166 Nature.

La confirmation est un sacrement spécial de la loi nouvelle. Elle est un sacrement spécial, parce qu’elle est ordonnée à produire, dans l’économie de la vie spirituelle refaite dans le Christ, un effet distinct de tous les autres et qu’elle seule est ordonnée à produire; savoir : amener l’homme à l’âge parfait ou à la plénitude de l’âge et de la force dans cette vie chrétienne; ce qu’elle fait en lui conférant la plénitude de la grâce de l’Esprit-Saint, ou l’Esprit-Saint Lui-même selon qu’Il vient avec la plénitude de sa grâce (XVII, 412; III, 72, 1).

Matière.

Par la confirmation, l’homme est amené à l’âge parfait de la vie spirituelle, où se trouve en lui la plénitude de la grâce dans toute sa force, pouvant dès lors faire bénéficier les autres, autour de lui, de la plénitude de vie qu’il possède. Il fallait que ce double caractère fût signifié dans la matière du sacrement. Il l’est excellemment par le chrême. L’huile qui le compose signifie la grâce de l’Esprit-Saint; et le baume, joint à l’huile, signifie que la plénitude de la vie de la grâce rayonne tout autour et se communique à ceux que l’on approche (XVII, 415; III, 72, 2).

« Le Christ n’a pas usé » pour Lui-même, « d’onctions visibles, afin de ne point faire injure à l’onction invisible dont Il a été oint de préférence à tous ses compagnons (ps. XLIV, v. 8). Et c’est pour cela que tant le chrême que l’huile sainte et l’huile des infirmes sont bénites avant qu’on les prenne pour servir au sacrement » (XVII, 420; III, 72, 3).

Forme.

« La forme que voici est bien celle du sacrement : Je te marque du signe de la croix, et je te confirme du chrême du salut, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. De même, en effet, que la forme d’une chose naturelle » ou physique, « lui donne l’espèce, de même la forme du sacrement doit contenir tout ce qui appartient à l’espèce du sacrement. D’autre part, comme on le voit par ce qui a été dit plus haut (art. 1, 2), dans ce sacrement est donné l’Esprit-Saint pour la force du combat spirituel : in hoc sacramento datur Spiritus Sanctus ad robur spiritualis pugnæ ». [On remarquera la précision ajoutée par cette nouvelle formule : la plénitude de l’Esprit-Saint ou de sa grâce qui est donnée dans la confirmation s’accuse sous la raison de force, ad robur, et cette force elle-même est en vue du combat spirituel, ad robur spiritualis pugnæ : cette précision nouvelle va commander toute la suite de la question].

« Il suit de là, continue saint Thomas, que dans ce sacrement, trois choses sont nécessaires; et elles sont contenues dans la forme dont il s’agit. — La première est la cause qui confère la plénitude de la force spirituelle, causa conferens plenitudinem roboris spiritualis. C’est la sainte Trinité. Elle est exprimée par ces mots : Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. — La seconde est la force spirituelle elle-même, ipsum robur spirituale, qui est conférée à l’homme par le sacrement de la matière visible pour le salut. Elle est touchée, quand il est dit : Je te confirme du chrême du salut. — Enfin, la troisième est le signe » ou l’insigne, « qui est donné au combattant, signum quod pugnatori datur, comme aussi dans le combat corporel, et c’est ainsi que les soldats sont marqués des signes », des insignes, « des chefs » : ils portent leurs insignes et combattent sous leurs étendards. « À ce titre, il est dit : Je te marque du signe de la Croix, savoir de ce signe par lequel notre Roi a triomphé, in quod Rex noster triumphavit, comme il est dit dans l’Épître aux Colossiens, ch. II (v. 15) ». Ce très bel article ne pouvait finir sur un plus beau texte. Il résume excellemment le passage de saint Paul où il est dit, parlant du Christ, qu’ « Il a détruit l’acte qui était écrit contre nous et nous était contraire avec ses ordonnances, et Il l’a fait disparaître en le clouant à la Croix; Il a dépouillé les principautés et les puissances, et les a livrées hardiment en spectacle, en triomphant d’elles par la Croix » (XVII, 423, 424; III, 72, 4).

Effets : caractère.

Le sacrement de confirmation produit un caractère dans l’âme. Ce caractère est un peu de même nature que celui du baptême, si on les compare tous deux au caractère qu’imprime le sacrement de l’Ordre. À ce titre, on les dit « passifs », tandis que celui de l’Ordre est dit « actif ». Et cela signifie que le caractère de l’Ordre est ordonné ad tradendum divina, à conférer les choses saintes ou plutôt les signes de choses saintes que sont les sacrements; tandis que le caractère du baptême et celui de la confirmation sont ordonnés à recevoir ces signes de choses saintes conférés par les ministres ayant le caractère du sacrement de l’Ordre. Mais, si l’on appelle « passifs » les caractères du baptême et de la confirmation, ce n’est point pour en exclure toute action. Bien au contraire. Ils sont ordonnés, l’un à l’autre, à produire des actes, et des actes de la plus haute valeur. Ils ont trait, tous deux, à la pratique de la vie chrétienne. Par le caractère du baptême, l’homme est appelé à mener la vie du chrétien. Il est mis en droit des privilèges du chrétien, pouvant participer à tous les actes qui sont les actes du chrétien, notamment aux actes rituels ou liturgiques dans l’ordre de la participation aux sacrements. Par le caractère de la confirmation, l’homme est constitué parfait chrétien. Il acquiert le droit, le pouvoir d’accomplir d’office les actes qui sont le propre du chrétien parfait, du chrétien viril, de celui qui est enrôlé dans la milice du Christ, non plus simplement pour tenir contre les ennemis intérieurs de sa vie chrétienne, mais pour affronter hardiment les ennemis du dehors, ceux qui, parmi les hommes, s’attaquent à sa foi. Il a mission de la confesser, de ne pas la déserter, de ne pas abandonner la pratique de sa vie chrétienne, la réception des sacrements, faudrait-il pour cela s’exposer à perdre la vie du corps en luttant contre les ennemis de l’âme (XVII, 431; III, 72, 5).

La confirmation imprime un caractère dans l’âme; mais ce caractère présuppose de toute nécessité le caractère baptismal : de telle sorte que si ce dernier n’était d’abord dans l’âme, celui de la confirmation ne pourrait absolument pas être reçu (XVII, 425; III, 72, 6).

Grâce.

De soi, la confirmation n’est pas ordonnée à produire la grâce dans l’âme qui ne l’aurait pas; elle est destinée à parfaire la grâce qu’elle y trouve, qu’elle doit y trouver déjà, qu’il s’agisse de la première grâce reçue par le baptême et non perdue depuis, ou qu’il s’agisse de la grâce recouvrée par le sacrement de pénitence. Comme cependant la vertu de ce sacrement est de soi efficace à produire la grâce par mode d’augmentation, si le sujet qui approche est de bonne foi, le sacrement portera avec lui la grâce sanctifiante préalable qui devrait régulièrement se trouver déjà dans l’âme en vertu du baptême ou en vertu de la pénitence (XVII, 438; III, 72, 7).

Sujet.

Tout baptisé, du seul fait qu’il est baptisé, est apte à recevoir le sacrement de confirmation. Il est même à souhaiter qu’il le reçoive le plus tôt possible; et, dans la mesure où les circonstances le permettent, il faudrait, avec le plus grand soin, veiller à ce que pas un être baptisé quitte cette vie sans avoir reçu le sacrement de confirmation : il y va de sa perfection dans le ciel pour toute l’éternité (XVII, 444; III, 72, 8).

« Dans ce sacrement, l’homme reçoit l’Esprit-Saint pour la force du combat spirituel, afin de confesser avec courage la foi du Christ, même parmi les adversaires de cette foi : in hoc sacramento homo accipit Spiritum Sanctum ad robur spiritualis pugnæ, ut fortiter, etiam inter adversarios fidei, fidem Christi, confiteatur. Aussi bien est-ce à propos qu’il est marqué, avec le chrême, du signe de la croix, sur le front; pour deux raisons. D’abord, parce qu’il a pour insigne le signe de la croix, comme le soldat le signe de son chef, signe qui doit être évident et manifeste. Or, de toutes les parties du corps humain, celle qui est le plus manifeste est le front, qui, presque jamais, n’est couvert. Et c’est pourquoi le confirmé est oint du chrême sur le front, afin qu’il se montre à découvert comme étant chrétien; c’est ainsi que les Apôtres, après avoir reçu l’Esprit-Saint, se montrèrent à découvert, eux qui auparavant se tenaient cachés dans le Cénacle (Actes, ch. I, v. 13; ch. II). Secondement, parce que l’homme se trouve empêché de confesser librement le nom du Christ, en raison de deux choses : la crainte et la honte. Or, le signe de l’une et de l’autre de ces deux choses apparaît surtout sur le front, à cause du voisinage de l’imagination et parce que les esprits » (ce que Bossuet appelle les esprits vitaux) « du cœur montent directement au front; ce qui fait que ceux qui éprouvent la honte rougissent et ceux qui ont peur pâlissent, ainsi qu’il est dit au livre IV de l’Éthique (ch. IX, n. 2; de S. Th., leç. 17). Et c’est pourquoi le confirmé est marqué du chrême au front, afin qu’il n’omette point de confesser le nom du Christ par peur ou par honte » (XVII, 445, 446; III, 72, 9).

Aide du ministre : le parrain.

« Ce sacrement est donné à l’homme pour la force du combat spirituel. Or, de même que le nouveau-né a besoin de quelqu’un qui le forme pour ce qui a trait au mode de vivre, selon cette parole de l’Épître aux Hébreux, ch. XII (v. 9). Nous avons eu pour nous former les pères de notre chair, et nous leur obéissions; de même ceux qui sont enrôlés pour le combat ont besoin d’instructeurs qui les forment en ce qui touche au mode de combattre; et c’est pourquoi, dans les guerres matérielles, sont constitués des chefs et des centurions qui gouvernent les autres. C’est pour cela aussi que celui qui reçoit ce sacrement » de confirmation « est tenu par un autre, comme devant être formé par lui », dans l’ordre du combat spirituel à soutenir contre les ennemis extérieurs de la foi chrétienne. Saint Thomas ajoute une autre raison, disant que « semblablement aussi par ce sacrement est conférée à l’homme la perfection de l’âge spirituel; comme il a été dit (art. 2, 5). Et c’est pourquoi celui qui vient à ce sacrement est soutenu, comme étant encore spirituellement faible et enfant : ille qui ad hoc sacramentum accedit sustentatur, quasi adhuc spiritualiter imbecillis et puer » (XVII, 468; III, 72, 10).

Le ministre d’office : l’évêque.

« En toute œuvre, l’achèvement est réservé à l’art ou à la vertu suprême : c’est ainsi que la préparation de la matière appartient aux ouvriers inférieurs, tandis que le supérieur donne la forme, et celui qui est au-dessus de tous est celui à qui appartient l’usage, qui est la fin des œuvres d’art; et, de même, la lettre, qui est écrite par le scribe, est signée par le maître. Or, les fidèles du Christ sont une sorte d’œuvre divine, selon cette parole de la première Épître aux Corinthiens, ch. III (v. 9). Vous êtes l’édifice de Dieu. Ils sont aussi une sorte de lettre écrite par l’Esprit de Dieu, comme il est dit dans la seconde Épître aux Corinthiens, ch. III (v. 2, 3). D’autre part, ce sacrement de confirmation est comme le dernier achèvement du sacrement de baptême : en ce sens que par le baptême l’homme est construit » ou « édifié en maison spirituelle, et écrit comme une certaine lettre spirituelle; mais par le sacrement de confirmation, comme une maison construite, il est dédié en temple de l’Esprit-Saint; et, comme une lettre écrite, il est signé du signe de la croix. Et c’est pourquoi la collation de ce sacrement est réservée aux évêques, qui obtiennent la puissance suprême dans l’Église : comme dans la primitive Église, par l’imposition des mains des Apôtres, dont les évêques tiennent la place, la plénitude de l’Esprit-Saint était donnée, ainsi qu’on le voit dans les Actes, ch. VIII (v. 14 et suiv.). Aussi bien le pape Urbain (S. Urbain I; 222-230), dit : Tous les fidèles, par l’imposition des mains des évêques, doivent, après le baptême, recevoir l’Esprit-Saint, afin qu’ils soient trouvés pleinement chrétiens » (XVIII, 451, 452; III, 72, 11).

Rite du Sacrement.

« Les mêmes temps sont marqués pour la célébration solennelle du baptême et de la confirmation. Mais, parce que le sacrement de confirmation est donné par les seuls évêques qui ne sont pas toujours présents où les prêtres baptisent, il a fallu, quant à l’usage commun, que le sacrement de confirmation soit différé à d’autres temps » (XVII, 451; III, 72, 12).

Voir articles : Sacrements. Baptême. Eucharistie.