198 Saint Thomas traite de la crainte, passion de l’appétit sensible irascible, dans la Prima-Secundae, de la question 41 à la question 44.

Et il étudie quatre choses : « premièrement, de la crainte elle-même (q. 41); secondement, de son objet (q. 42); troisièmement, de sa cause (q. 43); quatrièmement, de son effet » (q. 44). — Nous savons qu’avec l’espoir, la délectation et la tristesse, la crainte est l’une des quatre passions principales (q. 24, art. 4). C’est pour cela que saint Thomas appuie plus spécialement sur son étude (VII, 374; I-II, 41, prolog.).

199 La crainte elle-même.

La crainte, parce qu’elle a pour objet un mal futur, est, au sens le plus exact, une passion, surtout quand il s’agit de la crainte selon qu’elle se trouve dans l’appétit sensible. Il n’y a que la tristesse, qui l’emporte sur elle sous ce rapport (VII, 377; I-II, 41, 1).

La crainte est un mouvement spécial de l’appétit, qui a pour objet le mal qu’on ne subit pas encore, mais qui menace, et qu’il est difficile de surmonter, si difficile qu’on le tient pratiquement pour impossible (VII, 380; I-II, 41, 2).

Sur le point de savoir s’il est quelque crainte qu’on puisse dire naturelle, saint Thomas s’en explique comme il suit : « Un mouvement est dit naturel, parce que la nature y incline. Mais cela arrive d’une double manière. — D’abord en telle sorte que tout, dans ce mouvement, est l’œuvre de la nature, sans qu’intervienne aucune opération d’une faculté de connaître », dans le sujet qui se meut; « c’est ainsi que le mouvement vers le haut est un mouvement naturel pour le feu; et, pareillement, pour les animaux et pour les plantes, le mouvement de croissance. — D’une autre manière, un mouvement est dit naturel, quand la nature y incline, bien qu’il ne s’achève qu’en vertu d’un acte de connaître; nous avons dit, plus haut, en effet (q. 10, art. 1; q. 17, art. 9, ad 2um), que les mouvements de la faculté de connaître et de la faculté d’aimer se ramènent à la nature, comme à leur premier principe. De cette manière, même les actes de la faculté de connaître, comme entendre, sentir, se souvenir, et aussi les mouvements de l’appétit de l’âme sont quelquefois dits naturels. — Or, de cette manière, on peut dire qu’il est une certaine crainte naturelle; et elle se distingue de la crainte non naturelle, selon la diversité de l’objet. C’est qu’en effet, comme Aristote le dit au second livre de la Rhétorique (ch. v, n. 1), il est une crainte qui porte sur le mal qui corrompt, mal que la nature fuit en raison du désir naturel d’être; cette crainte sera appelée naturelle. Il est aussi une autre crainte, qui a pour objet le mal qui attriste; lequel mal ne répugne pas à la nature, mais au désir de l’appétit. On dira de cette crainte qu’elle n’est pas naturelle », en ce sens qu’elle est l’œuvre de l’appétit de l’âme, non l’œuvre de la nature. « C’est d’ailleurs la distinction que nous avons donnée plus haut, pour l’amour, la concupiscence et la délectation, que nous avons distingués en naturels et non naturels » [Cf. q. 26, art. 1; q. 30, art. 3; q. 31, art. 7].

Voilà donc en quel sens nous pouvons parler de crainte naturelle, par opposition à une autre crainte non naturelle. La première est celle qui a pour objet un mal que la nature du sujet fuit parce qu’il s’attaque à son être même. La seconde a pour objet un mal que le sujet lui-même s’est en quelque sorte créé par sa faculté de connaître. — Et nous venons de rappeler que, sous ce rapport la crainte convient avec d’autres passions de l’âme, qui, elles aussi, sont dites naturelles et non naturelles, dans ce second sens du mot naturel.

« Que si l’on prenait le mot naturel dans le premier sens », et selon que le mouvement, dans sa totalité, est l’œuvre de la nature, « il faut savoir, déclare saint Thomas, que quelques-unes des passions de l’âme sont quelquefois dites naturelles, comme l’amour, le désir, l’espoir; et les autres, non. La raison de cette différence est que l’amour et la haine, le désir et la fuite impli- 200 quent une certaine inclination à rechercher le bien et à fuir le mal, qui appartient aussi à l’appétit naturel. De là vient qu’il est un certain amour naturel; et le désir aussi ou l’espoir peuvent, d’une certaine manière, se dire des choses naturelles qui n’ont pas de connaissance. — Les autres passions, au contraire, impliquent certains mouvements, pour lesquels la nature », sans la faculté de connaître, « ne peut en aucune manière suffire. Quelquefois parce que la perception du sens ou la connaissance rentre dans la raison même de ces passions : c’est ainsi qu’il a été dit plus haut (q. 31, art. 1, 3; q. 35, art. 1), que la perception est de l’essence même de la délectation et de la douleur; d’où il suit que les êtres qui n’ont pas de connaissance ne peuvent être dits avoir du plaisir ou de la douleur »; aussi bien voyons-nous que les anciens poètes, qui prêtaient ces sentiments à tous les êtres de la nature, commençaient par prêter une âme à tous ces divers êtres.

Là, pour nous enchanter, tout est mis en usage; Tout prend un corps, une âme, un esprit, un visage. Ce n’est plus la vapeur qui produit le tonnerre, C’est Jupiter armé pour effrayer la terre, Un orage terrible, aux yeux des matelots, C’est Neptune en courroux qui gourmande les flots. Écho n’est plus un son qui dans l’air retentisse, C’est une nymphe en pleurs, qui se plaint de Narcisse. (Boileau, Art poétique, ch. III.)

Mais ce n’étaient là que pures fictions; à vrai dire, les êtres inanimés ou qui n’ont pas en eux une faculté de connaître, ne peuvent en aucune manière avoir ces sentiments. « Il est d’autres mouvements de l’appétit pour lesquels la nature seule ne saurait jamais suffire, parce qu’ils sont contraires à la raison même d’inclination naturelle : tel, le désespoir, qui fuit un bien, en raison de la difficulté qui s’y trouve jointe; telle aussi la crainte, qui refuse d’attaquer un mal contraire, ce à quoi porte l’inclination naturelle. Et, pour ces motifs, ces sortes de passions ne sont en aucune manière attribuées aux choses inanimées ».

Ainsi donc, à prendre le mot naturel dans le premier sens, il est des passions qui peuvent être dites naturelles, comme l’amour, la haine, le désir, la fuite, ou aussi l’espoir; et d’autres, qui ne le peuvent en aucune manière, telles que la délectation, la douleur, le désespoir, la crainte (VII, 381, 383; I-II, 41, 3).

Quant aux espèces de la crainte, saint Thomas enseigne que « la crainte a pour objet un mal futur, qui surpasse le pouvoir du sujet, en ce sens que celui-ci ne peut pas lui résister. Or, le mal de l’homme, comme son bien, peut se considérer soit dans son opération, soit dans les choses extérieures. — S’il s’agit de l’opération de l’homme, il y a un double mal qui peut être craint. D’abord, la fatigue, qui pèse à la nature; et, de ce chef, est causée la paresse, lorsque quelqu’un se refuse à agir, par crainte de l’excès de fatigue. Il y a, en second lieu, la honte qui nuit à la bonne opinion. Et, de ce chef, s’il s’agit de la honte dans l’acte à commettre, on a la honte elle-même; s’il s’agit de l’action honteuse déjà commise, on a la confusion. — Quant au mal qui consiste dans les choses extérieures, c’est à un triple chef qu’il peut excéder le pouvoir qu’a l’homme de lui résister. D’abord, en raison de sa grandeur; comme si quelqu’un se trouve en présence d’un tel mal, qu’il n’en peut pas mesurer l’étendue. À ce titre, on a l’admiration. Secondement, en raison de son caractère insolite, lorsqu’un mal inaccoutumé se présente à nous et nous 201 paraît plus grand à cause de sa nouveauté. À ce titre, on a la stupeur, qui est causée par une représentation insolite. Troisièmement, en raison du caractère d’imprévu ou d’imprévisible qui se trouve en lui, et qui fait qu’on ne peut pas le prévoir, comme sont les malheurs et les infortunes. Dans ce cas, la crainte s’appelle l’effroi » (VII, 384, 385; I-II, 41, 4).

Une différence existe entre l’admiration et la stupeur, quant aux effets qu’elles produisent. « Celui qui admire » ou s’étonne (car l’admiration est ici l’étonnement) « évite, au moment même, de donner son sentiment sur la chose qu’il admire » ou qui l’étonne, « craignant de se tromper; mais il s’enquiert pour l’avenir. Au contraire, celui qui est dans la stupeur craint tout ensemble de donner son jugement au moment même et de s’enquérir pour l’avenir. Et de là vient que l’admiration est le principe de la recherche philosophique, tandis que la stupeur en constitue l’obstacle » (VII, 386; I-II, 41, 4, ad 5).

On ne lira pas sans intérêt la manière dont Bossuet rattache à la tristesse ou à la crainte, les mêmes mouvements que saint Thomas nous a marqués ici et dans la question 35, article 8 (voir article Tristesse) comme espèces, à des titres divers, de ces deux passions.

« Outre les onze principales passions, il y a encore la honte, l’envie, l’émulation, l’admiration et l’étonnement, et quelques autres semblables; mais elles se rapportent à celles-ci. — La honte est une tristesse ou une crainte d’être exposé à la haine et au mépris pour quelque faute, ou pour quelque autre défaut naturel, mêlée avec le désir de nous couvrir, ou de nous justifier. — L’envie est une tristesse que nous avons du bien d’autrui, et une crainte qu’en le possédant il ne nous en prive, ou un désespoir d’acquérir le bien que nous voyons déjà occupé par un autre, avec une forte pente à haïr celui qui semble nous le détenir. — L’émulation, qui naît en l’homme de cœur, quand il voit faire aux autres de grandes actions, enferme l’espérance de les pouvoir faire parce que les autres les font, et un sentiment d’audace qui nous porte à les entreprendre avec confiance. — L’admiration et l’étonnement, comprennent en eux ou la joie d’avoir vu quelque chose d’extraordinaire, et le désir d’en savoir les causes aussi bien que les suites, ou la crainte que sous cet objet nouveau il n’y ait quelque péril caché, et l’inquiétude causée par la difficulté de le connaître; ce qui nous rend comme immobiles et sans action; et c’est ce que nous appelons être étonné. — L’inquiétude, les soucis, la peur, l’effroi, l’horreur et l’épouvante, ne sont autre chose que les degrés différents et les différents effets de la crainte. Un homme mal assuré du bien qu’il poursuit ou qu’il possède, entre en inquiétude. Si les périls augmentent, ils lui causent de fâcheux soucis; quand le mal presse davantage, il a peur; si la peur le trouble et le fait trembler, cela s’appelle effroi et horreur : que si elle le saisit tellement qu’il paraisse comme éperdu, cela s’appelle épouvante » (Traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même, ch. I, n. 6).

Il est aisé de voir combien avec de légères différences dans la manière de s’exprimer, les deux génies de saint Thomas et de Bossuet sont en parfaite harmonie sur l’ordre qui règne parmi ces passions annexes et les rattachent aux passions principales dont elles ne sont que des variantes ou des espèces (VII, 386, 387).

202 L’objet de la crainte.

L’objet propre de ce mouvement de l’appétit, que nous appelons la crainte, n’est autre que le mal. Toutefois, d’une manière indirecte, et en raison du mal que l’on craint, le bien peut être aussi objet de crainte, qu’il s’agisse du seul bien physique et qui consiste dans un pouvoir supérieur au sien, ou qu’il s’agisse du bien pur et simple, tel qu’il se trouve dans un pouvoir juste, ou, plus encore, en Dieu, auteur de toute justice et vengeur de tout mal. Quant au mal lui-même, il n’y a, à vrai dire, qui puisse être objet de crainte, que le mal physique ou le mal de peine; nullement le mal de coulpe, ou le péché, en lui-même, et pour autant qu’il dépend de notre volonté seule. La crainte du mal peut aussi, prise comme crainte spéciale de tel mal particulier, être objet d’un autre mouvement de crainte, dans un seul et même sujet. Quant aux choses qui fondent sur nous d’une manière subite et sans qu’on ait pu, les prévoyant, se prémunir contre elles, elles sont, à un titre tout spécial, objet de crainte. Et, plus encore, les maux sous lesquels on gémit ou l’on succombe; et qui n’offrent dans l’avenir aucune issue pratique de salut et de délivrance (VII, 404, 405; I-II, 42, 1-6).

La cause de la crainte.

La crainte est un mouvement de l’appétit qui a pour objet la perception d’un mal imminent auquel il est difficile de résister. Il s’ensuit que la cause de la crainte sera d’une double sorte : l’une, provenant de la conscience qu’on a de son infériorité en présence de ce mal; et ceci suppose, avant tout, que le mal est perçu comme tel, ce qui ne peut être sans l’amour du bien auquel le mal s’oppose; l’autre, provenant de la puissance nocive de l’agent, qui, par son action, peut nous imposer le mal; et, de ce chef, plus un être nous est supérieur, plus il peut avoir raison de cause de crainte, par rapport à nous, à moins qu’une certaine infériorité de sa part ne soit aussi un motif qui ne lui donne, sous un autre jour, cette même raison de cause de crainte, comme, par exemple, s’il n’a pas de justice, ou s’il a été blessé auparavant, ou s’il craint d’être blessé (VII, 411; I-II, 43, 1-2).

Les effets de la crainte.

Le sentiment ou la conscience qu’on a de sa faiblesse devant un mal imminent que l’on redoute, fait que l’appétit se replie sur lui-même par une sorte de contraction. « Et, à la ressemblance de cette contraction qui est le propre de l’appétit dans l’âme, vient aussi, ensuite, sous le coup de la crainte, en ce qui est du corps, la contraction de la chaleur et des esprits à l’intérieur. » Sur cette question de la chaleur et des esprits dont parle ici saint Thomas, on ne lira pas sans intérêt la page que Bossuet a écrite dans son traité de la Connaissance de Dieu et de soi-même, ch. II, n. 9, 11, 12. — (VII, 413, 414; I-II, 44, 1).

La crainte pousse l’homme au conseil. Tout homme qui est sous le coup de la crainte est porté à chercher le moyen d’échapper au mal qui le menace. C’est même un effet direct du premier effet de la crainte, qui est de rappeler à l’intérieur le sujet menacé. Si la crainte qui le pousse ainsi à s’enquérir n’est pas trop forte, bien qu’elle soit pour lui une cause de trouble et, partant, de mauvais conseil, cependant elle peut contribuer aussi à bien diriger 203 le conseil et à le faire aboutir dans un sens excellent, pour autant qu’elle avive le désir d’échapper au mal et d’en trouver les moyens. Que si elle était trop forte et qu’elle troublât la raison, le fait d’aviver le désir dont nous parlons n’empêcherait pas qu’elle ne gâte purement et simplement l’acte de la raison dans son travail d’enquête. Et en ce sens nous devons dire que la peur est mauvaise conseillère (VII, 423; I-II, 44, 2).

La crainte cause le tremblement. C’est qu’en effet, « il a été dit que dans la crainte se produit une certaine contraction du dehors au dedans; d’où il résulte que l’extérieur demeure froid. Et voilà pourquoi dans les membres extérieurs apparaît le tremblement, qui a pour cause la débilité de la vertu qui les contient; cette débilité, en effet, provient surtout du manque de chaleur animale, car cette chaleur est l’instrument dont l’âme se sert pour mouvoir le corps, comme il est dit au second livre de l’âme » (ch. IV, n. 16; de S. Th., leç. 9); et comme Bossuet nous l’expliquait si magnifiquement dans la page citée plus haut (VII, 424, 425; I-II, 44, 3).

« Dans la crainte, la chaleur abandonne le cœur, descendant vers le bas; et de là vient que ceux qui craignent ont surtout le cœur qui » s’émeut et qui « tremble, ainsi que les membres qui ont une certaine connexion avec la poitrine où se trouve le cœur. Aussi bien, ceux qui craignent tremblent-ils surtout dans la voix, à cause du voisinage de la trachée-artère avec le cœur. De même, on voit trembler aussi la lèvre inférieure; et, parfois, toute la mâchoire d’en bas, en raison de leur continuation avec le cœur; d’où il suit qu’on a aussi le claquement des dents. Et c’est pour la même raison que les bras et les jambes tremblent, ou encore parce que ces sortes de membres sont plus mobiles. D’où il suit encore que ceux qui craignent ont leurs genoux qui tremblent; selon cette parole d’Isaïe, chapitre xxxv (v. 3) : Fortifiez les mains défaillantes et affermissez les genoux qui chancellent ».

Il n’est pas sans intérêt de voir l’admirable explication que vient de nous donner saint Thomas, du tremblement des divers membres, sous le coup de la crainte, confirmée par la remarque de Darwin lui-même dans sa description des effets de la peur. Lui aussi observe que dans l’émotion de la crainte, « le cœur bat à coups précipités et violents; il a des palpitations ou frappe contre les côtes; ce qui ne prouve aucunement qu’il travaille plus qu’à l’ordinaire, et envoie une plus grande quantité de sang dans tous les organes, car la peau pâlit instantanément, comme au début d’une syncope ». Saint Thomas, plus profond ici que Darwin, nous a dit la vraie nature de ces mouvements du cœur : ils s’expliquent précisément parce que, sous le coup de la crainte, non seulement le cœur ne travaille pas davantage et n’envoie pas plus de sang dans les organes, mais il cesse en un sens de travailler, et le sang l’abandonne lui-même. Darwin poursuit : « L’un des symptômes les plus caractéristiques de la peur est le tremblement qui secoue tous les muscles du corps et qui souvent s’aperçoit d’abord aux lèvres. Ce tremblement et la sécheresse de la bouche altèrent la voix qui devient rauque et indistincte, et peut même disparaître complètement : vox faucibus hæsit ». Poursuivant sa description, il parle, lui aussi, du tremblement des mains, des bras, des jambes. Mais il ne semble pas avoir saisi, comme l’avait fait, d’un regard si sûr, saint Thomas, la 204 connexion de tous ces phénomènes avec cette première cause : la défaillance du cœur lui-même que le sang abandonne [Cf. William James, Précis de Psychologie, traduction Baudin, p. 512] — (VII, 425, 426; I-II, 44, 3, ad. 3).

La crainte est un mouvement de l’appétit qui fuit un mal dont on est menacé et qui se présente comme difficile à éviter. Ce mouvement a directement le mal pour objet et indirectement le bien qui peut causer ce mal. Il a pour cause l’attache à un bien déterminé, jointe au sentiment de la faiblesse où l’on est de résister à ce qui s’y oppose, et, par suite, la supériorité d’un agent extérieur qui est capable de nous nuire, soit en raison du bien qui est en lui, soit même en raison de certaines misères qui peuvent augmenter en lui sa volonté de nuire. Quant aux effets de la crainte, ils consistent à faire que le sujet qui la ressent retire en lui-même, pour les concentrer, tous ses moyens d’action, en telle manière cependant que le trouble où il se trouve peut quelquefois le laisser complètement sans défense, l’abandonnant pour ainsi dire au mal qui l’envahit, ou, au contraire, favoriser son action et rendre plus efficace le mouvement de fuite qui lui permet de se soustraire au mal (VII, 428; I-II, 44, 4).

Voir articles : Passions. Audace. Désespoir. Force : vices opposés.