Biographies évangéliques

Hyménée, Alexandre

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I. Il est inévitable qu'il y ait des hérésies. Cette divine prédiction commença de se vérifier, on peut le dire, au sortir même du Cénacle. Simon le Magicien est le chef de cette interminable lignée d'hérétiques, qu'on voit pulluler depuis les premiers siècles jusqu'à nos jours. Dieu permet ces attaques incessantes pour éprouver la foi des vrais chrétiens, et pour montrer la solidité indestructible de l'Église. Malgré les assauts réitérés de la violence et de la ruse, cette divine Épouse n'a perdu ni un seul de ses dogmes, ni un seul point de sa morale, ni un seul de ses sacrements, ni une seule des personnes nécessaires à sa hiérarchie.

II. Il faut remarquer que jamais les hérésies ne furent plus nombreuses que dans les premiers siècles. Le démon se sentait attaqué partout; et à tout prix il voulait garder son empire usurpé. De là bien des défaillances, d'ailleurs richement compensées par la foi héroïque des martyrs et des innombrables saints de la primitive Église.

III. Parmi les naufragés, saint Paul nomme à Timothée, Hyménée et Alexandre. «Mon cher Timothée, lui dit-il, conformément aux prophéties qu'on a faites autrefois de vous, combattez selon les lois de la sainte milice, conservant la foi en la bonne conscience, abandonnée par quelques-uns qui ont fait naufrage dans la foi: de ce nombre sont Hyménée et Alexandre, que j'ai livrés à Satan, afin qu'ils apprennent à ne point blasphémer.»

IV. Que les amateurs de littérature remarquent, d'abord, la belle métaphore employée par saint Paul. Il compare la foi à un navire. L'ancre qui retient ce navire et l'affermit au milieu des tempêtes, c'est la bonne conscience. Rien n'est plus vrai. Le cœur fait toujours naufrage avant l'esprit: l'incrédulité est une plante qui ne croît que dans la boue des passions. De la bonne conscience naît l'espérance des biens futurs, de même que le navire agité par les flots laisse cependant aux passagers le consolant espoir d'arriver au port et finit par les y conduire; ainsi la foi conduit à la vie éternelle.

V. De même encore qu'en pleine mer l'homme hors du navire n'a aucun espoir de salut, ainsi de l'homme sans la foi. Mais tant qu'il conserve la foi, bien qu'il pèche, il peut encore se sauver. De là vient que l'Église, qui est la maîtresse de la foi et l'assemblée des croyants, est justement comparée à l'arche de Noé, hors de laquelle nul n'échappa au déluge. Elle est encore comparée aux barques évangéliques, d'où Notre-Seigneur prêchait le royaume de Dieu, calmait les tempêtes et faisait prendre des poissons.

VI. La tradition ne nous a conservé que le nom d'Hyménée. D'après les paroles de saint Paul, nous savons seulement qu'il avait été chrétien, peut-être même fervent chrétien, comme on l'était généralement à ces jours admirables de la primitive Église. Son exemple est une leçon pour tous les siècles. Quelle que soit notre ferveur, les chutes sont toujours à craindre.

VII. On a quelques détails sur Alexandre. Baronius pense que c'est le même qui, par un discours éloquent, apaisa la séduction des Éphésiens dont saint Paul faillit être victime. Juif d'origine, il se fit chrétien, puis tomba dans l'hérésie et devint un ardent ennemi de saint Paul. «Alexandre, l'ouvrier en cuivre, écrit le grand apôtre, m'a fait beaucoup de mal: le Seigneur lui rendra selon ses œuvres. Gardez-vous aussi de lui; car il a résisté de toutes ses forces à mes paroles.»

VIII. Saint Paul ajoute qu'il a livré à Satan Hyménée et Alexandre, afin qu'ils apprennent à ne point blasphémer. Que signifient ces paroles? Elles signifient que l'Apôtre les avait excommuniés. Sous un nom ou sous un autre, l'excommunication est un châtiment usité dans tous les temps, chez les juifs et même chez les païens: rien n'est plus juste. Si le berger a le droit de chasser de son troupeau une brebis galeuse, pourquoi une société n'aurait-elle pas le droit de veiller à sa conservation, en rejetant de son sein l'audacieux qui méprise ses lois et qui tend à la corrompre?

IX. Les juifs excommuniaient le coupable en le chassant de la synagogue; les Romains en le dévouant aux dieux infernaux; les Gaulois en lui interdisant toute participation aux sacrifices. Refuser à l'Église catholique le droit d'excommunier, serait lui dénier le droit de se défendre. Il est remarquable que ceux qui lui contestent ce droit nécessaire, en font les uns contre les autres un usage continuel. Est-ce que les sectes protestantes ne s'excommunient pas mutuellement? Même dans l'ordre politique, que voyons-nous? Des partis opposés qui ne cessent de s'excommunier les uns les autres, et qui, comme il est arrivé souvent, sanctionnent leur excommunication par l'échafaud.

X. Pourquoi est-il dit qu'excommunier quelqu'un, c'est le livrer à Satan? Saint Hilaire répond: «Quiconque est dans la volonté du péché est vide de Dieu, et là où Dieu n'est pas, là est la demeure de Satan. Par ses tentations il s'en prépare l'entrée et occupe cette maison que Dieu a laissée vide en s'éloignant 1: Malheur donc à celui qui se met dans le cas de mériter l'excommunication! Malheur plus grand à celui qui la méprise! Voir: S. Hilar. in Ps. 318; Cor. a Lap. in II ad Timoth. 1, 20; Bar., an. 554, n. 11, 17, etc. S. Cypr. ep. 38 et 62, etc. .

Notes

  1. Omnis enim, in quo peccati voluntas est, Deo vacuus est; et ubi Deus non est, illic diaboli locus est: qui insidiam et obsidens ubi opportunitatem adeundi habuerit, tanquam vacuam domum occupat, quæ ei, jam Deo discedente, sit tradita

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