Avertissement
pages IX–XVI
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AVERTISSEMENT
Le premier volume du Commentaire français littéral de la Somme théologique parut en 1907. Il nous fut demandé tout de suite si nous ne donnerions pas, soit à l’occasion de chaque volume, soit à la fin de l’ouvrage, une Table analytique des matières. La même question nous était posée avec un redoublement d’insistance, à mesure que l’ouvrage approchait de son terme, et, très spécialement, quand le dernier volume était sur le point de paraître.
Jusqu’à cette limite extrême, nous avions eu peu d’inclination à réaliser le désir ainsi exprimé. Une Table analytique des matières, par son caractère d’émiettement complet, nous semblait trahir ce qui pour nous domine tout dans l’œuvre par excellence de saint Thomas et de la théologie catholique. L’ordre merveilleux de cette œuvre, sa constitution organique si parfaite dans son ensemble et en chacun des traités qui la composent, disparaissait pour faire place à de simples phrases ou propositions détachées, se succédant au hasard des lettres de l’alphabet, sans autre lien, pour celles qui venaient à l’occasion d’une même lettre, que la série plus ou moins longue des chiffres qui les numérotaient.
Au moment où le tome dernier du Commentaire achevait de s’imprimer, il nous fut donné de pouvoir nous représenter sous une autre forme l’instrument de recherche ou d’évocation mnémotechnique désiré par nos lecteurs. Au
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lieu d’une Table analytique, ce serait un Dictionnaire. Non un simple vocabulaire; mais une évocation alphabétique de caractère doctrinal. Tous les mots se rattachant à la doctrine théologique contenue dans la Somme de saint Thomas et expliquée dans le Commentaire y viendraient à leur place alphabétique. Mais ils n’auraient, à cette place, qu’un développement proportionné à leur importance respective dans le corps de doctrine que constitue l’ensemble de la Somme théologique: ou, plutôt, ne seraient développés, à leur place alphabétique, que les termes principaux, commandant les divers traités de l’œuvre entière. Les autres termes seraient renvoyés, chacun, au terme du traité qui les renferme.
Il est vrai qu’ici allait se présenter une difficulté considérable. Plusieurs des termes principaux comprenaient des volumes entiers du Commentaire. L’article qui leur serait consacré n’allait-il pas rendre impossible, en raison de son étendue, la facilité de recherche qui était le but même de l’œuvre demandée.
Un remède très simple s’offrit, qui devait ajouter encore au caractère de conservation organique dans l’œuvre du Dictionnaire.
Chacun des termes principaux correspondant aux divers traités de la Somme théologique, serait accompagné d’une sorte d’index ou de table, donnant tous les titres des diverses parties contenues dans le traité. Cet index ou cette table recevrait la pagination du Dictionnaire. Et de la sorte, il suffirait de se reporter au terme principal, pour avoir immédiatement la page exacte où l’on trouverait l’explication ou la doctrine attachée au terme secondaire.
Prenons un exemple. Dans la Somme théologique, le traité
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de la Justice est un des plus étendus. Parmi les parties qui s’y rattachent se trouve même la vertu de Religion avec tout ce qu’elle comprend. Dans le Dictionnaire, au mot Justice on verra l’exposé de tout ce qui appartient au traité de la Justice. Mais avant que cet exposé commence, on trouvera, immédiatement après le mot Justice, l’index ou la table de tout le traité. Tous les mots qui se rattachent à l’une quelconque des parties de ce traité, sont placés dans le Dictionnaire à leur rang d’ordre alphabétique. Mais, à cette place, est simplement marqué l’ordre qui est le leur dans le traité de la Justice; et on renvoie au mot Justice.
L’ordre doctrinal essentiel et organique pourrait donc être conservé dans l’œuvre du Dictionnaire. Mais l’exposé lui-même, sous quelle forme serait-il conçu?
Il ne pouvait être question de le donner en son entier: c’est toute la Somme et tout le Commentaire qu’il eût fallu reproduire. Seul un résumé était possible. Ici, notre œuvre a été facilitée par un des caractères que nous avions voulu donner, dès le début, à notre Commentaire de la Somme, et auquel nous nous sommes appliqué à demeurer rigoureusement fidèle jusqu’à la fin. Nous estimions que rien n’était plus important, pour l’intelligence savoureuse et la mise à profit de la pensée de saint Thomas, que de souligner, avec le plus grand soin, l’ordre qui relie toutes les parties de son œuvre immense, jusque dans le dernier détail des divers articles. Après la lecture attentive de l’article dans les objections, dans le corps, dans les réponses, nous avions soin de résumer, en quelques mots aussi précis et aussi limpides que possible, toute la doctrine exposée en détail. Nous faisions le même travail de résumé substantiel et lumineux après chaque groupe d’articles, à
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la fin de chaque question, après chaque groupe de questions, après chaque traité, après chacune des grandes parties. Nous l’avons même fait, au terme du tome XXI et dernier, pour tout l’ensemble de la Somme. Chacun de ces résumés ayant été faits après la lecture en détail, ils sont tout pénétrés de la plus pure pensée du Maître. Ils en sont la moelle. Et s’il serait exagéré de dire qu’ils peuvent suffire à eux seuls et dispenser de la lecture du texte en détail, puisque, au contraire, ils n’ont toute leur valeur et leur portée qu’à la suite de cette lecture, cependant, quand cette lecture a été déjà faite, ils peuvent suffire à en rappeler la saveur, permettant, du reste, par leur évocation soigneusement située à sa place respective dans l’œuvre entière, de recourir de nouveau, avec facilité, au texte complet. Et ce doit être là, par excellence, le fruit de notre Dictionnaire, complément du Commentaire qu’il a pour but de rendre plus facilement utilisable. Mais l’évocation de ces résumés aura encore un autre avantage. Ceux-là qui ne pourraient, pour une raison ou pour une autre, recourir soit au Commentaire soit au texte de la Somme, auront ici, à leur portée, une condensation de la Somme et du Commentaire pouvant leur donner une certaine idée du « chef-d’œuvre de la pensée humaine mise au service de la foi ».
L’avantage par excellence de ce travail sera de fournir à tous un résumé très pur de la pensée théologique de saint Thomas, dans son œuvre souveraine que le Pape Pie X a appelée « l’œuvre Royale en théologie », pensée que l’Église a consacrée de son autorité, la déclarant sienne, Thomæ doctrinam Ecclesia suam propriam edixit esse1, et voulant que
- Benoît XV, Encyclique Fausto appetente die, 29 juin 1921.
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tous les professeurs en fassent l’âme de leur enseignement1. Avec un soin jaloux nous nous sommes attaché à cette pensée seule. Notre Dictionnaire n’est pas un Dictionnaire de Théologie, exposant ou rapportant et discutant tout ce qui peut concerner la science théologique traitée par ses divers représentants. Il est et veut être le Dictionnaire de la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin, Dictionnaire qui résume la traduction et l’explication détaillée de la Somme telle qu’on la trouve dans notre Commentaire.
Nous nous permettons même d’appuyer sur ce caractère de Dictionnaire de la Somme théologique, sous sa raison propre de Somme théologique. Trop souvent il en est qui se méprennent à ce sujet. Parce qu’il y a beaucoup de philosophie, dans la Somme théologique, on croira résumer la Somme ou faire sa table analytique, en signalant, dans le détail, les exposés philosophiques qui s’y trouvent contenus. C’est un déplacement d’objet ou une substitution de cadre. Les exposés de philosophie contenus dans la Somme ne sont point là pour eux-mêmes. Ils y sont au service de la foi ou sous leur raison d’élément théologique; c’est-à-dire pour mettre en lumière les conclusions propres à la théologie. Lors donc qu’on voudra résumer la Somme théologique, c’est aux conclusions théologiques et à la doctrine philosophique pour autant qu’elle intéresse ces conclusions qu’on devra s’arrêter, non aux exposés philosophiques pris en eux-mêmes et pour eux-mêmes. La philosophie, comme telle, doit être cherchée, quand il s’agit de
- « Philosophiæ rationalis ac theologiæ studia et alumnorum in his disciplinis institutionem professores omnino pertractent ad Angelici Doctoris rationem, doctrinam et principia, eaque sancte teneant. » (Codex, can. 1366, § 2).
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l’œuvre de saint Thomas, dans les Commentaires sur Aristote. Un des plus grands errements de méthode, en théologie, est d’y appuyer continuellement sur les choses de la philosophie, notamment de la logique ou de la métaphysique, sous leur raison même de choses de philosophie. Ces choses-là sont supposées ou simplement remémorées et utilisées en théologie. Elles n’y sont jamais traitées pour elles-mêmes. En agir autrement est confondre deux ordres essentiellement distincts. Saint Thomas ne tombe jamais dans une telle confusion. De là son admirable sobriété et son éloignement de l’abus des subtilités ou des discussions philosophiques qui reviennent sans fin chez tant d’auteurs ou de commentateurs, à propos de tout, n’évoquant, semble-t-il, un sujet ou une question quelconque, que pour y trouver matière à déploiement de variations sur des thèmes transcendentaux.
La pensée théologique de saint Thomas d’Aquin, telle qu’il l’a concentrée dans la Somme, occupe une telle place, en raison d’elle-même et en raison du choix qu’en a fait l’Église, qu’elle vaut qu’on l’étudie en elle-même et pour elle-même, sans autre préoccupation que de s’en nourrir et d’en vivre, la goûtant et la savourant dans son absolue et souveraine pureté.
Telle a été la raison de notre Commentaire. Elle est aussi la raison de ce Dictionnaire. Puissent-ils, l’un et l’autre, n’être pas trop indignes du témoignage que daignait nous écrire un ami vénéré, lecteur assidu et bienveillant du Commentaire depuis les tout premiers volumes.
Nous ne pouvons nous dispenser de publier ici ce témoignage. Il justifie, à lui seul, et notifie excellemment ce qu’ont voulu être le Commentaire d’abord, le Dictionnaire ensuite.
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PAX
Abbaye de Saint-Wandrille
(Seine-Inférieure.)
Ce samedi, 7 mai 1932.
« Mon vénéré et très cher Père,
« Je viens de recevoir le tome XXI et dernier de votre Commentaire français littéral de la Somme, et, sans tarder, je vous dis merci. Vous avez élevé un monument qui restera; grâce à lui, beaucoup d’intelligences, en notre pays, vous devront d’avoir pu s’initier, malgré leur ignorance de la langue latine, à la grande synthèse des vérités catholiques tracée par le génie incomparable du plus puissant et du plus profond des théologiens.
« Votre Commentaire est aussi d’ailleurs une aide précieuse pour ceux-là même qui peuvent lire et étudier le Docteur Angélique dans son texte original. Par des mots lumineux, semés aux bons endroits, comme aussi par vos merveilleux résumés après chaque article, vous découvrez des horizons insoupçonnés aux lecteurs mêmes qui sont déjà familiarisés avec la doctrine de saint Thomas. Je vous remercie pour ma part des heureuses surprises et des vives satisfactions que vous m’avez fait souvent éprouver…
« Fr. J.-L. Pierdait,
Abbé de Saint-Wandrille-Fontenelle. »
Ces résumés dont parle avec tant d’indulgence le Révérendissime Père Abbé dom Pierdait, et que d’autres amis nous avaient demandé de publier à part, on les trouvera
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dans le Dictionnaire, rattachés à chacun des termes principaux qui répondent à l’ensemble de la Somme théologique dans ses divers traités.
Nous n’ajouterons qu’un mot pour l’intelligence des références. Nous avons déjà donné le sens des chiffres marqués dans l’index particulier qui accompagne les termes principaux. Ces chiffres répondent aux pages du Dictionnaire. Les autres chiffres qui viennent après chaque citation ou résumé de doctrine sont ordinairement multiples. Le premier, en chiffres romains, indique le tome du Commentaire; celui qui vient après, en chiffres arabes, marque les pages du volume; puis, séparés par un simple point-virgule, on a ordinairement trois autres chiffres, donnant la référence de la Somme théologique: le premier, en chiffres romains, indique la Partie: I; ou I-II ou II-II; ou III; ou Supplém.; le deuxième, en chiffres arabes, indique la question; et ceux qui suivent indiquent l’article, ou les articles, ou encore, mais rarement, détachées, les réponses aux objections. Voici un exemple: (XIII, 655, 656; II-II, 168, 3, ad 3); on lira: tome XIII du Commentaire, pages 655, 656; Somme théologique, Secunda-Secundae, question 168, article 3, réponse ad tertium. Rien ne sera donc plus facile que de retrouver soit dans le Commentaire, quant au texte, soit dans la Somme, quant à la pensée, chacun des points de doctrine contenus dans le Dictionnaire dont ils constituent la trame.
Couvent de Saint-Dominique, Pistoia, en la fête des
saints apôtres Pierre et Paul, 29 juin 1934.