Sylvain
Sommaire
I. Saint Paul termine son Épître aux Hébreux, en disant: «Sachez que notre frère Timothée est en liberté. S'il arrive bientôt, j'irai vous voir avec lui. Saluez de ma part tous vos supérieurs et tous les saints. Nos frères d'Italie vous saluent. Que la Grâce soit avec vous tous. Qu'il soit ainsi.»
II. Cette dernière Épître du grand Apôtre fut écrite de Rome, l'an 60 de Notre-Seigneur, la quatrième du règne de Néron, sous le troisième consulat de ce prince, ayant pour collègue Valérius Messala. Elle nous reporte à la première captivité de saint Paul, et nous apprend que saint Timothée était alors en liberté.
III. Comme son cher maître, le saint évêque d'Éphèse avait subi les rigueurs de la prison. Tel était, d'ailleurs, le sort des premiers prédicateurs de l'Évangile. De là, ces vers qui résument toute l'histoire de l'Église et justifient les prédictions de Notre-Seigneur: «L'Église a été fondée dans le sang, elle a crû dans le sang, elle se développe dans le sang, elle finira dans le sang 1.»
IV. Jamais prophétie n'a été plus littéralement accomplie. Suivez pas à pas l'Église catholique dans toutes les parties du monde, depuis le Calvaire jusqu'à nos jours, c'est à peine si vous trouvez une année, un mois, une semaine, peut-être un jour sans trouver quelque chrétien persécuté, enchaîné, mis à mort pour la foi.
V. Quant à Timothée, ce n'est ni à Rome ni en Occident qu'il fut mis en prison: il n'y était jamais venu. C'était donc en Orient. Comment expliquer ces paroles de saint Paul: «Si Timothée arrive bientôt, à Rome où je suis, j'irai vous voir avec lui?»
VI. Si l'Apôtre s'adresse aux Hébreux de Jérusalem ou de l'Orient, comment prie-t-il Timothée de venir le prendre à Rome et de l'accompagner en Orient? N'était-il pas bien plus naturel de dire à Timothée de l'attendre au passage et de venir avec lui à Jérusalem? Le texte de l'Apôtre s'explique naturellement par ceux qui prétendent que l'Épître de saint Paul est adressée aux Juifs d'Espagne. .
VII. Les chrétiens d'Italie qui envoient leurs salutations aux Hébreux, c'étaient non seulement les chrétiens de Rome, mais de toutes les parties de l'Italie, venus à Rome pour voir le glorieux et bien-aimé prisonnier, se mettre à sa disposition et lui prodiguer avec une tendresse filiale tous les soins, toutes les consolations, tous les services réclamés par sa position dans les fers. On en peut d'autant moins douter, que les Églises d'Orient envoyaient à Paul leurs évêques et les premiers d'entre eux, porteurs de leurs affections et de leurs aumônes.
VIII. Venons maintenant à Sylvain, que nous trouvons nommé au chapitre cinquième de la première épître de saint Pierre: «Je vous ai écrit brièvement, ce me semble, par notre frère Sylvain, homme fidèle; vous suppliant et vous protestant que la vraie grâce de Dieu est la Grâce en laquelle vous demeurez fermes. L'Église, élue comme vous, qui est dans Babylone, et mon fils Marc, vous saluent. Saluez-vous les uns les autres par le saint baiser.»
IX. Comme nous l'avons vu, c'est la première année de son pontificat romain, que le chef du Collège apostolique écrivit cette lettre. Ayant pourvu au gouvernement de l'Église d'Antioche, qu'il venait de quitter, par la nomination de saint Évode, il ne voulut pas oublier les Églises qu'il avait fondées dans les différentes parties de l'Asie Mineure, dans le Pont, dans la Galatie, dans la Cappadoce, dans la Bythinie. C'est à ces chères chrétientés naissantes qu'il écrit avec la tendresse d'un père; sa lettre respire la majesté du prince des Apôtres et du chef de l'Église universelle.
X. Suivant saint Jérôme, Sylvain, à qui saint Pierre confie sa lettre, et dont il fait l'éloge, est le même que Silas, dont nous avons déjà donné la Biographie. Voici le texte même de saint Jérôme: «Il faut savoir que Silas, compagnon de saint Paul, est à tort appelé Sylvain, et qu'il faut lire Silas, attendu que nous ne trouvons pas le nom de Sylvain dans les Actes des Apôtres: Sciendum Silam Collegam Pauli... vitiose Sylvanus legitur pro Sila, cum Sylvanum in Apostolorum Actis non legimus. (Ep. ad Damas, in fin.) Silas porta donc la lettre de saint Pierre dans les différentes Églises d'Orient. C'est dans ce voyage qu'il rencontra saint Paul et devint son fidèle compagnon.
XI. Il reste à donner quelques explications sur l'année et sur le lieu où fut donnée cette importante épître. Quant à l'année, l'histoire fixe la fin de l'année 42, ou le commencement de l'année 43 de Notre-Seigneur, la première de saint Pierre à Rome, la troisième du règne de l'empereur Claude, cet empereur étant consul pour la troisième fois, avec Lucien Vitellius. On sait, par une tradition constante, perpétuée dans une fête annuelle, que ce fut le 18 février de cette même année que le pêcheur galiléen prit possession de son siège, sur lequel, dans la personne de ses successeurs, il régnera, malgré les efforts de l'enfer, jusqu'à la fin des siècles.
XII. Cette date est d'autant plus certaine, qu'à la fin de son Épître, saint Pierre dit aux Églises, que Marc, son fils, les salue. Il s'agit de l'évangéliste saint Marc, qui s'était attaché à saint Pierre et était devenu son fils spirituel. Saint Marc était donc à Rome. Or, ce fut cette même année que saint Pierre l'envoya fonder l'Église d'Alexandrie en Égypte: l'occasion était on ne peut plus favorable.
XIII. Le savant juif Philon était venu à Rome pour plaider à la cour les affaires de ses coreligionnaires; ayant appris qu'un de ses compatriotes, saint Pierre, prêchait à Rome, il fit connaissance et se lia d'amitié avec lui. À son retour en Égypte, il fut accompagné de saint Marc, que saint Pierre lui avait recommandé; il se montra fidèle à cette recommandation, et, arrivé à Alexandrie, il donna de grandes louanges à Marc et aux chrétiens, ses disciples.
XIV. Saint Pierre date sa lettre de Babylone. Quelle est cette ville? C'est Rome. La réponse n'est pas douteuse. Mais pourquoi l'Apôtre ne désigne-t-il pas Rome par son nom? Pour plusieurs motifs également fondés. Le premier, parce que Rome était devenue, en Occident, ce que l'ancienne Babylone avait été en Orient, la capitale orgueilleuse d'un immense empire. Le second, parce que Rome était devenue par son luxe, par ses erreurs, par ses débauches, une vraie ville de confusions et d'iniquités. Le troisième, parce qu'il ne voulait pas faire connaître les chrétiens de Rome. Si sa lettre était venue à tomber entre les mains des païens, ceux-ci n'auraient pas manqué de dénoncer les chrétiens et une persécution s'en fût immédiatement suivie. Baronius ajoute un quatrième motif. Saint Pierre s'était échappé par la fuite de la prison et des atteintes d'Hérode. Si ce prince avait su qu'il était à Rome, il n'aurait rien omis pour le faire arrêter. Ainsi, on voit qu'une sagesse divine a dicté jusqu'aux moindres paroles des Saintes Écritures. Pourquoi faut-il qu'au lieu de lire et de relire ces oracles divins, les chrétiens de nos jours les lisent peu, ou ne les connaissent pas même de nom? Cette ignorance, fruit de l'éducation, est une grande cause de l'affaiblissement de la foi, de l'abaissement des caractères et de la corruption des cœurs. C'est aux familles chrétiennes à porter remède à cet envahissement du mal qui menace de tout emporter.
XVII. Nous avons parlé de la première prison de saint Paul à Rome. Il n'est pas sans intérêt de connaître celle de saint Pierre. Cette prison, dans laquelle saint Pierre eut pour compagnon saint Paul et d'où ils sortirent en même temps pour aller à la mort est la fameuse prison Mamertine. La voici telle que nous l'avons visitée. Cette prison noire, humide, horrible, doit son nom au quatrième roi de Rome, Ancus Martius, qui la fit creuser dans le roc même du Capitole. Située presque à mi-côte de la redoutable montagne, elle se compose de deux cachots, placés l'un au-dessus de l'autre.
XVIII. Vous commencez par descendre vingt-cinq pieds sous terre, et vous trouvez le cachot supérieur, appelé proprement prison Mamertine: on y pénètre par un escalier moderne. Sous les Romains, il n'y avait ni escalier, ni porte, on y glissait les condamnés par une ouverture circulaire, pratiquée au centre de la voûte, et qui est encore fermée par une forte grille de fer. On voit, à droite, les traces d'un soupirail qui laissait pénétrer un peu d'air et de lumière dans ce vivant tombeau. Le cachot a vingt-quatre pieds de longueur, sur dix-huit de largeur et treize d'élévation.
XIX. Au-dessous de ce premier cachot en est un second plus étroit, plus bas, plus humide, et totalement privé de lumière: c'est la prison Tullienne, Robur Tullianum; elle doit son nom et son origine à Servius Tullius, sixième roi de Rome. Ici, comme dans le cachot supérieur, on descendait les condamnés par une ouverture pratiquée au centre de la voûte. La prison Mamertine était comme une salle d'attente où l'on donnait la question; car c'est dans la prison Tullienne que se faisaient les exécutions des grands coupables, hélas! et de bien d'autres. Au bas du cachot Tullien était une ouverture fermée par une porte en fer, aboutissant à l'escalier appelé les Gémonies, ainsi appelé des gémissements des malheureux qui le montaient ou le descendaient. C'est par ces degrés qu'après l'exécution, les confecteurs armés de crocs, traînaient dans le Tibre les cadavres des suppliciés.
XX. C'est dans ce cachot inférieur que Néron fit jeter les saints Apôtres. Nous bûmes de l'eau de la fontaine que saint Pierre fit jaillir, pour baptiser Procès et Martinien, ses geôliers, ainsi que vingt-sept soldats, martyrs à leur tour. La fontaine est près de la colonne à laquelle l'Apôtre était attaché, en sorte qu'il put, malgré ses chaînes, y puiser l'eau nécessaire à la régénération des néophytes. Toute la journée on voit des âmes ferventes ou de pieux pèlerins répandre des larmes et des prières sur ces lieux cruels, berceau du Christianisme dans la grande Rome. Voir: Cor. a Lap. in 1. ep. Petr. v, 12, 13; Bar. an. 45, n. 15; Hier. de Script. Eccles. in Philon; Les Trois Rome, 16 décembre, etc., etc.
Notes
- Sanguine fundata est Ecclesia, sanguine crevit, Sanguine successit, sanguine finis erit ↩