276 La première question de la Somme théologique est une question préliminaire. Elle répond à ce qu’on appellerait aujourd’hui l’Introduction. Saint Thomas l’amène en ces termes : « Ut intentio nostra sub aliquibus certis limitibus comprehendatur, necessarium est primo investigare de ipsa sacra Doctrina, qualis sit et ad quæ se extendat. Voulant exposer ce qui touche à la Doctrine sacrée, il s’agit d’abord de fixer les limites où se renfermera notre étude. Pour cela, nous devons nous demander, au sujet de la Doctrine sacrée, quels sont ses caractères et à quoi elle s’étend ».
Cette question comprend dix articles :
1° De la nécessité de cette Doctrine.
2° Si elle est une science?
3° Si elle est une ou plusieurs?
4° Si elle est spéculative ou pratique?
5° De sa comparaison avec les autres sciences.
6° Si elle est une sagesse?
7° Si Dieu est son sujet?
8° Si elle est argumentative?
9° Si elle doit user d’expressions métaphoriques ou symboliques?
10° Si l’Écriture sainte, source de cette Doctrine, doit être exposée selon plusieurs sens?
Nécessité de la Doctrine sacrée.
Le premier de ces dix articles traite de la nécessité de la Doctrine sacrée. Il s’informe du pourquoi d’un enseignement divin, et si l’on ne peut pas se contenter des doctrines humaines ou profanes. Ce pourquoi une fois donné, les articles 2-6 traiteront des caractères qui distinguent la Doctrine sacrée : si elle est une vraie science? (art. 2); — si elle est une ou multiple? (art. 3); — spéculative ou pratique? (art. 4); — de ses rapports avec les autres sciences (art. 5); — si elle mérite le nom de sagesse? (art. 6). — L’article 7 s’enquiert de son sujet : sur quoi elle porte; quel est son objet? — Les articles 8-10 traiteront de la manière dont elle procède; nous dirions aujourd’hui : de sa méthode : — si elle procède par voie d’arguments? (art. 8); — si elle peut user du langage métaphorique ou symbolique? (art. 9); — si l’Écriture-Sainte où elle est contenue peut être exposée en des sens multiples? (art. 10), (Ia, 5, 6; I, 1, prolog.).
La fin de l’homme, c’est Dieu. En Dieu, il y a des choses qui dépassent la raison de l’homme, et il en est d’autres qui sont à sa portée. Pour les premières, s’il plaît à Dieu de nous les destiner, un enseignement divin sera absolument nécessaire. Pour les secondes, étant données les conditions actuelles de la vie humaine, un enseignement divin est on ne peut plus utile; il est moralement nécessaire.
277 On remarquera toute la portée de cette première conclusion de la Somme théologique. Que devient, en face d’elle, la criminelle utopie de l’école laïque? Ces deux mots joints ensemble, et si on les prend au sens de l’exclusion absolue et nécessaire de tout enseignement divin, sont la plus grande injure qu’on puisse infliger à la dignité humaine. Un enseignement divin est nécessaire à l’homme sous peine d’anéantir ce qu’il y a de divin en sa destinée (Ia, 12; I, 1, 1).
Nature de la Doctrine sacrée.
Que Dieu ait destiné l’homme à une fin surnaturelle, et que, par suite, un corps de doctrine révélé par Dieu soit tout à fait nécessaire à l’homme, pour que ce dernier atteigne la fin que Dieu lui a marquée, c’est la vérité première qui commande tout dans la Doctrine sacrée. C’est la raison d’être de cette Doctrine.
Cet enseignement que Dieu — étant donnée sa volonté de salut — a dû établir parmi les hommes et qu’Il y a établi, en effet, enseignement où Lui-même se fait notre Maître — est une vraie science pour l’homme. Des principes venus directement de Dieu et à leur lumière, on infère des conclusions qui sont tout à fait certaines et démontrées (Ia, 25; I, 1, 2).
La Doctrine sacrée est une science une, parce qu’elle est une certaine reproduction en nous de la science même de Dieu qui est une. En elle on voit toutes choses dans la même lumière que Dieu les voit, — avec une différence d’intensité, c’est vrai, mais enfin dans la même lumière. Les principes, en effet, ne sont que de Dieu, et nous ne les voyons que dans sa lumière à Lui; notre lumière n’y est pour rien, puisqu’ils sont inaccessibles à la raison. Quant aux conclusions, elles tirent leur lumière des principes. Il s’ensuit que tout ici est pour ainsi dire baigné dans cette même lumière divine (Ia, 28; I, 1, 3).
La Doctrine sacrée est une vraie science, qui ne se subdivise pas en plusieurs sciences diverses, mais qui reste essentiellement une, et qui, s’il fallait lui appliquer un des caractères des sciences humaines en tant qu’on les dit pratiques ou spéculatives, devrait de préférence être appelée spéculative, bien qu’en elle se trouve aussi tout ce qu’il y a de perfection dans les sciences pratiques (Ia, 30, 31; I, 1, 4).
Excellence de la Doctrine sacrée.
On ne peut pas renfermer la science sacrée dans une catégorie spéciale, à l’exclusion de toute autre. On ne la peut pas dire exclusivement science spéculative, ni exclusivement science pratique : les deux se reflètent en elle, sans nuire à son essentielle unité. Elle aura donc rapport, au point de vue de la dignité, et aux unes et aux autres. Or, dit saint Thomas, « elle les dépasse toutes ». L’affirmation ne manque pas de hardiesse. Voici comment saint Thomas la prouve. — D’abord, en ce qui est des sciences spéculatives. Il observe que, « parmi les sciences spéculatives, l’une est dite l’emporter sur l’autre en dignité, soit en raison de sa certitude, soit par la grandeur de son sujet. Or, soit pour l’un, soit pour l’autre, les sciences humaines spéculatives ne sauraient être comparées à la Doctrine sacrée. Pour la certitude, d’abord »; car enfin la certitude se mesure à la lumière; et « tandis que les sciences humaines n’ont pour elles que la lumière naturelle de la raison de l’homme toujours faillible, la science sacrée a pour elle la lumière de la science divine incapable d’erreur. La grandeur de l’objet aussi. Car la Doctrine sacrée a pour objet premier et principal, des choses qui par leur sublimité dépassent notre raison. Les autres sciences, au contraire, ne considèrent que ce qui est à la portée de la raison humaine ». Il est donc manifeste que la science sacrée l’emporte en dignité sur toutes les sciences humaines spéculatives. — Elle l’emporte aussi sur toutes les sciences pratiques. « Ce qui fait la dignité d’une science pratique, c’est qu’elle commande, par sa fin, à toutes les autres sciences pratiques dont la fin est subordonnée à la sienne. Par exemple, la science de la politique est supérieure à la science des armes, parce que le bien de l’armée est ordonné, comme à sa fin, au bien de la cité. Or, la fin de la Doctrine sacrée, à la considérer en tant que pratique, n’est autre que la béatitude ou le bonheur éternel », fin dernière de tous les actes humains, et « à laquelle », par conséquent, « doivent être subordonnées les fins particulières des autres sciences pratiques, de quelque nature qu’on les suppose ». — Est-il besoin d’appuyer, pour faire saisir toute la portée de cette conclusion de saint Thomas et quel jour elle projette sur toutes ces questions aujourd’hui si âprement discutées et controversées, des rapports du spirituel et du temporel, de l’Église et de l’État, de la politique et de la religion, de l’art et de la morale, voire même de la science du gouvernement et de l’art militaire? La fin de la Doctrine sacrée est la béatitude éternelle, à laquelle comme à leur fin dernière sont ordonnées toutes les fins particulières des autres sciences pratiques. Par conséquent, à la Théologie morale de commander, et à toutes les autres sciences pratiques d’obéir. Elles pèchent, et on doit les blâmer, les réprimer, chaque fois qu’elles compromettent, par leurs œuvres ou leurs ordinations, cette « béatitude éternelle », fin propre de la science sacrée et fin dernière de tous les actes humains, de toutes les sciences pratiques humaines. — Après ces lumineuses explications, saint Thomas conclut à nouveau, et certes il en a plus que jamais le droit : qu’« il est manifeste qu’en toute manière et sans réserve aucune, la Doctrine sacrée l’emporte en dignité sur toutes les autres sciences » (Ia, 32, 33; I, 1, 5).
278 Si le propre du sage est de tout ordonner et de tout contrôler, l’enseignement divin, qui domine tout et participe au souverain domaine de Dieu son unique objet, méritera par excellence et à un titre incomparable le beau nom de « sagesse » (Ia, 39; I, 1, 6).
Sujet de la Doctrine sacrée.
Le lien du rapport qu’ils disent à Dieu suffit pour rattacher à Dieu, comme à l’unique objet de la science sacrée, tous les objets dont on traite en elle. Ce lien ne suffirait pas pour donner à la science sacrée son caractère surnaturel. Il se pourrait, en effet, que la raison, laissée à elle seule, ordonnât toutes ses connaissances à la connaissance de Dieu, et qu’elle considérât tout le reste ou comme procédant de Dieu ou comme retournant à Dieu. Ce qui constitue, comme nous l’avons déjà dit, le caractère surnaturel de la science sacrée, c’est que non seulement elle traite de tout par rapport à Dieu, mais encore qu’elle traite de tout à la lumière de Dieu (Ia, 42, 43; I, 1, 7).
279 Méthode de la Doctrine sacrée.
La Doctrine sacrée procède par voie d'arguments. Elle argumente non pas à l'effet de prouver ses principes, qui sont les articles de la foi. Maïs, partant de ces principes, elle tire des conclusions nouvelles. Il lui appartient aussi, n'ayant pas de science au-dessus d'elle, d’argu- menter contre ceux qui attaquent ses principes ou qui lés nient. Son rôle est de détruire les sophismes sur lesquels l'adversaire s'appuie ([*, 44, 45; T, #, 8).
Pour la Doctrine sacrée, il est une double sorte de lieux théologiques : les uns étrangers ; les autres nous appar- tenant en propre. Les premiers sont! constitués par les divers témoignages, de quelque nature qu'on les supposé (philosophie, sciences, lettres et arts).
. empruntés. aux auteurs profanes, qui n'ont traité de ces diverses choses qu’ la lumière de la raison. Les autres son! constitués parles témoignages emprun tés aux auteurs sacrés, Or, il faut savoii
| que les auteurs sacrés sont de deu: sortes : les uns ont écrit ou parlé ‘sou: l'inspiration divine ou en se faisan l'écho de cette inspiration ; les autre: n'ont écrit qu’en leur nom personnel Pour les premiers, il est clair que leu: témoignage est absolument irrécusable puisque ce témoignage était et demeur l'expression d’une pensée et d'une pa role divines. Parconséquent, tout lémoi gnage, emprunté à cette première sourc:
de l’Écriture inspirée ou de la Tradition: divine, est absolument de foi, et de fo exclusivement el excellemment divine
._ S'il s’agit de la seconde source, il ser: besoin d'une foule de distinctions. Nou entendons par cette seconde source tou écrit, ou toute parole, ou tout sign émanant d’un auteur fidèle qui a écrit
ou parlé, ou signifié, non pas seulemen
en s'inspirant des lumières delaraison, mais en s'inspirant aussi des lumières de la foi. Or, cet écrit, cette parole, ce signe exprimaient, ou bien un jugement propre à l'auteur fidèle d’où ils éma- nent, ou bien une conclusion qu'ila, tirée lui-même de certaines prémisses. Dans le premier cas, quelque auto- : rité qu'ait cet auteur-là, comme, dès l'instant qu'il ne s'agit que d'un pur homme, il est sujet à l'erreur, ce témoi- gnage n'aura évidemment qu'une valeur probable. Dans le second cas, il faut examiner ja nature des prémisses d'où la conclusion a été inférée. Si les deux | prémisses sont nécessaires, la conclu- sion le sera aussi; que si les deux pré- misses ne sont pas nécessaires, ou qu'une seule le soit, la conclusion ne sera que probable. Donc, quand un auteur fidèle émet une proposition comme un jugement personnel à lui ou | comme une conclusion de prémisses non nécessaires, cette proposition ap- partient aux Lieux théologiques. pro- | pres mais non nécessaires. Que si la proposition est une conclusion de pré- misses nécessaires, elle appartiendra. elle-même à une source de Lieux théo- logiques propre et nécessaire. Ii faut.
. remarquer toutefois que parmi les pro-
. positions puisées à cette dernièresource, il y a des degrés divers de nécessité. Elles peuvent différer entre elles, soit en raison des prémisses d'où elles dé- coulent, soit en raison de l'autorité de celui qui les a déduites. En raison des prémisses d'abord; car ou bien les deux prémisses soût nécessaires de nécessité divine, comme explicitement contenues dans l'Écriture ou la Tradi-
_ tion; ou bien elles ne sont toutes deux
| nécessaires que de par les lumières de la raison humaine; ou bien l’une est
_ nécessaire de nécessité divine et l’autre 280 280 DOC de nécessité humaine. Dans le pre cas, la couclusion sera nécessaire
de nécessité divine ; dans le secon nécessité humaine; dans le trois de nécessité mixie- Mais en auct ces cas, cette proposition ne P:
.._ forcer l’assentiment des esprits, n'est dans la mesure même où les e: verront qu'elle découle ou non de: misses. {1 n'en est pas de même, Q
ce n’est plus précisément en raiso
| prémisses, mais en raison de l’au qui déduit, qu'une proposition es cessaire. Dans ce second cas, ell cera l’assentiment de l'esprit, ©
. bien même celui-ci ne voie pas la ou le lien de la déduction; elle s proprement parler, de foi : de foi siastique ou divino-humaine, si ©
’ _ Souverain-Pontife, ou un concile ménique et-le Souverain Pontife, congrégations romaines avec la tion définitive du Souverain-Pe
qui l'ont ainsi déduite; — de foi logique, c'est-à-dire plus ou moin à être définie par l'Église, si ce st congrégations romaines seules, « conciles particuliers, ou des Pè l'Église, ou des docteurs de l'Égli ‘de simples théologiens en corps, grande majorité, ou isolément, leur autorité estexceptionnelle (F* * 1,1, 8, ad 2). ‘ Rôle du Docteur sacré. .. De cet article VIIT de saint TH _ nous pouvons dégager et mettr son vrai jour le rôle du Docteur Le Docteur sacré a pour miss : scruter la parole de Dieu à l'effet | venger ou de la développer et de | quer. Ce n'est pas à lui qu'incom rectement le soin de rechercher manière générale si Dieu à p
RINE SACRÉE. nier d'établir qu'il l'a fait: ni même d'exé- ussi. cuter autour et pour ainsi dire aux ap- l, de proches des sources de la Révélation, ème notamment de l'Écriture-Sainte, ces nde travaux spéciaux de critique soit tex- urra tuelle, soit littéraire, soit historique, si ce destinés à en faciliter l'intelligence. prits Tous ces divers travaux appartiennent pré- à des sciences spéciales qu'il sera bon and pour le Docteur sacré de connaître, qui \ des lui seront même, en un sens, indispen- orité ‘ sables ; mais ils ne forment pas l'objet _né- propre de sa science à lui. Pour lui, for- nous l'avons dit, sa mission et son rôle xand est de scruter en elle-même cette parole force de Dieu que les travaux dont nous par- ra, à lons lui ont fait connaître et qu'ils doi- cclé- vent l'aider à mieux comprendre; il estle devra la scruter pour.la venger, la déve- œcu- lopper, l'expliquer. u les Qu'un incrédule ou incroyant quel- anc- conque s'insurge contre nos mystères, ntife, apportant des raisons ou plutôt des so- héo- phismes qui doivent, dans sa pensée, apte en détruire le sens et en montrer flim- ntles possibilité; le Docteur sacré devra se u des tenir prêt pour détruire ces raisons et es de dénoncer ces sophismes. À cette fin, il e,ou lui faudra, on. le comprend, avoir une uen intelligence très nette des sciences hu- uand maines. Il s’exposerait, sans cela, à ne 48-50; pas entendre son adversaire ou à n'être pas entendu de lui, et à le laisser triom- pher en apparence, au grand Scandale des faibles, Il sera encore d'un grand - secours dans cette lutte de posséder les mas, auteurs qui jouissent auprès de l’adver- dans saire d'une autorité incontestée ; car, si sacré. l’on peut trouver dans ces auteurs des »n de assertions en faveur de la Doctrine de la sacrée, elles feront sur les esprits une expli- impression salutaire. Ce sont ces auto- je di- rités qui constituent ce que nous avons d'une appelé, avec saint Thomas, le Lieu rié et théologique étranger, où le Docteur 281 sacré pourra très utilement puiser des arguments.
Si ce n’est plus avec un incroyant ou un rationaliste que l’on ait à lutter, mais avec des hérétiques ou des schis- matiques, dans ce cas il appartiendre au Docteur sacré de prouver l'article attaqué par eux, à laide des autres ar. ticles qu'ils admettent. Il faudra ic posséder à fond l’ensemble de la Doc trine; et il sera d'un grand secour d'en appeler aux autorités que ces hé réliques où ces schismatiques adimel tent, . ,
Mais ce n'est pas qu'en vue des in croyants ou en vue des hérétiques qu
; le Docteur sacré doit s'appliquer l'étude de la Parole de Dieu. C’est auss et plus encore en vue des croyants € des catholiques. Sa mission sera, à € titre, d'étudier ou de scruter la Parol de Dieu, moins pour la défendre qu pour la développer et l'expliquer.
Des documents ou des articles de
. Foi acceptés par tous, il s’appliquera déduire, par un raisonnement sûr €
une spéculation solide, le plus possibl
: des vérités qu'ils renferment pour ain dire à l'infini. Son guide et son crité rium, dans ce travail, sera le gran
- principe de l'analogie de ja Foi. Il n'a
mettra jamais comme vérité, ce q!
serait une déduction peu en harmon
avec les articles de la Foi, ou avec d'a
tres vérités déjà déduites par les Da
teurs qui l'ont précédé et que le Ponti romain aurait sanctionnées de $on ai torité infaillible. Ces vérités constitue
7" pour lui des Dogmes, et contre c _Dogmes aucune déduction ne saur: êtreadmise. Il n’admettra même qu'av
la plus extrême réserve toute déducti:
. nouvelle, si plausible qu'elle puis d’ailleurs lui paraître, qui heurter: d’autres déductions non encore san
E SACREEL, 20 - tionnées peut-être par l'autorité infail- lible du Pontife romain et définies comme Dogmes, mais qui ont plus ou moins d'aptitude à recevoir un jour cette sanction, parce qu'elles sont l'œu- vre de Docteurs catholiques faisant autorité par leur ancienneté, par leur nombre ou par leur mérite exception- nel, Il faudra donc, ici, et sous peine de s'exposer à de fâcheuses erreurs ou à des témérités déplorables, que le Doc- teur sacré possède à fond et traite avec un infini respect les ouvrages de ses devanciers, notamment les œuvres des Pères de l'Église et des Docteurs. Que si, dans son maniement des documents | = de la Foi ou des vérités qui y sont con- _ tenues, il arrive à découvrir soit des _ vérités nouvelles, soit des aspects nou- ._ veaux des vérités anciennes, son œuvre aura été une œuvre d’admirable pro- grès scientifique : progrès qui n'est pos-. sible qu'à la condition expresse de garder , intégralenient tout ce qui existait déjà . dans l’enseignement sacré tel que le don- | nait l'Église. | à En même temps qu'il les développe i pour le plus grand bien des croyants et . des fidèles, le Docteur sacré doit s’ap- 1 pliquer aussi à faire mieux entendre et . - pleinement goûter les vérités de la Foi. i Cette. partie de son rôleet de sa mission, e appropriée surtout au bien des croÿants, - est ce qu'il y a de plus élevé et de plus - _excellentdans l’œuvre du Docteur sacré. e Tant qu'il ne fait qu'établir contre les - incroyants ou les hérétiques, ou par t voie de déduction et de progrès, que s telle proposition est vraiment du do- t maine de la Foi ou s’y rattache, il ne c travaille qu’à certifier l'existence de la n vérité. Mais c'est trop peu pour nos in- e telligences de savoir que telle proposi- it tion appartient au domaine de la Foi - et que nous devons y adhérer; nous 282 282 voulons ensuite scruter et contemple enelle-même cette vérité pour jouir des lumière. Nous voulons, dans la mesur du possible, saisir l'harmonie des ter mes qui la composent et saisir aus: l'harmonie de ses rapports avec | monde de la vérité tout entière. C'es ‘ici que viennent ces sublimes envolée qui n'enferment plus nos esprits dan une sèche et aride discussion de texte: mais qui ouvrent à nos âmes les spler dides horizons du monde de la naturi du monde des âmes, du monde des e prits, du monde divin lui-même en « qu’il a de plus éblouissant et de pit
_ radieux. Qui nous dira les joies d’ârr du théologien, du Docteur sacré, qi vit habituellement dans cés sublime régions? Et se peut-il concevoir rien € plus grand, en même temps que « plus «utile », au sens profond de
| ‘mot, que d'initier les âmes à ces magn : ficences? Qui donc oserait prétend que nous ne devons plus désorma vaquer à ces hautes spéculations et qi nous devons nous contenter de ce qu y a d’exclusivement positif dans le râ
du Docteur sacré? Autant vaudre étouffer en nous le désir du divin: nous en interdire l'accès, après no: avoir certifié qu'il existe. Mais c'est : contraire plus que jamais que no avons besoin aujourd'hui de voir : elles-mêmes et de goûter dans le synthèse harmonieuse les vérités notre Foi. S'il n'est pas destiné à do ner la Foi quand on ne l’a pas déjà, ‘et encore, combien d’esprits qui so plus touchés, pour venir à elle, de beauté de la Doctrine sacrée, qu’ils
le seront par des séries de textes d'a leurs très longues et très complètes, toujours est-il que ce travail d'explic tion et de développement lumineuxat pour résultat d’afferinir les âmes croy:
tes en leur donnant le goût savoureux = des choses de ia Foi’. : Saint Thomas lui-même a pris soin _ de nous marquer là nécessité de ce pro- | cédé spéculatif et sa supériorité sur le côté purement positif des sciences théo- _ logiques. Il se pose, dans ses Mélanges s _ (Quodlibet 4, art. 19), la question sui- s vante * « Si les thèses théologiques ,_ doivent procéder par voie d'autorité ou -_ par voie de raison »; et il répond : , «Tout acte doit s’accomptir selon qu'il -_ convient au but que l'on poursuil. Or, > quand il s'agit d'une enquête, elle peut s être ordonnée à une double fin. — Ilest > une sorte d'enquête qui est ordonnée à i écarter le doute sur la question de fait. s Pour ces sortes d'enquête, en théologie, e il faut surtout se servir des autorités : e _qu'acceptent ceux aveë qui l’on discute. e Et, par exemple, si l'on discute avec - des Juifs, on apportera les autorités de e: l'Ancien Testament. Si c'est avec des s Manichéens, qui rejettent l'Ancien Tes- e tament, il faudra seulement se servir 1 des autorités du Nouveau. Que si c'est e avec des schismatiques, qui reçoivent t l'Ancien etle Nouveau Testament, mais u n’admettent pas la doctrine de nos s saints, comme sont les Grecs, il faut, u AVEC eux, s'appuyer sur les autoritésdu $ Nouveau ou de l'Ancien Testament ct n des Docteurs qu'ils admettent. Mais s’il r s'agit d'adversaires qui n’admettent e aucune autorité, il faut, pour les con- - vaincre, recourir à la raison naturelle. . _ — Outre cette première sorte d'enquête, \1t ilen ést une autre magistrale dans les la écoles, qui n’a plus pour but d'écarter e l'erreur, mais d’instruire ceux qui écou- 1-_ tent, pour les amener à l’intelligence de = 1. Cf. le très remarquable article publié par le P. Coconnier, dans la Revue Thomiste, n° de : TA janvier-février 1903, sous ce titre : Spéculalive N- ou posilive?
283 N la vérité qu'elle a en vue; et ici il faut s'appuyer sur. des raisons qui aillent jusqu'aux racines de la vérité et fassent savoir comment est vrai ce qu'on en- seigne. C’est qu’en effet si le maître se contente de résoudre une question par de simples autorités, celui qui écoute aura la certitude qu’il en est ainsi, mais en fait de science et d'intelligence il n’emportera rien et il se retirera vide. Quaedam vero disputatio est magistralis in scholis, non ad removendum errorem, sed ad instruendum auditores, ut indu- cantur ad intellectum veritatis quam in- tendit ; et tuncoportet rationibus inniti in vestigantibus veritatis radicem et facien- tibus scire quomodo sit verum-quod dici tur : alioquin si nudis auctoritatibus ma gister quaestionem determinet, certifica bi tur quidem auditor quod ita est, sed nihi scientiae vel intellectus acquiret et vacuu abscedet ». I1 serait difficile de caractéri ser, en moins de motset d’une façon plu __ préciseen même temps que plus expres sive, la différence des deux méthodes positive et spéculative, et l'incompara
ble supériorité de cette dernière. L N'est-ce pas un. devoir, pour nous d'ajouter que nulle part ailleurs, mieu que dans la Somme. de saint Thoma: on ne trouve réalisé ce magnifique pre gramme du rôle du Docteur sacré qu saint Thomas lui-même vient de nou tracer. Chaque article de la Somme e est un modèle achevé. Les objectior résument le fond de toutes les difficu tés que les incroyants peuvent faire à ___ nom de la raison, et les hérétiques a ’ les fidèles mal'éclairés, au nom d’ur tradition mal comprise. Le sed conti se joue de ces difficultés, sans y répol dreencore, quandelles n'intéressent p: trop directement l'essentiel de la Fo ou les fait taire d'un mot admirabl ment choisiquandil s’agitde queslio:
: où le dogmeesten cause (cf. P. Gardeil, : Revue Thomiste, 1903, p. 449 et suiv.). La réponse aux objections résout les difficultés elles-mêmes: tandis que, dans le corps de l’article, saint Thomas déploie toutes les ressources de son génie, pour nous faire entrevoir et goû- ter la vérité révélée. Nul, plus que lui, n’a possédé cette « science des affirma- tions divines » qui, seule, à vrai dire, mérite le beau nom de « théologie », science « presque impossible », semble- | til; car clie suppose que le même homme connaît, « d'une part, tout le dépôt de la Foi, les Écritures, la Tradi- tion écrite et non écrite, les Conciles, les actes de la Papauté, et, d’une autre part, ce que saint Paul appelle les élé- léments du monde, c'est-à-dire tout et tout »; science admirable, qui « est la vue des rapports qui constituent et enchaînent tous les êtres, de Dieu jus- qu’à l'atome, de l'infiniment petitjusqu'à l'infniment grand » ; et de Dieu, connu, non pas seulement à la lumière de la | raison, mais à la lumière surnaturelle. C'est « de ce point de vue d’en-haut que _le génie peut redescendre jusqu'aux . _ extrémités de l'univers, interpréter par __les rapports qui constituent l'essence ._ divine ceux qui constituent les choses , de l’homme et de la nature, puis, à s l’aide d’un mouvement contraire, véri- à ‘fier par les lois de l'être fini les lois de s J'Être infini. Cette comparaison des - deux mondes; l’illumination du second, 1: qui est effet, par le premier, qui est . 1 cause, et la vérification du premier, > qui est cause, par le second, qui est 1 effet; ce flux et reflux de lumières, cette - marée qui va de l'Océan au rivage et du s rivage à l'Océan, la Foi dans la science . et la science dans la Foi », — c’est -_ J'œuvre même de Thomas d’Aquin, s c'est la Somime théologique.
284 284 | _ Nous avons dit, en effet, et nou n'avons pas à y revenirici, puisqu'auss bien chaque article de la Somme en fer la preuve éblouissante, combien sair ‘Thomas à connu admirablement ce deux mondes, le monde créé et le mond incréé, dont parle en termes si magni fiques le P. Lacordaire (Mémoire pou la restauration des Frères-Prêcheurs ch. 1v). Contentons-nous d'ajouter qu … s'il s’agit notamment du monde divir saint Thomas reçut de Dieu des lumic res incomparables. « Il eut, en considi rant les mystères de Dieu, ce regar ferme représenté par l'aigle de sair Jean, ce trait de l'œil difficile à défini mais que l'on reconnaît si bien, lorsque après avoir médité soi-même sur un vérité du christianisme, on interrog uu homme qui a été plus loin que st dans l’abîme ou mieux écouté le son d 7” l'infini. Il en est d’un grand théologie comme d’un grand artiste‘: l’un et l’at tre voient ce que lœil vulgaire ne vo “pas; ils entendent ce que l'oreille de | foule ne soupçonne pas; el quand, ave les faibles organes dont l’homme di: pose, ils viennent à rendre un reflet o un écho de ce qu'ils ont vu et entendh 1. Un jour, Gounod, à Rouen, en présen de Ms Thomas et du nonce Rotelli, déclare que si on lui eût fait connaître, quand il ét: au Séminaire, la Somme de saint Thomas, est probable qu'il eùt persévéré dans l'ét ecclésiastique. Et s’'échappant en une super envolée, à cette pensée du chef-d'œuvre : saint Thomas, il se mil à en faire un tel élog à en vanter ies proportions et l'harmonie la beauté en tels termes, que c'était mervei . de voir et d'entendre vibrer cet immort génie de la musique sacrée au souvenir et à pensée de l'œuvre théologique enfantée par génie de Thomas d'Aquin, — Nous devons récit de cette scène à l'un de ceux qui en f rent les heureux témoins, Ms du Vaurou du diocèse de la Rochelle, alors vicaire géné:
de Rouen, et Acpuis évéque d'Agen.
| _ le pâtre même s'éveille et se croit du _ géuie. Cette puissance de découverte dans l'infini étonnera ceux qui tiennent __ un mystère pour une affirmation dont _ les termes mêmes ne sont pas distincts; mais ceux qui savent que l’incompré- . hensible n'est autre chose qu'une lu- : niière sans bornes, qui fait qu’au jour __ mêmeoù nous verrons Dieu face à face nous ne le comprendrons pas encore, _ éeux-là se persuaderont aisément que ._ plus l'horizon est immense, plus {a vi- . vacité du regard a de quoi s’excrcer. Et | la théologie a ce rare avantage, que les _ affirmations divines qui lui ouvrent . l'infini de part en part lui sont une , boussole en même temps qu'une mer. > La parole de Dieu forme dans l'infini » des lignes saisissables qui encadrent la ji pensée sans la restreindre et qui fuient > devant elle en l’emportant. Jamais | _ l’homme arrêté dans les liens et les té- - - nèbres du fini n'aura l'idée de la félicité t du théologien nageant dans l'espace à sans bornes de la vérité, et trouvant : dans la cause même qui le contient . l'étendue qui le ravit. Cette union, au 1 . même endroit, de la sécurité la plus , parfaite avec le vol le plus hardi Cause à l'âme une aise indicible qui fait mé- _ priser tout le reste à qui l’a une fois x sentie. Or, nul ne la fait sentir plus sou- : « vent que la lecture de saint Fhomas. 1 Quand on a étudié une question même Ÿ dans de grands hommes, et qu'on x recourt ensuite à cet homme-là, on , sent qu'on a franchi plusieurs orbes . t d'un seul coup et que la pensée ne pèse 1. plus ». Il n'est pas jusqu'à son style , dont on a pu dire qu’ «il fait voir la e vérité dansles plus grandes profondeurs e comme on voit les poissons au fond des Jacs limpides, ou les étoiles au travers 1 d'un ciel pur; style aussi calme qu'il est transparent, où l'imagination ne 285 | N paraît pas plus que ja passion, et qui cependant entraîne l'intelligence. » P. Lacordaire, Mémoire, ch, iv (I, 50- 57). L'Écriture-Sainte. Parce que l’enseignement divin de « l'Écriture-Sainte devait indistincte- ment s'adresser à tous, selon ce mot de saint Paul (aux Romains, ch. 1, v. 14) : Je me dois aux savantset aux ignorants, il convenait qu » à côté d’un enseigne- ment purement abstrait et scientifique, _ «se trouvât aussi un enseignement » concret, sous forme d'exemples, d’ima- ges, de métaphores, « qui livrât les choses spirituelles sous des similitudes corporelles ; ainsi, du moins, pourraient les saisir même les esprits incultes qui ne peuvent pas atteindre dans leur vé- rité pure les choses du monde intelligi- ble ». — L'Évangile nous offre le modèle le plus achevé de l’heureux mélange qu'on peut faire de ces deux enseigne- ments. De 1à son charme incomparable et son universelle popularité. Qui donc a dit qu'on ne peut pas servir au peu- ple des plats d'idées; il est incapable _ de les digérer. Si au contraire on ui incarne l’idée dans un fait, dans une image, aussitôt il la saisit (E*, 59; I, 1,9. . L'Écriture Sainte est le livre de Dieu. Elle ne peut donc pas être lue comme sont lus les livres purement humains: Tandis que, pour les livres humains, on ne prend garde qu’au sens des mots, il faut, quand on lit l'Écriture, prendre garde aussi et plus encore au sens des faits ou des événements exprimés par les mots. Ce sens des faits ou des évé- nements est multiple; il se subdivise en trois : les sens allégorique, tropolo- gique et anagogique. Et ces trois nou- veaux sens, joints au sens des mots, qui
; SACRÉE. 285 est le sens littéral ou historique, por- tent à quatre les sens complets de la Sainte-Écriture. Est-ce à dire, par là, que ces quatre sens soient tellement de l'essence de la Sainte-Écriture, que, sans eux, aucune partie du Livre divin ne puisse être totalement et pleinement comprise? Non; et ce serait mal enten-
_dre la doctrine que nous avons exposée
. à la suite de saint Thomas. Nous de- vons dire, avec le saint Docteur, que les quatre sens dont nous avons parlé ne sont pas attribués à l'Écriture comme devant se trouver et comme devant être exposés en chacune de ses parties, mais comme pouvant se trouver el comme devant être exposés, suivant les diverses parties de l’Écriture, tantôt : tous les quatre; d’autres fois, trois; quelquefois, deux; et parfois, un seule- ment. Saint Thomas nous a donné une règle admirable qui permet de décou- vrir sûrement ces divers sens, suivant les diverses parties de l'Écriture. La voici dans sa teneur exacte :
« Dans la Sainte-Écriture, nous dit-il, c'est par les choses qui précèdent qu'on | signifie celles qui doivent suivre. Et delà vient que parfois, dans la Sainte-Écri- ture, ce qui, au sens littéral, est dit des choses qui ont précédé, peut, au sens spirituel, s’exposer de celles qui sui- vront, tandis que l'inverse n'est pas vrai. — Or, de toutes les choses qui sont rapportées dans la Sainte-Écriture, les premières sont celles qui appartien- nent à l'Ancien Testament. On pourra donc exposer selon les quatre sens, ce qui, au sens littéral, concerne les faits de l'Ancienne AbHiance. — En second lieu, viennent les choses qui touchent à l’état de l'Église telle qu’elle est main- tenant, Et là encore, nous distinguerons ce qui regarde la tête et ce qui concerne les membres. C’est qu'en effet le corps | 286 | 486 naturel du Christ et les mystères qui s sont opérés en lui sont la figure d corps du Christ mystique et de ce quis passe en lui. Nous devons aussi régle notre vie sur les exemples du Chris C’est enfin dans la personné du Chri: que la gloire future nous est montré d'avance. Aussi, tes choses qui, selon | lettre, sont dites du Christ, noire tête peuvent être exposées : — et au sen altégorique, en les rapportant au corp mystique; — et au sens moral ou tre pologique, en les rapportant à nos ac tions qui doivent être réformées à so exemple; — et au sens anagogique, e tant que, dans la personne du Chris nous est montré le terme de la gloire — Quant à ce qui est dit de l'Église, a sens littéral, on ne peut.pas l’expose _ Selon le sens aHégorique, si ce n’est peu être en rapportant à ce qui devait êtr l’état de l’Église dans la suite ce qui es dit de l'Église primitive; on peut ce "pendant lexposer selon ie sens mors et le sens anagogique. — Ce qui, a sens littéral, est donné comme tou chant à la morale, ne s'expose habi tueliement que selon le sens allégori que. -- Enfin, les choses qui, selon 1! sens littéral, décrivent l'état de gloire ont coutume de n'être exposées en au cun autre sens : par la raison qu'elle ne sont pas la figure d’autre chose, mai qu’au contraire elles sont figurées pa tout le reste. » (Quodlibet 7, art. 16 ad 5um,) | Tel est le mode admirable par leque l'Écriture-Sainte nous livre la pensé de son Auteur. On peut dire que cett pensée est unique. Dieu ne s’est mani festé à nous, Il ne nous à parlé, I n nous a écrit que pour nous faire savoi: qu'il voulait nous rendre heureux di bonheur même dont Il jouit dans le: infinies splendeurs de son Être. Lor:
> donc que la lettre de l’Écriture nous \ parle directement de ce bonheur, ïüf > n'y a plus rien à rechercher au delà: nous avons son dernier mot. Mais . toutes les fois qu'elle nous parle d’'au- | tre chose, ne nous arrêtons pas au premier plan; regardons au delà, et _ nous découvrirons bientôt à l'arrière- plan quelque trait de notre bonheur futur, préparé, signifié, figuré par ce que nous avions vu tout d'abord. De même, pour les diverses étapes de l’hu- manité s’acheminant vers cette gloire future. La seconde ou ia plus rappro- __ chée du terme sera figurée par la pre- __ mière, tandis que celle-ci, destinée à _ représenter tout ce qui doit suivre, ne | pourra elle-même être représentée par rien. Et parce que la seule voie qui nous conduise au ciel est celle que nous a tracée le Christ Rédempteur, nous trou- / vons, dans les passages de l'Écriture où sa vie est rapportée, sans en excepter | ceux où l'on nous parle des persoñna- ges scripturaires qui l'ont figuré, l’in- | dication des actes que nous devons nous-mêmes accomplir. ‘ C’est ainsi que l’Écriture-Sainte, dans _ son entier, nous entretient constam- ment d'une seule et même. pensée : de la destinée sublime à laquelle Dieu, dans son infinie bonté, a daigné nous élever. Comment ne serait-elle pas, dès lors, pour nos âmes, affamées de jouis- sance et de bonheur, une nourriture incomparable et une manne dont la suavité dépasse à l'infini tout ce que notre goût peut désirer? L'esprit chré- tien l’a ainsi compris. Et voilà pour- quoi de tout témps, dans l'Église, les ‘âmes fidèles capables de lire les divines Écritures se sont appliquées avec tant de soin à rechercher, sous l'écorce des mots, la moelle des sens spirituels, —- Saint Thomas ne la lisait pas autre- 287 ment, et c’est un des secrets qui nous expliquent le charme qu’on éprouve à lire ses propres écrits, notamment la Somme théologique, dont il vient de nous marquer, dans cette question préliminaire, la nature, l’objet et la méthode (I, 69-72; I, 1, 10).