Démas, Nympha, Archippe
Sommaire
I. Dans le chapitre IVe de la même Épître aux chrétiens de Colosses, saint Paul, se fait l'interprète des salutations réciproques de ses chers disciples. «Luc, dit-il, médecin qui m'est très cher, vous salue, ainsi que Démas. Saluez les frères qui sont à Laodicée, et Nympha et l'Église qui est dans sa maison, et dites à Archippe: Voyez le ministère que vous avez reçu du Seigneur et accomplissez-le.» C'est toujours le même zèle et la même charité. Daignez, ô mon Dieu! les faire revivre parmi nous, chrétiens des derniers temps.
II. Comme l'Épître aux Colossiens date de l'an 59 de Notre-Seigneur, nous savons qu'à cette époque Démas était à Rome, auprès de saint Paul qui l'honorait de son affection. Dans la lettre à Timothée, écrite quelque temps après, le grand Apôtre se plaint de Démas: «Démas, dit-il, m'a abandonné, par amour de ce siècle et il est allé à Thessalonique.»
III. Abandonner le grand Apôtre, pendant qu'il était en prison, craindre les privations, fuir les dangers inévitables pour le compagnon d'un prisonnier, est une défaillance honteuse, néanmoins pour qui connaît la pauvre nature humaine, elle n'a rien d'étonnant. C'est pour nous une utile leçon d'humanité et de défiance de nous-mêmes.
IV. Il est consolant de pouvoir ajouter que Démas ne put rester longtemps éloigné de son maître et de son Père. L'année suivante, c'est-à-dire l'an 60 de Notre-Seigneur, le grand Apôtre écrivant à Philémon, rend à Démas ce glorieux témoignage: «Épaphras, qui est comme moi prisonnier pour Jésus-Christ, vous salue, ainsi que Marc, Aristarque, Démas et Luc, compagnon de mes travaux.» On ne sait ce qu'il y a de plus admirable: ou la générosité de saint Paul qui non seulement oublie la faute de Démas, mais lui rend toute son amitié, ou la sincère conversion de Démas, qui revient courageusement reprendre auprès de son maître, son laborieux et périlleux ministère.
V. Saint Paul veut aussi qu'on salue de sa part Nympha et l'Église qui est dans sa maison. On voit par le contexte que Nympha est un nom d'homme et non de femme. C'était, comme tant d'autres, soit à Jérusalem, soit à Rome, soit dans toutes les villes de l'Orient et de l'Occident, un de ces fervents et courageux chrétiens qui réunissaient leurs frères dans leurs maisons, pour pratiquer, malgré les frayeurs et les dangers, la divine religion, en attendant le moment où elle pourrait se montrer au grand jour.
VI. «Dites à Archippe d'accomplir avec fidélité le ministère qu'il a reçu du Seigneur.» Qui était Archippe et quel était le ministère dont parle l'Apôtre? Saint Ambroise nous apprend qu'il était évêque de Colosses. Il est vraisemblable qu'il avait succédé à saint Épaphras, et qu'étant encore jeune évêque, saint Paul crut de sa charité de lui rappeler la grandeur et les obligations de son ministère.
VII. Divers Martyrologes lui donnent le même titre. «En Asie, dit celui de Galésinius, fête de saint Archippe, qui fut évêque de l'église de Colosses, disciple de l'Apôtre saint Paul; que cet Apôtre a honoré de son témoignage, et qui, après s'être religieusement et saintement acquitté de la charge de la prédication évangélique, endura le martyre et alla auprès du Seigneur.»
VIII. Ce n'est pas une fois seulement dans la lettre aux chrétiens de Colosses, que le grand Apôtre témoigne son affection à saint Archippe. Il la manifeste d'une manière plus touchante peut-être et plus explicite, en écrivant à Philémon. Il commence ainsi son admirable Épître: «Paul, prisonnier de Jésus-Christ, et Timothée son frère, à notre cher Philémon, notre coopérateur; à notre très chère sœur Appia; à Archippe, le compagnon de nos combats.»
IX. En se reportant par la pensée au temps où écrivait saint Paul, on peut à peine se faire une idée du nombre, de la grandeur et de la continuité des combats des soldats de Jésus-Christ. Satan était le Dieu du monde, le roi de la belle antiquité. À ses ordres il avait toutes les puissances de la terre, et ces puissances, animées de la haine du démon, disposaient sans se lasser de toutes les armes que la cruauté, la ruse, la séduction mettaient en leurs mains. Alors chaque chrétien devait combattre pour lui et pour ses frères. De là, ce mot de Tertullien: «Dans ces conjonctures tout homme est soldat: In his omnis homo miles.»
X. Archippe combattit vaillamment et mérita la couronne des vainqueurs. Le Martyrologe romain, qui fixe sa fête au 20 mars, s'exprime ainsi: «En Asie, naissance de saint Archippe, compagnon de saint Paul dans ses travaux; ce grand Apôtre fait mention de lui dans son Épître à saint Philémon, et dans celle qu'il a écrite aux Colossiens.»
XI. La lutte n'a pas cessé; elle durera toujours, plus redoutable aujourd'hui que jamais, chaque chrétien, homme, femme, habitant des villes ou des campagnes, doit, sous peine d'être vaincu, marcher l'épée à la main, la tête couverte du casque de la foi, la poitrine protégée par la cuirasse de l'espérance, et le cœur trempé au feu de la charité. Voir: Bar., an. 60, n. 11; S. Ambr. Comm. in Epist. ad Coloss. in fine; Bar., an. 60, n. 13, 14; Cor. a Lap. in Ep. ad Col. c. iv, v, 14, 15, 17; Bar., an. 59, n. 11; Martyrol. Usuard. et Adon., ibid, etc., etc.