Biographies évangéliques

Hérodion, Azyncrite, Phlégon

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I. Saint Paul veut encore que les chrétiens de Rome saluent, de sa part, Hérodion, Phlégon, Hermas. On se demande comment saint Paul, qui n'était jamais venu à Rome, y connaissait tant de monde et comment il savait que tous les personnages qu'il salue se trouvaient l'an 58 de Notre-Seigneur, dans l'immense capitale.

II. Ces deux circonstances prouvent qu'il y avait entre les chrétiens de l'Orient et de l'Occident une active correspondance ; que des fidèles passaient d'Asie en Europe et d'Europe en Asie, porteurs de lettres et de nouvelles, soit des Apôtres, soit des Églises. La longue nomenclature des noms propres semble indiquer, avec certitude, que les personnages nommés par l'Apôtre, il les avait connus intimement.

III. Pourquoi se trouvaient-ils à Rome ? Comment tous ces évêques des différentes parties de l'Asie Mineure et de l'Europe septentrionale abandonnaient-ils ainsi leurs sièges dans un temps où leur présence était le plus nécessaire à leurs chrétientés naissantes ? Évidemment, leur absence était motivée par de graves raisons. D'une part, il fallait seconder l'œuvre de l'apostolat dans Rome. Convertir la reine du monde, ou du moins y enraciner la foi, c'était s'assurer la victoire dans les provinces ; d'autre part, de grandes difficultés, des doutes, des incertitudes, des embarras de toute nature devaient se rencontrer, à une époque où tout était à créer.

IV. Pour conserver l'unité, non seulement dans le dogme mais dans la discipline, il fallait consulter l'oracle, il fallait voir Pierre ; il fallait connaître la pratique de l'Église mère et maîtresse de toutes les églises. C'est à elle, en effet, comme nous l'apprend saint Irénée, qu'arrivaient, de toutes les parties du monde, les grandes causes dont le jugement lui était réservé. Après dix-huit siècles il en est encore de même aujourd'hui. On voit que l'organisation du gouvernement de l'Église remonte au Ier siècle, suit la même règle et repose sur la même base et cette base est la primauté de Rome et l’infaillibilité de Pierre, toujours vivant dans ses successeurs.

V. En recommandant de saluer les prêtres qui sont avec les personnages qu'il vient de nommer, saint Paul nous révèle l'existence d'une nouvelle église domestique, dans la capitale même du paganisme, sous l'empire de Néron, à quelques pas du palais de ce premier et féroce persécuteur. Providence de Dieu ! Aucune force humaine ne peut vous empêcher de parvenir à vos fins : vous placez les brebis dans l'antre même du lion et vous les y conservez. « Saluez ceux de la maison de Narcisse qui sont au Seigneur. »

VI. Hérodion était de la famille de saint Paul : c'est pourquoi il l'appelle son cousin. Il fut évêque de Patras, ville d'Achaïe, suivant les uns, ville de Syrie, suivant les autres. Quoi qu'il en soit, les monuments de l'Église orientale font de lui le plus grand éloge. « Hérodion, disent-ils, imita en toutes choses les grands Apôtres et fut leur coopérateur dans la prédication de la foi de Jésus-Christ. Il se faisait leur serviteur et leur obéissait en toutes choses, agissant ainsi en vrai disciple de Jésus-Christ qui a dit : Quiconque veut être le premier de tous, qu’il se fasse le serviteur de tous. »

VII. « Dans la suite, les mêmes saints Apôtres l'ordonnèrent prêtre, et bientôt évêque de la Nouvelle-Patras. Dans cette ville, il prêcha la foi à un grand nombre de païens qui se convertirent à Jésus-Christ. Ces succès excitèrent contre lui la jalousie des juifs qui, dès lors, le persécutèrent. Ils conspirèrent avec les idolâtres, se précipitèrent un jour sur lui, le saisirent et lui firent souffrir mille tourments inhumains. « Les uns le frappaient, les autres lui meurtrirent la bouche à coups de pierre, d'autres le blessèrent à la tête. Enfin, s'acharnant contre lui à la manière des bêtes féroces, ils le pendirent et l’immolèrent comme une victime, en le transperçant avec un glaive 1. » .

VIII. Au huitième jour d'avril, le Martyrologe romain s'exprime ainsi : « Ce jour-là, naissance des saints Hérodion, Azyncrite et Phlégon, dont saint Paul fait mention dans son Épître aux Romains. Déjà nous savons que Hérodion fut évêque de Patras dans le Péloponnèse ; ses deux illustres compagnons de sainteté et d'apostolat furent revêtus de la même dignité. Azyncrite devint évêque d'Hyrcanie, et Phlégon de la ville de Marathon, célèbre dans la dernière guerre entreprise en 1828, pour la libération de la Grèce. »

IX. Les Églises d'Orient font les plus grands éloges de ces deux vaillants missionnaires. Dans leurs hymnes sacrées Azyncrite est appelé l'Incomparable : « Pour avoir glorifié Dieu plus que tout autre, Azyncrite s'est acquis une gloire incomparable. L'Hyrcanie, ô Azyncrite, a été heureuse de vous recevoir pour son apôtre. Pour elle vous fûtes comme un large fleuve qui répandit sur ces peuples les eaux spirituelles de la grâce. Et cette terre, ainsi arrosée par les flots de votre parole évangélique, produisit, dès lors, les fruits les plus agréables à Notre-Seigneur Jésus-Christ ! »

X. On sait que l’Hyrcanie était une province d'Asie, voisine de la mer Caspienne. À l'époque où l'Évangile y fut annoncé cette contrée était, comme le reste du monde, peuplée de malheureux idolâtres. Chez les Hyrcaniens l'idolâtrie prenait le caractère féroce des habitants. Dans ce double fait se trouve la preuve de deux vérités : la première, que le courage des premiers prédicateurs de l'Évangile fut au-dessus de tous les dangers et qu'ils attaquèrent également les peuples les plus barbares et les plus policés ; la seconde que, suivant la prédiction de Notre-Seigneur, l'Évangile a fait le tour du monde avant la ruine de Jérusalem.

XII. Non moins magnifiques sont les éloges donnés par l’Orient à saint Phlégon. Flamme ardente, homme divin, tels sont les noms qu'il lui prodigue dans des chants. « Phlégon, dit-il, ministre sacré de Jésus, vous avez, par vos paroles inspirées, éteint les erreurs de l'idolâtrie et allumé le feu du Saint-Esprit dans les cœurs que n'éclairait plus la lumière de la Vérité, et que n'embrasait plus la flamme céleste.

XIII. « Les habitants de la ville de Marathon se félicitent du bonheur de vénérer perpétuellement dans votre personne, ô glorieux Phlégon, leur grand et premier pontife, leur excellent docteur, l'illustre auteur de leur foi, leur maître bien-aimé. » La tradition ajoute qu'il étendit au loin les conquêtes de l'Évangile et que, pour cette raison, il fut saisi par les juifs et les gentils qui le firent mourir au milieu des tourments. Grands saints, obtenez aux chrétiens des derniers âges le courage dont vous fûtes animés et cette générosité du cœur qui ne recule devant aucun sacrifice ! Voir : Cor. in Epist. ad Rom. xvi ; Bar., annot. ad Martyrol., 8 apr. ; an. 58, n. 56 et an. 69, n. 44; M. Maistre, p. 315 et suiv.; Biblioth. SS. Patr., t. XV, etc.

Notes

  1. Imperat. Basil. Monolog. apud, du Saussay : de glor. S. Andr. ap., lib. II, c. 9

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