1323 USAGE.
L’usage se prend, ici, non comme synonyme de coutume, mais pour désigner l’acte qui correspond au mot latin usus. Saint Thomas l’étudie à propos de l’acte humain, dans la Prima-Secundae, question 16.
L’usage impliquant la motion d’une chose et son application à quelque acte appartient nécessairement, à un titre propre et tout à fait spécial, à la volonté; car c’est la volonté, dans l’homme, qui est le premier principe, la première cause motrice de tout mouvement et de toute action émanant de lui (VI, 427; I-II, 16-1).
Il n’appartient qu’aux êtres raisonnables de faire acte d’usage, au sens propre et formel impliqué par ce mot (VI, 429; I-II, 16, 2).
A proprement parler, l’usage ne porte que sur ce qui a raison de moyen par rapport à la fin; bien que d’une manière impropre ou dérivée, on le dise quelquefois de l’objet du bonheur par rapport à la jouissance qu’il doit nous procurer (VI, 431; I-II, 16, 4).
Saint Thomas, dans l’article 4, nous parle d’une double sorte de rapports que la volonté peut avoir à chacune des deux sortes d’objets qui peuvent terminer un de ses actes. Ces deux sortes d’objets sont la fin et les moyens. Et la double sorte de rapports que la volonté peut avoir à ces objets, c’est un rapport de simple proportion, ou un rapport de possession parfaite.
Le rapport de simple proportion, en ce qui est de la fin, comprend trois actes de la volonté, précédés, chacun, d’un acte de l’intelligence. — Le premier acte de l’intelligence est la simple perception de ce qui est la fin, mais non pas encore sous la raison de fin; c’est la perception de cet objet sous la raison absolue de bien : à cet acte de l’intelligence, correspond, du côté de la 1324 volonté, l’acte de simple vouloir, ou de complaisance en l’objet perçu sous la raison de bien. Un second acte de l’intelligence est la perception de l’objet sous la raison de fin, c’est-à-dire sous la raison de bien qui peut terminer le mouvement de l’appétit et être possédé en fait; cet acte entraîne, dans la volonté, l’acte de fruition imparfaite. — Un troisième acte de l’intelligence est la perception de la fin sous la raison de fin pouvant et devant être obtenue par certains moyens; à cet acte, correspond, dans la volonté, l’acte d’intention, lequel est le dernier de la série des actes compris dans le rapport de simple proportion ayant trait à la fin.
En ce qui est des moyens, le rapport de simple proportion s’ouvre par l’acte de conseil, qui est un acte de l’intelligence, se terminant par un jugement de bonté ou de non bonté, d’utilité ou de non utilité. Le jugement de bonté ou d’utilité est rendu ferme et définitif par l’acte de la volonté qui s’appelle le consentement. S’il n’y a qu’un seul moyen qui soit ainsi jugé bon et utile, le consentement équivaut à l’élection; et c’est un consentement-élection. Mais si plusieurs moyens sont proposés et agréés, et qu’il n’y ait pas à les prendre tous, la nécessité s’impose de faire un choix pour procéder à l’action. Ce choix est précédé d’un nouveau conseil de l’intelligence, aboutissant à un nouveau jugement, qui sera un jugement de prédominance et sera rendu définitif, ayant raison de dernier jugement pratique, par l’acte de la volonté qui s’appelle l’élection. Cet acte d’élection est le dernier dans la série des actes que comprend le rapport de simple proportion ayant trait aux moyens.
Le second rapport, qui est le rapport d’achèvement complet, en ce qui est des moyens, s’ouvre par le commandement, qui est un acte de l’intelligence; il se continue par l’usage, au sens actif, qui est un acte de la volonté et il se parfait par l’usage au sens passif, ou l’exécution, qui est le propre des puissances exécutives.
Quant au second rapport ou rapport de possession parfaite, en ce qui est de la fin, il comprend deux actes : la prise de possession, que nous savons être l’acte de vision dans la possession de la fin dernière; et l’acte de fruition parfaite, qui termine purement et simplement toute la série des actes humains.
C’est donc, en tout, une série de dix-sept actes divers qui peut intervenir dans la constitution d’un seul acte humain parfait. Retenons soigneusement la doctrine de saint Thomas au sujet de cette série et de l’ordre qui la compose. Elle est d’une importance souveraine dans la science morale, qui n’est pas autre que la science de l’acte humain. Il n’en est pas où le génie du saint Docteur se montre à nous plus merveilleux de souplesse, de finesse et de puissance. Ici, comme en bien d’autres points, il a achevé ce que n’avait fait qu’ébaucher le génie d’Aristote et il a fixé à tout jamais l’enseignement de la raison humaine mise au service de la foi (VI, 434-436; I-II, 16, 4).
Voir articles : Acte humain. Élection. Consentement. Conseil, etc.