ont prétendu lui assurer. On n’a pas le droit de s’en servir pour bouleverser de fond en comble l’histoire des origines du peuple de Dicu. En réalité, si on l’interroge avec un souei constant de ne pas altérer, par des interprélations arbitraires, les données des textes, on arrive à cette conclusion: Les lignes générales de la mission de Moïse et de celle de Josué demeurent celles qu’en lisant l’Hexateuque, tel qu’il se présente à nous, l’exégèse traditionnelle avait tracées. C’est une preuve nouvelle que les documents n’ont pas pris naissance aussi longtemps après les événements qu’on se plait à le dire.

III. Les miracles de Moïse et de Josué

1° Idée générale des miracles

214. — À. Les miracles de Moïse. — « Il ne s’est pas levé en Israël de prophète semblable à Moïse, que Yalwebh connaissait face à face. » (Deut., xxxIv, 10). Personne ne voudrait protester contre cet éloge que, plusieurs sièeles avant Jésus-Christ, l’auteur du, dernier chapitre du Pentateuque faisait du fondateur de la nation juive, du premier organisateur de cette; religion qui, considérée soit en elle-même, soit en celles qui en sont dérivées, est devenue le culte de ‘ la plus grande partie du monde civilisé. Mais l’auteur sacré ajoute: « Ni quant à tous les signes et miracles que Dieu l’envoya faire, dans le pays d’Égypte, sur Pharaon, sur tous ses serviteurs et sur tout son pays, ni quant à loute sa main puissante et à toutes les merveilles terribles qu’il accomplit sous les yeux à de tout Israël. » (Deut., XXXIV, 11,12). Cette allusion aux miracles de Moïse, à laquelle font écho presque tous les textes qui parlent du grand prophète (cf., v. g., Eccli., xLv, 1-5), nous introduit sur un terrain beaucoup plus brûlant. Nombre de critiques étrangers à l’Église, plus ou moins teintés de rationalisme, refusent de s’y aventurer et rejettent sans discussion la réalité des prodiges racontèés dans Ex-Deut. Les exégèltes chrétiens, au contraire, n’éprouvent aucune difficulté à reconnaître, en quelque livre autorisé qu’ils en lisent le récit, l’objectivité des interventions divineset miraculeuses. Nous n’oublierons pas, en abordant ce sujet, qu’il a été à maintes reprises traité par des savants catholiques; ce sera pour nous une raison d’être bref.

215. — Il nous semble que la première chose à faire est d’établir la liste des principaux miracles que le Pentateuque raltache à l’intervention où à la présence de Moïse. Comme précédemment, nous indiquons la distinction des documents: a ppoquion de Yahweh à Moïse, Er., m1, 1-6. — 1, &b, — 2-4a,5, J. — Cf. Ezx., vi, 2.8, P. b) Les signes du Datons chongé en serpent et de la lèpre, Ex., 1-9, J. d en ‘lutte avec Yahweh, Ex., iv, 24-26, J. dj Les plaios d’Égypte: ) L’eau changée en sang, Ex., vis, 16-25. — 15b, 15b*, 20.93, E. Ua. 192,16, 0142, MB 21 020 10 2ia*, 2]b, 29, P. 5) Les grenouilles, Er.. vu, 26-viñr, 41 (Vulg. vin, 4- 15). — vu, 27-29, vins, a-laa, J. — vins, 1-8, 11*, P 7) Les cousins, Ex., vin, 12-15 (Vulg. 16-19, P. ë) Les moustiques, Ex., vint, 16-28 Vulg. 20-32), J. E) La peste du bétail, Exr., 1x, 1-7, J. ©) Les pustules, Ex., 1x, 8-19, P. x) La Jéles Ex., 1x, 13-35. — 29, 93a, 95a, 85a, E, — (3°24,023b,,2%, 9250-30, 33, Pl — 35b, Rp. — 31-3?, zlose. 6) Les seuterelles, Ex., x, 1-20. — 12, 134, 1%az, 20, E. — 1-13, 18b, 14-8219, J. «) Les ténèbres, Ex., x, 21-29. — 21-23, 27, E. — 23-26, 18, 29, 1. κ) La mort des premiers-nés, Ex., x1, 1-x11, 30. — x1, 8, E. — x, 4-8; x11, 21-23, 27b, 29, 30, J. — xt, 4-20, 8, P. — xur, 24-972, Rd. — x1, 9, 10, Rp. €) Colonne de feu et colonne de nuée, Ex., xin1, 21,22, 3. f Pussage de la mer Rouge, Er., x1v, 15-30. — Iïa:, Gas, 192, 20b, E. — 19h, 202, 21as, 24, 95, 27a2b, 30, J. = 15", 1685-18, Vacb, 22, 93, 26, 2780, 98, 9, P. E&) Les caux de Mara, Ex., xv, 23-252, JE. k) Au désert de Sin, les cuilles et la manne, Ex., xvt, 36. — abs, 13b-152, 19. 20, 24b, J (). — 1-3, 9.132, 16b- 8, 21a, 22-26, 29-32, fe. P. — %b: -8, 27, 28, 33, 34, 36, R. ) Les eaux de Moss: h-Meribah, Ezx., xvur, 1P:-, JE. J) Malgré Le rûle de la prière de Moïse, la victoire sur imolec ne paraît pas devoir étre comptée parmi les miacles proprement dits. k La première apparition de Dieu ou Sinaï, Ex., xIx, -25, [xx, 1-17, Décalogue], xx, 18-21. — xix, 20, 32, le onds de 3b-8, 10, 13h, 14, 16, 17,19; xx, 18-21, E. — xx, a, 11-13a, 15, 20a, 18, 20b, J. — xix, 21-25, Rje. — xix, etouches he 3b-8, Rd. — xix, 9Ù, répétition erronée de D. 1) Deuxième apparition, Ex., xxiv, 1, 9 + 9-18 + XXI, 18.— xxiv, 1, 9-11, 12-158, 480; xxx, 18, E. — xx1v, 5b-183, P. — xxev, 2, R. m Yahweh et Moïse à la tente de réunion, Er., xxxitt, ‘11. n) Troisième apparition divine sur ia montagne, Ex., xxii, 18-xxxIV, 9 xxxIv, = — en 18-23, J et (2). — xaxiv, 1, &aob, 28, E. — &as, 5-9, 97, Er 3-32, P; 33-35, généralisation horota o Le feu de Yahweb à Thabéera, Vum., x1, 1-3*, P) Qibroth-Hattaava, les cailles, Num., x, 4-34. — dr.?, 14, 16, 17,98*, 25-30, E. — 4-6, (3-), 10, 11a*, 13, 15, 108, Q4a*, 31-35, J. g1 La lépre de Murie, Num., x, 1-15, E,. r) Mort des espions qui ont murmuré contre Yahweh, um,, x1v, 36-38, P. s) Confirmation des privilèges sacerdotaux, Num., xv1 xwa. — xvi, 90, 2au, 12-15, 25-34°, JE. — xvr, 18, 2a: t 3-11, 16-24°,27a*, 35; xvur, 1-28 (Vulg, xvr, 36-50: xvn 1-33:, P. t) Le serpent d’airain, Num., xx1, 4-9. — he:-9, E. — &ax, P u) Lea puits de Beer, Num., xxt1, 16-18, E.

216. — B. Les m’racles de Josué. — « Josué, fil de Nun, était rempli de l’esprit de sagesse parce qu Moïse avait posé les mains sur lui. » (/eut., xXXIv, 9) Tel est le jugement porté par l’auteur de la finale di Pentateuque sur le successeur de Moïse. 1l n’est pa: question de prodiges comme à propos du libérateu: d’Israël. De son côté, Ben Sirach, dans son Eloge de: l’éres, signale sans doute une des merveilles don nous allons bientôt parler; mais il se plaît surtout à vanter le courage de ce heros et à célébrer sa gloire (Eccli., xzvr, 1-8). De fait, Josué, dans les récits que contient le livre qui porte son nom, nous apparait surtout comme un conquérant qui, sans négliger le recours à Dieu, met cn œuvre les moyens humain: les plus capables d’assurer le succès de ses entreprises. Ce n’est pas à dire que les miracles n’aien! aucune place dans sn carrière; loin de là:

217. — a) Le passage du Jourdain, Jos., 411-1V. — ant, 1°, 5, 14; av, &, 5, 70, 20, E. — 11, 2, 3*, 4b*, 9-11* 13°, 15a, 16, 17; 1v, db, 3*, 8*, 10-14, D2. — iv, 19, P. b) L’apparition divine, Jos., v, 13-15 (Vulg. 13-16). — 43, 14, E. — 15 additionnel. c) La prise de Jéricho, Jos., vi, 1-21. — 10-12a*, 14ar. Line, 16b, 178,18, 22-23*, E. — 1*,2*, 3ac, 5*,7a, Bat, 9, 19b 15°, 1582, 162, 202:-21, 24, D. Le reste, additions rédactionnelles de provenances diverses. d) À Gabaon, l’arrét du soleil, Jos., x, 9-14, D? ave additions (12-14?) de Rd.

2° Les miracles et les critiques

218. — La plupart des critiques étrangers à l’Église rejettent la réalité des miracles attribués à Moïse et à Josué ou. du moins, éruetlent des doutes graves à leur sujet. Pour un certain nombre d’entre eux, qui implicitement ou explicilement se réclament des Principes du rationalisme, les récits de ces miracles se Leurtent à des impossibilités qui rendent inutile tonte discussion, tout essai de les élucider. WEEL- HAUSEN, par exemple, s’exprime sans ambages à propos des apparitions du Sinaï. Il y a dans Îles relations des divers documents des impossihilités intrinsèques: on ne saurait admettre que Dieu ait fait entendre sa voix, qu’il ait écrit de son doigt les préceptes sur les tables de picrre!. D’autres critiques procèdent avec plus de précautions et d’égards. On sait (rid. supr. 82) comment STEURRNAGuL classe les traditions orales légendaires qui sont à la base des divers documents de l’Herateuque: il est facile d’appliquer cette classification au sujet qui nous occupe.

219. — a) Un premier groupe de ces légendes mérite encore d’être qualifié d’historique; les traits les plus fondamentaux des événements sont sauvegardés, mais sont enveloppés de détails qui n’ont rien à voir avec la vérité, À propos de ce groupe, l’auteur signale précisément les légendes mosaiques. Dans ces traditions les faits ont été modernisés; l’auteur emploie, à propos des tribus encore éparses ou de l’une d’elles seulement, un langaze qui fait penser à l’unité nationale réalisée par la royauté nne et indivise. C’est le cas de tous les récits de l’Erode qui nous montrent les fils de Jacob se mouvant dans une parfaicette unité; nous avons déjà vu ce qu’il fallait penser de ces appréciations. — L)En d’autres légendes historiques, la tradition a déalisé l’hisloire; là notamment où l’on pouvait et devait signaler 1. Cf. WezLRAUSEN, Die Israclitische…., p. 12-13. des interventions providentielles de Dieu, elle a accusé les couleurs en faisant intervenir des miracles proprement dits. Certains d’entre ces derniers sont de pures fictions. C’est assez probablement dans cette catégorie que Wellhausen placerait les apparitions divines dont Moïse et Josué sont favorisés. — c) En d’autres cas, des événements purement naturels sont embellis jusqu’à devenir des prodiges; et Steuernagel cite le passage de la mer Rouge. En cette subdivision il faudrait sans doute placer: les plaies d’Égypte, les cailles et la manne, la mort subite des espions pessimistes en leurs rapports, les prodiges destinés à affirmer les privilèges sacerdotaux, la lèpre de Marie, le passage du Jourdain, la prise de Jéricho, l’arrêt du soleil, peut-être aussi ces faits au caracttre prestigieux à propos desquels nous voyons Moïse en lutte avec les magiciens de Pharaon.

220. — d) Nous faisons probablement bien longue la liste des épisodes rattachés aux légendes historiques; plusieurs d’entre eux, sans doute, passeraient dans la catégorie des légendes semi-khistoriques, dans lesquelles le fonds authentique a subi des atteintes qui s’en prennent davantage à la substance mêne des faits. — e) Parmi les légendes des deux groupes qui précèdent, il en est qui entrent dans une série à part; ce sont celles qui sont dites étiologiques et expliquent l’origine d’un usage, d’une désignation locale, ete. On y rangera les épisodes de Mara, de Massah-Méribah, de Thabéera, de Qibroth- Hattaava, de Méribah, peut-être de Beer. — f) Enfin parmi ces légendes étiologiques, on fera une catégorie spéciale de celles qui expliquent un usage, un symbole religieux: lutte de Moïse et de Yahweh, éclairant le rôle de la circoncision; l’apparition de Yahweh gravant les préceptes sur les tables de pierre, légende destinée à fixer le caractère des deux pierres conservées dans l’arche; efficacité du sang de l’agneau pascal lors de la dixième plaie; épisode du serpent d’airain. — Et c’est ainsi que tous ces prodiges s’’évanouissent en tant que faits proprement miraculeux.

3° Les miracles et l’exégèse catholique

221. — L’exégèse catholique ne se sent pas entraince par des principes a priort à faire aux textes de telles violences et à leur jeter de pareils défis. 11 ne lui en coûte pas plus de consigner un miracle, quand un texte le lui signale, que d’enregistrer un événement d’ordre naturel. — Ce n’est pas à dire qu’elle s’interdise la critique, même austère, des documents, avant de recevoir leurs dépositions; mais elle n’en appelle pas à l’impossibilité du miracle pour rejeter un témoignage qu’en d’autres domuines elle jugerait recevable. — D’autre part, quand elle retient les données des textes, clle n’éprouve pas le besoin d’en atténuer la portée.

222. — À. La critique des documents. — Aucun exégèête catholique ne songe à nier que la critique littéraire puisse servir à préciser le sens des récits qui concernent les faits merveilleux. Mais, d’une part, les résultats des travaux réalisés en delors de l’Église sont sujets à caution. D’autre part, les exégètes catholiques n’ont encore abordé ces problèmes qu’avec une légitime réserve; il n’y a pas encore, en ce domaine, de ligne de conduite véritablement tracée, C’est pourquoi nous ne nous aventurerons qu’avec précaution sur un terrain toujours glissant. Nous nous contenterons de donner quelques spécimens des conclusions de la critique littéraire dite indépendante et de montrer leur rejaillissement sur la présentation des faits eux-mêmes.

223. — a) La première plaie: les eaux changées 519 MOIÏSE 1 en sang (Ex., vu, 1425). On découvre en ce récit des éléments yahwistes, élohistes et sacerdotaux. — «) À propos du Fahuiste, il faut tenir compte d’un texte antérieur. Après que Yahweh a donné à Moïse le pouvoir de réaliser les deux signes du bâton changé en serpent et de la lèpre (Ex., iv, 1-8). il ajoute: « Et s’ils ne croient pas même à ces deux signes et s’ils n’écoutent pas ta voix, prends des eaux du Fleuve et répands-les sur le sol, et les eaux que iu auras prises du Fleuve seront en sang sur le sol.» (Ex, 1v, 9). Pour des critiques, telles devaient être, dans le Yahwiste, les lituites du changement des eaux en sang; il ne devait pas y avoir d’action sur le fleuve lui-même. Aussi les éléments de J qui sont entrés ans le réeit de la première plaie n’ont-ils rien à voir avec le changement de l’eau en sang. Ayant rejoint le pharaon sur le bord du Fleuve (Ex, vu, 15:) et lui ayant reproché son refus de laisser partir les Hébreux (16), Moïse lui annonce, à titre de signe et au nom de Yahweh, que Yahweh va frapper Île Fleuve (17b:", que le poisson va mourir, que le Fleuve va être infecté, que les Egyptiens vont se dégoûter de boire de l’eau du Fleuve (18). C’est, en effet, ce qui arrive (2:12). Les Egypliens creusent autour du Fleuve pour avoir de l’eau (24). Sept jours se passent après que Yahweb a frappé le Fleuve (25). — 3) Dans l’Élohiste, Moïse est invité par Yabwcel à prendre lc lräton qui a été changé en serpent (Ex., vu, 15P). On le voit ensuite annoncer lui-même qu’avec le baton qui est dans sa main il va frapper les eaux du Fleuve qui seront changées en sang(15!*). En etiet, il [le nom d’Aaron a été introduit sous l’influence de P, qui a fourni 19 et 202] lève le bàton, frappe les eaux du Fleuve sous les yeux du pharaon el de ses serviteurs, et loules les eaux du Fleuve sont changées en sang (20°): le pharaou demeure quand même endurci (23). — ) Dans le réeit sacerdotal, Moïse reçoit l’ordre de dire à Aaron de prendre son bâton, d’étendre sa main sur les eaux de l’Égypte, ses rivières, ses canaux, ses étangs, tous ses réservoirs; elles seront du sang dans toute la terre d Égypte, dans les [vases de] hoiïs et [de] pierres (Ex., vu, 19). Moïse et Aaron exécutent l’ordre divin (10*")et il y a du sang dans toute l’Égypte (21t). Et les magiciens d’Égypte firent de même avec leurs prestiges, et le cœur du pharaon s’endurcit et il ne les [Moïse et Aaron] écouta point, selon qu’avait dit Yahweh (22). — 6) Il y a des réserves à émettre au sujet de ces répartitions de textes et des conclusions que l’on en tire. Je ne crois pas prouvé que J n’eüt pas un récit de la conversion des eaux du Fleuve en sang; le rédacteur a parfaitement pu supprimer des rails qui étaient communs à J et à E. D’autre part, le récit d’Ex., 1v, 9 apparaïitrait fort bien comme racontant la manière dont Yahweh préparait Moïse à son œuvre en lui révélant les pouvoirs dont il était favorisé. Quoi qu’il en soit, il est aisé de voir que, par exemple, la comparaison de E et de P permet de se rendre compte et des caractéres propres à chacun de ces deux documents, et de ia maniere dont il convient d’interpréter les données qu’ils fournissent. Mais, en même temps. il est facile de constater que, dans E, P et même J. les traits fondamentaux du fait miraculeux — changement de l’eau en sang — sont nettement conservés.

224. — h) Passage de la mer Rouge (Ex., xiv, 13-30, en limitant la péricope aux traits essentiels du récit). Ici encore les trois documents seraient représentés. — x) Du récit élohiste, il ne resterait que des fragments épars: « Pourquoi cries-tu vers moi? (1523)... Et toi, élève ton bäton (1682)... » Et l’ange de Dieu qui marchait devant le camp d’Israël partit ct alla derrière eux (194)... et ils ne s’approchèrent pas l’un de l’autre toute la nuit (20). — 3 Le récit yahwiste commence, en cette section précise, par un passage parallèle à 19? (E): Et la colonne de nuée partit de devant eux et se Lint derrière eux (19°), et elle vint entre le camp d’Égypte et le camp d’Israël, et elle fut nuée et lénèbres, et elle éclaira la nuit (202)... Et Yabhweh fit aller la mer par un fort vent d’Est toute la nuit et il mit la mer à see (2122). Dans la veille du matin, Yahweh observa le eamp d Égypte dans la colonne de feu et de nuéeet il troubla le camp d’Égypte (24). Et il enraya la roue de ses chars et il la fit aller avec pesanteur. Et l’Égypte dit: Que je fuiededevantlsraël, ear Yahweh combat pour eux contre l’Égypte (23). Et au retour du matin, la mer revint à son flux normal et l’Égypte fuyait devant elle; et Yahwch culbuta l’Égypte au milieu de la mer (:52: t).. Et Yalweh sauva en ce jour Israël de la main de l’Égypte et Israël vit l’Égypte morte sur le rivage de la mer (30). —;) Le récit sacerdotal est plus développé. Yahweh dit à Moïse d’ordonner aux Israélites de se mettre en marche G5*). IL invite Moïse à étendre la main sur la mer pour la diviser, afin que les Israélites passent à pied sec (162: b. Il va endurcir le cœur des Egyptiens atin qu’ils entrent dans le lit de la mer; il pourra ainsi manifesier sa gloire à leurs yeux (17, 18). Moïse étend sa main sur la mer et les eaux se fendent (212: t). Les enfants d’Israël entrent au milieu de la mer à pied secet les eaux sont pour eux un mur à droite et à gauche (22). Les Egyptiens entrent à leur tour (23). Yahweh ordonne à Moïse d’étendre la main sur la mer pour que les eaux reviennent sur les Egyptiens (26). Moïse étend sa main sur la mer (258). L’armée des Egvptiens est englountie sans qu’il en échappe un seul (26): retour sur l’idée du vers. 22 (29). — c) On ne peut comiparer que E et P. C’est pour constater que le récit sacerdotal accentue le caractère merveilleux de l’événement. Il ne parle pas (dumoinsle rédacteur n’a pas conservé ce trait) du vent d Est, et ilinsiste avecemphase sur ladivision deseaux (vers. 22 et 29; on peut d’ailleurs comparer ces derniers versets avec xv, S, où les traits sont encore plus accentués). Mais, pour le fond duprodige, les deux récits sont pareils.

225. — c) L’arrét du soleil (Jos., x, g-14). — α) La première parlie du récit (g-11). que l’on attribue au Deutéronomiste (D°), est très simple. Josué, qui est monté de Galgala pendant la nuit, fond subitement sur les rois amorrhéens (vers. 9). En même temps, Yahweh les trouble devant Israël et (celui-ci) les frappe d’un grand coup à Gahaon et il les poursuit sur la voie de la montée de Béthoron et il les frappe jusqu’à Azéca et Macéda (10). Cependant, comme ils fuient devant Israël à la descente de Béthoron, Yahweh fait tomber du ciel sur eux de grandes pierres jusqu’à Azéca, et ils meurent; plus nombreux sont ceux qui ueurent par les pierres de grèle que ceux que les Israélites tuent par l’épée (11). — 2) Il est incontestable que le récit qui précède se suflirail pleinement à lui-même et qu’il a toute apparence d’être terminé. Néanmoins on lui a rattaché un épisode nouveau. Il importe de discerner les éléments de ce supplément. La première partie est renfermée dans les vers.12 et 132, Le centre en est dans une petite strophe qui chevauche sur les vers. 12 et 132c: Soleil, arrête-toi sur Gabaon, et toi, lune, dans la vallée d’Ajalon. Et le soleil s’arréta et la lune demeura jusqu’à ce que le peuple se füt vengé de ses ennemis. Une petite note (18*:) nous apprend que cette strophe est extraite du Livre du Yasar, recueil de vieilles: S21 MOÏISE poésies se rapportant aux temps de l’exode et de la conquête, et peut-être accompagnées depetites notices en disant l’occasion. C’est peut-être une pareille notice qui est reproduite vers. 122: « Alors Josué parla à Yahweh au jour où Yahweb livral’Amorrhéen devant les fils d’Israël. » C’est cette notice en tout cas qui établit le lien entre la strophe et le récit qui précède. — 7) Si on la lisait toute seule ou même avec la notice qui précède, il serait très ditlicile de dire quelle est la portée exacte d’une strophe poétique ainsi conçue, dans laquelle on fait à la fois appel au soleil et à la lune, dans laquelle le soleil et la lune s’arrètent de concert. Mais le vers.13° fournit un commentaire. Il n’y est plus question que du soleil: « Et le soleil s’arrèta au milieu des cieux (en plein midi et il ne se bäta pas de s’en aller, environ un jour entier. » Et le vers.14 continue: « Et il n’y eut pas commse ce jour, ni avant Jui ni après lui, pour qu’’ahweh entende [ainsi] la voix d’un horme; car Yahweb comhattait pour Israël. » — 6) Inutile de remarquer que cette distinction des documents peut avoir son rejaillissement sur l’interprétation du récit.

226. — B. Interprétation des récits. — a) Les apparitions. — co) La théologie distingue trois espéces parmi les miracles, selon qu’ils se réalisent dans lordre physique, dans l’ordre intellectuel ou dans l’ordre moral. Nous n’avons à parler ici que des deux premicres catégories. Or saint Thoruas, qui réserve le nom de miracle surtout aux phénomènes d’ordre physique, désigne sous le terme générique de prophétie ceux qui appartiennent à l’ordre intellectuel!. — 3) C’est donc à la prophétie que se rattachent kes apparitions divines. On sait que l’objet de la prophétie peut atteindre l’esprit du voyant, ou bien d’une façon tout à fait directe, ou bien par l’interinédiaire de formes accessibles aux sens extérieurs ou à l’imagination. Il est parfois ditlieile de discerner dans les récits si ces formes ont atteint directement l’imagination, ou si elles ont d’abord frappé les sens externes. Aucun doute n’est possible touchant Papparition de l’inscription sur le mur de la salle de Balthasar (Dan., v, 5). I n’en va déjà plus de même pour la vision de la chauditre bouillante (Jer., 1, 13), que saint Thomas classe parmi les visions imaginatives?; on peut hésiter pareillement quand il s’agit des visions inaugurales d’Isaie (s.. vr) ou d’Ezéchiel (Ez., 1).

227. — 7) Dans la carrière de Moïse, l’apparition du Buisson (Ëx., m1, 1-6) sera traitée comune sensible à la vue et à l’ouie. Il est difficile toutefois de voir en quoi elle consiste au juste et on pourrait croire que, par un muotif de respect pour Celui qui ne voulait être représenté par aucune image, les rédacteurs des documents ont évité de s’en expliquer. La mention de l’ange de Yahweh (vers. 2) pourrait suggérer l’idée d’une forme humaine (cf. Gen, XVI, 5-14; Xx1, 17-19; Jud., vi, 11-24; xnt, 2-28; etc.); mais, à s’en tenir au récit, il semble que Moïse n’ait vu que la flamiue d’où la voix se faisait entendre. — ô) L’épisode de la lutte avee Yahweh (ÆZx., 1v, 24-26) s’explique mieux si Moïse a vu une forme humaine. La colonne de nuée (ou de feu) qui marchait à la tête des Israélites (Ex., xinx, 21, 22), celle qui descendait sur la tente de réunion quand Moïse s’y rendait et que Yahweb lui parlait face à face (Ex., xxxmI, 8-1) paraissent devoir être traitéescommela flanme du buisson avec laquelle elles présentent de réelles analogies. 1. CF. S. Taonas, Summa theologica, 22 22, quaest. cxxr- CLXXxIV,?. Quaest. CLAxItT, art. 11.

228. — :) À leur tour, les diverses apparitions du Sinaï sont décrites avec parcimonie. Pour la première (Er., xix, 3-25; xx, 18-21), on nous a surtout conservé le récit du Yahwiste. Yahweh annonce qu’il va venir dans une nuée, que le peuple va entendre sa voix (Ëx., x1x, Q2); il dit un peu plus loin qu’il descendra le troisième jour aux yeux de tout le peuple sur la montagne du Sinaï, qui deviendra sacrée et inaccessible (11-13*). Le récit de cette descente sur le sommet de la montagne (202) est complété par celui des phénomènes concomitants: le Sinaï est tout fumant, la fumée s’en élève comme d’une fournaise, la montagne tremble (18). C’est alors que Moïse monte, appelé par Yahweh (20b), On ne dit rien de la forme même sous laquelle Dieu apparaît. Le récit élobiste n’ajoute que des détails accessoires: Lonnerres, éclairs, nuée épaisse, son de la trompette, effroi du peuple (xix, 16, 142; xx, 18- 20; le vers.21 montre Moïse s’approchant de la nuce où était Dieu), — €) Dans la seconde apparition (Æx., XIV, 1, 3 + g-18 + xxx, 18), le récit élohiste nous montre Moïse, Aaron, Nadab, Abiu et soixante-dix anciens qui gravissent la montagne, mais pour se prosterner seulement de loin (xx1v, 1); ils voient le Dieu d’Israël sans danger (10%, 11), On dit que sous ses pieds il y avait comme un ouvrage de brillants saphirs, pur comme le ciel même (10°); on insinue donc la ressemblance humaine, mais on n’insiste pas. Moïse, avec Josué. est invité à s’élever plus haut pour recevoir « les tables de pierre, la loi et le précepte, que j’ai écrits pour les leur enseigner » (12,13). Ici c’est donc Yahweh qui écrit sur les tables (cf. xxx1, 18), nouvel indice de forme humaine. Le récit sacerdotal ajoute un détail déjà connu: la nuée sur la montagne (Æx., xxiv, 15, 16e: b, 182). De plus il mentionne l’apparition de la gloire de Yahweh comme un feu dévorant (172). — x) Dans le récit de la troisième apparition (Æx., XxxHI, 18-xxxiv, 9 + xxxIv, 27, 28), les éléments yahwistes présentent un intérêt spécial. Moïse demande à voir la face de Yahweh (&xxn1, 18). Yahweh déclare que c’est impossible (20). Mais, du creux d’un rocher, Moïse pourra voir Yahweb par derrière (21-23): qu’il monte done le lendemain tout seul sur la montagne (xxxiv, 2, 3)! C’est ce que fait Moïse (42°). Yahweh descend dans la nuée, se tient avec Moïse, prononce le nom même de Yahweh. révèle ses principaux attributs; Moïse s’ineline, se prosterne et intercède pour son peuple (5-9). Puis après l’énoncé des paroles de lalliance, Yahweh invite Moïse à les écrire (27). On a donc ici une donnée précieuse: irupossible de voir la face de Yahweh. Le seul détail intéressant de l’Élohiste, c’est le renauvellenient de l’inscription des préceptes sur les tables de pierre par Yahweh (xxxrv, 1, 4aob, 28 [?1).

229. — 6)Il est facile de noter des particularités dans la manière dont ces documents décrivent les apparitions. Tous trois, ils semblent manifester le sentiment d’impuissance à exprimer ce qui est ineffable; tous trois, ils paraissent éviter des anthropomorphismes dont des Israélites grossiers pourraient tirer des conséquences fâchcuses. Ces sentiments et préoccupations seront plus accentués dans le Yahwiste et le récit sacerdotal:; toutefois si l’Zlohiste laisse plus aisément percevoir une forme humaine, il ne la précise jamais. Mais dans aucun de ces ducuments, on ne peut relever un trait permettant de douter de Fobjectivité des apparitions. — +) Dans Jos., v, 13-16 (Vulg. 13-15), la ressemblance huruaine est netlement exprimée.

230. — L) Miracles d’ordre physique. — >) Du miracle saint Thomas donne deux définitions principales: « Ce que Dieu fait en dehors des causes qui nous sont connues » et « Ce qui est fait par Dieu en dehors de l’ordre communément observé dans les choses »? [c’est-à-dire: dans la nature]. — β) Et aussitôt il distingue trois catégories dans les miracles, selon qu’ils dépassent plus ou moins les forces de la nature; et le même principe le conduit à discerner plusieurs groupes dans ces diverses catégories. Au haut de l’échelle, les prodiges dans lesquels l’action divine « surpasse les forces de la nature quant à la substance même du fait » ou encore « dans lesquels Dieu fait quelque chose que la nature ne peut jamais faire »: on allègue, comme exemples, l’arrêt ou la rétrogradation du soleil, la division de la mer pour ouvrir un chemin à ceux qui passent. En second lieu, les prodiges dans lesquels l’action divine « surpasse les forces de la nature, non quant à ce qui s’opère, mais quant à ce en quoi il s’opère » ou encore « dans lesquels Dieu fait quelque chose que peut faire la nature, mais non selon le même ordre »; ainsi la naiure peut donner la vie, mais non à un mort. En troisième lieu, les prodixes dans lesquels l’action divine « surpasse les forces de la nature, quant à la manière et à l’ordre de l’action » ou encore « dans lesquels Dieu fait ce qui d’ordinaire s’accomplit par l’opération de la nature, mais sans qu’interviennent les principes de la nature »; c’est ce qui arrive si quelqu’un cst guéri subitement de la fièvre sans médication et en dehors du processus ordinairement suivi par la naturei.

231. — ) Il serait tout à fait intéressant de pouvoir cataloguer les nombreux miracles de Moïse et de Josué dans lune ou l’autre de ces catégories. Mais ce n’est pas chose facile. Il est évident que, si l’on s’en lient au commentaire de la petite strophe du asar que nous fournit Jos., x, 13b, 14, il s’agit d’un véritable arrêt du soleil; personne ne contestera que ce prodige ne soit très justement placé par saint Thomas dans la première catégorie. Au contraire, si l’on prend en considération les variantes que présentent les documents, on sera tenté de mettre le passage de la mer Rouge dans la troisième catégorie. Il n’est pas impossible que, par lui-même, un vent très fort puisse rendre momentanément guéable un bras de mer peu profond; mais les circonstances dans lesquelles le fait se produit en faveur des Israélites suffisent à le classer parmi les miracles. On peut penser à une classitication analogue pour le passage du Jourdain. Ici toutefois le texte se borne à l’énoncé de l’événement, et le rapprochement avec ce qui arriva au temps de Bibars, en 1257, n’est pas autrement autorisé,

232. — 6) À la même catégorie apparticndraient encore la plupart des plaies d’Égypte. Les fléaux des grenouilles, des cousins, des moustiques, de la peste du bétail, des pustules, de la grêle, des sautcrelles, des ténèbres. sont des fléaux naturels ou des conséquences de fléaux naturels; ils sont plus ou moins fréquents dans la vallée du Nil (ef. A. Mazox, EGyptE, dans Dictionnaire apologétique de la Foi catholique, 1. 1, col. 1303-1308). Mais ce qui est ici surnaturel, c’est la manière dont on les annonce avec une absolue certitude, la façon dont ils se pro: duisent ct dont ils cessent, leur intensité, leur rèle approprié de châtiment, la distinction établie en faveur des Hébreux et au détriment des Egyp tiens, leur rapide succession trahissant un plar 1. Cf. S. Tuomas, Summa theologica, 12 pars., quaest. cv, art. vit (corps de l’article). 2. Cf. S. Tuomas, De veritate catholicae fidei contra Gen tiles, Lib, NA, cap. cs. 3. Ces définitions sont tirées, et de l’article vin dan! la même question de la Somme Thcologique et du mêm chapitre du De Veritate…. miraculeusement providentiel, etc. S’il était établi que la mort des premiers-nés fût attribuable à quelque peste, analogue à celle dont on parle à propos de l’intervention de l’ange de Yahweh dans l’armée de Sennachérib (/s., xxxvn1, 36), la dernière plaie appartiendrait à son tour à la troisième série des miracles. l1 en faudrait probablement dire autant: de la plaie qui punit les espions révoltés à Cadès contre Moïse et qui présente beaucoup d’analogies avec la précédente; de l’apparition et de la disparition de la lèpre sur la main de Moïse et sur le corps de Marie, sa sœur; des cailles amenées par le vent d’Ouest; du châtiment (engloutissement dans une fissure de la terre d’après JE; fen venu d’auprès de Yahweh, d’après P) frappant ceux qui se sont révoltés contre Moïse et Aaron el rappelant peut-être quelque commotion cosmique. D’autre part, les épisodes de la verge d’Aaron qui fleurit, du serpent d’airain avec ses vertus curatives seraient à ranger dans la deuxième catégorie.

233. — €) Nous enregistrons ces faits tels qu’ils se présentent dans les textes, comme si leur bistoricité ne provoquait aucune réserve. Nous ne voulons pas pour autant opposer une fin absolue de non-recevoir à ceux qui croiraient pouvoir invoquer ici telle décision de la Commission Biblique (13 février 1905) en vertu de laquelle les auteurs sacrés pourraient relater des traditions sans en garantir la véracité!. Mais nous ne croyons pas que les directions actuelles de l’apologétique eatholique soient favorables à une application étendue de ce principe, qui d’ailleurs ne pourrait suflire à expliquer tous les récits que nous venons d’énumérer,

234. — :) A raison des controverses mêmes dont ils ont été l’occasion, certains prodiges méritent une attention particulière. Telles d’abord la première plaie et la manne. Malgré leurs variantes, les documents sont unanimes à parler du changement de l’eau en sang, et le rédacleur a enregistré leur dire avec fidélité. Il a pareillement consigné les détails que lui fournissait en particulier le F’ahuiste sur les maux que causait l’eau du Nil, d’ordinaire si bienfaisante. On ne saurait douter qu’auteurs des documents et rédacteur n’aient pensé à du véritable sang. Des exégètes catholiques, il est vrai, tels que M. Vicouroux? et M. Lesirre?, sembleraient disposés à concéder l’opinion d’après laquelle on serait en présence d’une interprétation du phénomène très connu du Ail rouge. Ils soulignent toutefois deux traits, entre autres, qui témoignent du caractère miraculeux des circonstances dans lesquels le phénomène se produisit. D’abord il eut lieu en février (conclusion tirée de la dixième plaie, Ezx., xu, et de la durée présumée de celles qui ont précédé) tandis que d’ordinaire il se produit en juinjuillet; ensuite il fut marqué par une série d’influences nocives qui ne l’accompagnent pas usuellement. On remarquera que M. Vigouroux se montre beaucoup plus réservé, en présence de cette hypothèse, que M. Lesêtre; on notera aussi que ce dernicr va plus loin dans son étude Les plaies d’Égypte 1. I s’agit en réalité, dans le décret, de la citution implicite d’un document non inspiré; mais nous ne croyons pas dépasser la poriée du texte en l’entendant d’une tradition orale ou déjà consignée par écril; ce qui importe, au fond, c’est le contenu de la citation, quelle que soit Ia forme sous laquelle l’auteur sacré a pu le saisir. 2. Cf. La Bible etles Découvertes modernes en Palesiine, en Égypte et en Assyrie. 6° éd, t. Il, p. 314-322. 3. Cf. article Eau dans Dictionnaire de la Bible de M. Vr coukroux. — Cf. aussi Les récits de l’Histoire Sainte; Les plaies d’Égypte, dans Revue pratique d’Apologétique, 1. HI, p. 404-410, surtout p. 406. 825 MOÏISE! de la Revue Pratique d’Apologétique que dans son article Eau du Dictionnaire de lu Bible. En réalité, ctle opinion est inconciliable avec la lettre du texte: auteurs et rédacteur ont certainement pensé à du sang véritable. La seule manière donton puisse logiquement soutenir cette opinion nous paraît ètre la suivante. Partie d’un fait naturel, qui avait pu paraitre étrange et providentiel aux Ilébreux, la tradition orale, par une série d’altérations qui ont nécessairement réclamé un laps de temps assez notable, en est venue jusqu’à l’élaboration d’un fait nettement miraculeux dans sa substance elle-même. C’est sous cette forme que les auteurs de nos documents ont recueilli cette donnée traditionnelle, que le rédacteur l’a, à son tour, consignée. Il faudrail éviderument faire de nouveau intervenir ce décret de la Commission Biblique d’après lequel les auteurs sacrés peuvent reproduire des tradilions sans en prendre la responsabilité et sans en faire la matière de leur enseignement infaillible; mais c’est aussi le cas de rappeler que l’apologétique catholique se montre réservée dans l’application de ce principe.

235. — ») Les mémes réflexions sont à faire à propos de l’opinion qui veut identilier La manne avec la gomme que produit Le l’amaris mannifera du désert du Sinaï, lorsqu’il est piqué par l’insecte appelé Coccus mannipara. Ce que l’Exode nous dit de la chute de la manne, de sa quantité, de ses propriétés nutritives, des lieux où on la recueille (du désert du Sinaï jusqu’à Galgala) ne permet pas de penser qu’auteurs et rédacteurs aient songé à la possibilité d’une telle identification. Aussi M. Vicouroux! s’y ruontre net: tement hostile; M. LESÈTRE, très réservé dans l’article Manne du Dictionnaire de la Bible, est heaucour plus conciliant dans l’étude que, sous le même titre, il a donnée à la Revue Pratique d’Apologétique® (il allègue l’autorité du P. De HUMMELAUER); d’ailleur: il a soin de noter que le phénomène naturel se produit dans des circonstances et conditions suflisantes pour constituer le miracle.

236. — 6) À s’en tenir aux apparences, quatre épisodes merveilleux concernent les sources: Mara, Massabh-Méribah, Méribah, Beer. Mais il faut remarquer que, pour ce qui concerne le puits de Beer, ni le poème (Num., xx1, 179, 18), ni le verset qui précède ne donnent d’indications précises établissant qu’il s’agit d’un miracle proprement dit. Le miracle de rappelle celui qu’accomplit plus tard Elisée (H eg 1, 19-22)et ne donne lieu à aucune remarque spéciale Fi n’en va pas de même des episodes de Massah-Méri bah et de Méribah. Nous avons déjà vu que beaueou de critiques, se plaçant sur le terrain littéraire, re gardent les deux récits comme se rapportant at même fait; la répétition aurait été la suite de Louleversements rédactionnels. Mais certains exégèle: indépendants vont beaucoup plus loin. C’est à Cadè: que le récit principal (Vum., xx, 2-13) place l’inci. dent; le miracle a été opéré pour satisfaire aux besoins du peuple, ear « il n’y avait pas d’eau pour l’assemblée ». Or il y avait en réalité une source à Cadès, ce ‘Ain Mispaf dont il est question dans li récit de la campagne de Chodorlahomor (Gen., xX1v,5) Bien plus, les appellations ‘Ain Mišpat (source du ju: gement, de la décision, de la sentence), ‘fn Meribral (source de la discussion), ‘Ain Massahk (source de l’épreuve [judiciaire] )sont très connexes, en relation: très étroites dans le même ordre d’idées. Il y a tou! lieu de croire qu’elles désignent le même point d’eau Comme cette source est beaucoup plus ancienne qu Moïse, les récits de l’Exode et des Nombres ne fon 1. CF. La Bible, t. II, p. 459-372, surtout 466-471. 2° TL. [1]; p: 722-728 que consacrer des légendes étiologiques destinées à expliquer les noms de Massah et de Méribah, peutêtre secondaires par rapport à celui de Aïn Mispat. Bien que les arguments de l’analyse littéraire ne soient pas dénués de valeur, il convient de remarquer que des criliques indépendants, dont l’opinion compte, maintiennent la distinction des deux épisodes, En tout cas les conclusions de la critique historique ne sont en aucune façon la conséquence nécessaire de la réduction desdeux épisodes en un seul. D’abord on ne saurait être surpris de voirdes désignations topographiques prendre naïissance à l’occasiun des faits secondaires qui ont marqué le séjour d’un campement à un endroit donné; la chronique du front de guerre (1914-1915) est riche en pareils exemples. D’autre part, rien n’invite à conclure à l’identité de Aïn Massah avec Ain Méribah et avec la vieille source Aïn Mispat. Le site de Cadès renferme aujourd hui plusieurs sources voisinesentre lesquelles répartirces appellations connexes; il est d’ailleurs évident qu’une seule source aurait diflicilement préservé de la soit toutes les tribus israélites qui souvent se dispersaient dans la région. Quant au récit du miracle, il est on ne peut plus clair: une source, qui ne coulait pas auparavant, aété produite où amenée à jour (les deux sens sont conciliables avec le texte: « et des eaux sortirent.…. »; Num., xx, 11) lorsque, sur l’ordre de Dieu, Moïse eut frappé le rocher de son bäton.

237. — :) Nous consacrerons une dernière remarque à la prise de Jéricho. On notera que Jos., vi, LSv., nous transporte in medias res. Nous n’avons aueun détail sur la marche des Israclites vers la ville cananéenne, ni sur le temps qu’ils sont demeurés en face de ses murailles avant les manifestations diverses dont il va étre question; le récit de Jos., Y, 13-15 suppose déjà le séjour en Jéricho. Il en résulte que Jud., vi, 1 sv. présente un caractère purement épisodique; ce n’est nullement le récit complet du siège de la ville, De ce chef, il faut déjà s’attendre à ce que l’étude du texte présente des difficultés; elles sont augmentées, el du fait que la distinction des documents est très complexe en ce passage, et du fait des divergences que révèle la comparaison du texte massorétique et des Septantle. Toutefois on observe aisément que Josué, se conformant aux indications divines, a recours à deux sortes de moyens. Aux moyens huruains d’abord. Le vers. vi,: nous montre la ville fermée devant les enfanis d’Isracl; personne n’y entre, personne n’en sort. C’est sans doute qu’elle est étroitement cernée par les assaillants. Tel qu’il doit se traduire d’après l’hébreu et le grec, le vers. vi, 32%, confirme cette impression: « Entourez la ville, vous tous, hommes de guerre!. » La manuuvre est faeile à saisir si l’on remarque que le seul point d’eau qui füt à la portée des habitants était en dehors des murs cananéens; sous un climat tel que celui de Jéricho, la soif a, plus rapidement eneore que la famine, raison des assiégés. Faut-il d’ailleurs penser que, dans cet encerclement de la ville, les soldats israélites demeurassent inertes, sans essayer d’éprouver la solidité des murailles? Le texte ne nous oblige pas à nous arrêter à une idée si peu naturelle et l’on peut penser que, jusqu’à la fin, les assiégeants mirent tout eu œuvre pour avoir raison de la résistance?. Ce qui 1. Les hommes de guerre ne doivent pas ètre censés remplir une fonction uniquement religieuse. — Il est possible que la fin du verset « entourer le ville une fois » ne soit pas de la même source; ces mots manquent dans les LXX (BI). 2, D’après E. Seccix (Ernst SELLIN und Carl Warzixcer, Jericho, Die Ersebnisse der Ausserabungen, p. 181), les est certain, c’est qu’en présence de cette puissante cité età cette heure décisive, les Israélites comptèrent moins sur les moyens humains que sur les promesses et les interventions de Yahweh. De là les rites quise déroulèrent pendant sept jours. Ces processions, qui revétaient peul-être le caractère d’une prise de possession du terrain au nom de la divi nilé ct qui pouvaient laisser présager l’anathème, avaient vraisemblablement une double fin: impressionner et décourager l’ennemi qui, dans son vulgaire hénothéisme, ne songeait pas à nier l’existence et la puissance des dieux étrangers, moins encore celles de Yahweh, dont la renommée lui avait appris les exploits (ef. Jos., 11, 8-11). Davantage encore, attirer la bénédiction et la faveur divines. L’espoir de Josué et de ses vaillants ne fut pas déçu. Le septième jour, au moment où la cérémonie se terminait au milieu des clameurs des assiégeants, la muraille s’effondra et le peuple monta dans la ville, chacun devant soi. L’intervention divine était des plus claires.

Deuxième Section — La législation mosaïque

238. — Sans peine de prolonger outre mesure cette étude déjà si étendue, nous devons nous contenter d’un simple aperçu sur la question de la législation mosaïque. Aussi bien, le sujet n’est pas neuf; bien des fois, même en ces derniers temps, les auteurs catholiques l’ont étudié ou repris. il ne se prête pas d’ailleurs aux rajeunissements dont on peut rêver sur un autre terrain. Nous nous bornerons à traiter brièvement les trois points suivants.

I. Caractères généraux de la Loi mosaïque

1° Les Codes du Pentateuque

239. — 1° Le premier code est le Décalogue luimême. — a) Ilse présente à nous sous deux formes. Dans Ex., XX, 1-17, il paraît à première vue se rattacher au Code de l’alliance, qui le suit d’assez près. Il en est toutefois séparé par un extrait de récit; il peut en conséquence être traité comiue un élément distinct, comuue un tout à parL. On le retrouve bien comme un tout à part (Deut., v, 6-18; Vulg. 6-21) dans les homélies préliminaires du Jeutéronome, — b) C’est dans ce dernier contexte que l’identilication est établie avec précision entre le Décalogue et les paroles de Yahweh écrites par lui-même sur deux tables de pierre (Deut., v, 19 [22]. C’est même grâce à ce texte précis que l’on peut rapporter au Décalogue certaines indications de l’Exode où il est question des préceptes écrits par Dieu sur des tables de pierre. Autrement Ex., xxIv, 12 el xxx, t8 seraient plus naturellement appliqués aux législations qui séparent ces deux versets. D’autre part, Ex., xxxIv, 1, 4, 27, 28, ont, en eux-mêmes, toute apparence de se rapporter à la législation renfermée dans les versets 11-20 du même chapitre. — c) C’est aussi dans les homélies deutéronomiques (Deut., 1v, 13; x, 4) que les préceptes d’Ex., xx, 1-17 sont explicitement désignées comme les « dix paroles »; on y lit, en même temps, que ces paroles, écrites d’abord fondations de la muraille cananéenne demeurent encore sur trois côtés. En revanche, du côté de l’Orient, elles sont détruites jusqu’au sol; c’est sans doute que l’ennemi est arrivé de ce côté. D’autre part, le chainage de bois de la forteresse, a de toutes parts, souffert de l’incendie. sur les premières tables, furent reproduites sur les deuxièmes. Remarque précieuse, cur Ex., xxxiv, 28, laisserait croire, si on le lisait tout seul, que « les dix paroles » sont Les dix articles de la petite législation qui précède. Ces incohérences de détail n’ont d’autre explication que les heurts produits par la juxtaposition des docuwents.

240. — 2° Il faut en second lieu mentionner le Code de l’alliance (Ex., xx, 22-xxIu, 19). Indépendamment des préliminaires (Ex., xx, 18-21) et conclusions (Ex., xxm, 20-xx1v, 8) qui l’encadrent, cette législation se présente avec des contours très précis. Le nom qu’on lui attribue trouve son explication dans l’alliance qui, d’après Ex., xxiv, 3-8, paraît conclue sur la base des préceptes qu’il renferme. On remarquera (EËzx., xxiv, 4) que ce petit code est présenté comme écrit par Muise. Mais c’esten même temps un ensemble de lois prescrites par Yahweh lui-même; il est à noter que le titre auquel nous devons cette donnée (Ex., xxI, 1) sépare du corps de la législation le règlement (ZEx., xx, 22-26) concernant les autels. 3v Au Sinaï se rattache encore le Petit code Yakuiste (Ex., xxxiv, 11-26); il forme à son lour une série nettement délimitée. Nous l’avons déjà remarqué: le contexte qui les cntoure immédiatement paraitrait dire que ces préceptes furent les dix paroles gravées sur les nouvelles tables de pierre après l’épisode du veau d’or (Ex., xxxu); mais les allusions deutéronomiques mettent au point cette impression (cf. Leut., 1v, 13; x, 4). Des critiques estiment qu’Ex., xxxIv, 1, 4, 28, ne sont pas du même document que le reste du récit. Le petit Code de la rénovation de l’alliance se présenterait, dans l’autre document et à l’instar du Code de l’alliance lui-même, comme écrit par Moïse (Exr., xxx1v, 27). 4° C’est pareilleruent au Sinaï que se relient le plns grand nombre des prescriptions du Code sacerdotal (Ex, xxiv-15P,-182; XXV, 1-XXXI, 175 XXXIV, 29-XE, 38; Lev.,1-xxvn; Num., 1, 1-34; 1x, 1-1V, 49: v, 1-vi, 27; VI, 1-X, 10). Mais, tandis que certains éléments (législation de la Pàque) remontent au dernier temps du séjour en Égypte (Er., xn, 1-20, 43-49; xx, 1, 2), divers suppléments sont en relation soit avec Cadès (Num, xv, Xvur, xtx), soit avec tes plaines de Moab (Num., XXVIL, I-115 XXVIU-XXX, XXXIH, DO-XXXVI, 18). La partie centrale de ce code est la Lori de sainteté (P’ des critiques: Les, xvn-xxvi); c’est par elle qu’il présente le plus de points de contact avec les autres lois. Le reste du code est en grande partie constitué par des législations d’ordre cultuel; les suppléments de Cadès et de Moab toutefois se laissent repartir entre les deux séries d’éléments religieux et sociaux. 5° Reste le Deutéronome qui, au moins en son état actuel, se présente comme un code promulgué dans les plaines de Moab. La section proprement législative est conlinée aux chap. xn-xxvi.

241. — 6° Tous ces codes se ressemblent par un certain nombre de points communs, intéressants à souligner. On peut les grouper sous deux chefs en disant que la législation mosaïque se présente avec un double caractère: caractère religieux et caractère national.

2° Caractère religieux

242. — Il résulte à la fois des origines de la législation mosaïque et de son contenu. 1° El résulte des origines de la législation mosaïque. — A. Sur ces origines, les principaux renseignements nous sont fournis pas les formules préliminaires aux diverses ordonnances. — a) Dans son pretuier contexte, le Décalogue est annoncé en ces termes: « Et Dieu prouonça toutes ces paroles en disant » (Ex., xx, 1). Au Deutéronome, il est très étroitement identitié avec les paroles que Yahwel adressa à l’assemblée sur la montagne, avec les paroles écrites par Xahweh lui-même sur les deux tables de pierre qu’il donna à Moïse (Leul., v, 19 Vulg. 22/). — b) Au début du Code de i’alliance, la loi des sanctuaires est précédée de cette formule: « Et Yahweh dit à Moïse » (Ex., xx, 22); elle est suivie d’un titre: « Voici les lois que tu leur donneras» (Ëx., XX1,1), qui sert d’introduction à tout le reste de la législation. — c) Dans le Petit Code yahwiste, les vrdonnances dans lesquelles il est question de Yahweh, se groupent en deux séries. Dans les unes, en effet, il est parlé de Yahwelh à la troisième personne (Ex., xxxiv, 14, 23, 24b, 26); dans les autres, Yalhweh lui-même parle à la premiére personne (Ex., xxxiv, 11, 18, 19, 20, 24*, 2b). Ces divergences peuvent tenir à des remaniements rédactionnels. En tout cas, Moïse reçoit de Yahweh l’ordre d’écrire ces paroles, « car c’est d’après ces paroles que j’ai fait alliance avec toi et avec Israël » (Ex., xxxIV, 29). Le petit code est donc, lui aussi, présenté comme renfermant les paroles de Yabwel.

243. — d) Le Code sacerdotal contient à son tour des formules trés explicites. La plus fréquente est « Yahweh parla à Moïse en disant »(Ex., xxv, 1; RSA I 15, 22; XXXI, L: LGV IV, 1; V,14, 20 Vuly: Nanou, (8 12 [10/19 (20 5hvir, 22, 28; voir, 1; XHE, 15 XIV, 15 XVII, 15 XVI, 15 XIX, 15 XX, 13 XXE, [1], 165 XXI, EL, 17, 26; xxHt, 1, 9, 23, 20, 33; xxiIv, 1; xxvu, 15 Mum., 1, 485 au, 5, 11, [oO], 445 1v, 215 v, n, D MLSvI, 1, 225 V1, 4]5 vaut, 1, 5, 23; IX, 95 x, 15 XIU, 1 [Vulg. 2]; xv, 1, 19, [89]; xvuu, 25; [xxvn, 9, 12]; xxvIu, 1); elc. Trés rarement on a « Yahweh dit à Aaron » (Vum., xvUI, 1, 8, 20). La formule « Yahwel dit à Moïse et à Aaron » (Er., xu, 1, 43; Lev., x1, 1; Du, D XIV, JO: RM, ls: UR., II, 15 IV, 1. 17; XIX, 1; etc.) est plus fréquente que celle qui précède. On notera eulin quelques indications plus précises el plus détaillées se rattachant d’ordinaire à la première des formules que nous venons de mentivnner (Ex. xu, 15 Lev., 1,1; vit, 37, 38; xvi, 1, 340; XX V, 15 XXvIL, 34; Num, 1, 8 5 mt, 145 XXX, 1, 25 xxx, 505 XXXV, 1; XxXxvI. 9, etc.).

244. — e) Dans le Deutéronome, qu’il s’agisse des homélies initiales (Deut., 1, 1-5; 1v, 44-v, 1) ou finales (Deut., XXVU, 1, 9, 115 XXVIN, 69 et xxix, 12 [ Vu! g. XX1X, 1, 2°]), qu’il s’agisse de la législation elle-même (Deut., xit, 1), c’est à vrai dire Moïse qui parle; naturellement 11 le fait au nom de Yalbweh. Les déclarations des premières homélies sont explicites en ce sens. Ce sont les commandements de Yahweh que Moïse prescrit (v, 2, 46; vin, 11; x, 12, 13); c’est sur l’ordre de Yahwelh que Moïse donne des lois et des vrdonnances (1v, 5,14; VI, 1): à proprewent parler, c’est Yahweh lui-même qui instruit son peuple comme un homme instruit son enfant (vin, 5, 6). Non seulement Moïse s’explique à ce sujet, mais Yahweh à son tour s’en exprime (x1. 13-15). Bien plus. on nous dit pourquoi Moïse joue ce rôle d’interauédiaire et d’interprète entre Dieu et Les tils d’Israël, Au début, quaud il s’agissait du Déculogue, Yalwweh lui-même traita directement avec le peuple (v, 5?) sur la montayne, au milieu du feu, de la nuée, de l’obscurité, d’une voix forte (v, 5, 19 [Vulg. 22]). Mais le peuple eut peur de mourir, il supplia Moïse de s’approcber tout seul de Yahweh pour entendre ses paroles et les rapporter ensuite à l’assemblée (v, 20-24 [23-25])). Yahweh approuva ce désir (v, 25-30 28-33. Ce sont donc bien les paroles de Yahweb que Moïse communique. Toutefois, en lisant la législalion elle-même, on n’a pas l’impression d’une action divine immédiate intervenant, comme dans le Code sacerdotal, à propos de chaque ordonnance particulière. Notons enfin que, non seulement Moïse fil une promulgation orale de cette loi. mais qu’il l’écrivit, qu’il la confia aux prêtres lévitiques en leur faisant à son sujet diverses recommandations (Leut., XXXI, 9-13, 24-27).

245. — B. Il importe de prendre ces formules en considération el d’en apprécier les divergences. — a) Laissons de côté le Décalugue, dont la promulgation se présente entourée de circonstances très parliculières, attestant, autant qu’il est possible, qu’il s’agit d’une révélation au sens Le plus strict de ce mot, — b) Tous les autres codes apparaissent à leur tour comme ayant une origine divine. Mais c’est sans contredit à propos du Cude sacerdotal que les déclarations du texte sont les plus explicites, A les prendre à la lettre et selon leur sens matériel, il semblerait que chaque ordonnance a été directement prononcée par Dieu aux oreilles de Moïse, qu’il s’agil, par conséquent, d’une révélation immédiate comme à propos du Décalogue. De quelle manière convient-il d’apprécier ces formules?

246. — c) Certaines comparaisons sont de nature à éclairer la question. — c) Le Code de l’alliance et le Deutéronome sont, eux aussi, des coileclions de préceptes annoncés comme venant de Dieu. Dans ces deux cas toutefois, on n’a plus l’impression d’une intervention révélatrice aussi continue qu’à propos du Code sacerdotal, — 5) Sans doute on pourrait expliquer les formules initiales de ces législations en ce sens que Dieu aurait récité aux oreilles de Moïse toutes les prescriptions à reproduire, que l’homme de Dieu en aurait retenu le contenu, que, soutenu d’ailleurs par une assistance divine toute spéciale, il l’aurait ensuite promulgué avec la plus parfaile exactitude. —;) Mais cette hypothèse n’est pas la plus vraisemblable, On pourrait déjà, par exemple, songer à une assistance plus générale, dont la garantie ne concernerait que la substance même de la législation; il ne serait plus alors question ni de dictée orale, ni de fidélité minutieuse des souvenirs. — 6) Il semble encore loisible d’envisager sous un autre jour le mode de la communication divine à propos du Code de l’alliance et du Code deutérunomique. Dieu aurait, d’un seul coup, manifesté au législateur le kut et les lignes principales des lois à promulguer. Se conformant à la direction divine, bénéliciant d’une assistance qui en était comme la continuation, soutenu par l’inspiration s’il s’agit de la rédaction qui figure en nos textes sacrés, le législateur aurait eu quand même sa part d’œuvre personnelle dans l’élaboration de ces prescriptions; il aurait été à cet égard un peu comme les auteurs de divers livres inspirés, des livres historiques, par exemple, qui font suite au Pentateuque. Il ne semble pas qu’il y ait quoi que ce soit à reprendre dans cette manière d’envisager les cas du Code de l’alliance et du Cude deutéronomique. — e) Que s’il en est ainsi, une question se pose: faut-il admettre pour le (Code sacer dotal une origine divine plus immédiate? Fautil lui assurer une place à part parmi les autres codes musaïques? Rien en vérité ne semble l’indiquer. Dès lors les (ormules particulières qui le caractérisent ne seraient-elles pas à traiter comme des formules de style, appliquant simplement au détail des lois la formule générale qui tigure au début des autres législations, mais n’impliquant rien de plus au point de vue de l’origine spéciale de chacune des ordonnances? Nous estimons que la réponse atlirmative à cette question peut être proposée sans aucune témérité.

247. — d) Un autre rapprochement est de nature à augmenter la lumière. Il existe, en effet, une autr« série de livres sacrés dans lesquels les formules abon dent tendant à indiquer l’origine surnaturelle des en seignements qui y sont contenus; ce sont les recueil: d’oracles prophétiques. Prenons par exemple celu qui porte le nom de Jérémie. En lêle des principale: de ses sections figurent des titres analogues à celui: ci: La parole de Yahweh me fut adressée (ou fu: adressée à Jérémie le prophète) en ces termes (Jer. 1, 43,1; ut, 6, 515 YU, 15 XE, 15 XIV, 15 XVI, 15 XVI, 1; etc.). Nul doute que les discours, parfois très lonys, auxquels ces paroles servent de préface ne renferment des oracles provenant d’une révélatior authentique et imruédiate de Dieu; on peut et or doit dire que ces oracles sont la base et le point de départ de tous les autres éléments et enseignement: qui viennent les compléter. Car il y a d’autres élé: ments. Il y a les commentaires que les hommes dé l’esprit font de la parole divine. Il y a leurs rétlexions personnelles; en certains cas (Jer., xivxv), la parole divine et la parole humaine se répon: dent comme en un dialogue. Il y a muême les déve: loppements que les scribes et les commentateurs ajoutent, dans la suite des temps, au texte authentique du prophète; telles les corupléments que renferme le texte massorétique de Jérémie et qui foni défaut dans les Septante, C’est donc que la formule d’introduction n’est pas à prendre au pied de la lettre. Sans doute, au cours des développements, d’autres formules plus concises: Ainsi parle Fahweh(Jer., u, 2, 5; 1v,8, 27; vi. 6,9. 16, 22; etc.), Oracle de Y’ahwel (ler., 1, 8, 15,19; 1, 8, ÿ; I, 1,10, 12,13, elc.), ramènent l’attention sur l’origine divine de la parole prophétique. Mais il ne semble pas que l’emploi de ces formules elles-mêmes soit restreint aux cas de paroles immédiatement révélées par Dicu; elles peuvent à l’occasion couvrir les réflexions du voyant. De même, si Les indications que renferment le Code de l’alliance et le Code deutéronomique attestent qu’une révélation divine est à l’origine de ces législations, elles n’excluent pas la présence de développements plus ou moins considérahles qui, à des dates diverses, ont pu étre ajoutés par des auteurs successifs. Rien n’indique qu’il faille adopter une autre conclusion à propos des inscriptions qui, dans le Code sacerdotal, figurent au début de chacune des ordonnances principales. On complétera d’ailleurs cette remarque en notant que, dans la promulgation de ces décrets, Moïse et ses successeurs ont été favorisés d’une assistance divine toute particulière; que, dans leur rédaction, ils ont éerit sous l’influence de l’inspiration.

248. — e) D’ailleurs, qu’il s’agisse des éléments directement et immédiatement révélés par Dieu, qu’il s’agisse des développements que le prophètelégislateur ou ses successeurs ont pu y ajouter, la question des origines peut s’envisager d’une autre façon. Ces législations n’apparaissent presque jamais comme des créations. Elles se présentent, le plus souvent, comme la consécratién d’un choix fait parmi des lois, des couturues antérieurement existantes. Sur tous les terrains qu’abordent sueccessivement les divers codes, il y avait, dans le monde sémitique auquel se rattachait Israël, des usages remontant à une haute antiquité. Sans doule ils se ressentaient souvent des influences du payanisme au sein duquel ils s’étaient épanouis. De ces usages, le choix divin, sous quelque forme qu’il se manifestàt, devait éliminer tous ceux qui ne pouvaient tre dépouillés de leur caractère profane, polythéiste ou immoral; il devait purifier ceux qui, au prix de quelques modifications, étaient susceptibles de prendre place dans la Loi d’un Dieu unique, tres juste et très saint; il devait appuyer de son autorité suprême ceux qui se présentaient comme l’expresssinon plus ou moins adéquate de ces lois universelles que le créateur a déposées au fond de la conscience humaine. À plus forte raison, ce choix conserverait-il les coutumes propres à Israël, soit qu’elles fussent déjà le résultat d’une influence surnaturelle, soit qu’elies dussent à leur simplicité même d’être exemptes de tout mélange impur. De là les ressemblances et les points de contact que les législations du Pentateuque présentent avec les lois et coutumes des divers peuples sémitiques; ressemblances entre le Code de l’ulliance et le code babylonien de Hammurapi; ressemblances entre nombre de lois et d’usages israëlites et les coutumes en vigueur chez les Arabes nomades où demi-sédentaires; ressemblances entre le calendrier des fêtes, les rites des sacrifices consacrés par le Cude sacerdotal et les pratiques chères à nombre de peuples de même race qu Israël; etc. Mais. par les différences qu’elles révêlent, ces comparaisons ne font que mettre en plus baut relief l’influence supérieure qui a présidé à la consliluiion des législations mosaïques. Elles aîtestent pleinement l’origine divine dont, au sens que nous avons expliqué plus haut, elles se réclament à tant de reprises.

249. — 2° IL résulte du contenu de la législation mosaïque. — a) D’abord l’élément religieux tient une grande place dans les divers codes de cette legislation. Trois préceptes du Décalogue lui-même ont trait aux devoirs envers Dieu. Ceux-ci remplissent tout le Code de la rénovation de l’alliance (Ex., XXXIV, 11-26). Si les autres collections font uneplace plus ou moins étendue aux préceptes qui gouvernent les rapports de l’homme avec lui-même et avec le prochain, les ordonnances concernant la religion n’en sont, quand même, jawuais absentes. C’est peutèlre au Code de l’alliance qu’elles sont les moins nombreuses; il y faut tout de même relever: Ex., xx, 22-26; xxnt, 17 (Vulg. 18), 19 (20), 292 (282), 28-30 (Vulg. 29-35); xx, 10-19. Dans le Code deutéronomique, de longues sections ont un objet exclusivement religieux: Deut., XI; XUE; XIV; XV; XVI, 1-17, 21,22; XV, I; XVII; XXUI, 18 (Vulg. 19), 19 (18), 22- 24 (21-23); xxvI. Quant au Cude sacerdotal, tout le rituel proprement dit, par sa nature propre, se rapporte exclusivement à Dieu. Mais, même dans la Lot de saintelé (Lev., xvu-xxvir, les préceptes d’ordre religieux sont fréquents: Ler., xvn; x1x, 2, 5-8, 12, 23-28, 30, 31; xx, 1-8; XXI-XXVII.

250. — b) Ce qui contribue encore à mettre en relief le caractere religieux de la législation mosaïique, c’est la manière dont y sont réparties les ordonnances qui regardent les devoirs envers Dieu. Dans le Décalogue sans doute, elles forment une section à part, la première. Mais les références qui précèdent montrent que, dans les autres codes, ces prescriplions surviennent un peu partout. Il n’y a pas de frontières netteruent établies entre une partie consaerée aux devoirs de l’homme envers son créateur et d’autres affectées aux obligations qui lient l’individu par rapport à lui-même et à ses semblables. Les préceptes religieux sont disséminés au Lasard, au milieu des autres préceptes, comme pour iuarquer que, dans la vie du lils d’Israël, tous les autres devoirs sont inséparables de ceux qui ont directement trait à la religion, que sa vie tout entière doit être pénétrée de la préoccupation d’bonorer Dieu. Sans doute les critiques peuvent expliquer, en partie, ce qui nous apparaitrait comme un désordre, par des combinaisons de collections primitivement distinctes, ou encore par des retouches plus ou moins harmonistiques. Leurs efforts toutefois n’aboutiraient pas, Sans sacrifier les faits à des considération d’ordre tout subjectif, à rétablir la disposition logi que qui donnerait satisfaetion entière à notre goù moderne, Et si les rédacteurs ont contribué à aug menter ce que nous Serions tentés de traiter di confusion, c’est parce que les premiers législateur: leur ont d’abord frayé la voie.

251. — c) On notera, en troisième lieu, que même dans les sections qui ont pour objet les devoir: de l’homme envers lui-même et envers ses sembla bles, ce sont souvent des motifs d’ordre religieux qu sont mis en avant pour provoquer la fidèle observation des préceptes. Déjà dans le Décalogue, le quatrième commandement est appuyé par une promesse de bénédictions divines. Le Cude de l’alliance ne fait qu’une place très restreinte à l’élément homilétique et à l’exhortation; on peut tout de même relever en plusieurs endroits des considérations et sanctions au caractère nettement religieux (Ex., xxt, 6; xx, 7-10 [Vulg. 8-11], 21-23 [23-24]). C’est au Deutéronome qu’on trouve en plus grande abondance les exhortations à observer la loi divine. Dans les homélies d’abord, qui servent d’introduction (Deut.. r-xr1) ou de conclusion (Deut., xxvu-xxx) au code proprement dit; et il serait superilu d’insister sur le caractère religieux des considérations qui y sont mises en avant. Mais aussi dans les énoncés des diverses ordonnances, de celles-là en premier lieu qui présentent quelque conne xion avec la religion, de celles-là encore dont l’objet apparaitrait comme étant, par lui-même, étranger aux devoirs envers Dieu (Zeut., XVI, 20; XVII, 8-13, 14-20; etc.). Enfin les énoncés de la Zor de sainteté reviennent souvent, pour appuyer les ordonnances les plus diverses, sur ce motif de la sainteté divine qui entraine des conditions de pureté et de perfection très particulières dans le peuple que Yahweh s’est choisi (Lev., xvur, 2, 5°, 6?, 30; xix, 2, 3b, 4, rot, ra, 4b, r6P, 18°, etc.).

3° Caractère national

252. — a) À raison même de ses origines et de son caractère religieux, la loi d’Israël l’emporte, d’une immense supériorité, sur les autres lois de l’antiquité. Les comparaisons établies, depuis 1902, entre les codes mosaïques et le code babylonien de Hammurapi (cf. A. CoNpAMIN, BABYLONE ET LA Bises, dans Dictionnaire apologétique de la foi catholique, t. FE, col. 360-367) n’ont fait que confirmer la vérité de cette assertion, Aucune des législations antérieures an christianisme ne s’est fait remarquer par un sens aussi exact et aussi nuancé du droit, de la justice et de la charité; aucune n’est apparue comme interprétant avec autant de précision, non seulement les principes fondamentaux, mais aussi les conclusions parfois secondaires de la loi naturelle inscrite au fond des consciences. C’est la raison d’être de la pérennité, on serait tenté de dire: de l’éternité, de nombre de ces ordonnances antiques, de l’universelle diffusion de beaucoup de ces prescriptions: pour une grande part, elles continuent de régler dans le monde civilisé les rapports des homme: entre eux.

253. — b) Il n’en est pas moins vrai toutefois que la loi mosaïque est uneloi essentiellement nationale est essentiellement la loi du peuple hébreu. San: doute elle se réclame d’une origine divine et le Diet qui l’a donnée à Moïse est le Dieu universel du mondi et des hommes. Mais c’est le Dieu universel en tan que manifesté à la race choisie, avec toutes les mo dalités dont il s’est revêtu en vue de cette manifesta tion à un peuple unique. Le plus souvent, c’est sous li nom de Yabhweh qu’il parle au législateur, c’est-à-dir( Tome Ill. sous le nom sous lequel il s’est fait connaître au seul Israël. Souvent encore il se proclame, en publiant ses ordonnances, le Dieu du peuple auquel il les adresse; il se réclame du choix qu’il a fait de la race des fils de Jacob, de l’alliance qu’il a conclue avec eux. Le législateur suprême, en un mot, c’est Dieu sans doute, mais Dieu envisagé au point de vue particulier du pcuple d’Israël.

254. — c) Que si l’on examine les ordonnances, on constate que, pour un très grand nombre, elles sont conçues et formulées en fonction des conditions spéciales dans lesquelles se trouve le peuple choisi. Cette remarque ne vaut pas évidemment pour les prescriptions qui ne sont que la promulgation ou l’application immédiate des principes fondamentaux de la loi naturelle. Mais les préceptes ne sont pas rares qui, d’une façon très directe, visent les conditions sociales particulières au peuple de Dieu: lois sur la royauté (Deut., xvir, 14-20), sur les villes de refuge (Leut., xix, 1-13), sur les étrangers à exclure de la communauté israélite (Deut., xx, 4-9 [Vulg. 3-8]), sur les héritages (Num., XXVN, 11; XXXVI), etc. Dans un plus grand nombre de cas, à défaut d’un énoncé précis, les données de la législation sont telles qu’elles ne peuvent trouver leur application que dans les circonstances caractéristiques de la vie nationale des seuls Israélites, On notera encore qu’il n’est presque jamais question des peuples étrangers à Israël; en plusieurs cas d’ailleurs, notamment dans la loi sacerdotale relative aux esclaves (Lev., xxv, 44-46), ils sont traités comme étant d’une condition inférieure à celle des fils de Jacob.

255. — d) C’est surtout aux législations religieuses que ces remarques s’appliquent de préférence. Fêtes annuelles, sacrifices de toutes sortes, prescriptions rituelles, tout est envisagé dans un rapport étroit avec le culte national et, quand il s’agit des codes deutéronomique et sacerdotal, avec le seul sanctuaire national. C’est au Dieu national, ou mieux à Dieu tel qu’il s’est fait connaître à la nation, que vont les hommages; c’est au nom de la nation qu’ils sont rendus et l’un des effets principaux des grandes panégyries est de rendre plus vif le sentiment de la grande fraternité nationale. Bien plus: la plupart des rites et des cérémonies sont impossibles à pratiquer en dehors du cadre national, en dehors du sol national,

256. — e) C’est précisément ce caractère national qui entraînera la caducité de la loi mosaïque. Lorsqu’au lieu d’être l’apanage d’un peuple, la religion du vrai Dieu deviendra le patrimoine de l’humanité tout entière, le problème se posera nécessairement de l’attitude que les nouveaux convertis devront garder vis-à-vis des lois données aux pères et des traditions qui seront venues les compléter. La solution ne saura demeurer longtemps douteuse. Le monde chrétien ne sera pas appelé à entrer dans la nation juive; on ne pourra donc lui imposer les ordonnances au caractère strictement national. Ce sera l’œuvre de saint Paul que de faire accepter des nouveaux convertis du judaïsme et de la gentilité l’abrogation de la loi mosaïque. L’abrogation sera pureet simple pour ce qui concerne le culte et ses multiples manifestations, c’est-à-dire pour les éléments les plus strictement juifs de la Loi. Que si les autres ordonnances sont maintenues, avec ou sans corrections destinées à les purifier de leurs imperfections, ce ne sera pas en tant qu’éléments constitutifs de la vieille loi nationale d’Israël; ee sera en tant qu’expressions, plus ou moins adéquates, de cette loi naturelle dont le christianisme s’efforcera, avant tout, d’assurer le triomphe. La loi juive, en tant que loi juive, aura fait son temps. 835 MOÏISE

II. Caractères particuliers des divers codes mosaïques

1° Remarques préliminaires

257. — a) Nous n’avons pas à insister ici sur le Décalogue. Nous l’avons dit ailleurs (Juir [PeuPce], dans Dictionnaire apologétique de la foi catholique, t. I, col. 1601-602): si l’on fait abstraction du précepte du sabbat, le Décalogue ne fait que consacrer les principes les plus fondamentaux dela religion du Dieu unique et moral. Il impose, en même temps que les devoirs les plus essentiels du culte en l’honneur du Dieu jaloux et digne de tout respect, les obligations de justice, de moralité, de charité, qui doivent régler les rapports des hommes entre eux et assurer la dignité qu’un chacun doit sauvegarder en sa propre personne, En ce domaine, nous l’avons aussi souligné, le Décalogue va beaucoup plusloin que les autres lois antiques, puisqu’il atteint jusqu’aux pensées et aux sentiments les plus intimes de l’âme humaine. Quant à la loi du sabbat, elle n’est autre chose que la régularisation, par une ordonnance positive, de cette obligation du culte public qui fait partie essentielle et intrinsèque de toute religion. On le remarquera d’ailleurs: tandis que dans la première rédaction du Décalogue (Exr., xx, 11) l’obligation du sabbat est motivée par le repos de Dieu‘au lendemain de la création, la deuxième rédaction insiste surtout sur desconsidérations d’ordre humanitaire(Deut., v, 14°) et sur le souvenir de l’esclavage et des travaux forcés au pays d’Égypte (vers. 15). — b) Nous ne parlerons pas non plus du petit Code de la rénovation de l’alliance. Outre qu’il est très restreint quant à son étendue, la plupart des ordonnances qu’il renferme se retrouvent, en termes à peu près identiques, dans le Code de l’alliance.

258. — c) Nous ne nous occuperons donc en cette section que des trois codes principaux: Code de l’alliance, Code deutéronomique, Code sacerdotal, A leur sujet une remarque est à faire. Il n’est pas impossible en soi que ces codes aient exercé une influence plus ou moins grande les uns sur les autres. Ils constituaient avant tout des règles de vie pratique. Il y avait dès lors intérêt à ce que les ordonnances relatives à un même sujet se trouvassent unies et condensées enuniuêémeendroit. Sans doutelerespect qu’à raison de leur origine divine, ces législations imposaient aux Israélites empêchait que le travail de retouche ne füt poussé jusqu’au bout, Mais on ne peut, semble-t-il, opposer une fin absolue de nonrecevoir aux asserlions des critiques d’après lesquelles, par exemple, les ordonnances du Code de la rénovation de l’alliance auraient été en partie reproduites dans le Code de l’alliance pour y compléter le sujet des préceptes religieux; d’après lesquelles certaines décisions aux énoncés plus sobres du Code de l’alliance auraient été complétées par des considéralions empruntées au Code deutéronomique. Autant que possible, nous ferons abstraction de ces influences. 8° Code de l’alliance

2° Code de l’alliance

259. — Sur la composition du Code de l’alliance d’après les critiques vid. supr., 86. Ge code ne fait qu’une place trés restreinte aux considérations destinées à recommander l’observation des ordonnances. C’est donc de l’énoncé des préceptes eux-mêmes qu’il faut dégager les caractères du document et l’esprit qui l’anime.

260. — 1° Les préceptes spécifiquement religieux regardent: les autels (Ex., xx, 22-26), la magicienne (xxu, 17 [Vulg. 18]), les sacrifices aux dieux étrangers (xx, 19 [20]), le blasphème (xx, 272 [282)), les prémices des fruits de ia terre (xxn, 282 [292]; xxnt, 193), les premiers-nés de l’homme et des animaux (xxnt, 280 [29b], 29 [30]), l’année sabbatique (sx, 0, tt), le sabbat (xxur, 12), l’horreur des dieux étrangers (xx1u, 13), les fêtes (xx, 14-192), le chevreau cuit dans le lait de sa mêre (xx, 29b). — a) IL ne semble pas qu’on puisse se méprendre sur le sens fondamental de l’ordonnance concernant les autels: elle autorise la multiplicité des lieux de culte. Le reste du contexte paraît viser la simplicité du culte israélite et condamner le luxe, déiétère au point de vue moral comme au point de vue religieux, des pratiques païennes. — L) Une addition deutéronomique (xx, 25) ne fait que mettre en relief à cet endroit une idée qui se trouve exprimée ailleurs: l’horreur de l’idolätrie. Celui qui sacrifie aux dieux étrangers est voué à l’anathème (xxu, 1920]); on doit même s’interdire de prononcer leur nom (xxiu, 13). Mais ce n’est pas assez d’exclure le culte idolätrique; il faut bannir de la religion de Yahweb toute importation païenne, la magie en particulier (xx, 1718]). — c) En revanche, le nom divin doit être entouré de toutes formes de respect, et le blasphéme est sévèrement interdit (xxnt, 272 [282). — d) Non moins que son unicité et sa grandeur, les préceptes religieux mettent en relief le souverain domaine de Dieu sur la création. C’est pour le reconnaître que sont prescrites les offrandes des prémices et des premiers-nés (xxu, 28, 29 [29. 30]; xxnx, 19), celles qui doivent accompagner les grandes fêtes (xxin, 14-18) annuelles. C’est pour reconnaître le domaine de Dieu sur les fruits du travail de l’homme que ces fêtes ellesmêmes sont instituées, cependant que l’année sabbatique (xx, 10, 11)et le sabbat (xxtni, 12) apparaissent comiue un tribut sur le temps mis à la disposition de l’homme et sur le travail lui-même.

261. — 2° Préceptes réglant les rapports de l’homme avec ses semblables. — A. Dans cette nouvelle catégorie de préceptes, le trait qui frappe avant tout, c’est une préoccupation et un sens trés vif de la justice. — a) Ils se iuanifestent d’abord dans l’appréciation des dommages. S’agit-il de l’atteinte portée à la vie de l’homme ou à sa santé? Autre est le cas du meurtrier volontaire, autre celui du meurtrier involontaire (xx1, 12-14). Autre le cas de celui qui, dans une querelle, tue un adversaire, aulre le cas de eelui qui, par les violences qu’il lui a faites, l’oblige seulement à garder le lit (xxt, 18). Qu’au cours de la discussion, l’un des adversaires heurte une femme enceinte et la fasse accoucher, autre est le cas d’accident, autre le cas où tout se passe sans accident (Xxt, 22-25). Des distinctions aussi équitables sont établies à propos des dommages causés par un animal: autre est la responsabilité du maitre qui ignorait le vice de sa bête, autre la responsabilité du maitre qui savait son défaut (xx1, 28-32, 35, 36). On apprécie d’une manière toute différente le eas du dommage entièrement involontaire (xx1, 28. 35) et celui du dommage attribuable à la négli gence (xx1, 29, 30; 33, 34; 36).

262. — b) Ces préoccupations éclatent encore dans la fixation des pénalités. Divers principes subsidiaires inspirent les décisions, — «) En premier lieu une estime profonde de la vie humaine. A 1: base du code pénal se trouve la loi du talion…. « Vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent main pour main, pied pour pied, brülure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pout meurtrissure. » (xx1, 23-25). Loi très répandue dan: l’antiquité; mais, sous son apparence de stricte ei rigoureuse justice, loi terrible si l’application n’er est pas dûment conditionnée. Elle est formulée à le suite des mesures prévues pour le cas d’accouchement prématuré. Mais, auparavant déjà, on l’a déclaré celui qui frappe un homme à mort doit étre mis: mort (xx1, 12). Il n’y a pas dans la société israélite comme il arrivera dans les sociétés plus avancées de ministère public pour l’exécution de cette sen tence; c’est l’affaire du proche parent ou vengeur di sang (:0’’elet il y a tout lieu de craindre qu’emport par la colère, il ne prenne pas le temps de peser le: responsabilités. Aussi ce pouvoir est-il limité park droit d’asile, dont l’eflicacité ne garantit d’ailleur: que le meurtrier involontaire (xxt, 13, 14). L’estinu de la vie humaine est telle que la loi du talior pourra s’appliquer quand la mort aura été causé d’une manière indirecte, par négligence plutôt qu par tuéchanceté (xxt, 23). On l’appliquera même à l’animal méchant qui aura tué un homme; il serc mis à mortet on ne pourra manger sa chair (xxt, 28). il est possible d’ailleurs que d’autres principes inspirent cette décision, qui ne manque pas d’analogues dans les législations antiques. Notons enfin que le respect de la vie humaine peut protéger jusqu’au voleur lui-même: il est vrai qu’en cas d’eïfraction nocturne, on ne sera pas responsable du sang pour l’avoir frappé et tué; mais, si le soleil est levé, on encourra cette responsabilité (xxu, 1, 2 Vulg. 2, 3)),

263. — 3) La loi du talion ne rend pas compte de toutes les pénalités prévues, et la réparation des préjudices causés à la vie ou la santé du prochain n’entrainera pas toujours un dommage analogue pour la vie et la santé du coupable. Il y a aussi place pour des dédommagements et des amendes: dédommagement du chôruage, sans parler des frais occasionnés par le soin de la maladie, pour le cas où l’adversaire a été atteint jusqu’à garder le lit (xxr, 19); compensation fixée par le juge dans le cas d’un coup mortel donné à un esclave (xxt, 20); amende fixée, sous le contrôle du juge, par le mari de la femme dont on a précipité l’accouchement (Kx1, 22).

264. — ;) Avec l’estime de la vie, le respect de la propriété. Les cas sont multiples et appréciés avec un vrai sens des nuances. On distinguera: les dommages purement involontaires (xxi, 33), qui n’entrainent aucune réparation; ceux qui sont dus à une négligence ou une imprudence plus ou moins nettement caractérisées (xxt, 33, 34, 36; xx, 4, 5 [5, 6 ) et qui réclament une simple compensation. Le chätiment du vol est sévère, mais dominé par le souci d’une juste proportion avec la gravité du crime. Si l’on a volé un bœuf ou une brebis, de deux choses l’une. Ou bien l’on a consommé la faute jusqu’à égorger l’animal ou le vendre; il faut alors restituer cinq Lœufs pour un, quatre brebis pour une et, si Le ravisseur est insolvable, on le vendra pour ce qu’il a volé (xxt1, 37 et xxu, 20 xxn, 1, 32). Que si l’animal dérobé est encore chez lui, on ne lui demandera que de restituer le double (xxu. 3 4 ). A noter aussi les mesures particulières inspirées par le caractère sacré du dépôt (xxu, 6-12[3-13]) et par la nature même de l’emprunt et de la location (xx, 13, 14 14, 15).

265. — c) Toules ces mesures seraient vaines si l’on ne pouvait compter sur la parfaite intégrité des jugements; aussi des avis sévères sont-ils donnés à l’accusateur (xxIn1, 1« ), au Lémoin (xxtu, 1°). Accusateur, témoin et juge doivent se garder de se laisser guider par la multitude (xxn1, 2). Le juge, en particulier, doit être impartial (xxnt, 3); il doit éviter toutes les causes possibles d’erreur (xxiu, 9). Surtout il lui faut refuser les présents, « car les présents aveuglent les claicvoyants et ruinent les causes justes » (&xut, 8).

266. — B. Non moins que les préoccupations de justice, éclate un sens d’humanité. Sans doute, il n’est pas exprimé avec tant d’insistance ni appliqué avec tant de force que dans le Deutéronome; mais il n’en est pas moins réel et c’est naturellement à propos des faibles qu’il se manifeste de préférence. — a) La femme n’a pas dans l’ancienne loi la dignité que doit lui assurer l’Evangile, et la polygainie contribue singulièrement à l’amoindrir. Sa situation toutefois n’est pas réduite à l’état d’infériorité que supposent beaucoup de législations païennes antiques. Vis-à-vis du fils qui frappe ou qui maudit, la situation des parents, mère et père, est absolument pareille (Xx1, 15, 17). De même, en présence de certains altentais de leur maitre, la situation de la femiue esclave est la même que celle de l’esclave mâle (xx1, 20, 21; 26, 27: cf. vers. 32). La femme esclave a même une situation en certains points privilégiée, du fait qu’elle prend place parmi les concubines de son maitre (Xx1, 5-11).

267. — b) C’est encore l’Evangile qui devait affranchir les esclaves. L’esclave hébreu cst la propriété, « la monnaie » de son maitre (xxt, 210). Aussi les coups dont son maitre le frappe ne sont pas punis avec la même sévérité que ceux qui atteignent l’homme libre (xx1, 20, 213, 32). L’esclave toutefois n’est pas entitrement livré à l’arbitraire de celui qui le possède; certaines violences ont pour conséquence une punition du coupable à fixer par le juge (xxr, 20) ou la restitution de la liberté (xxt, 26, 27). Un chacun d’ailleurs n’a pas le droit d’entreprendre sur la liberté d’autrui; il est défendu, sous peine de mort, de réduire un Israélite (variante des Septanie; cf, Deut., xxiv, 5) en servitude, soit pour le garder à son service, soit pour le vendre (xx1, 16). En revanche il n’est pas défendu d’acheter un esclave; mais, même alors, l’aliénation de la liberté n’est pas définitive. Au bout de sept ans, il peut sortir libre sans rien payer (xx1, 2). La situation de l’esclave marié est, il est vrai, sacritiée s’il a reçu sa femme de son maître et si elle lui a donné des enfants: femume et enfants doivent demeurer à la maison et l’esclave doit sortir seul (xxt, 4). On entrevoil toutefois pour cet esclave une condition si douce qu’il évite cet inconvénient en s’engageant pour toujours et sous le sceau de la religion au service de son maître (xxt1, 5, 6).

268. — c) À côté des esclaves, les déshérités de toutes sortes sont objet d’attentions spéciales. Les pauvres d’abord, auxquels on ne doit pas réclamer d’intérêt si on leur prète de l’argent (xxu, 24 [25 ). Que si on veut exiger un gage, prendre leur manteau, par exemple, il faut le leur rendre avant le coucher du soleil, « car c’est sa seule couverture, le vêtement dont il s’enveloppe le corps; sur quoi coucherait-il? S’il crie vers moi, je l’entendrai, car je suis compalissant » (xxIr, 25, 26 [26, 25]). Les pauvres sont encore objet de recommandations spéciales faites aux juges (xxux, 6); ils doivent, en l’année sabbatique, bénéficier des produits spontanés du sol (xx, 11). A leur tour, les étrangers qui se fixent en terre israélite sont signalés à une bienveillante sollicitude (xx, 2021]; xx, 0, 12?), peut-être aussi la veuve et l’orphelin (xxnr, 21 [22). I n’est pas jusqu’à l’ennemi envers lequel on n’ait des obligations; il faut lui ramener ses animaux égarés, l’aider à décharger son âne qui succombe sous le fardeau (xx, 4,5).

269. — C. On le remarquera enfin. Pour occuper une moindre place, certains autres sentiments s’accusent quand même d’une manière très explicite. — a) Tel le sentiment du respect. Envers le prince, représentant de Dieu: la malédiction proférée contre lui est mise presque surle même rang que le blasphème (xx, 27° [28° ). Surtout enversles parents: on ne peut les frapper ou les maudire sans encourir la peine de mort (xx1, 15,19). — D) Tel le sentiment de délicatesse en matière de moralité proprementdite. Certains crimes contre nature sont châtiés avec la dernière rigueur (xx, 18 [19]). La vierge est l’objet d’une protection toute particulière. La séduction apparail comme une forme d’adultère; elle entraine le mariage et le paiement du mohar. La jeune fille toutefois est la propriété de son père; s’il refuse dela donner au séducteur, celui-ci n’en doit pas moins, à raison du dommage causé, payer le mohar ou prix d’achat (xxu, 15, 16 16, 131). À noter encore la mesure prise (xx, 26) en vue d’assurer la parfaite décence dans l’exercice du culte.

270. — Tels sont les traits principaux qui signalent le premier des codes qui sollicitent notre attention. On ne saurait en méconnaitre la beauté. Il faut toutefois remarquer le point faible que seul le chrislianisme elfacera. Le prochain se confond avec l’Israélite, Il n’est pas question de devoirs envers l’étranger, en dehors du cas où celui-ci veut séjourner dans le pays et prendre sa part de la vie nationale (gér). Le Code de l’alliance est étroitement nationaliste. 3° Code deutéronemique

3° Code deutéronomique

271. — Sur les idées des critiques touchant 1: composition du Deutéronome, vid. supr., 38,39. Deux remarques préliminaires auront leur utilité — a)llest de toute évidence d’abord que le Code deutéronomique prévoit un élat de la société israélite notablement en progrès sur celui que suppose le Code de l’alliance. La vie politique et civile y apparait dans le plein épanouissemuent qu’elle atteignit aux jours les plus brillants de la monarchie israélite; les rapports familiaux et sociaux se ressentent, par leurs caractères et leur mulliplicité, du progrès général. La vie religieuse, à son tour, est soumise à un ensemble de règles, de prévisions, de précautions. qui témoignent d’une organisatsinon plus avancée. On n’oubliera pas que, d’après ses données les plus fondamentales, le Deutéronome ne devait pas entrer en vigueur avant l’époque de Salomon et l’érection du grand Temple. — b) Nous: sommes abondannuent renseignés sur l’esprit de ce nouveau code, D’une part, les énoncés sont moins succincts, moins arides que ceux du Code de l’alliance et les considérations destinées à en presser l’exécution se ruélent souvent à l’exposé même des ordonnances. D’autre part, les homélies qui précèdent el qui suivent le code proprement dit n ont d’autre lin que de mettre en relief le sens des préceptes et les motifs de les observer. Or, même au regard des critiques qui les regardent comme d’une date postérieure à la législation, ces discours développent avec une réelle fidélité les points de vue de l’auteur des lois, Nous pouvons donc nous appuyer sur ces homélies aussi bien que sur les énoncés eux-mêmes.

272. — A. Lois religieuses. — «) La principale préoccupation du législateur est la pureté de la religion. — «) Elle s’exprime en fonction des circonstances dans lesquelles se déroulera la vie d’Isracl, d’une manière plus spéciale, en fonction des relations que le développement de sa vie nationale lui créera avec les autres peuples. Dès son arrivée en Cansan, il vivra avec les nations qu’il ne réussira pas à totalement expulser. Plus tard il aura des rapports avec les Cananéens de Phénicie, avec les Syriens de Damas, avecles Assyriens et les Babyloniens. Ces fréquentations ne seront pas sans danger quand elles seront pacitiques, ct il faudra redouter la contagion du relâchement religieux. Le péril sera bien plus grand lorsque avec ces étrangers Israël contraclera des alliances; l’union politique n’ira presque jamais sans compromis sur le terrain du culte. On comprend donc les sollicitudes de l’auteur du code que nous étudions. Avant tout il faut assurer l’observation du plus rigoureux monothéisme. Dans ce but, toute alliance est interdite avec les Cananéens lors de l’entrée en Palestine; il faut les exterminer, ils sont voués à l’anathème (Deut,, vu, ab 4). À plus forte raison faut-il faire la guerre à leurs emblèmes religieux et les anéantir (Deul., vn, 5, 25; xn, 2,3). Telle est la gravité de l’idolätrie, qu’on doit en écarter à tout prix le danger. Nul doute que la faute elle-même sera châtice avec la dernière sévérité, Le prophète qui voudrait y porter le peuple doit être mis à mort; et aucun sentiment de pitié ne doit empêcher de sévir contre le frere, le tils, l’épouse, la fille qui inviterait un tils d’Israël à corumettre une action aussi criminelle, Quant à la ville qui se sera laissé entrainer, elle est vouée à l’anathème (Deut., x). Pas moins que la contagion des cultes cananéens, le législateur ne redoute celle des cultes sidéraux, chers à nombre de Sémites, aux Assyriens en particulier (Deul.,1v, 19: v, 9-92; XvH, 2, 8). — f) La pureté de la religion et la lutte contre l’idoltatrie entrainent l’interdiction d’introduire dans la culte de Yahweh les emblèmes et usages paiens (Deut., xt, 4, 30, 3). De là, la prohibition de certains rites cruels (Deur., xu. 31") ou simplement suspects (Deut., x1v, 10, 2: la proscription de certaines institutions au caractère honteusement immoral (Peut., xx, 18,19 (Vulg. 17. 18/); l’horreur pour tout ce qui relève de la superstition et de la magie (Deut., xvin, 9 14). l’exclusion des emblèmes qui figuraient à côté des autels païens (//eutf., xv1, 21, 22).

273. — 7) Une si rigoureuse orthodoxie ne pouvait alors être maintenue que par une etroite vigilance. C’est en partie en vue de ce contrôle qu’est formulée la loi la plus fondamentale du Code deutéronomique, la loi de l’unité d- sanctuaire. Cette ordonnance avait, il est vrai, une autre raison d’être: à une date où il y avait autant de dieux que d’autels, même quand plusieurs de ceux-ci se réclamaient du même vocable, il fallait à tout prix, pour rendre sensibles et eflicaces les exigences du seul Dieu qui n’admit pas de rival, concentrerles hommages quilui étaient rendus en un lieu unique. prolongution normale de l’unique tabernacle du désert. De là l’insistance du législateur. A l’époque à laquelle il se place lui-même, chacun fait ce que bon lui semble, parce que le peuple n’est pas encore arrivé au repos ni à l’héritage que Yahweh, son Dien, lui réserve; chacun peut sacrifier à tel endroit qui lui plait (Neut., xx, 8. 0). Il n’en sera pas toujours de même. Untemps viendra où Israël possédera l’héritage que Yahweb lui destine. C’est alors que Yahweh se choisira, dans l’une des tribus, un lieu pour faire demeurer son nom (Deut., x11,5, 118, 218). C’est là et là seulement, qu’on lui présentera ses prémices et ses dîmes, ses sacrifices et ses offrandes, qu’on aecomplira ses Yœux (//eut., xn, 11,14,17, 18, 26, 25: xiv. 23. 24, 25; xv. 20: xVI, 2, 6, 9. 11, 15, 16; xvun. 6-8; xxvi, 2). Désornais il faudra bien se garder d’offrir des holocaustes dans les lieux qui, par leurs sites ou par leurs souvenirs, pourraient exercer sur les âmes quelque attrait spécial (Deut., xt, 13).

274. — 1h) Ce n’est pas assez d’avoir écarté du seul sancluaire les diversesinfluences qui pourraient compromeltre la pureté du culte, Pour que celui-ci ne dégénêre pas en un vain formalisme, il faut préciserles sertiments re‘igieux qu’il doit exprimer. Le législateur deutéronomiste s’en esl occupé. — x) Tout d’abord il faut éclairer les intelligences en déterminant l’objet de leur foi. De là les nombreuses données des homélies et des ordonnances sur la nature el les exigences du vrai Dieu et sur ses raports avec Israël. Nous les avons synthétisées ailleurs (ef. Jui [Peurzr], dans Pictionnaire apologétique de La foi catholique, t. M, col. 1577-1580). On notera que, parlant des attributs divins, nous avons relevé avec un Soin spécial ce qui concernait la bonté de Yahweh.

275. — 8) Or c’est précisément cette insistance sur la bienveillance et la miséricorde divines qui contribuera à douner à la religion deutéronomique l’un de ses caractères les plus frappants. L’idée même du sentiment religieux continuera de s’exprimer toujours par la vieille formule qui tendait à montrer en Dieu un être terrible avant tout: la religion est la crainte de Yahweh. Non que cette locution figure une seule fois dans le document que nous étudions; mais très fréquemment l’on parle de craindre Yahweh et l’on indique les motifs qui justifient cette attitude, les résultats-bienfaisants qu’elle produit (Deut., 1v, 103 v, 26 [Vuly. 29]; vi, 2, 13, 24; vin, 6; x, 12, 20; x, 54k,12[t1); xiv, 23; xxvm, 58). —;) Il n’est pas rare toutefois que les formules survivent aux idées qu’elles ont d’abord exprimées; celles-ci en tout cas se modilient fréquemment alors que les formules restent les nêmes. En fait, la religion du Deutéronome n’est guëre plus une crainte. La joie l’’envahit de toutes parts (Deul., xn1, 7, 12,18; XVE, 11,14, 15). C’est qu’en effet un sentiment nouveau l’a pénétrée, un sentiment sur lequel le code revient avec une insistance exceptionnelle, l’amour de Yahwek. Le préccpte de cet amour accompagne celui de la crainte, comme pour en préciser la véritable nature (Deut., x, 12); des effets analogues sont attribués à l’un et à l’autre (Deut., x, 13; x1, 13; XIX, 9; XXX, 16, 19, 20). Mais l’amour est objet de commandements tout à fait spéciaux. Le principal est celui-ci: « Ecoute, Israël: Yahweh notre Dicu est seul Yahweh. Tu aimeras Yalweh ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton àme, de toute ta force. » (Deut., vi, 5); c’est la formule de la plénitude de l’amour. — 6) L’amour s’exprime envers le Dieu trés bon par la reconnaissance (Deut., vi, 20-25; vin, 2, 5, 19) Mais il doit surtout aboutir à des résultats effectifs. Aussi le troisième élément que le législateur met à la base de la religion est le service de Yakhweh (Deut., x, 12, 13). Il consistera dans une attitude de soumission, de dépendance, de déférence vis-à-vis du seul maitre et du seul souverain; il se traduira par le labeur au bénéfice de Yahweh, par l’observation de ses préceptes. — €) C’est ainsi que les sentiruents dont le législateur veut voir la réalisation en l’âme des fidèles se trouvent admirablement synthélisés dans cet appel: « Et maintenant, Israël, que demande de toi Yalhweb, ton Dieu, si ce n’est que u le craignes en marchant dans toutes ses voies, en l’aimant et en le servant, en observant ses commandements et ses lois que je te prescris aujourd’hui pour que tu sois heureux? » (Deut., x, 12).

276. — c) De fait, ces sentiments pénètrent toute la pratique religieuse.— «) La religion a sa place dans tous les détails de la vie de l’Israélite, qui doit se rendre perpétuellement digne d’appartenir à la nation sainte. Elle règle ses abstentions à la maison et aux champs (Deut., xiv, 10; xxnt, 5, 9 10, 11, 12); elle a son rôle lors de la guérison de certaines maladies (Peut., xxiv, 8, 9); elle réglemente le régime alimentaire (Deut., xiv, 3-21), les pratiques à accomplir lorsque, aux jours de fête, on veut manger la chair des animaux domestiques (Deut., xut, 16, 23, 24, 25: x1v, 21?; xv, 23). — ) Dans le Deutéronome, comme dans le Code de l’alliance, elle exige que le fidèle reconnaisse le souverain domaine de Dieu en lui faisant hommage de ses biens; il continue de réclamer les premiers-nés du troupeau (Deut., XV, 19, 21; 3VN, 1), les prémices de certains produits dusol(LDeut., xvut, 4); il demande de plus la dîme du produit des semailles, du rapport des champs (/eut., x1v, 22), il provoque aux offrandes spontanées (Deut., xu, 6, 17, 26, 25). — 7) L’exécution de nombre de ces prescriptions et de ces conseils aura lieu au sanctuaire national, autour duquel les prêtres de la tribu de Lévi exerceront leurs multiples fonctions (Deut., xvir, 9-13, 18; vi, 5; XXI, 5; xxvI, 3); la Loi nous donne une haute idée de ces hommes qui n’ont ni part ni héritage avec Israël, dont Yahweh est le seul héritage (Deut., xvur, 1, 2 cf. x, 9; x, 125 xiv, 27, 20]). Ils ont sans doute pour auxiliaires les prophètes (Deut., xXvuE, 9-22), probablement plus nombreux autour du Temple que dans le reste du pays. Les pélerinages seront donc fréquents à Jérusalem; mais c’est aux trois grandes fètes de Pâques, de la Pentecôte et des Tabernacles, sur lesquelles le Code deutéronomique fournit des détaiis étrangers au Code de l’alliance (Deut., xvi), qu’ils entraineront dans leur mouvemuent la plus grande partie de la population.

277. — à) En ces manifestalions du culte, un vif sentiment de joie et de bonheur se fera jour, inspiré par l’amour de Dieu. I1s’exprimera dans la participation aux riles saints, au cours desquels on se rappellera les bienfaits que Dieu a multipliés en faveur de son peuple (cf. Deut., xxvI, 5-10), davantage encore peut-être dans les repas sacrés et les fêtes qui en seront le complément. L’âme israélite sera toute pleine du sentiment exprimé par le psalmiste: « Yahweh n’a pas agi de même envers les autres nations! » (Ps. cxLvIt, 20). — €) Mais l’amour de Dieu dilate les cœurs. Sous le regard de celui dans lequel on s’accoutume déjà à voir un pére (cf. Deut., xxx. 6), on s’habitue aussi à considérer comme des frères tous ceux qui participent à ses libéralités. Les pèlerinages ne groupent souvent que des faruilles; müais, à côté des parents et des enfants, on voit les serviteurs et lesservantes, puis le lévite pauvre du village, et encore l’étranger, la veuve et l’orphelin qui habitent au milieu d’eux (Deut., x11, 12, 18; x1v, 27; XVI, 11, 14). Aux jours des grandes panégyries, c’est la nation tout entière qui se prend à dire: « Qu’il est doux, qu’il est agréable pour des frères de se trouver ensemble! » (Ps. cxxxmn, 1).

278. — B. Lois sociales et politiques. — a) Lorsque, dans le domaine de la religion révélée, un progrès esi une fois réalisé, on ne constate jamais de retour en arriére. Tout comme dans le Code de l’alliance, on trouvera dans le Deutéronome un sens très vif de la justice. — +) Le respect de la vie humaine est encore garanti par la loi du talion(Leut., XIX, 16-21; 11-13). Que si l’homicide ne peut être vengé parce que, par exemple, le meurtrier est introuvable, on a le sentiment que le crime pèse sur la société comme un mal redoutable; il ne faut pas moins d’une cérémonie solennelle pour ôter le sang innocent du milieu d’Israël (Deutf., xx1, 1-9). — 8) Le respect de la propriété inspire les ordonnances concernant les bornes et limites des champs (Deut., xiX, 14), l’usage des poids justes et des balances exactes (Deut., xxv,13-16); il inspire, en inême temps que les recommandations faites aux juges (Peut., XVI, 18-20), l’institution du tribunal à double instance(Deut., xvir, 8-13) les prescriptions concernant le nombre et la sincérilé des témoins (Deut., xvu, 2-7; XIX, 15-21),

279. — b) Ce serait toutefois méconnalire la note dominante des ordonnances deutéronomiques que d’insister outre mesure sur la justice. Leur caractère propre est dans ces attentions humanitaires qui doivent adoucir les rapports des Lomines 843 MOÏISE entre eux et rendre l’existence moins rude. — +)Il serait facile de relever de telles attentions à propos des /sraëlites en général: on en trouverait des traces dans les textes que nous avons signalés touchant le respect de la vie. Mais si la vie est sacrée, l’honneur aussi a son prix, un très grand prix. Qu’un Israélite soit condamné à la bastonnade, l’exécuteur devra garder les mesures prescrites, entre autres motifs, « de peur que ton frère ne soit avili à tes yeux! » (Deut., Xxv, 1-3).

280. — Z)A propos de la femme, le Deutéronome maintient les deux taches qui pésent sur le mariage israélite. 1 suppose la polygamie, tout en s’efforçant d’en atténuer cerlaines conséquences funestes (Zeut., xx, 15-179). Il autorise aussi le divorce (Deut., xx1V, 1-4). Toutefois, en introduisant tel empèchement de mariage (Deut., xx, 1 Vulg. xxn, 30 ), en écartant le jeune époux de la guerre (Deut., xx1v, 5, en favorisant par le lévirat la fécondité du foyer (Deut., xxv, 5-10), en assurant par des mesures diverses le respect des enfants pour les parents (Deut., XxI, 18or), il veille à assurer le caractère sacré de la famille. Que si la femme entre dans le mariage par un véritable contrat d’achat, que si elle demeure la propriété de son mari, les mesures édictées contre celui qui déshonore une vierge (Deut. xxi, 28-29) ou une fiancée (Deut., xxu, 23-27), contre le mari qui sans raison met en doute l’honneur de sa jeune femme (Deut., xx, 13-21), contre les coupables d’adultère (Deut., xxn, 22, tendent singulièrement à relever la dignité de celle envers laquelle les lois anliques se montraient si dures.

281. — ;) Plus encore que dans le Code de l’alliance, l’escläve — il faudrait dire: le serviteur — bénéficie de toutes sortes d’égards. Il fait partie de la maison; dans les grandes fêtes et pélerinages religieux, il a sa place à côté des enfants; il s’assied à la même table que ses maitres pour les repas sacrés (Deut., xU, 12; XVI, 11, 14). Les anciennes mesures sont maintenues. Quand il s’agit du recouvrement de la liberté dans la septième année, le législateur insiste pour que le maître ne renvoie pas les mains vides le serviteur qui a contribué à augmenter ses revenus, surtout pour qu’il ne voie pas de mauvais œil cet affranchissement (Deutf., xv, 12-14, 18). Les enfants d’Israël ne doivent jamais oublier qu’ils furent esclaves en Égypte et que Dieu, lorsqu’il se les atlacha, les tira de la servitude (Deut., xv, 15). — à) Le mercenaire (Deut., xxiv, 14, 15), le lévite dépourvu de ressources (Deut., x11, 12, 18, 19; xIv, 27, 29), l’étranger (gér) qui se fixe dans le pays, la veuve et l’orphelin (Deut., xiv, 29; xxiv, 17, 18), sont à leur tour objet de recommandations spéciales, motivées parfois par les plus touchantes consi: dérations, Quant aux pauvres, l’idéal serait que l’on supprimäât leur misère; telle ordonnance est portée « afin qu’il n’y ait pas de pauvre chez toi » (Deut. xv, 4). Mais il fant se rendre à la réalité, reconnaître qu’il ne manquera jamais d’indigents dans le pays (Deut., xv, 11). Le mieux est de veiller à aruender leur sort. Aussi, quand le malheureux se présente à la portedu riche, celui-ci serait criminel s’il endurcissait son cœur, s’il fermait sa main: que, tout au contraire, il l’ouvre généreuse et libérale (Deut., XV,7-11). Et c’est le même sentiment qui inspireune foule de dispositions invitant celui qui dis®ose des biens dela terre à se montrer favorable aux malheureux (Deut., xv, 1-6; 9-11; xxut, 20, 21 [ Vulg. 19, 20; xx1V, 6,10-13, 19-22).

282. — :) L’humanité inspire les lois de la guerre. Celles d’abord qui président au recrutement des défenseurs de la patrie (Deut., xx, 5-8; xxrv, 5), après que le représentant de la religion, le prêtre, aura rappelé aux combattants le devoir du courage et la confiance en l’appui du Très-Haut (Deut., xx, 1-4). Celles encore qui dirigent certaines attitudes vis-à-vis de l’ennemi, notamment les propositions de paix antérieures au siège d’une ville (Deut., xx, 10, 11). Sans doute, le traitement infligé aux vaincus nous apparait dur, cruel (Deut., xx, 13 et même 14), mais il est moins dur et moins cruel pourtant que les monstruosités dont les Assyriens se faisaient gloire. On notera d’ailleurs les égards dont le législateur fait preuve envers les femmes captives (Deut., xxXI, 10-14). Quant aux villes cananéennes, si elles sont l’objet d’une rigueur toute particulière (Deut., xx, 16-18), c’est à raison du danger que leurs habitants feraient courir à la foi d’Israël. —:) La note de bonté et de tendresse se répercule encore dans la sympathie dont le législateur fait preuve envers la nature inférieure, envers la mère des petits oiseaux que l’on prend en leur nid (Deut., xxn, 6,7). envers le bœuf qui foule le blé sur l’aire (Deut., xxv, 4), envers les arbres eux-mêmes (Deut., xx, 19).

283. — Ilest évident que si on compare la loi dentéronomique avec l’Evangile, on y découvrira beaucoup d’imperfections: si elle a grand souci des déshérités, elle n’a rien qui prévienne les inimitiés ou qui tende à les faire disparaître; l’étranger qui ne tient pas à entrer dans la société israélite et à s’y fixer pour toujours, l’étranger qui en est exclu sont encore traités comme appartenant à des races inférieures et indignes d’égards, Tout cela est vrai et on pourrait ajouter d’auires remarques serublables. Mais le point de vue est mal choisi pour juger la législation d’Israël; c’est avec celle des peuples voisins, des autres nations sémitiques, qu’il faut établir la comparaison. Alors on aura moins de peine à comprendre tout ce qu’il y a dans cette parole: « Yahweb t’a choisi pour lui être un peuple particulier entre toutes les nations qui sont sur la face de la terre. » (Deut., xi1v, 2.)

4° Code sacerdotal

284. — 1° Il faut avant tout discerner, dans le Code sacerdotal, ce qui en constitue La partie fondamentale: la Loi de sainteté (Lev., xvr-xxvi). A. L’esprit de cette loi se dégage d’abord d’un certain nombre de données directes réparties dans le texte même des ordonnances, ici simples formules, là fragments de discours un peu moins laconiques; l’exhortation finale (Lev. xxvi) complète et précise ces renseignements par des déclarations plus explicites.

285. — a) Or il est un premier trait qui distingue la Loi de sainteté du Code deutéronomique. Dans ce dernier, c’était Moïse qui parlait au nom de Yahweh et l’on avait le plus souvent une exhortation au ton persuasif. Dans la Loi de sainteté, c’est Yahweh qui parle et c’est peut-être la raison pour laquelle la note principale est l’autorité. La législation s’exprime sous forme d’impératifs très calégoriques que contribue assez souvent à renforcer la formule Je suis Yahweh(Lev., xvin, 5, 6,21; xIX, 12, 14, 16, 18, 28, 30, 32. 33; xxur, 2, 3, 30, 33; xxvi, 2, 45). Le Dieu grand el unique apparait comme tenant de sa nature même le droit de commander, et l’on dirait que la manifestation de sa volonté dispense de toute autre considération; il est le souverain, il est le maitre absolu, celui auquel on ne résiste pas, celui qui peut dire sans donner d’autre motif: « Voici ce que Yahweh a prescrit » (Lev., xvu, 2). De la sorte le devoir paraitrait se présenter plutôt sous la forme d’un ordre venu du dehors que sous celle d’une suggestion jaillissant de la conscience (Lev., XIX, 37; xxvi, 46); c’est même ce qui explique que des préceptes relevant de la loi naturelle et des réglements d’ordre tout positif puissent être indistinctement associés (comp. Lev., xvinr, 19 et xIx, 19 avec ce qui les entoure). Un peut dire, il est vrai, que dans le Code de l’alliance et le Code deutéronomique, les énoncés de préceples rendaient un son sensiblement pareil. Mais ici la note reste la même dansles petites exhortations qui interviennent çà et là parmi les ordonnances. On ne fait guère intervenir d’autre considération que la volonté du Maitre pour détacher le peuple des pratiques chères à l’Égypte et à Canaan (Lev., xvim, 1-5; ef. xix, 37); tout au plus signalet-on la sanction (Ler., xvui, 5). À s’en tenir aux grandes lignes, il y a beaucoup de points de contact entre l’homélie qui sert de conclusion à la Loi de sainteté (Lev., xxvi) et celle qui termine le Code deutéronomique (Deut., xxVWI-Xxx): promesses analogues de bénédictions récompensant la tidelité (Lev., xxvt, 3-13 et Deul., XXVIN, 1-14), menaces toutes pareilles de chàtiments en cas d’infidélité (Ler., xxvI, 14-39 et Deut., xxvin, 15-68), perspectives semblables de eonversion et de retour des faveurs divines (Lev., xxvr, 4o-45 et beut., xxx, 1-10). Deux différences toutefois sont aisées à relever. Si, de part et d’autre, les chätiments réservés à la désobéissance sont terribles, il faut convenir que la Loi de sainteté accentue davantage la régularité avec laquelle les punitions se renouvellent pour sanctionner les prévarications successives. Surtout, ce qui manque dans la Loi de suinteté, ce sont ces exhortalions pressantes et chaudes dans lesquelles l’homéliste du Peuteronome conjure Israël de dctourner par sa fidélité les maux qui frapperaient son endurcissement. Le législateur sacerdotal s’adresse à l’esprit et à la volonté; Le deutéronomiste va jusqu’au cœur. — b) Parfois, il est vrai, on ne se contente pas de parler de Yahweh en général, du Dieu universel; on n’oublie pas que Yahweh s’est fait en un sens très spécial le Dieu d’israël et l’on dit «Yahweh, votre Dieu» (Lev., xvn, 2,30: x1x, 2, 3,4, 10, 25, 31, 34; XX,7 5 XXU1,22, 43; XXIV, 225 XXV, 09); il arrive même que l’épithète soit complétée par une indication touchant la sortie d’Égypte et les circonstances dans lesquelles Yahweh s’est attaché Israël (Lev., x1x, 36; [xxir, 33]; xxv, 38, [42,55]; xxvi, 13). Mais, sauf en quelques cas particuliers (Lev., xxvt, 13), on ne saurait dire si de tels rappels ont pour but de témoigner de la bonté divine ou d’accentuer le sentiment de la culpabilité de la désobéissance.

286. — c) Un second trait mérite d’être souligné, celui auquel précisément la législation que nous étudions doit son titre: à savoir, l’importance attribuée à l’idée de sainteté. Volontiers, pour exciter les fils d’isracl à observer ses préceptes, Yahweb rappelle qu’il est saint (xix, 2), qu’il a séparé son peuple du milieu des autres nations pour qu’il soit à lui (Lev., xx, 24°, 26t) et pour le sanctitier (Zev., xx, 8; xxr, 8; xxur, 32: de même, à propos des prêtres Lev., xxx, 15, 23 et xxit, 9, 16); aussi invite-t-il les fils d’Israël à être saints parce qu’il est lui-même sain! (Lev., x1x, 2; xx, 262). — d) Le lien qui réunit toute: ces déclarations est facile à saisir. Yahweb, par sé nature même, est saint, et c’est peut-ètre à cet attri but qu’il tient davantage, tant le sens en est riche Aussi veut-il que le peuple qu’il a choisi et dan: lequel il entend reconnaître perpétuellement la mar: que de son choix, soit un peuple saint: c’est dan: ce but qu’il l’a séparé des nations et qu’il se l’es attaché. Aussi bien cette idée de sainteté n’es pas étrangère au Code deutéronomique et elle s’ présenteavecles mêmes traits fondamentaux. En vu d’éearter les Israélites de certains rites aux allure: paiennes, Moïse rappelle qu’ils forment un peupli saint et particulier à Yahwel, que celui-ci se l’es choisi entre toutes les nations qui sont sur la face de la terre (Deut., xiv, 2). On dit ailleurs que ce choix, qui inclut une séparation et une consécration, a été le résultat de l’alliance par laquelle, d’une part, Yahweh s’est engagé à traiter Israël comme un peuple spécial et à l’élever au-dessus des autres, par laquelle, d’un autre côté, Israël s’est engagé à observer les commandements (Deut., XXVI, 15-19). Mais, ontre que dans le Deutéronome cette idée est plutôt rare, elle ne présente pas nécessairement les mêmes nuances que dans la Loi de sainteté.

287. — e) La sainteté évoque avant tout une idée de séparalion, de mise à part. En Dien, cette idée se confond avec celle de sa transcendance; dans la créature, elle indiquera l’isolement de ce qui estprofane. En second lieu, la sainteté implique en Dieu une idée de perfection; dans la créature elle supposera une consécration à la divinilé, à propos de laquelle il faut rappeler que le concept de sainteté est d’ordre essentiellement religieux; cette ccnsécration n’ira pas sans une participation aux perfecliuns et éléments constitutifs de la sainteté divine ellemême.

288. — f) Mais cette sainteté peut être envisagée à un double point de vue. Il y a d’abord une sainteté d’ordre physique et ontologique, qui tient à la nature même des choses ou aux conditions dans lesquelles elles se trouvent. On ne saurait nier qu’une telle conception de la sainteté, à laquelle s’oppose l’idée d’une souillure également physique, ait sa place dans la loi qui nous occupe. Elle se manifeste, par exemple, quand, après avoir énuméré les fautes par lesquelles les Egyptiens et les Cananctens se sont souillés, on ajoute que le pays lui-même en a été, souillé et qu’il a vomi ses habitants (Lev., xvnr, 25, 27, 28; cf. xx, 22); le péché est une tare, une souillure qui pèse sur le sol comme la mauvaise nourriture sur les entrailles (Deut., xxt, 1-9 décrit un rite qui pourrait suggérer cette idée, mais elle n’est pas exprimée). On pourrait rattacher à des préoccupations de même ordre les espèces de fabous attachés aux fruits des arbres pendant les trois premières années de leur croissance (Lev., xix, 23), cette prohibition relative aux aliments impurs qui est si intimement unie à la formule « Vous serez saints pour moi parce que je suis saint » (Ler., xx, 25, 26).

289. — g) I! faut considérer avec une attention spéciale ce qui concerne la sainteté des prêtres, Il est naturel qu’on réclame des prêtres une sainteté plus grande que des simples fidéles (Lev., xxt, 6, 8), et qu’on la veuille exceptionnelle au sommet de la hiérarchie (xx1, 10, 12). Outre qu’ils ont à accomplir des fonctions augustes (Lev., xxx, 83, 10+, les prêtres ne sont-ils pas dans des relations particulièrement intimes avec Yahweh qui les sanctifie? (Zev., xxt, 15, 23; xxu, 9, 16). Les ordonnances relatives aux prêtres (Zev., xx1, 1-9) et au grand prêtre (Lev., xx, 10-15) ne traitent pas de la sainteté intérieure; le caractère juridique de toute cette législation explique ce silence, Mais, parmi les prescriptions qui regardent l’extérieur, il en est dont on doit dire qu’elles ne dépassent pas les préoccupations d’une sainteté toute physique (Lev., xxt, 1-4 et même 10, 11). Îlen est de même des irrégularités qui doivent écarter le prêtre de ses fonctions (Lev., xx1, 17-23); bien qu’à propos de certaines d’entre elles on puisse invoquer des motifs de décence, il faut se rappeler qu’il s’agit surtout de ne pas profaner le sanctuaire (Lev., xxt, 23P). Telles seraient encore les ordonnances concernant la participation aux choses saintes, anx mets consacrés (Lev., xx11, 1-9). Telles enlin celles qui tendent à éloigner les vietimes qui présentent certains défauts (Lev., xxli, 17-25); à leur sujet il est vrai, Malachie invoquera des raisons de respect et de dignité (Wal., x, 6-14).

290. — k) Mais l’erreur serait complète si l’on prétendait que la Loi de sainteté s’arrête aux préoccupations de sainteté rituclle, Dans la liste des fautes qui souillent le pays, il y a bien telle ordonnance dont on ne voit pas neltement la portée morale (Ler., xvur, 1g); mais les autres sont inspirées par le souci de sauvegarder les exigences essentielles de la religion (Ler., xvin, 21) ou des bonnes mœurs (Lev., xvini, 6-18, 20, 22, 23); de même dans la liste des fautes qui attirent les plus sévères sanctions (Lev., xx, 2-21: sauf peut-être 18). Pareillement, dans la série des prescriptions qui ont pour cbjet d’assurer la sainteté des prêtres et à côté des ordonnances dont nous parlions plus haut, on trouve des préceptes dont les relalions avec la religion (Eer., xxk, 5) ou la morale (Lev., xx1, 7, 9, 13-15) sont évidentes. D’autres commandements d’ailleurs se présentent comme des expansions ou des interprétations qui se rattachent, aussi directement que possible, aux exigences de la loi naturelle.

291. — B. C’est ce que révélera une vue d’ensemble du contenu de cette législation. a) Il est évident que les lois au caractère spéciliquement religieux y abondent (Ler., xvn, 2-16; <vIN, 215 xix, 30°, 4, 5-8, 12, 19, 21-22, 23-25, 26-28, 30, 31; xx, 2-D, 6-8, 23-27; xXI-XXIT: XXHI-XXV; Sans parler de l’appendice du chap. xxvu). Il n’y a pas à en être surpris, puisque c’est un code particulièrement destiné aux prêlres, à Aaron et à ses fils (Lev. XVII, 25 XXI, 13 XXI, 2). Parmi ces ordonnances, on en citerait un grand nombre qui, loin de ne pourvoir qu’à une régularité extérieure et à sauvegarder une sainteté toute physique des personnes et des choses, tendent à maintenir des principes fondamentaux de la vie religieuse juive (Lev., xvn, 1-9 au sujet desquels on peut rappeler ce que nous avons dit de la loi de l’unité de sanctuaire; x VIN, 213 XIX, 4, 12, 31; xx, 2-b, 6-8, 27); un grand nombre encore qui tendent à assurer l’expression des mêmes sentiments que nous avons signalés dans l’étude des eodes précédents: jalousie &u Dieu unique (Les, x1x, 4). respect du nom divin (Lev., xix, 12), souci de 13 pureté du culte (Lev., xvin, 215 xIx, 31; xx, 2-5 [?. 6, 23), reconnaissance du souverain demaine de Dieu (Lev., xvix, 5-7, 8-0, x1x, 24; etc.). Mais un trait distingue cette loi de celles que nous avons auparavant étudices; c’est le souci du détail, du rituel. On s’en rendra compte, par exemple, en comparant les ordonnances du Deutéronome (Deut., xvi) et celles de la Loi de sainteté (Lev., xxIm) concernant les fêtes; mais, de nouveau, cette différence tient au caractère spécilique du deuxième de ces codes. C’est peutêtre aussi ce caraetère qui explique le prix attaché à l’’observance en tant qu’observance (Levs., xx, 3a: b, 5b-", 30). Noter encore les précautions en vue de sauvegarder le caractère national du culte (Ler., XXII, 10-13).

292. — b) En ce qui concerne la vie sociale ei rolitique, on pcut relever, dans la Loi de sainteté, des préoccupations analoyues, malgré la sécheresse et une certaine raideur du langage, à celles que nous avons sixnaltes à propos des autres codes. parfois même des préoecupations plus délicates. — «) On notera, au sujet de la justice, les ordonnances concernant le vol et le mensonge (Zes., xix, 11), les jugements (Lev., xix, 15, 16), les mesures (/es., xIx, 35, 36). — E) Dans un autre ordre d’idées, le respecl dû aux parents (Lev., xix, 32e [ici ce préeepte est mis sur le même rang que celui de l’observation du sabbat, dont l’importance est si particulière en ce code]; cf, xx, 9); les marques de respect à donner au vieil. lard (Lev., x1x, 32 [sur le même pied que la crainte de Dieu). —;) A propos des sentiments d’humanité, on soulignera les ordonnances concernant les pauvres (Lev., xix, 9, 10), les faibles (Lev., xix,13), les infirmes (Ler., x1x,14), les étrangers (gér., Lev., x1x,33,34). On le remarquera même avec soin. C’est dans la Loi de sainteté, el non dans le Deutéronome, qu’est formulé le précepte presque évangélique de l’amour du prochain comme soi-même (Zes., xix, 182), que sont condamnées la haine (Lev., x1x, 192) et la vengeance (Lev., x1x, 1882). — 6) Toutefois l’une des notes distinc- Lives, dans la partie morale du code que nous éludivns, c’est la préoccupation de la moralité propreuent dite. De là Les règleruents etsanctions dirigés conire certains désordres particulièrement criants (Lev., xvIN, 22, 23; xx, 13, 15, 16), contre la prostitution (Lev., xix, 29). De là les ordonnances qui ont pour but d’assurer la sainteté et la dignité du mariage: protection de la fiancée, même si elle est esclave (Lev., x1x, 20-22); longue liste des empêchements de mariage (Lev., xvin, 6-8); sanctions contre l’adultère (Lew., xx, 1o)et l’inceste (Ler., xX,11, 12, 4, 17, 19-21); précepte touchant l’usage du mariage (Lev., xVHI, 19; Xx, 18); etc.

293. — 2°) Si la Loi de sainteté demeure l’élément fondamental du Code sacerdotal, elle n’en est pas la partie la plus considérable, Il faut, en effet, mentionner, en s’en tenant à la stricte législation: le rituel de la Pique (Ex., xu, 1-20 + 43-49); les dispositions en vue de la construction du tabernacle (Ex., XXV, I-XXxXI, 19), auxquelles il convient d’ajouter le récit de leur réalisation (Ex., xxxv, i-xL,33); le rituel des sacrifices(Lev., 1-vir); les lois, en forme de récits, concernant l’installation des prêtres (Lev., viu-x); les lois de pureté (Le, xi-xv); le rituel du jour des Expiations (Lev., xvi). De même, les suppléments du livre des Nombres: Les personnes impures exclues du camp (Num., v, 1-4); loi sur la restitution (Yum., x, 5-10); loi sur la jalousie (Num., v, 11-31): loi du nazaréat (Num., vi, 1-21); formule de bénédiction (Yum., vi, 22-27); les lampes (Xum., VIN, 1-4); loi sur l’installation des lévites (Num., vin, 5-26); la seconde Päâque (Num., 1x, 1-14); les trompettes (Yum., x, 1-10); les offrandes qui doivent accompayner les sacrifices (Num., xv, 1-16); les prémices de la farine (Num., xv, 19-21); l’expiation des péchés commis par erreur (4Vum,, Xxv, 22-31); la violation du sabbat (Vum., xv, 32-36); les glands aux vêtements (Num,., xv, 33-h1); fonctions et revenus des prêtres et des lévites (Yrm., xvin); purifications avec l’eau dans laquelle on à répandu la cendre de la vache rousse (Vum., xix); loi sur les héritages (Num., xxvn, 1-1); loi sur les sacrifices de tous les jours et des fêtes (Mum., xxviu, I-xxx, 1); loi sur les vœux (Num., xxx, 249); les villes lévitiques (Num., xxx, 1-8); les villes de refuge et les lois sur le meurtre (VNum., xxxv, Q-34); loi complémentaire sur les héritages (Num., xxxvi).

294. — a) Ll est facile de constater que les lois d’ordre social ou civil ne tiennent qu’une place très restreinte au milieu de toutes ces ordonnances(/um., v, Bio: v,11-31; XXVIH, 1-11; XXXV, 9-34; XXXVI); nous n’avons pas à nous y arrêter. — /) La plupart des prescriptions ont un caractère eultuel. Nous ne saurions être surpris de constater qu’on y relève le souci du détail, la préoccupation d’assurer l’exact accomplissement des cérémonies et de préeiser les conditions de cette pureté et sainteté extérieures qui, nous l’avons vu. prend une importance si considérable dans la vie juive telle que la décrit déjà la Loi de sainteté. Ces ordonnances et dispositions pourraient faire l’objet d’une étude du plus haut intérêt; en les rapprochant des usages en vigueur dans le reste de l’Orient sémitique, on apporterait une contribution précieuse à l’Histuire comparée des relisions. Mais on comprend que ce travail et ce point de vue soient étrangers au sujet, déjà si vaste, que nous avons entrepris de traiter.

295. — c) Parmi les traits qui caractérisent ce ritucl, mentionnons, en premier lieu, l’importance attachée à l’acte liturgique. Plus d’uu critique attribue cette préoccupation à l’idée que l’acte liturgique a une eflicacité propre ou, comme on dit en théologie sacramentaire, agit ex epere operato. Nous n’oserions pas dire que cette conception soit entièrement étrangère à l’esprit qui inspire el anime ces prescriptions. Mais nous estiuons qu’une place plus grande doit être attribuée à la pensée d’honorer Dicu, au souci de la parfaite dignité du eulte à rendre à Celui qui est à la fois le Tout Puissant et le Trés-Saint; les discours de Malachie favorisent clairement ce point de vue (Yal.,1, 6 14: mr, 6-12).

296. — d) Un deuxième caractère de cette législation consiste dans l’importance attachée au rôle du clergé. Dans le Deuteronume, nous assistons surtout aux manifestations prescrites ou spontanées des lils d’Israël; les fidèles viennent par groupes, généralement par familles, apporter au Temple leurs prémices, leurs premiers-nés, leurs dîmes, s’acquitter des sacrifices réglementaires, accomplir leurs vœux, faire leurs offrandes spontanées. Tous ces actes ont un caractère nettement personnel, souvent individuel. C’est un autre côté de la liturgie que nous dévoile le Code sacerdotal. Nous voyons le clergé de Jérusalem attaché au Temple pour représenter, dans l’exercice de la prière publique, le peuple auprès de son Dieu. Alors même que les fidèles ne viennent pas solliciter leur ministère pour des intentions particulières ou en faveur d’individus ou de groupements déterminés, les prêtres et les lévites, se conformant à une réglementation précise et minutieuse, prient pour le peuple tout entier, offrent des sacrifices pour le peuple tout entier, utilisent dans ce but des revenus qui leur sont assurés par le peuple tout entier.

297. — ec) Enfin nous siynalerons un troisième et dernier trait du Code sacerdotal. Ce qui frappait encore dans le Deutéronome, c’était surtout la joie que les fils d’Israël goûtaient dans la pratique de leurs actes religieux. Le Code sacerdotal paraît faire une place aussi grande, sinon plus absorbante, au souci de la pureté et à la crainte du péché. Cette dernière préoccupation explique les préceptes relatifs à des sacrifices et rites expiatoiresdont il n’est pas question dans la législation deutéronomique. D’autre part, elle ne s’arrête pas seulement aux fautes voulues et consenties, dont on serait tenté de dire que seules elles comptent au point de vue moral; elle s’étend jusqu’aux fautes commises par erreur ou inadvertance. C’est une application nouvelle des principes déjà posés par la Loi de sainteté au sujet de la sainteté et de la pureté physiques.

298. — Remarque. — Il va de soi qu’en relevant ces différences entre les divers codes, nous n’avons en aucune manière l’idée de parler de contradictions ou d’incompatibilités, exclusives de la présence de ces diverses ordonnances dans la même collection générale. Les rédacteurs qui, d’après les critiques, ont fondu ensemble ces législations primitivement séparées, n’en ont pas, eux non plus, découvert.

III. Développement et progrès dans la législation mosaïque

1° Remarques préliminaires

299. — a) A la base de leurs théories sur le Pentateuque, les critiques étrangers à l’Église mettent, nous l’avons vu, la constatation d’un développement législatif dont les diverses phases ne seraient pas autrement difficiles à déterminer. Beaucoup d’exégètes catholiques, de leur côté, n’hésitent pas, même après les décisions de la Commission Biblique, à reconnaître, au moins en certains cas, l’existence de semblables développements; ils cn concluent que les anciennes législations ont subi des retouches, reçu des compléments, destinés à les adapter à des situations et à des besoins nouveaux. Souvent toutefois, on ne parle de ces sujets que d’une manière générale et forcément un peu vague. Il nous a paru utile de fournir les éléments d’une appréciatsinon plus objective en mettant au point quelques exemples concrets. — h) Ce n’est pas chose toujours facile et la comparaison des documents doit être faite avec un juste sens des nuances. De ce qu’une loi manque dans un des codes, on ne peul pas conclure que l’auteur de ce code l’ignorait, bien moins qu’il a fait sa collection à un moment où elle n’existait pas encore. On comprend aisément par exemple que, même au cas où les lois rituelles du Code sacerdotal auraient existé à l’époque où furent rédigés le Code de l’alliance et le Code deutéronomique, ceux-ci ne les aient pas reproduites; elles traitaient de sujets trop spéciaux. Il arrive pourtant que le Deutéronome renvoie à l’une de ces ordonnances. C’est à propos de la lèpre; il recommande l’observation soigneuse « de tout ce que vous enseigneront les prêtres lévitiques; tout ce que je leur ai prescrit, vous le mettrez soigneusement en pratique » (Deut., xxiv, 8, 9); il est de toute vraisemblance que la législation à laquelle l’auteur se réfère soit en substance celle de Lev., xiur-xiv. Nul doute que, si d’autres occasions se fussent présentées, le Deutéronome ou le Code de l’alliance eussent mentionné d’autres collections sacerdotales. — c) Le terrain paraît plus solide si l’on compare entre elles les rédactions des lois qui, dans les trois codes, traitent les mêmes sujets. Encore faut-il penser qu’à raison des détails qui se trouvaient ailleurs sur le même sujet, tel auteur a pu simplifier son texte législatif, tel rédacteur a pu abréger l’un des documents qu’il retenait. Néanmoins c’est sur ces textes parallèles que nous allons eoncentrer notre attention, nous bornant d’ailleurs à un simple exposé des faits. R° Les esclaves

2° Les esclaves

300. — La premiére loi d’ordre social à propos de luquelle pareilles comparaisons présentent de l’intérêt est celle qui concerne les esclaves. 1° Le Code de l’alliance a strictement en vue l’esclave hébreu (Ex., xx1,2). — a) L’esclave entre dans la maison de son maitre par un contrat d’achat (Ez., xx1,2); ilest la propriété, la « monnaie » de son maître (Ex., xx1, 21). Un chacun toutefois n’a pas le droit de porter atteinte à Ja liberté de son prochain et la peine de mori chätierait celui qui aurait dérobé son frère pour le vendre ou le prendre à son scrviceEz., xx1, 16). C’est avec les ayants droit, père, etc., — sans parler sans doute de l’escluve lui-même — qu’il faut entrer en négociations (Ex., xx1, 7: on n’oubliera pas non plus que certains des peuples voisins, les Phéniciens par exemple, étaient de grands pourvoyeurs d’esclaves.— b) La situation de l’esclave mâle n’est pas de tout point la même que celle des femmes esclaves. La liberté de l’esclave mâle n’est pas aliénée pour toujours; en la septième année, il recouvre sa liberté sans rien jrayer (Ez., xxt1, 2. La loi est dure pour l’esclave marié. Suns doute, s’il avait une femme lors de son entrée en service, il la ramènera avec lui: mais s’il a recu sa femme de son maître et qu’il y ait eu des enfants, femme et enfants demeureront chez ce dernier et l’esclave sortira seul (Ex., xx1, 8, 4). Une ressource lui reste, il est vrai, et la situation prévue pour lui par la loi est assez bonne pour qu’on puisse compter quil usera de cette faculté. Il peut demander à rester au service de sun muitrc; un rile au caractère religieux 851 MOIÏSE I consacrera l’engagement, qui sera définitif (Ex., xx1, 5,6). — c Le sort des femmes esclaves est différent. Le cas visé est celui de la femme esclave qui devient concubine dans ln maison de son maïîlre; c’est, ou bien parce que telle est la condition la plus fréquente, sinon normale, des femmes esclaves, ou bien parce que le législateur ne vise que ce cus particulier. L’esclave-concubine ne sort pas la septième année (Ex., XXI, 7, sauf le cas Ex., xx1, 11) où son maitre n’aurait pas eu égard aux mesures prises our souvegurder ses intéréts et sa dignité (Ex., xx1, 8-lü). —— d) Toutelois les esclaves des deux sexes sont mis sur le même rang quant aux brutalités dont ils seruient viclimes de la part de leurs maitres; les réparations et sanctions sont, il est vrai, beaucoup moins séveres que quand il s’agit des hommes libres Exr., xx1, 20, 21, 26, 27; cf. 32).

301. — 2°) Dans le Deutéronome, les ordonnances relatives aux esclaves Deut., xv, 12-18) se rattachent à celles qui concernent l’année de rémission. Comme dans le Code de l’alliance, il n’est question que de l’esclave hébreu. — a) 1 semblerait que seul l’esclave ait le droit de disposer de sa liberté (selon le sens réfléchi que peut avoir yëmmañhher; Deut., xv, 12); en tout cas la sentence de mort est renouvelée contre quiconque enlève son frère pour le vendre ou le mettre à son service (Deut., xxiv. 7). — b De nouveau on parle de la libération de l’esclave au terme de la sixième année (Deut., xv, 12. Des recommandations sont faites à ce sujet, dans lesquelles on reconnait le sens profond d’humanité qui caractérise ce code. Non seulement l’esclave sort sans rien payer (cf. Ex., xx1, 2), mais on ne le renvoie pas les mains vides; on lui donne quelque chose du menu bétail, de l’aire, du pressoir. D’une part, on n’oubliera pas que son travuil a contribuë à rendre eflicaces les bénédictions de Dieu; d’autre part, on se rappellera qu Israël lui-même a été esclave en Égypte (Deut., xv, 13-15). Le souvenir des services reçus doit meme exclure tout sentiment pénible lors du départ de celui qui est vraiment moins un esclave qu’un serviteur (Deut., xv, 18); rien de surprenant à ce quici, comme dans le Code de l’alliance, dn entrevoie le cas où l’esclave voudra se fixer chez son maitre (Deut., xv, 177. — c) Ce qui dait davantage attirer l’attention. c’est qu’au point de vue de la libération de la Septième année, la condilion est In même pour les esclaves des deux sexes (Deut., xv, 12, 17). On peut se demander s’il s’ugit pour la femme-esclave du même cas que dans Ex., xxi, 7-11. Tandis qu’en ce dernier passage, le cas visé est celui de l’esclave-concubine, il se pourrait que le texte deutéronomique fit abstraction de cette hypothèse. 11 serait possible, d’autre part, que le Deutéronome vise un état social dans lequel le concubinat servile serait devenu plus rare. On le nolera: c’est en con formité avec cette législation que se présente la pratique à laquelle ilest fait allusion Jans le livre de Jérémie (Jer.. xxx1v, 8-16; il est question des esclaves des deux sexes pour l’époque du roi Sédécias.— d) D’après le Deutéronom les esclaves des deux sexes, — mieux: les serviteursetser vantes, — ont leur place dans la famille, participent à ss vie, notumment dans les actes religieux, dans les pèleri nages à la Ville Sainte et dans les repas sacrés qui s’ raltachent (Deut., xt, 12, 1S; xvi, 11, 14). Remarque: encore l’ordunn: ance humanitaire concernant l’esclave fu gitif (Deut., xxeu, 16, 17 Vulg. 15, 16).

302. — 3°) Dans le Code sacerdotal (Loi de sainteté, li question des esclaves est traitée a propos de l’année jubi laire (Lev., xxv, 35-55). Après une exhortation sur l’atti tude à garder vis-à-vis des pauvres (Lew., xxv, 35-38), 1 législateur envisage Le cas où un fsraélite, devenu pauvre est contraint de se vendre (nimhar, wème forme verbal que dans le Deutéronome) au service d’un maitre, israëlit comme lui Lep., xxv, 394). C’est bien lui, en effet, qu se vend; on ne le vend pas comme on fait des esclave (Lev., xxv, 42b ). — a) Une distinction capitale est, dè lors, établie entre l’esclave hébreu et l’esclave étranger — « En réolité, un Israélite ne doit jamais traiter s0 « frève » comme un esclave (Lev. xxv, 39b, mais bie plutôt comme un mercenuire (säkhir, comme un étran ger fixé pour un temps limité (f5sabh dans le pays (Les, xxv, 404). Non seulement on ne doit pas lui imposer u travail d’esclave, mais sa sujélion ne durera pas tou jours. I n’est pas question ici toutefois de la rupture d son enxagemert en la septième année (cf. Ex., xxt, 2-1 et Deut., xv, 12-18), mais seulement en l’année d jubilé: il sortira alors avec ses enfants, sans que l’o fasse les distinctions établies par le Code de l’allianc (Ex., xx1, 3, &); il retournera dans sa famille et la propriété de ses pères [Lev., xxv, 40b, &!). Pour appuyer cette ordonnance, le législateur invoque un motif dont il n’a pas encore été question: c’est que les esciaves, aussi bien que leurs muitres, ont participé à la faveur divine lors de la libération de la servitude égyptienne (Lev., xxv, 42a); la clémence dont ou doit user à leur égard est une conséquence de la cruinte Jde Yahweh Lev., xxv, 43). — ÆE) Un autre cas est envisagé au sujet de J’israélite pauvre: celui où il serait réduit à se vendre à un étranger (gér, tésabb) établi dans le pays ou à un descendant de cet étranger (Lev., xxv, 47). Il ÿ aura alors un droit de rachat que pourront exercer un des frères de l’esclave, son oncle, son cousin germain, tout autre proche parent et l’esclave lui-même, s’il recouvre des ressources Lev., xxv, 48, 49); le prix du rachat se culculera d’après le temps qui séparera la vente et le rachat de l’année jubiluire Lev., XXv, 50-52). En tout cas, le jubilé sera pour l’escluve et ses enfants une date d’affranchissement (Lev., XXV, ñ4). Yahweh ne peut consentir à ce que les Israelites uliènent leur liberté d’une manière définilive. car c’est de lui et de lui seul qu’ils sont vraiment les serviteurs (Ler., xxv, 55): il ne peut davantage supporter qu’ils soient traités avec dureté (Lev., xxv, 53: cf. 46b). — b) Les véritables esclaves seront pris par les Hébreux et achetés parmi les peuples qui entourent Israël: on pourra de même en acheter aux étrangers (tôšâbhim) fixés pour un certain temps dans le pays. Ces esclaves seront la propriété du maitre dans le vrai sens du mot; il les transmettra, comme tout autre héritage, à ses descendants (Lev., xxv, 44-46).

3° Le droit de refuge

303. — C’est encore une loi sociale qui, commune aux trois codes, met bien en relief les préoccupations d’humanité, en même temps que de justice, chtres au législateur hébreu. 1°: La formule du Code de l’alliance (Ex., xxt, 12-15) est très brève; elle se ramène à trois points:— a) L’exposé du principe (forme de la loi du talion) d’après lequel quiconque frappe un bomme à mort doit étre mis à mort (Ex. xxt, 12); on ne dit rien de l’exécuteur de cette sanction. — b Une réserve en faveur du meurtrier qui « n’a pas guetté sa victime, mais à la main duquel Dieu l’a présentée », autrement dit, en faveur du meurtrier involontaire. Dieu fixera un lieu où il pourra s’enfuir; c’est l’expression même du droit de refuge. On remarquera la manière tout à fait vague. d’allure primitive, dont le lieu de refuge est designé (Ex, xxt, 13). — c) Quant au meurtrier volontaire, « qui agit avec présomplion contre son prochain pour le tucr par ruse », il n’y a pas pour lui de droit de refuge, on doit le prendre même « à mon autel » (expression à noter) pour le faire mourir,

304. — 2°) Le Deutéronome (Deut., x1x, 1-13) renferme de plus grandes précisions: — a) D’abord touchant le choix des lieux de refuge. Ce seront des villes, car le nouveau code vise une situation sociale déjà avancée; d’autre part, dans une législation qui attache à l’unité de sonctuaireune importance sans précédent, il ne saurait être question d’un autel de Dieu à propos de chaque lieu de refuge. Trois villes seront mises à part lorsque Israël entrera en possession de Canaan (Deut., x1x, 1, 2, 7; cf. av, 41- 43): elles seront choisies de telle sorte que de tous les points du pays, divisé en trois régions, le meurtrier puisse y avoir accès facile Deut., x1x, 3). Mème, si Yahweh favorise l’extension du territoire et donne à son peuple tout le pays qu’il lui a promis, il faudra ajouter trois autres villes (Deut., xix, 8, 9). De plus les chemins qui y mèneront devront être entretenus en bon état (Deut., x1x, 3a). — b) Ces villes doivent servir à ce que le sang innocent ne soit pas versé au milieu du pays, qu’il n°y ait pas de sang sur Israël (Deut.. xix, 10). Par conséquent. tout meurtrier n’aura pas le droit d’y tronver refuge: seul aura la vie sauve celui qui aura tué son prochain sans le savoir et qui auparavant n’avait pas de haine contre lui (Deut., xix, 4). Mème un exemple illustre ce principe: l’exemple classique du bücheron dont la hache. lancée sur l’arbre, s’échappe du manche et atteint un compagnon Deut.. xix, 5). Un tel hommena pas mérité la mort et il faut à tout prix le soustraire à la colère du vengeur du sang qui pourrait l’atteindre et le frapper si la ville de refuge était trop éloignée (Deul., x1x, 6. On remarquera le sens psychologique très vif qui anime cette appréciation de la responsabilité; d’autre part, on notera que le chätiment est réservé au vengeur du sang (go’el haddäm). Celui-ci est le plus proche parent de la victime et l’on comprend qu’il puisse, au premier moment, agir sous l’influence de la colère, sans garder le caline pour exuminer attentivement le cas. — c) Tout outre est la situation du meurtrier qui avait auparavant de la haine, qui, s’éluntanis en embuscude, s’est précipité sur son prochainet luia assené un coup mortel. Aurait-il trouvé accès dans lu ville de refuge, que les anciens de sa propre résidence l’enverraient saisir, pour le livrer au vengeur du sang afin qu il meure. Pas de pitié pour lui; il faut éloigner d Israël le sang innocent (Deut., xx, 11-13). Comme on le voit, nous sommes à un stage de lu vie sociale d’Israël dans lequel, au moins pour les cas ordinaires (cf. Deul., xvli, 8-13), le pouvoir judiciaire est aux mains des anciens.

305. — 3°) Duns le Code sacerdotal (parties supplémentaires, Vum., xxxv, 9-34), la législation est notablement plus développée. — a) Quand les fils d’Israël auront passé le Jourdain et se seront fixés en Canaan, on désignera six villes de refuge, trois en Transjordune et trois en Palestine proprement dite (Vum., XXXY, 9-14); elles seront à l’usage de l’Israélite, et aussi de l’étranger qui, d’une manière stable (gér) ou transitoire tésabh séjourne dans le pays (Num, xxxv. 15). — b) Ces villes ne peuveut servir qu’au meurtrier qui à tué quelqu’un par erreur (hisehashah, Num., XXXV, 11, 15). H s’agit encore de le rotéger contre le vengeur du sang (Vum., XXXV, 12); celui- Gi demeure donc toujours l’exécuteur du châtiment. Mais une nouvelle disposition intervient en faveur du meurtrier: ilne peut pas être mis à mort avant d’avoir comparu devant l’assemblée (Num, xxxv, 12). On précise d’ailleurs, par des exemples qui sans doute n’épuisent point tous les cas, les signes auxquels on reconnaître le meurtrier involontaire: c’est lorsque soudainement, sans haine, sans le guetter, sans voir, sans lui chercher de mal, il aura renversé son prochain, lui aura fait tomher quelque chose sur la têle, une pierre par exemple, et que de ces accidents la moit se seru suivie Num., XXxXv, 22, 23). L’est d’après ces exemples que l’assemblée prendra une décision entre le vengeur du sang et le meurtrier; on suppose clairement que celui-ci aura élé ramené de la ville de refuse devant le tribunal, sans doute à la demande du vengeur (Vum., xxxv, 24, 25). — c) Mème après une sentence favorable, le meurtrier involontaire sera ramené dans la ville de refuge etil y devra demeurer jusqu’à la mort du grand prêtre en fonction. Alors seulement il ourre retourner chez lui; que s’il sortait auparavant, le vengeur du sang pourrait le tuer sans encourir de culpabilité juridique (Num, xxXxV, 25-28). Cette mesure, qui n’est pas sans témoigner de certaines lacunes dans l’exercice de la justice, s’explique, et par le souci de respecter les droits du vengeur du sang, et par la prévccupatien d’éviter autant que possible les violences auxquellesl’exercice de ces droits peut donner lieu dans les temps qui suivent d’assez près la mort de la victime. Elle est en tout cas regardée comme très importante,; une clause additionnelle défend d’accepter une rançon pour permettre au meurtrier involontaire de revenir en 8on pays avont la mort du grand prêtre (Vem., xXxv, 32). — d) Divers exemples sont allégués pour faciliter l’appréciation de l’homicide commis de propos délibéré. Certains d’entre eux trahissent à ce point la préméditation qu’iln’y a pas à s’enquérir des dispositions du meurtrier; c’est quand il a à la nain un instrument de fer, une pierre, un instrument de bois capables de donner la mort (Num., XXXV, 16-18. Que s’il a seulement renversé sa victime, s’il lui a jeté quelque chose, s’il l’a frappée de sa main, on devra s’assurer que c’est vraimentpar haine ou en un guet-1pens (Num., xxxv, 20, 21a). Dans tous ces cas. le meurtrier volonfaire doit être puni de mort; le vengeur du sang pourra le tuer quand il le rencontrera (Num., xxxv, 19,21b). — e) On ne parle pasici d’une comparution devant l’assemblée; en revanche on semble sous-entendre le principe deutéronomique qui exclut le coupable de la ville de refuge (Deut., x1x, 12). Déjà la comparution devant le tribunal pourrait être conclue de ce qui est dit à propos du meurtrier involontaire Vum., xxxv, 25; cf. 12). Mais il en est explicitement question dans les clauses additionnelles. On vrequiert la déposition des témoins contre le meurtrier et on note qu’un seul témoin ne suffirait pas pour une sentence de mort Vum., xxxv, 30). Que si le crime est établi, on n’acceptera pas de rançon pour infirmer la condamneion. l faut À tout prix écarter la souillure du pays etil v’y a pour le pays d’expiation du sang qui y a été ré- »andu que par le sang de celui qui l’a fuit couler (Num, txxv, 31, 33, 34).

4° Année sabbatique et année jubilaire

306. — Ici sefaitla rencontre des lois sociales et des ois religieuses. Dés l’origine, en effet, la législution dont 1 s’agit et dont le caractère social est nettement déterminé, fut inise en connexion intime avec la religion. 1°) Au Code de l’alliance, la septième année est celle où on n’ensemence pas es champs, mais où on les luisse en jachère, celle où l’on ne recueille pus les produits de son champ, ni ceux de sa vigne, ni ceux de son oliveraie, mais >ù on les abandonne aux indiysents du peuple et aux hètes des champs (Æzr., xxin1, 10, 11). À elle seule, lu rédaction ne permet pas de décider s’il s’agit d’une année fixe, au cours de laquelle tous les champs, vignes et oliveroies se trouveruient soumis à cette loi, ou: i chaqur possesseur devrait cuivre à cet égurd sa pratique parliculière en rapport avec les circonstances dans lesquelles il aurait acquis ses propriétés. On remarquera, en tout ces, le caractère bumanitaire de cette ordonnance, la hienveillance envers les pauvres et nème la sympathie pour les animaux dont sa rédaction porte le témoignage. Sur la libération des esclaves en lu septième année de leur service (Ex., xx, 1-11) vëd. supra, 3800, 6, c.

307. — 2°) Le Deutéronome groupe en un seul contexte (Deut., xv, 1-18) ses deux ordonnances concernant la septième année. Sur la libération des esclaves vid. supra, 801, b, c. L’autre loi explique le nom même que porte cette septième anrée: année de rémission (Srath hassomittah, Deut., xv, 9). f apparait nettement d’ailleurs qu’il s’agit de la même année pour tous les Israëélites (cf. Deut., xv, 1,9, Or cette loi, que le Code ue l’alliance ne renferme pas. est ainsi formulée: « Voici l’affaire de la rémission: Tout possesseur d’un prêt de sa main fera rémission de ce qu’il aura prèté à son prochain et il ne pressera pas son prochain et son frère, parce qu’on a proclamé rémission pour Yahweh. Tu presseras l’étranger (nokriy], celui qui n’a pas de domicile en Israël); pour ce qui t’appartient chez ton frère, ta main fera rémission.» (Deut., xv, 2, 3). La phrase est un peu contournée, mais le sens général est clair: la septième année, le créancier fera rémission au débiteur israélite de ce qu’il lui aura prèté. Une nuance toutefois échappe. qu’il est ubsolument impossible desaisir avec certitude. S’agit-il d’une rémission pure et simple, définitive, de la dette? Ou bien le législateur veut-il seulement dire qu’on ne la réclamera pas peudant la septième année, quitte à faire de nouveau valoir ses droits dans la suite? Les anciens exégètes aduptaient de préférence la première solution: il y a eujourd hui tendance à recevoir la seconde interprétation. Quel que soit l’avis auquel on se range, cette ordonnunce ne laisse pas d’être gênanie. Aussi le législateur se fait-il homéliste. Il insiste sur les bénédictions que Yuhweh accordera si l’on vhserve ses prescriptions et qui compenseront largement les pertes de la septième année (Deut., xv, 4-6). Visant ensuite un cas particulier, celui d’un frère pauvre qui solliciteraitun pret aux approches de l’année de rémission, il déclure qu’à cette dale comme aux autres, il faut ouvrir largement la main, il faut même bannir de son äme tout sentiment d’aigreur ou de regret (Deut., xv,7-11). [ci la note humanitaire est encore plus accentuée que dans le Code de l’alliance. Noter quele Deutéronome ne parle pas des champs.

308. — 3°) Dans le Code sacerdotal (Lev., xxv: Loë de sainteté, la loi que nous étudions présente certaines particularités et de nombreuses additions,— a) La septième année apparait comme une année de repos, de solennel repos pour la terre (Ler., xxv, 4,5), un sabbat en l’honneur de Yahweh (Lev., xxv, 2,4). Sans doute la rémission dont parlait Deut., xv,? était bien publiée en l’honneur de Yahweh:; mais le nom même de l’année évoquait le but humanitaire de l’institution. Dans le document qui nous occupe, le repos de la septième année est avant tout, comme celui du septième jour, un acte de culte et d hommage en l’honneur de la divinité. Le repos prime le reste. et c’est ici que l’appellation d’année sabhaltique est tout ù fait de mise. Il va de soi qu’il s’agit d’une même année pour tout le pays et ses habitants. — b) De ce chef, l’ordonnance que l’on attend en premier lieu est celle que le Code de l’alliance (Ex., xxut, 10, 11 a consacrée: la cessation du travail des champs, des vignes. Ni semences, ni tailles; pes de moisson de ce qui nait des grains perdus de l’unnée précédente, pas de cueillette de ce que produit lu vigne non taillée. Les produits spontanés du sol serviront à la nourriture de l’Israélite, de son serviteur et de sa servante, du mercenaire el de l’étranger (tôšâbh) établi pour quelque temps dans le pays, sans parler du bétail et des animaux sauvages (Lev., xxv, 4-7); c’est dire que, pour ne pas occuper ici la première place, les considérations humanitaires ne sont pas absentes. Ici encore on prévient les inquiétudes; assurance est donnée des bénédictions divines, grâce auxquelles la sixième année produira pour trois ans (Lev., xxv, 18-22). — c) Aucune indication en ce contexte touchant la rémission des dettes, On pent penser que le nouveau code suppose le maintien de ce qui est réglé par le Deutéronome: il y a, en effet, corrélation entre la suspension des paiements et la réduction des ressources en la septième année. D’autre part, l’engagement dont il est question Neh., x, 32 (Vulg. 8!) et qui suppose au moins l’existence des éléments fondumentaux du Code sacerdotal porte à la fois sur les deux obligativns.

309. — d) Mais ce qui est bien plus caractéristique dans cette législation, ce sont les prescriptions relatives à la cinquantième année. — &) On a établi un rapprochement entre cette cinquantième année, venant au bout d’une période de quarante-neuf ans ou sept années sabbaliques Lev., xxv, 8) et la fête de lu Fentecôte, qui prend place au terme des quarante-neuf jours ou sept semaines qui suivent la Päque. L’année jubilaire Lev., xxv. 10b, 11, 122; du mot yébhél qui désigne probablement la trompette [gérén hayyé6bhël) primitivement en usage pour les signaux importunts [cf. Ex., xix, 13, etc.; Jos., vi, 5, etc.)) est annoncée le 10 du seplième mois de la quarante-neuvième année, au jour des Expiations, par le son de lu trompette Ler., xxv, 9). — By Cette cinquantième année a d’abord les caractères d’une année sabbatique et entraine le reps pour la terre (Lev., xxv, 1i, 120. —;) Ce sera aussi une année d’afranchissement, à la fois pour les personnes el pour les propriétés; chacun rentreru dans ses biens et dans sa famille (Lev., xxv, 10). Sur l’affranchissement des esclaves, »id. sxpra, 808, a. — &) Un principe domine la question des propriétés. Le pays est à Dieu et les fil: d’Israël sont chez lui comme des étrangers et des gens en séjour (Ler., xxv, 23). En réalité, ce qui est objet de contrat entre les hommes, ce n’est pas le sol, ce sout les récoltes (Lev., xxv, 15b, 16b). C’est pourquoi, en l’année du jubilé, chacun rentrera dans sa propriéte Lev., xxv, 10b). — €) Sous peine de porter préjudice à son frère, il faudra tenir compte de ce principe dans le contrat de vente (Lev., xxv, 149, 17) et fixer le prix d achat selon les années qui demeureront jusqu’au jubilé Lee., xxv, 15, 16).— & Bien plus. le contrat de vente doit prévoir l’exercice du droit de rachat, soit en faveur de celui qui aura acquis de quoi recouvrer son bien, soit en faveur de son proche parent; la considération de la proximité du jubilé interviendra encore dans la fixation du prix de ce rachat (Lev., xxv, 24-271. — ») Ces règles, concernant le jubilé et le droit de rachat, s’appliquent avant tout aux terres, mais aussi aux maisons situées dans des villages dépourvus de murailles (Lev., xxv, 31). En revanche, des législations particulières interviennent pour les maison: sises en des villes entourées de murs (Lev., xxv, 29, 201 et pour les propriètés des Léviles (Ler., xxv, 32-34). D autre part, l’appendice de la Lot de sainteté Lev., xxvit, envisage les cas spéciaux des champs consacrés à YahwehLev., xxvii, 16-25. Noter aussi Num., xxxvi, 1-9,

5° Les sanctuaires

310. — Cest dans le domaine des législations cultuelles et liturgiques que les traces de développement son! les plus nombreuses. On ne saurait en être surpris: plus que toutes les autres, les ordonnances concernant les rite: extérieurs ont, dans toutes les religions, besoin d’ètr mises à jour, adaptées aux milieux et aux circonstances D autre part, soit que l’on étudie les texte» legislatifs eux mêmes, soit qu’on les rapproche des données fournies pai les livres historiques, c’est sur ce terrain que le progré: est le plus facile à constater. Nous ayons vu avec quel intérêt les critiques indépendants ont suivi les vicissitudes des réglementations qu. concernent les sanctuaires. Nous ne pouvons mieux faire que «le renvoyer nos lecteurs à l’exposé que nous en avons esquissé, les invitant seulement à ne tenir compte que des seuls faits et à négliger les théories élaborées à leur sujet (vid. supr., RQ). Les critiques ont pareillement etudié avec sollicitude les ordonnances concernant le Sacerdoce et les revenus du clergé.

6° Sacerdoce

311. — c Soit dans le Code de l’alliance, soit dans le petit Code de la rénovation de l’alliance (Ex., xxxiv, 11- 28, pourlant tout entier consacré au culte, il n’est pas dit un mot des prêtres.

312. — b) Ils tiennent, en revanche, une grande place dans je Deutéronome, — cUne tribu, celle de Lévi, est discernée pour porter l’arche de l’alliance de Yahwel, se tenir devant lui en vue du ministere liturgique, bénir en son nom Deut., x, 8; cf. xxxn1, 8-11). Elle n’a pas d’héritage au milieu des enfunts d’Israël, Yahweh est sa part (Deué., x, Y; cf. xn, 12b; xiv, 250,292; xçin, 12); elle se nourrira des sacrifices de Yahweh et de son héritage (Deut., xvanr, 1b). Aussi le lévite vit-il en étranger, en métèque. dans les dixerses résidences des fils d’Israël; sonsortest précaire, assimilé à celui des déshérités, orphelin, veuve, étranger; il est recommandé à la charilé publique (Deut., xn, 19 [cf. xiv, 278]: xu, 124, 184; iv, 27, 29; xvi, 1], 14; xxvi, 11, 12, 13). — f) Toutefois, poussé par l’ardent désir de son âme, ce lévite peut quiticr son séjour, après avoir vendu ce dont il dispose; il peut venir au sanctuaire pour faire le ministère (Säréth) au nom de Yahweh, comme tous ses frères les leviles qui se tiennent là devant Yahueh (‘ämadh liphené[y] Yahw’eh). En dehors de la bénédiction au nom du Seiyneur, on lui attribue toutes les fonctions (servir, se tenir devant Yahweh) qui sont l’apanage de la tribu sucerdotale; x, 8: il n’est plus question de porter l’arche comme au désert): il a aussi, comme les autres, sa part des revenus du Templo(xvanr, 6-8). — 7) Ce n’est pas que le Deutéronome omette de mentionver les prêtres par leur nom technique (k6hen, plur. Aôhanim: xx, 2; xxvi, 3, 4); mais plus souvent il est question des prêtres-lévites ou des prêtres fils de Lévi (*akAdhanim hal‘wiyyim. hakkôhaaïm beney Léwi:; xvat, 9, 18; xx, 5: xxiv, 8). — ô Maïs on ne trouve pas d’indication précise touchant une distinction hiérarchique essentielle entre les iuewbres de lu tribu sacerdotale. En nombre de textes, les termes prêtre et prêtre-lévite paraissent synonymes (cf. xvir, 12 et 9; xvut, 1 et 3); les mêmes fonctions sont attribuées aux prêtres, aux prêtres-lévites ou même aux lévites cf. d’une part x1x, 17 et, de l’autre xvit, 9; d’une part, xvir, 18 [cf. xxx1, 9] et, de l’autre, xxx1, 24-27).

313. — c) Il va de soi que le Code sacerdotal parle souvent des prêtres; nous ne pouvons qu’alléguer les textes principaux: — a) Nombreuses données sur les privilèges de la tribu de Lévi (Wu, x, 47: 11, 33; 101, 5-10; mix, 1-39 et xxvi, 57-62 [place à part dans le recensement]; 11, 11-13, 40-5t [sa substitution aux premiers-nés]: xvi-xvIt (ne divine pour venger ses priviléges]). Ici les évites, loin d’errer en étrangers dans le pays, ont à eux des villes entourées de champs pour ieurs troupeauxNum., xaxv, 2-8: cf. Lev., xxv, 32-34). — ) Mais ce qui frappe par-dessus tout, c’est une organisation hiérarchique très précise. À la tête du clergé est le grand prêtre (kakkGken haggà d’él: Num., xxxv, 25, 28) ou prêtre oint (kakk6hän hammasrak: Lew.,1v, 3, 5, 16; vi, 15 [Vulg. 20]). Consacré par une onction spéciale (Ex., xxix, 7; xu, 13; Lew., vint, 12: xxt, 10, 12), revêtu d’ornements très particuliers (Ez., xxviir, 2-39; xxix, 29, 30: xxxr, 10; xxxv, 19; xxxix, 41), obligé à une pureté légale très stricte (Lew., xx1, 10-12, 13- 15), il occupe au milieu du peuple une place tout à fait à part. Il apparaît dans ses fonctions comme le vicaire du peuple auprès de Dieu (Lev., 1v. 13-21; Lev., xvi1, surioul 32, 33); sou péché rejaillit sur la communauté tout entière Lev., 1, 3; cf. 4-12, le mode d’expiation pareil à celui des péchés du peuple); sa mort marque une date pour cerlaines affaires civiles (Vum,, xxxv, 25, 28, 32).—;) Audessous du grund prêtre vient l’ordre proprement sacerdoul, uniquement composé des descendants d’Aeron (Lev., 1, 5) par ses deux fils Eléazar et Ithamar (Nadab et Abiu sont morts sansenfants; Num., 111, 1-4; cf. Ez., xxvint, 1). Aux prêtres sont attribuées les principales fonelions liturgiques (Num, 111, 10): seuls ils entrent dans la tente du témoignage, ils approchent de l’autel et des ustensiles du ganctuairo Vum., xviti, 2, 3); seuls ils font le service (šâmar mišméréth) de l’autel, du sanctuaire et de ce qui es au dedans du voile Num., xvan, 5-7). Cf. Lee., 1-vn1; xvu 3-7; xx, 10-16: Num., v, 5-10; xv, 22-31 (sacrifices) Lev., xni-xv; xx, 20-22; Num, v, 11-31; x1x, 1-10 (diver rites puriticatoires); Lev., xxitt (fétes); Leo, xxvir, 1-2 (estimation des choses vouées). — ë) Vient ensuite © qui reste de latribu de Levi Caathites, Gersonites, Méra rites). Les Lévites sont au service des prêtres (Num, 111 6, 9; xvut, 2, 4, 5, 6 et sous la surveillance des chef du sacerdoce (Ex., xxxvint, 21; Num, ua, 82; av, 19, 28 33). Sortes de sacristains, ils ont la charge du matérie de la tente de réunion, ils font le ministère du tabernacl Num., un, 7, 8), mais sans pouvoir ni approcher de l’aute et des ustensiles du sanctuuire proprement dit (Nurs., 1V 17-20; xvin, 3), ni toucher les choses sacrées [Wurn., 1v 15). Cf. Num, 1, 48-53: nt, 17-37; 1v, 4-15, 24-27, 29-32 vai, 6-9, [Ex., xxxvint, 21].

314. — d) Si mainlenant on consulte les livres histo riques, on fait un certain nombre de constatations inté ressantes. — «*) À l’origine, les fonctions sacerdotale: n’apparaissent pas comme strictement monopolisées dan: une tribu; les exemples du danite Manué, père de Samso! (Jud., xui, 19, 20: ef. vi. 19-24), de l’éphraimite Mical (Jud., xvu, 5), de David (Il Sam., vi, 17; cf. À Chron., xvi 1, 2), de Salomon (1 Reg., 111. 4 [ef. Il Chron. 1.6]: I Reg. wir, 63, 64 [cf. II Chron., vu, 4-7), voire de Jéroboan. (I Reg. xu, 31) peraissent décisifs eu ce sens. — E) Cepen: dant, dés les temps anciens, les fils de Lévi sont considéré: comme spécialement désignés pour le sacerdoce (Jud., xvit 7-13; xvit, 1-31 [noter le vers. 30]). Ils sont, à l’époque d« Samuel I Sam., vi, 15) et de David (II Sarm., xv, 24), er relation particulière avec le sanctuaire de l’arche, et i n’y a pas lieu de douter qu’il en füt de même au temps de: Juges à Silo (ef. Jos., xxr, 1, 2). C’est ce qui leur assure Lk prééminence. — 7) Ce qui est le plus caractéristique, en ce: anciens récits, c’est l’absence de toute allusion claire à une organisation hiérarchique proprement dite. On signale bier dans les sanctuaires (Am., vii, 10: À Sam., xxi, 2, 8 Vulg 1, 2], etc.; xx, 9), à Silo (ISam., 1, 9: 11, 11), à Jérusalem au temps de David et de Salomon (II Sam., vint, 19: xv. 27, 355; xvir, 15; x1x, 12 [Vuig. 11]; xx, 25: D Reg., 1, 7, 8, etc.; 1v, 4, puis aux époques d’Athalie (Il Reg, xH Ÿ 10, 15, etc.), d’Achaz (II Reg., xvi, 10, 11, 15, 16), de Josias (II Reg., xx. 4, 8, ro, 12, etc.), des prêtres qui émer- Fa parmi leurs collègues et semblent exercer des fonctions e chefs, qui même, comme Joiadah (Il Res., x, 11 [Vulg. 10]) ou Helcias Il Reg., xx15, 4, 8; xxitr, 4; cf. I Chron., XXXIV, 9) portent le titre de grand prêtre. Mais ils n’apparaissent pas à la distance et dans la situation unique où Ex.-Num. mettent Aaron par rapport au reste du clergé. Il arrive même que la situation privilégiée soit commune à deux prêtres (il San, vi, 19: xv, 35: XVII, 15; xx, 12 [Vulg. 11]: xx, 25; 1 Reg., 1v, 4). D’autre part, les anciens documents ne signalent pas de di-tinctions nettes entre divers ordres du clergé; le témoignage de 1 Reg., vit, 4 sera difficilement reçu comme décisif, si l’on remarque que les mots « les prêtres et les lévites » manquent dans le grec et que le texte parallèle de II CAron., v, 5 porte: « les prêtres-levites ». On dirait même que les fonctions de moindre importance aient été remjlies au Temyle par des serviteurs étrangers à la tribu de Lévi ou même à la race israelite (cf. le reproche dEr., xL1v, 6-9): Gabaonites (Jos. 1x, 23, 29), Cariens ou Céréthiens ([?] 11 Reg.. xe, L-20), esclaves (étrangers?) de Salomon (cf Esdr., 11, 55 — Neh., vu. 57, où l’on parle de leurs descendants), esclaves étrangers?) donnés par David et les chefs au clergé (d’où sans doute le nom de Wtth/nfm [racine räthan, donner] appliqué à leurs descendants: ef. Esdr., viir. 20).

315. — ô)Ces diverses conditions, qui rappellent d’assez près celles que suppose le Deutéronwme, ne subissent aucun changement = uihle jusqu’à la réforme de Josias (Il Rez., xxuH, 1-24). Or, après avoir souillé les hauts lieux où ils avaient brülé des parfums, le pieux roi fit venir à Jérusalem « les prêtres des villes de Juda; toutefois les prêtres des hauts lieux ne montaient pas à l’autel de Yahweh à Jérusalem, mais ils mangeaient des pains sans levain au milieu de leurs frères » (11 ÆReg., xxiir, 8, 9). Ce récit suggère quelques remarques. Les prétres qui montent à Jérusalem sont des prêtres de Yahweh, demeurés fidèles au Dieu d’Israël: d’après le vers. 5, en effet, les prêtres des idoles sont impitoyablement chassés. Ce sont, par conséquent, des prêtres-lévites, comme parle la Deutéronome. Bien plus, il y a liou de croire que ceux-là seuls sont amenés au temple de la capitale qui ont à cœur de garder les privilegcs de leur sacerdoce, leur cas est, de ce chef, comparable à celui que vise Deut., xvin, 6-8. Mais aussitôt une diflérence atüre l’attention. Le lévite dont parle le texte dcutéronomique doit, non seulement avoir une portion égale à celle de ses frères les fils de Lévi qui se trouveront à Jérusalem devant Yahweh; mais, comme eux aussi, il doit être admis à faire le service au nom de Yahweh, son Dieu. Au contraire, d’après IT Reg., xxnr, 9, les prêtres des hauts lieux sont exclus des fonctions proprement sacerdotales et n’ont qu’une part restreinte aux revenus du sanctuaire.

316. — e) Cette différence est accentuée, en même temps que justifiée, dans le programme cultuel tracé par Ezéchiel (xL-xLvIH). notamment dans la section xLiv, 10-16. La distinction est clairement établie entre les anciens prêtres des hauts lieux (et leurs descendants) et les fils de Sadoq qui constituaient le clergé hiérosolymitain. En récompense de leur fidélité, ceux-ci auront seuls le privilège parfait de la prêtrise, ceux là, en revanche, seront châtiés pour leurs prévarications, dégradés, exclus des fonctions proprement sacerdotales. Dans ce texte, les prêtres des hauts lieux sont simplement appelés /évites, tandis que les fils de Sadoq sont dits prêtres-lévites. Mais ailleurs (xe, 45, 46; on parle des « prêtres qui gardent le service de la maison » et des u prétres qui gardent le service de l’autel ».

317. — :) Après l’exil le grand prêtre occupe une place unique dans le clergé (Neh., 1,1, 20,21). Son nom figure à côté de celui du gouverneur qui représente l’autorité persane (Age. 1,1, 192, un 2: Esdr., u,2[=Neh., vn,5]: 111,9,8; 1V, 3; v, 2, à côté de celui du souverain des temps messianiques (Zach., LI, 1-10; 1V, 1-62, 10b, 11, 13, 14: vi, 12, 13 [13 d’après le grec. Bientôt il sera le chef véritable et unique du judaïsme. En même temps le clergé est divisé en ordres très précis: prétres AE 11, 36-39 [= Nech., vit, 35-42]; vins, 15-20, 24-30, 33: x, 18-22: Neh, 111, 29, 28; X1, 10-14. 20; x11, 1, 12-21); lévites (Esdr., 11, 4o[— Neh., vu, 43; Vulg. 43, 44]: vin, 15-20, 24-30, 33; x, 23; Neh., x, 10-14 [Vuig. 9-13]; xt, 15-18, 20, 36; xi1, 1, 22-26): puis chantres (Esdr., 11, 41[= Neh., vus, 4h; Vulg. 45]; x, 24: Neh., x, 29 Pulee 28]; x1, 22), portiers [Esdr,, 11, 4a [= Neh., vu. 45; Vulg. 46]: x, 24; Neh., x, 29 [Vulg.28]: xt, 19), n‘hinim et descendants des esclaves donnés par David et Salomon (EEsdr., 11, 43-58 [= Neh., vit, 46-Go; Vulg. 43-60], vins, 17, 20: Neh., ui, 26, 31; x, 29 Vulg. 28]; x, 21). Dernier détail: on sait qu’au regard des critiques, les Chroniques reflètent l’état des institutions religieuses aux époques notablement postérieures à l’exil; or dans I Chron., vi; 1x, 10-34; xxu1I-xx vi (ef. xv, 2=24; xvi, 4-6), les officiers secondaires, chantres et portiers, sont généalogiquement rattachés aux lévites (cf. Neh., x11, 24-26). On notera que cette organisation postexilienne est en rapport assez étroit avec la législation du Code sacerdotal.

7° Redevances sacrées

318. — a) D’après le Code de l’alliance (Ez., xx-xxint, on offre à Dieu: les prémices de son aire et de son pressoir rle’ah, déma’), le premier-né b‘Abür) de ses fils, de son petit et gros bétail xxir, 28, 29 [Vulg. 29, 30], les prémices des premiers fruits (rê’šîth bikkûrîm; Ex., xxiii, 19) du pays. De même dans le Code de la rénovation de l’alliance (Ez., xxx1v, 19, 20, 26%). Aucun détail n’est fourni ni sur la maniere de présenter l’offrande, ni sur l’usage qui en sera fait.

319. — b) D’après le Deutéronome, les Israélites doivent offrir à l’unique sanctuaire, en plus des holocaustes, sacrifices pacifiques, vœux, dons spontanés: les premiers-nés bkhorotb) du gros et du petit bétail et les dîmes (ma‘sercth [il n’est pas question des prémices, à moins qu’elles ne soient désignées par le mot trrimath yadh, élévation de la main, ce qui est peu probable]: Deut., xt, 6, 11, 19-19) De plus, ce code indique la manière d’accomplir ces offrandes. Après avoir prélevé les dîmes et choisi les premiers-nés du gros et du petit bétail, on va les consommer devant Yahweh (Deut., xiv, 22, 33; cf. air, 5, 11, 12). Si l’on est trop loin du sanctuaire, on vend la dîme sur place: avec le prix, on achètera au lieu choisi par Yahweh tout ce qui plaira pour le repas sacré (Deut., x1v, 24-25). Dîmes et premiersnés sont offerts à Yahweh, conformément aux ordonnances des Codes de l’alliance et de la rénovation: mais ils sont consommés dans des agapes par ceux qui les présentent au Temple. Une part sans doute est préalablement brulée sur l’autel; les prêtres ont leur portion (Deut., xxvi, 1-11, au moins en ce qu’ils sont admis au festin Deut., x1v, 25). La dîme triennale sert à son tour à un repas fraternel et charitable dans les villes et villages du pays (Deut., x1v, 26, 29; XXVI, 12-15).

320. — c) Dans le Code sacerdotal, le système destiné à assurer les revenus du sanctuaire et du clergé est plus complexe. On énumère d’abord les parts qui reviennent aux prêtres dans les diverses espèces de sacrifices (Lev., vi, S-vu,88(14-vu1, 38); cf. Num., xvui, S-11). On leur attribue cu outre: les premiers fruits et prémices Num., XVIII, 12, 13), ce qui est dévoué par anathème (Num., xvint, 14. les premiers-nés (Num., XVII, 15-19 [ceux de l’homme et des animaux impurs doivent être rachetés à un taux fixé]). De plus. les lévites recueillent la dîme dans le pays et prélèvent une dîme de la dîme pour Yahweh, c’est-à-dire pour les prêtres (Num., xvint, 20-32). Tel est le casuel du clergé; pour l’entretien du sanctuaire, chaque Israélite paie un impôt d’un demi-sicle (Ex., xxx, 11-16).

321. — d) Dans les livres historiques les plus anciens, le seul texteun peu explicite est 1 Sam., vint, 15, d’après lequel « la dîme de vos moissons et de vos vignes » est signalée comme un tribut que le roi aura tendance à s’approprier. — e) Les premiers renseignements précis sont fournis par le livre de Néhémie. Dans Neh., xn, 44-47 (Nuly. 43-46), que le contexte rapporte à la première mission du patriote (444- 432), un parle de mayasins du Temple destinés à recevoir les offrandes. les prémices et les dîmes, on parle des préposés qui recueillent du territoire des villes les portions assignées par la Loi aux prêtres et aux lévites; il est aussi question des portions des portiers et des chantres. Dans Neh., xin, 10-13, 31 (extrait du Mémoire de Néhémie se rapportant à sa deuxième mission; après 432), le patriote nous est représenté prenant des mesures pour assurer la régularité dans la venue des portions des lévites et des chantres, dans l’offrande du bois et des prémices. Le texte le plus important est celui de Neh., x, 33-4o (Vulg. 32-39). Il se rattache à la promulgation de la Loi par Esdras (peut-être après la seconde mission de Néhémie, ou même après la septième année d’Artaxerxés 11 [308] et consacre par des engagements spéciaux l’observation de quelques prescriptions plus importantes ou plus diffic’es à maintenir: impôt d’un tiers de sicle pour le Temple; offrande annuelle du bois: prémices du sol, premiers fruits de tout arbre, premiers-nés: divers dons en nature; dîme du sol recueillie par des lévites accompagnés d’un prêtre et sur laquell: on prélevera une dîme de la dîme pour le Temple, c’est-à-dire pour les prêtres. C’est avec le Code sacerdotal que. malgré certaines différences assez caractéristiques, ces détails suggèrent des rapprochements.

Conclusion générale

322. — Lorsque jadis nous entreprenions l’étude de ces problèmes, nous n’étions pas sans quelques inquiétudes sur l’issue de notre travail. Nous nous étions accoutumés depuis longtemps à saluer en Moïse l’un des premiers personnages de l’histoire de la religion révélée. Mais nous nous demandions si, en présence du grand mouvement de la critique indépendante, nous étions en mesure de montrer que, dans ce qu’elles ont d’essentiel, les données traditionnelles touchant les origines du peuple de Dieu, touchant le rôle et le ministère de son fondateur, pouvaient encore être maintenues. À mesure que nous avancions dans notre étude, notre confiance est devenue plus grande. Sans doute nous avons constaté que la critique littéraire n’aboutissait pas toujours, en ses dissections de textes, à des résultats aussi certains que pouvaient le croire tels ou tels de ses tenants. Mais ce qui surtout a attiré notre attention, c’est la témérité des conclusions que, des données parfois incertaines de cette critique, beaucoup d’historiens étrangers à l’Église prétendaient tirer en vue de la reconstitution des périodes lointaines de Moïse et de Josué. Ces conclusions ne découlent pas des textes; elles leur sont le plus souvent tout à fait contraires. Même après qu’ils ont été soumis à des dissociations violentes, les textes rendent un tout autre son. L’histoire qu’ils permettent d’écrire est conforme, pour ses grandes lignes, à celle qu’aux Juifs et aux chrétiens ont enseignée leurs ancêtres dans la foi. Que si les législations sont allées se développant au cours des temps, s’adaptant aux besoins des âges successifs, le fonds en remonte jusqu’à l’époque du Sinaï et de Cadès, et ce sont les principes posés par Moïse, à la lumière des révélations divines, que, dans la suite des siècles, tous ceux qui ont pris intérêt à la législation d’Israël se sont appliqués à faire triompher.

J. Touzard.

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