Simon le Magicien
Sommaire
I. Afin de ne pas couper les Biographies des sept diacres apostoliques par un récit étranger, nous avons réservé jusqu'ici l'histoire de Simon le Magicien, bien qu'il ait été question de lui dans la vie du diacre saint Philippe. Voici ce que les Actes des Apôtres, chapitre VIII, nous disent de ce personnage tristement fameux.
II. « Il y avait à Samarie, un homme appelé Simon, qui, auparavant avait été magicien en cette ville et avait séduit le peuple de Samarie ; se disant quelque chose de grand, il était écouté de tous, depuis le premier jusqu'au dernier ; et ils disaient : C'est là celui qu'on appelle la Grande Vertu de Dieu. Et ils s'attachaient à lui, parce que depuis longtemps il leur avait troublé l'esprit par ses enchantements ; mais quand ils eurent cru à la parole du royaume de Dieu que Philippe leur annonçait, ils furent baptisés, hommes et femmes, au nom de Jésus-Christ.
III. « Alors Simon crut aussi ; et après qu'il eût été baptisé, il s'attacha à Philippe : et voyant les prodiges et les grands miracles qui se faisaient, il s'étonnait et admirait. Lorsque les Apôtres, qui étaient à Jérusalem, eurent appris que Samarie avait reçu la parole de Dieu, ils leur envoyèrent Pierre et Jean... Alors ils leur imposaient les mains, et ils recevaient le Saint-Esprit.
IV. « Simon voyant que le Saint-Esprit était donné par l’imposition des mains des Apôtres, leur offrit de l'argent, et dit : « Donnez-moi aussi ce pouvoir, que tous ceux à qui j'imposerai les mains reçoivent le Saint-Esprit. » Mais Pierre lui dit : « Que ton argent périsse avec toi ; car tu as cru que le don de Dieu peut s'acquérir avec de l'argent. Tu n'as point de part à cette grâce, ni rien à prétendre à ce ministère : car ton cœur n'est pas droit devant Dieu. Fais donc pénitence d'un si grand péché, et prie Dieu qu'il te pardonne, s'il est possible, cette pensée de ton cœur ; car je vois que tu es plein d'un fiel amer, et lié à l'iniquité. » Simon répondit : « Priez vous-même le Seigneur pour moi, afin que rien de ce que vous avez dit ne m'arrive. »
V. Presque chaque ligne de ce récit donne lieu à des détails historiques d'autant plus intéressants qu'ils sont moins connus ou plus oubliés, et qu'ils nous font connaître l'état du monde au moment de la prédication de l'Évangile. Né au bourg de Gitton, en Samarie, Simon était un magicien célèbre. Sous une forme ou sous une autre, le commerce de l'homme avec le démon a existé depuis le commencement du monde, chez tous les peuples civilisés ou barbares ; et existe encore. Nous avons même, nous chrétiens, à nous faire une idée vraie de sa nature et de sa généralité.
VI. Témoin oculaire, Tertullien nous dit que le monde était encombré d'oracles : Oraculis stipatus Orbis. Croire que ces oracles et les prestiges qui les confirmaient étaient de pures jongleries, serait une erreur manifeste, et un démenti gratuit à l'histoire universelle tant sacrée que profane. Simon de Samarie faisait donc des prestiges étonnants, lorsque le diacre saint Philippe vint prêcher l'Évangile. Comme les prestiges des magiciens de Pharaon avaient pâli devant les vrais miracles de Moïse, les prestiges de Simon pâlissaient devant les miracles du prédicateur de l'Évangile.
VII. Jaloux de cette supériorité, Simon demanda et reçut le baptême, sans doute dans l'espérance de posséder le même pouvoir. Sa pensée devint manifeste, lorsque les Apôtres saint Pierre et saint Jean vinrent administrer le sacrement de confirmation aux chrétiens de Samarie. À la vue des dons miraculeux que recevaient les confirmés : dons des langues, dons de prophétie, dons de guérison, Simon offrit de l'argent à saint Pierre pour obtenir de conférer le même sacrement. Comme le pouvoir de confirmer est réservé aux évêques, Simon voulait donc acheter l'épiscopat à prix d'argent. C'est de là que le criminel et déplorable abus de vendre ou d'acheter les dignités ecclésiastiques a pris le nom de simonie.
VIII. Simon se faisait passer pour la Grande Vertu de Dieu. Dans des discours plus ou moins incohérents, et odieusement blasphématoires, il rendait ainsi compte de lui-même : « C'est moi, disait-il, qui, dans la personne du Père, ai donné sur le mont Sinaï L'ancienne loi à Moïse ; c'est moi qui, au temps de Tibère, ai paru en apparence* dans la personne du Fils ; c'est moi le Saint-Esprit, qui suis tombé sur les Apôtres en langues de feu. Quant au Christ, il n'est pas venu et n'a rien souffert des Juifs 1. » .
IX. Quand un homme commence par une pareille absurdité, il n'y a pas d'erreurs, dogmatiques ou morales, si extravagantes qu'elles soient, auxquelles on ne doive s'attendre, Simon conduisait donc avec lui une femme, qu'il appelait Hélène, en grec Sêlènè. Il disait que cette femme était la première pensée, ou la première puissance sortie de son esprit. C'est par elle que furent créés les anges et les archanges. Elle descendit ensuite dans les régions plus rapprochées de la terre, et créa les puissances inférieures qui ont façonné ce monde. Ces esprits, jaloux de la haute dignité d'Hélène, s'en rendirent maîtres et l'exilèrent dans des corps mortels pour empêcher son retour dans le monde supérieur. C'est ainsi que le mal remporta la victoire sur le bien, et que fut posé le besoin de la Rédemption 2. .
X. L'Ennoia, ou l'Hélène devenue captive, eut à subir la destinée la plus dure, transmigrant d'un corps féminin dans un autre, outragée et vilipendée. Enfin le Dieu suprême résolut de la délivrer, et sa grande puissance s'incarna dans Simon. Celui-ci, traversant les différentes régions du ciel, en prenant à chaque degré la forme des habitants de la région parcourue, parut enfin sous la forme humaine, d'abord parmi les Juifs, puis au milieu des Samaritains. Il trouva la malheureuse Ennoia captive dans le corps d'une esclave, courtisane à Tyr, nommée Hélène, à laquelle il s'unit et avec laquelle il parcourut tout le pays.
XI. Simon le Magicien fut donc le premier des hérésiarques ; et ses mœurs, comme celles de ses adeptes, étaient en harmonie avec ses doctrines. Les simoniens furent les hommes les plus dépravés de leur temps. En lisant cet abrégé des doctrines de Simon, on s'étonne qu'il ait pu trouver même un seul partisan. Cependant, jusqu'à la fin du IIe siècle, on en compta un très grand nombre, surtout en Orient. L'étonnement cesse quand on se rappelle qu'à cette époque l'esprit de ténèbres et de mensonges était, comme dit l'Évangile, le roi et le dieu du monde ; et que dans les religions de tous les peuples païens, on trouve des erreurs plus ou moins grossières et acceptées non seulement par les ignorants, mais encore par les philosophes.
XII. Quant aux prestiges de Simon, ils étaient un très grand obstacle à l'acceptation de l'Évangile, en ce sens qu'ils semblaient rendre douteux le caractère divin des miracles apostoliques : preuve de plus de l'intervention toute-puissante de Dieu dans l'établissement du christianisme. Remarquons en passant la malice infernale du démon qui les opérait. Ces prestiges avaient pour but de continuer les doctrines de Simon. Or, ces doctrines attaquaient directement la divinité de Notre-Seigneur.
XIII. Ici se révèle tout le plan de la guerre éternelle de Lucifer contre le Verbe incarné depuis la chute des anges. La divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ a toujours été le point de mire de trois grands systèmes d'erreurs qui ont dominé le monde et qui le dominent encore : le panthéisme, le matérialisme, et le rationalisme. Le panthéisme : si tout est Dieu, il n'y a point d'incarnation divine. Le matérialisme : si tout est matière, il n'y a point d'incarnation divine. Le rationalisme : si toute vérité est renfermée dans les limites de la raison, il n'y a point de mystères, partant point d'incarnation divine. À ces trois chefs qui ont pour but de rendre impossible la croyance à l'incarnation du Verbe, se rapportent, nous le répétons, toutes les erreurs religieuses passées, présentes et futures. C'est la démonstration péremptoire que le Verbe fait chair est le point central autour duquel gravitent tous les événements de l'histoire sacrée et profane, l'objet éternel de toutes les haines et de tous les amours, par conséquent la vérité vivante et toute la vérité.
XIV. Le nom de Simon rappelle un contraste remarqué avant nous. De même que Simon-Pierre fut le général en chef de l'armée du bien, Simon le Magicien fut le général en chef de l’armée du mal : deux Simon dirigeant la lutte éternelle dont l'humanité est l'enjeu. Pourquoi cela ? Scit, qui ipse fecit ; nous savons seulement que rien n'est l'effet du hasard.
XV. Premier-né de Satan et, à ce titre, ennemi implacable de Notre-Seigneur et de saint Pierre, Simon le Magicien, sachant que le chef des Apôtres devait se rendre à Rome, s'empressa de le prévenir, afin de ruiner d'avance sa prédication dans l'immense capitale. Il y arriva l'an 42 de Notre-Seigneur, la seconde année de l'empereur Claude. Sur-le-champ il se mit à l'œuvre. Au moyen des prestiges par lesquels il avait séduit les Samaritains, il s'attira l'admiration des Romains. Plébéiens, chevaliers, sénateurs, Néron lui-même, tous étaient suspendus à ses lèvres. Ce fut à tel point qu'ils le prirent pour un dieu et lui érigèrent une statue avec cette inscription : A Simon Dieu Saint ; Simoni Deo Sancto*
XVI. Sur ce fait, vainement attaqué par la critique moderne, nous pourrions citer le témoignage de vingt Pères de l'Église. Qu'il suffise d'entendre saint Justin. Témoin oculaire de ce qu'il rapporte, ce Père, un des plus savants, a consigné le fait en question dans sa célèbre Apologie des chrétiens, c'est-à-dire dans un monument public, présenté à l'empereur Antonin, monument tellement véridique et tellement important qu'il fit suspendre la persécution.
XVII. Écoutons l'illustre apologiste : « Un certain Simon, Samaritain, né au village de Gitton, est venu à Rome sous l'empire de Claude. Grâce aux prestiges démoniaques qu'il a opérés dans votre ville impériale, il a été regardé comme un Dieu ; et comme tel on lui a élevé une statue placée au milieu du Tibre, dans l'île du Tibre où était un temple d'Esculape, entre les deux ponts ; la statue porte cette inscription latine : A SIMON DIEU SAINT ; et presque tous les Samaritains le regardent comme le dieu suprême et l'adorent comme tel ; mais très peu d'autres dans les nations étrangères lui rendent le même culte 3. » enatum populumque romanum in tantum admiratione sui stupefecit, ut haberetur pro deo et receptus in deorum numerum honoraretur, dicata sibi statua. Apol. pro Christ., n. 26. — Nous savons bien que sous le pape Grégoire XIII on trouva le soubassement d’une statue portant cette inscription : Simoni deo Fidio sancto sacrum. Mais en supposant, ce qui est loin d’être prouvé, que ce soubassement ait été trouvé au lieu même indiqué par saint Justin, quel rapport y a-t-il entre cette dernière inscription et celle que saint Justin rapporte et qu’il avait lue de ses yeux ? L’existence de l’une ne détruit pas l’existence de l’autre.
XVIII. Depuis l'an 42 de Notre-Seigneur jusqu'à l'an 66, c'est-à-dire à la douzième année du règne de Néron, Simon, devenu presque le maître de Rome, multipliait ses erreurs et ses prestiges. Néron ne pouvait se passer de lui. Pour ses prestiges, Simon se servait du portrait d'un enfant qu'il assurait avoir été créé, non pas avec de la terre, comme Dieu l'avait fait pour le premier homme, mais avec de l’air ; puis après l'avoir tué, du droit de sa toute-puissance, il en avait conservé l'image pour servir à sa propre gloire. La vérité est que, à l'aide de ce tableau en le tenant à la main, il faisait apparaître des esprits qu'il conjurait dans les ténébreuses réunions de ses affidés les plus intimes et surtout en présence de Néron 4. .
XIX. Lorsqu'il suivait César, avec ses amis, à travers les atria du Palatin, ou les interminables galeries de la Maison d'or, il s'arrêtait tout à coup, et, par des moyens diaboliques, faisait mouvoir les statues environnantes, qui, croulant sur leur base, semblaient s'incliner devant le maître, à l'immense stupéfaction de Néron.
XX. S'il prenait place à la table impériale, au moment où l'on y pensait le moins, il excitait des bouffées de vent qui mettaient en désordre et faisaient bruisser la crédence impériale, jusqu'à ce que cette masse de vases d'or, de cristaux, de pierres précieuses, ces plats remplis de mets se soulevassent d'eux-mêmes sans le secours d'aucune main, et vinssent se présenter aux convives. Puis, tout à coup, une porte fermée à clef ouvrait à grand fracas ses deux battants, et l'on voyait sortir un essaim de formes gracieuses qui venaient recueillir le service et le reportaient sur la crédence. Après quoi, sur un signe du maître, elles pâlissaient, devenaient aériennes et disparaissaient.
XXI. À la vue de ces prestiges et d'autres encore, Néron ne mettait plus de mesures à sa vénération pour le dieu assis à sa table. Il le flattait et s'abaissait jusqu'à le supplier de vouloir bien lui enseigner son art. Il insistait d'autant plus que, au rapport de Pline l'Ancien, Néron était le prince de toute espèce de mages 5. Suétone ajoute qu'il fit de grandes promesses à un magicien d'Arménie, nommé Tyridate, pour l'engager à venir à Rome, et qu'il le reçut avec une magnificence extraordinaire 6. . II.
XXII. Les incroyables succès de Simon, non seulement en Orient, mais en Occident, et surtout dans Rome, ne pouvaient laisser saint Pierre indifférent. Chose digne de remarque ! alors comme aujourd'hui, le cri de guerre des deux chefs du grand combat était : Rome ou la mort ! Roma o morte ! L'apôtre de Satan, Simon le Magicien, disait : « Il me faut Rome ou je suis vaincu ». L'Apôtre du Verbe incarné, Simon Pierre, disait : « Il me faut Rome ou je suis vaincu. »
XXIII. C'est pour cela, on peut l'affirmer avec certitude, que saint Pierre, retourné en Orient, revint à Rome. Il était urgent de combattre le magicien, à cause de l'immense préjudice que ses hérésies causaient à toute l'Église en général et à celle de Rome en particulier. Dans sa seconde Épître, écrite précisément à cette époque, le saint Apôtre ne fait presque que de combattre le simonisme. On aperçoit la même tendance dans les lettres à peu près contemporaines de saint Paul, de saint Jean, de saint Jacques et de saint Jude. Déjà le premier voyage de saint Pierre à Rome, sous Claude, avait été entrepris dans le même but 7
XIV. Cependant Simon s'insinuait de plus en plus dans les bonnes grâces de Néron. Un jour il lui dit ce qu'il avait dit à Samarie, et ce qu'il répétait partout, qu'il était la grande vertu de Dieu, supérieure aux anges, et initiée à des secrets qui passaient l'intelligence humaine. « Je vous en donnerai la preuve en volant dans les airs. » Il fut pris au mot, et, dans un instant sa promesse fut connue de Rome entière. L'ascension devait avoir lieu le premier jour des jeux néroniens.
XXV. Bien qu'elle ne fût annoncée que pour midi, le Forum commençait, dès la troisième heure (9 heures) à devenir un océan de têtes humaines, et à chaque instant la foule croissait. Enfin parut Simon accompagné de César. Il était vêtu d'un grand manteau de philosophe, blanc comme la neige, et la tête couronnée de lauriers. Il monta au Capitole, où il fit ses évocations. Le soleil resplendissait sous un ciel sans nuage. Tout à coup une nuée noirâtre, frangée de fumée, commença à se former au sommet de la colline. Les éclairs la sillonnaient d'une manière sinistre : à travers ce nuage artificiel, on vit s'avancer un quadrige de feu, tiré par des chevaux ailés. Simon s'avança, monta triomphalement sur le char, où il se tint debout, retint les guides dans sa main gauche, tandis qu'il élevait la droite vers le ciel. Les chevaux semblaient fouler aux pieds, dans leurs bonds gigantesques, l'horizon aérien, ou nager dans leur propre élément.
XXVI. Dans le Forum, la terreur fermait toutes les lèvres. À peine osait-on lever les yeux, pour regarder le miraculeux personnage. Néron lui-même, du haut du balcon le plus avancé de la loge palatine, fixait timidement son regard sur le dieu. Bientôt cependant un immense cri s'éleva. Le peuple enivré à la vue de ce prodige merveilleux battait frénétiquement des mains ; des exclamations s'élevaient jusqu'au ciel. Beaucoup se prosternaient le front contre terre pour rendre hommage au dieu qui fuyait 8. Au milieu de tant d'émotions, de cris, de gestes, personne ne faisait attention à un vieillard à cheveux blancs, agenouillé sur un gros bloc de pierre en face du vestibule de la royale maison Palatine. Ses mains jointes étaient appuyées sur un bâton de pèlerin, il paraissait immobile. Seulement il levait de temps à autre les yeux vers le ciel, et murmurait une parole. Simon gagnait les hauteurs de l'espace et se balançait dans les airs, presque au-dessus de la tête de Néron. .
XXVII. Le vieillard, c'était saint Pierre, se dressa sur ses pieds et étendit la main en priant. À ce geste, le spectacle changea en un clin d'oeil. La flamme qui environnait le char mystérieux s'évanouit. On entendit une détonation semblable à un coup de tonnerre. Tous les yeux fixés vers le ciel virent s'évaporer le char et les coursiers. Celui qui volait dans les airs tomba en tournoyant dans l'espace, vint se heurter contre l'angle du balcon où se tenait César, roula sur les dalles, et resta étendu demi-nu, dans une mare de sang, aux pieds du vieillard.
XXVIII. « Il est mort ! — Non, il vit ! — Non, il est mort ! » Tels furent les cris des spectateurs. Bientôt tous se dispersèrent, honteux de leur crédulité. D'accord sur les circonstances de ce fait incontestable avec les historiens latins et grecs, saint Clément pape, disciple chéri de saint Pierre, affirme avoir reçu de la bouche même de l'Apôtre le récit de l'événement : « Tous étaient dans l'attente, me disait-il ; pour moi, je priais à l'écart. Enlevé par le démon, Simon s'élève et vole dans les airs, disant qu'il allait monter au ciel, d'où il ferait descendre toutes sortes de biens. Tout le peuple l'acclamait comme un dieu. Pour moi, je suppliais Dieu, par Jésus-Christ Notre-Seigneur, de confondre ce scélérat, de le faire tomber sans le tuer, et de faire tomber la puissance dont les démons se servaient pour perdre les hommes.
XXIX. « J'élevai alors les yeux sur Simon et je dis : « Si je suis l'homme de Dieu, l'Apôtre de Jésus-Christ, le docteur de la vérité et non de l'erreur comme Simon, j'ordonne aux anges apostats qui soulèvent Simon de l'abandonner, afin qu'il tombe et soit la risée de tous ceux qu'il a séduits. » À ces mots les démons prennent la fuite, Simon tombe et se fracture les jambes. Alors de toute la multitude s'élève un cri disant : « Le Dieu que Pierre annonce est le seul vrai Dieu ! » Et beaucoup se convertirent. »
XXX. Saint Pierre avait demandé que le magicien survécût à sa chute : sa prière fut exaucée. La tradition rapporte que Simon, honteux de sa mésaventure, se fit transporter à Brindes, à l'extrémité orientale de l'Italie, peut-être dans l'intention de retourner en Orient, afin de continuer sa mission satanique où il l'avait commencée : Dieu ne le permit pas. En proie à des douleurs atroces occasionnées par sa chute, il demanda à être porté au sommet d'une montagne, d'où il se précipita et mit fin à sa coupable vie.
XXXI. Cependant Néron devint furieux de la chute de Simon. Naturellement il déchargea sa colère sur saint Pierre, dénoncé pour en être l'auteur. Il fit arrêter l'Apôtre et le fit jeter dans la prison Mamertine, bâtie ou mieux creusée dans le rocher même du Capitole. L'incarcération de saint Pierre eut lieu au mois d'octobre de l'an 65 de Notre-Seigneur. Elle dura neuf mois, c'est-à-dire jusqu'à la fin de juin de l’an 66. Saint Paul partagea la détention de saint Pierre, non pour avoir contribué à la chute de Simon, mais pour avoir converti, à la cour même de Néron, une malheureuse créature, objet des passions du monstre couronné.
XXXII. Comme les affreux dragons, objets de terreurs religieuses, que les premiers Apôtres de l’Évangile trouvèrent dans un grand nombre de lieux, les étonnants prestiges de Simon le Magicien nous révèlent les gigantesques combats que les Apôtres eurent à livrer pour chasser Satan de son empire usurpé. À nous-mêmes ils apprennent combien doit être vive notre reconnaissance pour le divin Libérateur du monde et pour ses envoyés, qui, au prix d’inconcevables travaux couronnés par l’effusion de leur sang, portèrent chez toutes les nations, assises alors dans les ombres de la mort, la bienfaisante lumière de l’Évangile. Jouissons de cet immense bienfait, mais n’oublions pas les bienfaiteurs. Voir : Cor. a Lap., in Act. app., VIII, 5-24; Fogginio, De romano D. Petri itinere et episcopatu, exercitat. duodecima; Bar., Ann., an. 44, n. 51-59; an. 68, n. 13-23. Dans ces deux auteurs se trouvent tous les témoignages des Pères et des auteurs profanes relatifs à Simon le Magicien.
Notes
- « Dixerat se in monte Sina legem Moysi in persona Patris dédisse Judaeis ; tempore Tiberii in Filii persona putative apparuisse ; postea se in linguis igneis Spiritum Sanctum super Apostolos venisse, Christum autem nec venisse, nec a Judaeis quidquam pertulisse ». S. Aug., lib. de Hæres., c. I ↩
- Cette erreur est le fond du gnosticisme. Les adeptes de cette secte abominable prétendaient que toutes les fois que Dieu se contemple, l’activité divine devient une réalité nouvelle appelée Éon. Ces éons s’engendrent les uns les autres et, en s’éloignant du principe primordial, deviennent de moins en moins parfaits, ce qui explique l’existence d’esprits de divers degrés. Quant au monde matériel, ils l’attribuaient à un principe mauvais et éternel ↩
- Simon nimirum quidam Samaritanus, in vico cui est nomen Gitton, natus, qui sub Claudio Caesare efficacium daemonum arte in imperiali urbe vestra Roma, propter magicas quas exhibuit virtutes, deus habitus est, et statua apud eam, veluti deus honoratus ; quae statua in amne Tiberi inter duos pontes est erecta, latinam hanc habens inscriptionem : Simoni Deo Sancto ; ac Samaritani prope omnes, ex aliis autem nationibus perpauci illum quasi primum deum esse confitentes, adorant quoque... In vestra urbe terrarum domina sub Claudio Caesare Simon magus s ↩
- C’est la nécromancie ancienne et le spiritisme moderne : nihil novum sub sole ↩
- In aetate omnis magiae generis Neronem fuisse principem. Hist., XXX, c. n ↩
- Maguis utique sollicitationibus Tyridatum a Nerone sollicitatum ut in Urbem veniret, magnificentissimeque ab eo exceptum. In Néron, c. XI ↩
- Petrus secundo Glaudii imperatorisanno ad expugnanduuiSimo - nemmagumpergit. De virib. illust,, c. ï. ↩
- Les Constit. apost. VI, 9 ; Hippolyte, Excid. Hierosol. ; saint Justin, Apol., 26 ; saint Jérôme, parlent des promesses, des menaces et des blasphèmes de Simon le Magicien et mentionnent la couronne de lauriers et les applaudissements populaires ↩
Voces relacionadas
Internas
- Les Mages
- Saint Clément, successeur de saint Pierre
- Saint Philippe, saint Prochore, saint Nicanor, saint Timon, saint Parménas