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I. Au chapitre XXVIII des Actes des Apôtres, saint Luc nous donne les détails les plus intéressants sur l’arrivée de saint Paul dans l’île de Malte, où il aborda après avoir failli périr dans un terrible naufrage. « Nous étant sauvés, les uns à la nage, les autres flottant sur des planches et sur des débris du vaisseau, nous apprîmes que l’île était appelée Malte. Et les Barbares nous traitèrent avec une grande douceur; car, allumant du feu, ils nous réchauffèrent à cause de la pluie et du froid. » C’était au mois de février de l’an 58 de Notre-Seigneur, la seizième du séjour de saint Pierre à Rome, la deuxième du règne de Néron.

II. « Paul ayant amassé une certaine quantité de sarments, et les ayant mis au feu, une vipère, que la chaleur fit sortir, s’élança sur sa main. Quand les Barbares virent cette bête suspendue à sa main, ils se disaient les uns aux autres : “Cet homme est sans doute un meurtrier, puisqu’après avoir échappé du naufrage, la vengeance ne permet pas qu’il vive.” Et Paul ayant secoué la vipère dans le feu, il n’en souffrit aucun mal, et les Barbares s’imaginaient qu’il enflerait et qu’il tomberait mort tout à coup; mais, après avoir attendu longtemps, voyant qu’il ne lui arrivait point de mal, ils changèrent de sentiment, et dirent que c’était un dieu. »

III. En ce lieu-là, le premier de l’île, Publius, avait des terres, et, nous recevant chez lui, il nous traita avec bonté durant trois jours. Or, il se rencontra que le père de Publius était au lit, malade de la fièvre et de la dyssenterie. Paul alla le voir, et, s'étant mis en prière, il lui imposa les mains et le guérit. « Après ce miracle, tous les insulaires qui étaient malades s'approchaient de lui et recouvraient la santé. Aussi nous rendirent-ils de grands honneurs, et à notre départ ils nous donnèrent tout ce qui nous était nécessaire. »

IV. Que saint Paul n'ait rien souffert de la morsure de la vipère, il n'y a rien d'étonnant. C'est l'accomplissement de la promesse de Notre-Seigneur, faite à ceux qui croiront en lui : Ils tueront les serpents, et le poison ne leur fera aucun mal. Cette promesse continue de s'accomplir. On ne cite aucun de nos missionnaires qui soit mort de la morsure d'un serpent. Nous tenons du préfet apostolique de la Guyane, peuplée de dangereux reptiles, que ni prêtre ni religieuse n'ont jamais été mordus par les serpents.

V. Quelle précaution prenez-vous, lui disais-je ? — Aucune. — Du moins vous devez avoir de grandes et fortes bottes, parce qu'en marchant dans les grandes herbes, vous pourriez, sans vous en apercevoir, mettre le pied sur quelque reptile venimeux et trouver la mort. — Nous ne mettons que la chaussure ordinaire. Si nous agissions autrement, nous scandaliserions les indigènes. Chez eux il est reçu que le missionnaire n'a rien à craindre des serpents. »

VI. Non seulement saint Paul ne souffrit rien de la morsure de la vipère, mais Dieu a voulu qu'en mémoire de ce miracle, toutes les vipères et tous les serpents de l’île de Malte perdissent à jamais leur venin. Le fait existe depuis dix-huit siècles. Avant saint Paul, Malte, comme tous les pays chauds, renfermait des vipères dont la morsure était mortelle ; on le voit, au témoignage et à l'étonnement des Barbares. « Dieu a voulu, dit Baronius, que saint Luc écrivît avec tant d'exactitude ce qui concerne cette vipère et la conduite des Barbares, afin de rendre de plus en plus incontestable le privilège obtenu par saint Paul à l'île de Malte ; et qu'on n'attribuât point aux propriétés naturelles du pays ce qui, depuis le passage de l'Apôtre, a été divinement accordé à cette île : Savoir que, depuis ce moment, tous les serpents qui l'habitent sont sans venin, et nul ne souffre de leurs morsures. Si cela tenait à une cause naturelle, pourquoi les habitants étaient-ils si assurés de la prompte mort de saint Paul 1 ? » .

VII. L'assurance des Maltais était fondée. Dans leur île, comme en Afrique, aux Indes et dans les autres contrées méridionales, le venin de la vipère est tel qu'il tue presque sur-le-champ. Un des plus célèbres médecins de l'antiquité, Gallien, cite à ce sujet l'exemple de Cléopâtre.

VIII. Il dit : « Cléopâtre se fit une profonde blessure au bras en se mordant. Ensuite elle se fit apporter, dans un petit vase, le venin d’un aspic, qu’elle avait conservé, et le fit couler dans sa plaie. Bientôt le poison se répandit dans le corps, et, quelques instants après, à l’insu de ses gardes, elle mourut doucement. En effet, ces serpents tuent avec une rapidité presque foudroyante, comme je l’ai souvent expérimenté à Alexandrie. Lorsqu’un homme est condamné à ce genre de mort, et qu’ils veulent le tuer sans longue souffrance et sans délai, ils lui approchent des aspics de la poitrine; ils le font un peu promener et il tombe mort 2. » .

IX. Le cadre étant dessiné, venons au portrait. Publius, qui reçut saint Paul avec tant d'humanité, était Romain, comme son nom l'indique. Gouverneur de Malte, au nom des Romains, il avait acquis dans l'île de grandes propriétés. Il fallait, dit saint Chrysostome, qu'il fût très riche pour donner pendant trois jours l'hospitalité à deux cent soixante-seize naufragés. La tradition dit que le palais qu'il habitait, au centre de la ville, est devenu la basilique de Saint-Paul. Quant à ces propriétés elles sont sur le bord de la mer, au lieu même où abordèrent les naufragés, non loin d'un village appelé Nazar.

X. Pendant le séjour de trois mois qu'il fit à Malte, saint Paul ne demeura pas inactif. Il convertit les habitants et Publius lui-même. Digne de son maître par sa ferveur, Publius fut ordonné évêque de Malte par saint Paul lui-même. Comme il arrivait presque toujours, à cette époque primitive, Publius alla évangéliser d'autres contrées. Il devint évêque d'Athènes, où il succéda immédiatement à saint Denys l'Aréopagite, qui, après avoir été évêque d'Athènes, devint le premier apôtre et le premier évêque de Paris. Publius eut le bonheur de finir sa belle carrière par un glorieux martyre. « Le vingt et unième jour de janvier, dit le Martyrologe romain, à Athènes, naissance de saint Publius, évêque, qui, après saint Denys l'Aréopagite, gouverna noblement l'Église d'Athènes, et, illustre par ses vertus non moins que par sa doctrine, reçut pour Jésus-Christ la glorieuse couronne du martyre. »

XI. Telle est la mort de la plupart de nos pères, les chrétiens des premiers siècles. Si cette fin heureuse et glorieuse ne nous est pas réservée, souvenons-nous que nous devons être les martyrs de la paix en sacrifiant tout, plutôt que de perdre notre âme. Voir : Cor. a Lap. in Act. App. XXVIII, 5, 6, 7; Bar., an. 58, n. 173; an. 98, n. 23; an. 125, n. 113; Martyrol. Adonis et Usuardi; Euseb. Hist. lib. IV, c. 22, etc., etc.

Notes

  1. An. 58, n. 172
  2. De Theriaca, epist. ad Pisonem, c. VIII

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