Dictionnaire apologétique de la foi catholique

Jeûne et Abstinence

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Sommaire

  1. L’objection hygiénique contre le jeûne et l’abstinence
  2. L’accord des prescriptions ecclésiastiques avec l’hygiène
  3. Exemples médicaux et régimes peu carnés
  4. Valeur alimentaire des aliments non carnés
  5. Constitution chimique comparée
  6. Pouvoirs énergétiques et résistance à la fatigue
  7. Conclusion scientifique, économique et ecclésiale

Jeûne et Abstinence au point de vue de l’hygiène

Jeûne et Abstinence au point de vue de l’hygiène. — Souvent l’on entend autour de soi faire aux prescriptions de l’Église concernant le jeûne et l’abstinence l’objection qu’elles sont contraires aux lois de l’hygiène, et on recueille des propos du genre de ceux-ci : « Oh ! moi, je ne peux pas jeûner, je ne peux pas faire maigre le vendredi, le maigre ne me nourrit pas. Je ne peux pas faire mon carême, il me faut viande matin et soir, sans cela, je ne pourrais travailler et fournir ma tâche. »

Or, on sait que l’Église s’est toujours montrée très large pour les dispenses de jeûne et d’abstinence et n’est sévère dans ses exigences que pour les adultes en bonne santé.

L’accord avec l’hygiène scientifique

Du reste, il est facile de montrer que les prescriptions de l’Église, loin d’imposer des privations impossibles à supporter, et nuisibles à la santé de l’homme, sont au contraire en complet accord avec les données de l’hygiène scientifique.

Il est un fait reconnu de tous les praticiens, c’est que d’une manière générale on mange trop, on dépasse comme quantité de nourriture la ration alimentaire d’entretien ; comme qualité d’aliments, on force la proportion des protéiques par l’abus de la viande. De ces excès de nourriture, de cet abus de l’alimentation azotée, résultent les fermentations putrides dans l’intestin.

Ces fermentations s’accompagnent de la production de poisons intestinaux, dont l’absorption occasionne de nombreux troubles de la santé : arthritisme, goutte, diabète, entérite, artériosclérose, au dire des médecins, sont souvent les conséquences des excès de table. Et alors nous assistons au spectacle de nos Esculapes imposant à leurs clients des régimes autrement sévères que celui auquel nous soumet l’Église.

Le carême, survenant après la période d’hiver, époque des réceptions, des chasses, ne peut être que salutaire, et on a pu dire de lui que s’il n’existait pas, il faudrait l’inventer.

Exemples médicaux et régimes peu carnés

D’illustres médecins ne sont pas éloignés de croire que la grande fréquence des appendicites même est due à l’abus de l’alimentation carnée. Rien de plus instructif à cet égard que les statistiques que le grand chirurgien Lucas-Championnière releva dans divers milieux : dans les prisons, où l’alimentation n’est qu’exceptionnellement carnée, l’appendicite est très rare. Encore plus rare dans certaines communautés religieuses.

Citons le couvent de Saint-Joseph de Verdun, où l’on n’a pas observé un seul cas d’appendicite de 1888 à 1900. Il en est de même chez les Clarisses de Nantes, soumises au régime lacto-végétarien exclusif. Au contraire, chez les religieuses de l’Hôtel-Dieu de Paris, dont la nourriture comportait beaucoup de viande, cette maladie était relativement fréquente.

On a observé des faits parallèles pour l’entérite. Telle est du moins l’opinion d’un médecin particulièrement compétent sur le sujet, le docteur Combe, de Lausanne.

Valeur alimentaire des aliments non carnés

Voilà le côté hygiénique de la question. Nous ne nous étendrons pas plus longuement à ce sujet, ce dictionnaire d’apologétique n’étant pas une revue d’hygiène. Répondons brièvement à l’objection que le maigre ne nourrit pas son homme. Il suffirait de citer en exemple nos paysans qui, pendant des siècles, ne faisaient qu’exceptionnellement usage de viande, les Japonais qui, avec une alimentation presque uniquement végétarienne, étonnèrent le monde par leur résistance et leur valeur héroïque dans leur dernière guerre de Mandchourie, et enfin les couvents où un régime alimentaire d’une sévérité extraordinaire n’empêche pas les moines de vaquer à leurs occupations manuelles et d’atteindre sans infirmités des âges avancés.

La science vient ajouter son autorité à ces arguments. Reportons-nous aux ouvrages classiques d’Armand Gautier sur l’Alimentation et les régimes, de Balland sur les Aliments, de Roger sur Alimentation et Digestion. Consultons les tableaux d’analyses qui fixent la composition chimique des aliments, leur pouvoir énergétique, et nous serons immédiatement édifiés sur la valeur relative alimentaire de la viande et des légumes.

Je crois bon de donner quelques chiffres qui seront plus éloquents que tous les discours.

Constitution chimique

AlimentConstituantQuantité
Viande de bœuf moyenne avant cuissonEau71,8
Matières azotées20,44
Matières grasses5,20
Matières extractives1,68
Cendres0,88
Total100
Bœuf mode après cuissonEau52,20
Matières azotées30,31
Matières grasses12,54
Matières extractives3,83
Cendres1,12
HaricotsEau17,20
Matières azotées20,41
Matières grasses1,42
Matières amylacées54,51
Cellulose3,28
Cendres3,34
Pain de munitionEau42
Matières azotées5,89
Matières grasses0,52
Matières amylacées48,95
Cellulose1,31
Cendres1,33

Les lentilles, les pois se rapprochent beaucoup des haricots comme composition.

Nous voyons par ces chiffres qu’il est facile de trouver dans les légumineuses sa ration azotée ; quant aux aliments ternaires, tous les légumes et le pain y suffisent.

Pouvoirs énergétiques et résistance à la fatigue

Les physiologistes ont mis en évidence également que les trois groupes de substances organiques : les protéiques, les hydrocarbones, les graisses, peuvent être utilisés pour le travail musculaire, mais qu’ils ne le sont pas indifféremment. Ce sont d’abord les hydrocarbones, dont est gorgé l’animal, qui fournissent. Puis, lorsque la réserve d’hydrocarbones commence à être attaquée, c’est au tour des graisses, et lorsque la réserve graisseuse s’entame, c’est enfin aux protéiques que le muscle emprunte.

Lorsqu’on veut calculer la quantité d’énergie dont le muscle peut disposer, on se trouve en présence de deux principales théories physiologiques : d’après l’une, la théorie isodynamique, le muscle disposerait de la quantité totale d’énergie contenue dans les aliments des trois groupes ; d’après l’autre, la théorie isoglycosique, le muscle ne disposerait que de la quantité d’énergie contenue dans le sucre résultant de la transformation des aliments.

Voici les pouvoirs isodynamiques et isoglycogéniques de divers aliments rapportés aux mêmes poids :

AlimentValeur isodynamiqueValeur isoglycogénique
Viande de bœuf1.381 calories974 calories
Lait de vache669632
Pomme de terre988957
Haricots3.5903.205
Riz3.5963.930
Pain2.6032.537
Sucre de canne3.6003.710

D’après ce tableau, 176 grammes de sucre remplacent 730 grammes de viande.

En présence de ces chiffres, doit tomber le préjugé que la viande est absolument nécessaire au travailleur qui doit fournir un grand effort musculaire.

Du reste, Yale a entrepris quelques expériences pour déterminer la résistance à la fatigue chez des hommes soumis à des régimes alimentaires variés. Les épreuves consistaient à apprécier le temps que le sujet pouvait maintenir le bras tendu jusqu’à ce qu’il en résultât une douleur deltoïdienne insupportable ou à compter le nombre de flexions des genoux qu’il pouvait accomplir avec un rythme déterminé.

Dans ces épreuves, les abstinents de chair animale se sont montrés incomparablement supérieurs aux carnivores, et notamment pour l’épreuve de la flexion des genoux, les abstinents, même à vie sédentaire, l’emportaient sur les athlètes de profession, carnivores.

Conclusion scientifique, économique et ecclésiale

Que dire de la question économique ? Il est trop évident que, de tous les aliments courants, c’est la viande qui est le plus cher, et qu’on ne peut opposer à l’accomplissement des prescriptions de l’Église une raison économique qui n’est qu’un leurre.

L’hygiène, la science, et l’Église sont donc en accord parfait sur cette question du jeûne et de l’abstinence.

A. Briot.

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