Lucius, Tertius, Quartus
Sommaire
I. Après avoir recommandé aux chrétiens de Rome de saluer tous ses amis parmi lesquels il indique, en dernier lieu, Julie, Nérée et sa sœur, ainsi que Olympiade, dont l'histoire ne nous a guère conservé que les noms bénis, saint Paul leur envoie les souvenirs de ses compagnons. «
II. Timothée, qui est le compagnon de mes travaux, vous salue, ainsi que Lucius, Jason et Sosipater, mes parents. Je vous salue au nom du Seigneur, moi Tertius, qui ai écrit cette lettre. Caïus, mon hôte, et toute l'Église vous saluent. Éraste, trésorier de la ville, et notre frère Quartus, vous saluent. Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous. Amen. »
III. Ces salutations réciproques n'étaient pas de vaines formules. Elles étaient l'expression d'une charité sincère et effective. Saint Paul en est l'organe, au moment où il va porter à Jérusalem les aumônes de tous les frères de l'Asie Mineure et probablement de Rome même et de l'Occident. Nous savons que les Églises du monde entier s'entr'aidaient dans leurs besoins et que des messagers fidèles étaient continuellement en voyage pour porter aux chrétiens pauvres ou persécutés les offrandes de leurs frères en Jésus-Christ. Dans sa Première Apologie, saint Justin, martyr, nous donne un témoignage irrécusable de cette miraculeuse pratique.
IV. Je dis miraculeuse, aux yeux des païens qui n'en connaissaient pas le principe, et qui apparaissait tout à coup au milieu d'une société régie par la loi de l’égoïsme et de la haine. Miraculeuse encore aux yeux mêmes des nouveaux chrétiens, dont la grâce et surtout la sainte communion avaient si promptement, et d'une manière si complète, transformé le cœur.
V. L'Église est immortelle et les vrais chrétiens sont toujours les mêmes, toujours les vrais enfants du Dieu de Charité. Que disent encore de nos jours, aux hérétiques, aux schismatiques, aux modernes païens, nos grandes œuvres de la Propagation de la foi, de la Sainte-Enfance, et celle qui marche sur le même rang, l'Œuvre apostolique ? Elles disent que l'Église catholique est toujours la véritable épouse du Dieu de Charité, toujours l'héritière fidèle de son esprit : signes glorieux que les sectes étrangères ne posséderont jamais.
VI. Excepté quatre, tous les noms cités plus haut nous sont connus. De Nérée, l'histoire ecclésiastique nous apprend qu'il fut, avec son frère Achillée, serviteur de sainte Flavie Domitille. Le Martyrologe romain fixe au 12 mars le martyre de ces deux illustres frères. Qu'il nous suffise de savoir qu'eux et leur sœur furent aimés de saint Paul, ce qui n'est pas peu, et que leur vie, cachée en Dieu, nous sera glorieusement révélée au jour du Jugement.
VII. Baronius croit que Lucius est saint Luc : nous n'avons point à parler de lui ; quiconque a lu l'Évangile connaît l'inséparable compagnon de saint Paul.
VIII. Tertius fut, pendant quelque temps, secrétaire de saint Paul. Sous la dictée du grand Apôtre il écrivit la mémorable Épître aux fidèles de Rome. Lui-même nous l'apprend : « Je vous salue au nom du Seigneur, moi Tertius qui ai écrit cette lettre. » Sur la rédaction de cette lettre, voici les observations de Diodore de Tarse : « Tertius ne possédait qu'imparfaitement le talent de la parole et était peu habile dans l'art d'écrire. Aussi l'Épître aux Romains, plus obscure que les autres à cause du nombre et de la sublimité des questions, Tertius l'a rendue beaucoup plus obscure en traduisant les pensées de l'Apôtre par des locutions difficiles à comprendre, quelquefois même en intervertissant l'ordre des idées. »
IX. Ce défaut de littérature était richement compensé par les vertus de Tertius. Il devint évêque d’Icône, patrie des glorieux martyrs saint Cyr et sainte Julitte, patrons de la cathédrale de Nevers. Le Martyrologe romain met sa fête au 21 juin : « À Icône, en Lycaonie, naissance de saint Terentius (Tertius) évêque et martyr. » En donnant à notre saint le nom de Terentius, Baronius suit l'opinion de quelques écrivains ecclésiastiques, dont l'autorité mérite d'être respectée.
X. Les Ménologes des Grecs parlent de lui avec quelques détails : « Tertius, disent-ils, successeur de Sosipater sur le siège d'Icône, mit la dernière main à l'œuvre de son prédécesseur. Il conféra la grâce de la régénération baptismale à ceux qui ne s’y étaient préparés qu'imparfaitement et opéra dans cette ville des prodiges éclatants, et, glorieux martyr, il termina son apostolat par le supplice des épines. »
XI. Quartus : de ce nouvel ami de saint Paul, le Martyrologe romain se contente de dire qu'il est au nombre des saints et que sa fête tombe le troisième jour de novembre 1. Mais les Martyrologes de Bède, d'Usuard et d'Adon, ainsi que le savant évêque d'Equilium, en parlent plus longuement. Il en est de même de Lucius Dexter et de son très érudit commentateur Bivarius. En réunissant leurs témoignages, on peut esquisser la biographie de saint Quartus. .
XII. Admis au nombre des soixante-douze disciples de Notre-Seigneur, il fut, après l'Ascension, établi par saint Pierre évêque de Béryte, aujourd'hui Beyrouth. L'ancienne Béryte, ville de Phénicie, fut célèbre dans l'antiquité par son école de droit. Conquise par les Romains, elle changea son nom oriental en celui de Julia Felix. Devenue aujourd'hui Beyrouth, elle est le rendez-vous des voyageurs qui vont visiter la Syrie et surtout la Terre-Sainte. Bien qu'au pouvoir des Turcs, Beyrouth compte un bon nombre d'établissements catholiques.
XIII. Comme nous l’avons déjà remarqué en parlant des évêques de la primitive Église, Quartus ne resta pas immobile sur son siège. À l'exemple des Apôtres eux-mêmes il porta aussi loin qu'il lui fut possible le flambeau de la foi. Compagnon et ami de saint Paul en particulier, on peut croire qu'il brûlait du zèle qui enflammait le grand Apôtre. Dès l'an 50 de Notre-Seigneur, on le voit partir pour l'Espagne où il institua les régies de la vie chrétienne, après saint Jacques le Majeur. L'an 58 nous le trouvons à Corinthe avec saint Paul, puisque dans sa Lettre aux Romains l'Apôtre dit : « Notre frère Quartus vous salue : Salutat vos Quartus frater. »
XIV. Pourquoi se retrouvait-il à Corinthe, auprès de saint Paul ? On croit avec vraisemblance que c'était pour amener saint Paul chez les Espagnols, qui l'avaient prié de venir chez eux pour des affaires importantes : Rogatum ab Hispanis, magnas ejus accessit causas praebentibus. L'Apôtre lui-même avait promis de se rendre à leur désir. « Lorsque je me rendrai en Espagne, écrit-il aux Romains, j'espère vous voir en passant, afin qu'après avoir un peu joui de votre présence vous me conduisiez dans ce pays-là. » Théophylacte développe ainsi ces paroles : « Lors donc que je me serai acquitté de ce que je dois, je passerai par vos quartiers, en allant en Espagne, car je suis obligé d'y aller 2. »
XV. Quartus resta donc à Corinthe avec saint Paul, partit avec lui pour Rome, d'où l'Apôtre, retenu en prison, le renvoya en Espagne pour expliquer aux fidèles de ce pays, l'impossibilité où il se trouvait alors d'exécuter son projet. En effet, dans la lettre qu'il écrit de sa prison de Rome à Timothée, saint Paul dit qu'il n'a plus avec lui que saint Luc : Lucas est mecum solus. Quartus était donc absent. « Il est vraisemblable, ajoute Bivar, qu'il était retourné en Espagne pour rendre compte du retard éprouvé par saint Paul. Il était naturel que l'Apôtre leur envoyât ce disciple qu'ils connaissaient déjà pour leur pasteur, et qu'ils avaient eux-mêmes député à saint Paul. .
XVI. « Quartus poursuivit donc l'œuvre du ministère évangélique dans ces régions occidentales, et particulièrement dans les lieux voisins de Salamanque, convertissant les infidèles par sa prédication et par ses miracles. »
XVII. Conseils adorables de la Providence! Au moment où l’Église naissante a le plus besoin de lui, saint Paul est retenu prisonnier pendant deux ans! Si des maladies ou d’autres obstacles nous empêchent de vaquer à nos occupations, de quoi pouvons-nous nous plaindre? Sommes-nous plus utiles au monde que saint Paul? Voir : Martyrol., 3 nov.; Equilin., Catalog., lib. X, c. 16; L. Dext., Chron., an. 50 et 105; Comm., n. 3; Martyrol., 21 juin; Cor. a Lap., in Ep. ad Rom., XVI, 22, etc., etc.