Le mot acte et le sens qu’il a dans la langue de saint Thomas concentre et condense, à lui seul, tout l’enseignement philosophique et théologique du saint Docteur. Si on l’entendait dans la plénitude du sens qu’il évoque et qu’il implique, on aurait d’une seule vue tout cet enseignement.

À le prendre dans sa pureté selon qu’il exclut toute puissance opposée, il est le terme par lequel nous pouvons le plus excellemment désigner Dieu. Bien plus, il ne convient qu’à Dieu. Dieu seul est acte pur.

Si nous joignons à ce terme le mot puissance et que nous concevions ces deux termes réunis comme désignant un être donné, nous entrons dans le domaine de la créature. Tout être créé est nécessairement un composé d’acte et de puissance; comme, inversement, tout être composé d’acte et de puissance est nécessairement un être créé. Il est essentiel à toute créature d’être acte-puissance, comme il est essentiel à Dieu d’être seulement acte.

Et de même que Dieu se distingue essentiellement de tout être créé par le fait qu’Il est seulement acte, et que tout être créé se distingue essentiellement de Dieu par le fait qu’il est acte-puissance : de même les divers êtres créés se distinguent entre eux dans la diversité de leurs espèces ou même dans leur diversité individuelle, selon qu’en eux prédominera l’acte ou la puissance dans ce composé d’acte et de puissance que chacun d’eux constitue.

Aussi bien, dans la Somme théologique de saint Thomas ces mots reviennent-ils sans cesse. Quand il s’agit de Dieu, sans cesse revient le mot acte dans la plénitude et la pureté du sens qu’il évoque. Quand il s’agit des créatures, sans cesse reviennent les mots acte et puissance : et c’est le dosage, si l’on peut ainsi dire, de cet acte et de cette puissance, qui sert à désigner, dans leur merveilleuse diversité, tous les êtres qui constituent le monde de la création.

Nous n’avons donc pas à indiquer de références, qu’il s’agisse du Commentaire ou qu’il s’agisse de la Somme théologique, en ce qui est du mot acte et des mots acte-puissance. On les trouve à chaque page.

Il suffira de faire remarquer que ces mots sont toujours pris, lorsqu’ils s’appliquent à l’Être incréé ou aux êtres créés, dans le sens fixé par Aristote et qu’on trouve précisé au livre IX des Métaphysiques, mis en pleine lumière par saint Thomas dans le commentaire de ce même livre.