Pudens
Sommaire
I. Pudens, dont saint Paul envoie les salutations à Timothée, est un des personnages les plus vénérables et les plus intéressants de la primitive Église. Dans toute l'Europe, on a soin de faire connaître à la jeunesse lettrée les fondateurs de la Rome païenne : pourquoi l'éducation est-elle muette sur les fondateurs de la Rome chrétienne ? Est-ce que la grande cité, métropole de la foi et de la vertu, la mère des nations baptisées et la nôtre, ne mérite pas mieux notre étude que la cité, reine de l'erreur, scandale du monde, et tyran impitoyable des nations païennes ?
II. Autant qu'il est en nous, nos efforts, en écrivant ces Biographies évangéliques, tendent à faire disparaître cette choquante anomalie. Plus que jamais il est nécessaire que les chrétiens du XIXe siècle remontent à leur origine et se retrempent dans la foi victorieuse de leurs premiers pères. e
III. Sur une des sept collines de Rome appelée le Viminal, voisine de l'Esquilin, se trouvait le quartier des patriciens, Vicus Patricius. Il dut son nom aux patriciens, consignés dans ce quartier par Servius Tullius, qui voulait les empêcher de former de nouvelles trames contre la royauté. Non loin de là était le lubrique théâtre de Flore et un temple de Diane. Le licencieux poète Properce avait ici son habitation : elle ne pouvait être mieux placée.
IV. Comme la volupté engendre toujours la bassesse d’âme, on éleva plus tard, dans le voisinage, un arc en travertin, d’un travail médiocre, dédié à Gallien, et qui portait cette inscription, où respire l’adulation, poussée jusqu’à l’idolâtrie : À GALLIEN, PRINCE INVINCIBLE, DONT LA VALEUR INVAINCUE N’EST SURPASSÉE QUE PAR LA PIÉTÉ, MARCUS AURÉLIUS TRÈS DÉVOUÉ À SA DIVINITÉ ET À SA MAJESTÉ 1. .
V. À tous ces monuments profanes, à tous ces hommes de triste mémoire ont succédé des monuments et des personnages qui tiennent une glorieuse place dans l'histoire de l'Église naissante. Arrivé à Rome l'an 42 de Notre-Seigneur, avec l'incroyable prétention de planter la croix au sommet du Capitole, le chef des pêcheurs galiléens descendit d'abord au delà du Tibre, dans le quartier des juifs.
VI. La présence de ce nouveau prédicateur ne fut pas longtemps ignorée. La curiosité lui attira bientôt de nombreux auditeurs. Parmi eux se trouvait un sénateur, nommé Pudens, dont le palais était situé sur le mont Esquilin. Saint Pierre le convertit, ainsi que sa femme Priscille, ses deux fils Novat et Timothée, et ses deux filles, Praxède et Pudentienne, avec leurs serviteurs. La maison de ces fervents néophytes fut désormais la demeure de l'Apôtre.
VII. Ce que le Cénacle fut à Jérusalem, la maison de Pudens le devint à Rome. Saint Pierre y célébra les augustes Mystères, y présida les synodes, ou assemblées des fidèles, y donna l'Onction sacrée à saint Lin et à saint Clet, ses coadjuteurs et successeurs, et leur mission aux nombreux apôtres de l'Occident. Saint Paul lui-même fréquenta plus tard l'habitation de Pudens, et Dieu seul sait tout ce que les deux grands fondateurs du christianisme ont dit et fait dans ce lieu vénérable.
VIII. La maison sénatoriale, vénérable à tant de titres, fut dès le IIe siècle changée en église par le Pape saint Paul Ier. Célèbre dans l’histoire sous le titre du Pasteur, cette église est dédiée à sainte Pudentienne, fille du sénateur Pudens 2. . La maison du pieux sénateur n’est pas la seule qui, dans ces premiers jours du christianisme à Rome, ait été changée en église. Outre celles dont les Épîtres de saint Paul nous ont déjà révélé l’existence, nous voyons la grande dame romaine, Euprepia, donner à son palais la même destination.
IX. Le nombre de ces églises domestiques s'accrut rapidement, à mesure que l'Évangile faisait de nouvelles conquêtes. Ainsi, sous le Pape saint Évariste, cinquième successeur de saint Pierre, on en comptait quarante-six, dirigées par autant de prêtres.
X. Ces lieux de prières, vénérables à tant de titres, étaient plutôt des oratoires que de véritables églises. Bientôt le christianisme put se montrer au grand jour. Un historien païen, Lampride, rapporte le fait suivant, arrivé sous le règne de l'empereur Alexandre : « Les chrétiens choisirent, pour bâtir une église, un lieu appartenant à la ville, et situé au delà du Tibre. Les cabaretiers du voisinage firent opposition. L'affaire fut portée à l'empereur qui donna le rescrit suivant : « Il vaut mieux que Dieu soit honoré d'une manière quelconque, en ce lieu, que de le donner à des cabaretiers 3
I. Devenue l'église actuelle de Sainte-Pudentienne, la maison du sénateur Pudens rappelle au voyageur deux grands souvenirs : la générosité des premiers chrétiens, et la violence de la persécution de Néron. Ainsi, à l'entrée de cette église, on lit l'inscription suivante : « Dans cette sainte et très antique église, dédiée par le Pape saint Pie sous le titre du saint Pasteur, autrefois maison de saint Pudens, sénateur, et demeure des saints Apôtres, reposent les corps de trois mille Bienheureux martyrs, que les saintes vierges du Christ, Pudentienne et Praxède, ensevelissaient de leurs propres mains 4
I. Non loin de l'église de Sainte-Pudentienne est l’église, non moins vénérable, dédiée à sa sœur, sainte Praxède. Ce nouveau sanctuaire, dépendance de la maison de Pudens, est bâti sur les thermes de son fils Novat. On sait que les maisons des riches Romains étaient ordinairement accompagnées de bains et de jardins, ce qui occupait un grand espace.
XIII. Au bas de cette église est une longue table de marbre, protégée par une grille de fer, et portant cette inscription simple, mais sublime : Sur ce marbre dormait la sainte vierge Praxède. Je n'ai pas de peine à le croire : la mortification est mère de la charité. Vers le milieu de la nef s'ouvre, entouré d'une grille, le puits vénérable où la sainte accomplissait le même devoir que sa sœur dans la maison de leur père. Une belle statue de marbre représente la jeune vierge à genoux, sur l'orifice du puits, pressant entre ses mains une éponge pleine de sang.
XIV. Le Dieu infiniment bon qui a dit : « J’étais étranger et vous m’avez reçu », ne pouvait manquer de récompenser magnifiquement la généreuse famille de Pudens, et Pudens lui-même. Tous ses membres jouissent dans le ciel du fruit de leur héroïque charité. « À Rome, dit le Martyrologe romain, au 19 mai, naissance de saint Pudens, sénateur, qui, revêtu par les Apôtres de la robe du baptême, la porta sans souillure jusqu’à ce qu’il reçût la couronne de vie. » Voir : Bar., an. 44, n. 61; an. 59, n. 18; an. 57, n. 100; Cor. a Lap. in II ad Timoth., IV, 21; les Trois Rome, t. I, etc., etc.
Notes
- GALLIENO-INVICTI SSIMO - PRINCIPI CVJVS-TNVICTÀ-YIRTVS-SOLA-PIETÀTE-SVPEBÀTA-EST M. AVRELIVS-DEDICÀTI6SIMVS-NVM1NI MAJESTATJQVE-EJVS. ↩
- Nous en avons donné la description dans les Trois Rome, au 14 décembre ↩
- Melius esse utquomodocumque illic Deus colatur, quam popi- nariisdedatur. Lainp. In Alex. ↩
- In bacsanctaantiquissima Ecclesia, Titulo S. Pastoris a S. Pio Papa dedicata, olim domoS. Pudentis senatoris, ethospitiosanctorumapostoloruin; tria raillia BeatorumMartyrumcorporarequiescunt, quae sanctae Christi virginesPudentiana et Praxedis suis manibus sepeliebant. ↩