David
Sommaire
- Début de l’article
- I. David avant sa royauté
- 1) Origine et première jeunesse de David
- 2) David à la cour du roi Saül
- 3) David errant à travers le désert
- II. David roi
- 1) La royauté de David à Hébron
- 2) Le règne de David à Jérusalem
- 3) Les crimes et les épreuves de David ; sa mort
- 4) Caractéristique du règne de David à Jérusalem
- Conclusion
- Bibliographie
DAVID. — La biographie biblique de David est renfermée dans les livres des Rois ; elle s’ouvre au chapitre xvi du premier livre et se termine au chapitre II du troisième. Cette biographie est complétée par les chapitres xi à xxix du premier livre des Paralipomènes.
Or, du commencement à la fin de l’histoire de David, le narrateur inspiré se montre visiblement préoccupé de mettre en relief l’incessante intervention de la Providence en faveur de son personnage, lequel devait jouer en effet un rôle immense non seulement au sein d’Israël, mais encore dans l’histoire du Messie futur et du monde.
L’histoire du second roi d’Israël se divise en deux parties : I. David avant sa royauté ; II. David roi.
I. David avant sa royauté
1) Origine et première jeunesse de David
David, de la tribu de Juda, était le plus jeune des huit fils d’Isaï le béthléémite. Si Samuel le choisit pour succéder à Saül, ce fut sur un ordre formel du Seigneur (I Rois, xvi, 1, 3) et dans des circonstances pleines de mystères, délicieusement racontées par l’historien sacré (ibid., 7, 11, 12) ; dès ce moment, observe le texte sacré, « l’Esprit de Dieu fut en lui » (ibid., 13).
Avant cette élection divine et encore après, David s’occupait à garder les troupeaux de son père ; même il s’était fait un nom parmi les pâtres de Juda pour son audace à poursuivre le lion et l’ours, qu’il étranglait parfois de ses mains vigoureuses (I Rois, xvii, 34-37).
De ces mêmes mains qui étouffaient les fauves, le fils d’Isaï touchait le kinnor (ibid., xvi, 17, 18). Cet art lui valut de pénétrer à la cour de Saül, que tourmentait un mal étrange, lequel n’était soulagé que « lorsque David prenait sa harpe », et en jouait devant le roi (ibid., xvi, 23).
À cette époque de sa vie David, revenu auprès de son père, eut l’occasion de se mesurer dans la vallée du Térébinthe avec le terrible philistin Goliath. Il frappa au front le géant d’une pierre de sa fronde, et, le terrassant, il lui trancha la tête (ibid., xvii, 1-54). C’est à Jahveh que le jeune David devait cette victoire (ibid., xvii, 37, 45, 46). Saül, émerveillé d’une telle vaillance, voulut avoir désormais le fils d’Isaï continuellement à sa cour (xviii, 2).
Plusieurs de ces faits sont traités par nos rationalistes de « mythes sans fondement ». « Le rôle, écrit Renan, qu’on prête à David comme harpiste auprès de Saül est légendaire » (Histoire du peuple d’Israël, t. I, p. 413).
Le même écrivain feint d’ignorer la victoire de David sur Goliath ; s’il parle d’un triomphe remporté sur les Philistins à Éphès-Dammim, il affecte de ne connaître que celui qui eut pour héros « un certain Éléazar, fils de Dodo l’Ahohite, qui presque seul arrêta les Philistins vainqueurs » (Renan, op. cit., p. 412).
En tout cela Renan se trompe ; d’abord parce qu’il attribue à Éléazar, fils de Dodo, une victoire qui, d’après II Rois, xxiii, 11, 12, semble devoir être rapportée surtout à Semma ; ensuite parce que le fait d’armes de Semma est très distinct de celui du fils d’Isaï, vainqueur de Goliath. Comp. II Rois, xxiii, 11, 12, avec I Rois, xvii, 1 et suiv.
Quant aux dénégations de Renan relatives au talent de harpiste qui fit au début la fortune de David, M. Dieulafoy lui-même (Le roi David, p. 65) les repousse, et admet comme parfaitement vraisemblable que, « dans les longues journées passées derrière ses brebis au désert », le fils d’Isaï s’était exercé à jouer du kinnor. Nous ne devons donc pas nous étonner que le jeune pâtre de Bethléem ait mérité de devenir « le cithariste du roi ». « Tous ces détails, ajoute le docte membre de l’Institut, respirent un parfum de vérité et de candeur inimitables » (op. cit., p. 74, note). Saül, lorsqu’il entendait les sons mélodieux du kinnor de David, éprouvait un réel apaisement, ses crises de mélancolie, comme celles de tout névropathe, se calmant alors ou disparaissant même tout à fait.
2) David à la cour du roi Saül
Le fils d’Isaï, par son intelligence (I Rois, xviii, 5, 14), ses prouesses dans les combats (xviii, 5, 14, 27, 30 ; xix, 8), son ascendant sur tous (xviii, 5, 7, 8, 16, 30), excita bientôt la sombre jalousie du roi (cf. xviii, 9, 15, 29). À plusieurs reprises le monarque essaya de le tuer (xviii, 11 ; xix, 9, 10, 22) ou tout au moins de le faire tuer, soit par les siens, soit à la guerre et comme fortuitement (xviii, 17, 21, 25 ; xix, 1, 11, 20 ; xx, 31).
Mais toujours le fils d’Isaï échappa au danger (xix, 4-8 ; 11-18 ; 20-22 ; xx, 27-43) ; visiblement Dieu le protégeait (xviii, 12, 14, 28).
À cause précisément de cette intervention incessante du Seigneur en faveur de David, il en coûte à la critique moderne d’admettre tous les faits que nous venons de signaler. On les suppose empruntés à des sources « d’une autorité médiocre, et donc fort contestables ». Il est tels chapitres, comme le xviie du premier livre des Rois, qui créent de réelles difficultés à la critique et à l’exégèse. Nos adversaires en tirent argument pour infirmer la véracité de certains faits qui y sont racontés.
Est-ce pour simplifier quelques-unes de ces difficultés que les LXX ont supprimé par exemple les versets xvii, 12-31, 55-58 ; xviii, 1-5 ? Plusieurs l’ont prétendu ; d’autres reconnaissent, avec plus de raison à ce qu’il semble, que le texte massorétique a subi en ces passages de nombreuses retouches et additions. On lira dans Hummelauer (Comm. in lib. Samuelis, p. 184) d’intéressantes observations à cet égard.
Nous n’estimons pas que ce soit ici le lieu d’ouvrir une discussion détaillée des diverses opinions. Ces sortes de problèmes relèvent surtout de la critique textuelle, et ont leur place davantage marquée dans un travail spécial ou dans un commentaire biblique. Une chose reste sûre pourtant, et, au point de vue où nous nous mettons, doit suffire, c’est que la diversité des sources dans le premier livre des Rois, non plus que les remaniements, transpositions, gloses, additions, n’exigent de nécessité la non-historicité des faits racontés, surtout quand ces faits en eux-mêmes n’offrent rien d’invraisemblable, de heurté ni de choquant. J’ajoute qu’on abuse vraiment de la contradiction apparente que présentent les incises xvi, 18-23, et xvii, 55-58 ; à cette difficulté exégétique, les commentateurs depuis longtemps ont largement répondu. Voir en particulier Hummelauer, Comm. in lib. Samuelis, pp. 183-184.
3) David errant à travers le désert
Fuyant la colère de Saül, David dut se cacher un peu partout dans le désert de Juda, même au delà du Jourdain. Il alla successivement à Nobé, chez le grand-prêtre Achimélech (I Rois, xxi, 1-9) ; — à Geth, au pays des Philistins, chez le roi Achis (xxi, 10) ; — aux environs d’Odollam, dans une caverne où il se réfugia (xxii, 1, 2), non loin de Soco, d’Azéca et de Jérimoth ; — puis à Maspha (xxii, 3), dans la forêt de Haret (xxii, 5) et à Céïla (xxiii, 5) ; — ensuite dans les montagnes du désert de Ziph (xxiii, 14), dans les solitudes de Maon (xxiii, 24), dans les collines d’Engaddi (xxiv, 1) et au désert de Pharan (xxv, 1) ; — finalement il revint à Geth (xxviii, 2) auprès du philistin Achis qui lui donna Sicéleg (xxvii, 6), où David se retira et où il apprit la mort de Saül (II Rois, i, suiv.).
Pendant sa vie errante de plusieurs années, on a reproché à David ses duplicités sans vergogne, ses ruses déloyales, même quelques actes de véritable banditisme. Ainsi chez Achimélech (xxi, 2) et chez Achis roi de Geth (xxvii, 10-12), il ne recula point devant le mensonge ; une fois, à la cour de ce dernier, il se déplaça jusqu’à simuler la folie ou l’ivresse (xxi, 13-15).
Ne se déshonora-t-il pas d’ailleurs souvent par sa dureté à la guerre, par ses pillages sans merci ni trêve (xxiii, 5 ; xxvii, 8, 9), par son amour des femmes qui le poussa à épouser en même temps Abigaïl et Achinoam, après avoir divorcé d’avec Michol ? (xxv, 42-44.) Renan n’a pas assez de termes pour disqualifier le fils d’Isaï en cette période agitée de sa vie : pillard, maraudeur, condottiere, flibustier, brigand, toutes ces épithètes à tour de rôle reviennent sous sa plume à l’adresse de David.
Et pourtant David ne fut ni brigand, ni flibustier, ni maraudeur au sens où il plaît à Renan de le dire. Sans doute il entreprit de nombreuses razzias ; il attaqua souvent des tribus ; il eut ses ruses de guerre, parfois méchantes, et versa le sang humain : toutes choses que Reuss nous avertit de « ne pas apprécier au point de vue de la morale ou d’une civilisation plus avancée ». Notre droit des gens n’était point celui qui régnait alors. David combattit à la manière de ses contemporains.
Qu’il ne soit pas sous ce rapport un modèle à imiter présentement, nous le voulons ; mais pourquoi le condamner a priori d’une manière absolue ? A-t-on pris garde suffisamment que ses razzias étaient pour la plupart nécessitées par le besoin que lui et ses gens avaient de pourvoir à leur propre subsistance ? N’avaient-ils pas aussi à se défendre quelquefois ? On oublie trop d’ailleurs qu’en ces circonstances difficiles David sut montrer souvent un désintéressement admirable, une générosité et une délicatesse de sentiments qu’à cette époque bien peu autour de lui pratiquaient.
Combien grande ne fut pas sa bonté pour Saül, son implacable ennemi ! (Cf. I Rois, xxiv, 4 ; xxvi, 7-12 ; II Rois, i, 11-27 ; ii, 5-7.) Saül tout le premier le reconnaissait : « David vaut mieux que moi », s’écria-t-il un jour (I Rois, xxiv, 18) avec des larmes dans les yeux. Ne sait-on pas que David aimait tendrement Jonathas, le fils de son ennemi et rival ? L’amitié qui les unissait est demeurée non moins célèbre que celle d’Oreste et de Pylade, de Nisus et d’Euryale, dans l’antiquité classique.
Le fils d’Isaï ne fut d’ailleurs en maintes circonstances pas plus inaccessible à la clémence et au pardon qu’à la bonté et à la bienveillance. Au lendemain de ses razzias sur les tribus il savait rappeler à ses Gibborim, enivrés de leur victoire, les principes de la justice et de l’équité (I Rois, xxx, 21-25) ; les bergers de Nabal, par exemple, lui en furent reconnaissants (I Rois, xxv, 15-17).
Jamais du reste le fils d’Isaï ne trahit les siens ni ne tourna ses armes contre la patrie (xxviii, 1, 2 ; xxix, 9-11 ; xxx, 26-31) ; « il demeura toujours, écrit M. Dieulafoy (op. cit., p. 326), le capitaine victorieux et néanmoins assez patient, assez sage, pour attendre à Hébron la fin du règne de Saül ». Aussi bien le Seigneur ne cessa-t-il d’intervenir pour le conseiller et le conduire pendant sa vie errante (I Rois, xxii, 5, 15 ; xxiii, 2, 4, 11, 12, 14, 27 ; xxiv, 11, 13, 16 ; xxv, 28-31, 38, 39 ; xxvi, 23 ; xxx, 6, 8 ; II Rois, ii, 1). Plus tard, dans ses Psaumes, David ne tarissait point en actions de grâces au Seigneur pour tant de bienfaits.
II. David roi
1) La royauté de David à Hébron
À la mort de Saül, le fils d’Isaï fut solennellement acclamé et sacré roi à Hébron par les hommes de Juda (II Rois, ii, 4 ; I Par., xi, 1-3). Mais en même temps Isboseth, fils de Saül, l’était par Abner pour tout Israël (II Rois, ii, 8, 9). La guerre alors commença entre les deux maisons rivales (II Rois, iii, 1).
Or il arriva que les troupes d’Isboseth furent vaincues dans un combat sanglant à Gabaon (ibid., ii, 12-17), défaite qui ébranla fort tout le parti, et Abner passa au camp de David (ibid., iii, 9-23). Isboseth fut assassiné (iv, 6-8) ; Abner, suspecté par Joab, un des capitaines de David, eut le même sort.
Toutes les tribus d’Israël sans exception reconnurent David pour roi légitime (v, 1-4), et il régna à Hébron sept ans et demi (I Par., iii, 4). Il faut remarquer que jamais monarque ne fut plus sympathique que le nouveau roi d’Israël ; l’éloge de sa générosité et de son bon cœur était sur toutes les lèvres.
Le chagrin qu’il éprouva en apprenant le double meurtre d’Isboseth et d’Abner montre assez que ce prince, si vaillant, si fort à la guerre, possédait une âme des plus tendres, accessible à la clémence et à la pitié. C’est donc bien sans raison qu’on a voulu faire de lui un brigand sans entrailles, un assassin.
Ajoutons que le Seigneur ne cessa, nous l’avons déjà dit, d’étendre sur lui sa protection puissante (II Rois, iii, 18) ; si David établit son trône à Hébron en attendant que les portes de Jérusalem lui fussent ouvertes, ce fut parce que Dieu en avait ainsi ordonné (II Rois, ii, 1) ; toutes choses qui témoignent en faveur du bon droit et du noble caractère du fils d’Isaï.
2) Le règne de David à Jérusalem
À Jérusalem David régna trente-trois ans (I Par., iii, 4 ; II Rois, v, 5). Il n’entra dans la ville sainte qu’après avoir assiégé et pris d’assaut la forteresse de Sion (ibid., 7-9). Bientôt le bruit se répandit de cette victoire, Hiram, roi de Tyr, pour le féliciter lui envoya des présents (II Rois, v, 11 ; I Par., xiv, 1, 2).
Toutefois les Philistins, les Moabites, les Syriens de Damas et d’autres peuplades voisines s’agitaient encore ; David finit par les soumettre (II Rois, v, 17-21 ; 22-25 ; viii, 1-14). Le pieux monarque crut que le temps était venu de transférer l’arche de Cariathiarim à Jérusalem ; une grande fête fut organisée à cet effet (II Rois, vi, 1-23). David était à l’apogée de sa gloire (I Par., xvi, 1-43 ; xvii, 1-27). Dieu lui donna de nombreux enfants (II Rois, v, 14-16) ; tout lui était prospère.
Un seul point noir restait à l’horizon, l’insoumission des Ammonites qu’on n’avait pas pu réduire jusque-là. Contre eux David envoya ses meilleures troupes et ses plus habiles généraux qui à la fin les domptèrent (II Rois, x, 7, suiv. ; I Par., xix, 6, suiv.). C’était la paix, semblait-il, pour toujours.
Mais dans cette guerre contre les Ammonites David aurait commis d’inexcusables atrocités, absolument indignes d’un roi dont la Bible dit qu’il « fit le bien aux yeux du Seigneur, et ne s’écarta jamais en sa vie entière des préceptes de Dieu, excepté dans l’affaire d’Urie l’Héthéen » (cf. III Rois, xv, 5).
Nous lisons que David, lors du sac de Rabbath-Ammon, « fit sortir les habitants, les coupa avec des scies, fit passer sur eux des traîneaux bardés de fer, les tailla en pièces avec des couteaux et les jeta dans des fours à briques ; qu’il traita d’ailleurs ainsi toutes les villes des Ammonites » (II Rois, xii, 31). Jusqu’à ces dernières années on ne cherchait guère à disculper le monarque israélite. Très généralement on répondait que ces cruautés s’expliquent par les mœurs barbares de l’époque.
Dans l’espèce, cette solution suffit-elle ? Je ne le pense pas. On a déjà vu que David se distingua justement de ses contemporains par la clémence, par des mœurs plus douces, par une sage modération à la guerre, et que c’est tout à fait à faux que Renan le traite de « bandit » et de « brigand ». Hoffmann, suivi par nombre de critiques, a proposé une solution autre et qui paraît fondée.
Le texte, d’après lui, devrait être légèrement corrigé et traduit ainsi : « Il fit sortir les habitants de la ville prise et les mit aux scies (pour scier la pierre), aux pics de fer, aux haches de fer, et les fit travailler au moule à briques ». Cette traduction a été adoptée récemment par l’abbé Crampon. Dans cette hypothèse, la difficulté disparaît ; les atrocités prétendues de David reposeraient uniquement sur la distraction ou l’inexpérience d’un copiste.
L’exégèse catholique n’y a peut-être pas assez pris garde ; quant à l’exégèse rationaliste, elle a, ici comme en beaucoup de cas, trop vite et trop bruyamment triomphé (cf. Revue biblique, 1898, pp. 253-258).
La paix que présageait la défaite des Ammonites n’allait pas durer ; des jours mauvais vont se lever pour le monarque.
3) Les crimes et les épreuves de David ; sa mort
Pendant le siège de Rabbath, le roi eut la faiblesse de commettre l’adultère avec Bethsabée, femme d’Urie (II Rois, xi, 1-5) ; premier crime qui fut suivi d’un second : le meurtre d’Urie lui-même (ibid., 6-24). Épouvanté par les justes reproches de Nathan (xii, 1-12), David comprit l’énormité de sa faute (xii, 13). Dieu eut égard à son repentir ; Salomon lui naquit de Bethsabée (ibid., 24, 26). Mais le prince devait expier durement son double crime en de successives épreuves.
Il eut à pleurer d’abord sur l’inceste d’Amnon, son fils (II Rois, xiii, 1-21) ; puis sur le meurtre de cet enfant qu’Absalom, un autre de ses fils, ordonna d’égorger (xiii, 22-31 ; 36-37) ; ensuite sur la révolte d’Absalom (xv, 1-12) qui le força à s’enfuir de Jérusalem sous les huées de l’ingrat Séméi (xv, 16, suiv. ; xvi, 5-7, 13) ; enfin sur la mort d’Absalom, tué par Joab au grand désespoir de David (xviii, 14, 15, 32, 33 ; xix, 1-4).
Le pauvre roi faillit même voir son propre trône tomber ; heureusement Joab apaisa la rébellion (xx, 1, 2, 8-12).
Après tous ces chagrins David mourut. Sa dernière consolation fut de faire proclamer roi Salomon son fils, auquel il adressa avant de mourir des recommandations qui témoignent de la plus haute piété (III Rois, ii, 1-9 ; I Par., xxii, 6-19 ; xxiii, 1).
4) Caractéristique du règne de David à Jérusalem
On a violemment attaqué les mœurs de David ; on a contesté sa piété ; même ses vertus naturelles de bonté, de clémence, de générosité, on les a niées (voir Renan, op. cit., t. I, pp. 440-449 ; Piepenbring, Hist. du peuple d’Israël, p. 165 ; etc.). Ce sont des calomnies qu’il faut repousser.
David sans doute pratiqua la polygamie (II Rois, v, 13 ; I Par., xiv, 3), mais cette licence, tolérée par la Loi, était consacrée en quelque sorte, il faut le reconnaître, par les usages du temps. D’ailleurs la Bible fait observer qu’il était chaste (III Rois, i, 1-4), et c’est fausser l’histoire que de donner à ce prince un « harem », comme en possèdent les sultans de nos jours.
David eut pourtant le malheur de tomber dans l’adultère ; mais quel homme sur terre ayant péché avoua plus humblement sa faute et l’expia plus amèrement ? Combien grande ne fut pas sa résignation dans l’épreuve ! (II Rois, xv, 25, 26, 30 ; xvi, 10-12 ; III Rois, ii, 7.) — Quant à sa piété, elle fut sincère, profonde, intelligente (cf. Dieulafoy, op. cit., pp. 98, 99, 118, 119, 217, 218, 334), et non pas « extérieure seulement et formaliste » comme on l’a dit.
Il fit tout ce qu’il put pour organiser le culte à Jérusalem ; même il aurait bâti un temple au Seigneur, si cet honneur n’eût pas été réservé au pacifique Salomon. Nombreuses sont dans la Bible les preuves de sa haute piété : II Rois, vi, 9-10 ; 12-14 ; 17-18 ; 21-22 ; vii, 1-2, 18-29 ; viii, 11 ; xxii, 1-51 ; xxiii, 16 ; xxiv, 10. On ne s’explique donc point ce mot de Renan : « Peu de natures paraissent avoir été moins religieuses » (op. cit., p. 449).
Quant aux vertus naturelles, David en déploya comme peu de princes à son époque ou même après lui en déployèrent : sa bonté (II Rois, ix, 1-13 ; x, 5 ; xix, 31-39 ; xxiii, 17) ; son amour du peuple (xix, 12) ; sa reconnaissance (II Rois, x, 2 ; I Par., xix, 2) ; sa fidélité à ses promesses et à la foi donnée (II Rois, xxi, 7) ; sa clémence enfin pour Saül et pour ses ennemis (II Rois, xix, 22, 23, 27-30 ; xxi, 12-14) se révélèrent en maintes circonstances.
Son gouvernement, quoi qu’on en ait dit, fut sage, juste, modéré (II Rois, viii, 15 et suiv. ; xix, 11-14 ; xxi, 3 et suiv.). Aussi le peuple lui était-il profondément attaché (II Rois, xix, 40-43).
Une fois sans doute David céda publiquement à l’orgueil et par là offensa le Seigneur (II Rois, xxiv, 1 et suiv.), mais avec quelle humilité n’accepta-t-il pas la punition du ciel ! (II Rois, xxiv, 10 et suiv.) Aussi, le Seigneur se plut-il à protéger de façon visible un monarque si exemplaire jusque dans ses égarements passagers (II Rois, v, 10, 12, 19, 20, 23-25 ; vii, 8-16 ; xvii, 14 ; xxiii, 2).
Conclusion
David fut un pieux Israélite, un habile capitaine, un grand roi. — Sur David psalmiste et prophète de l’Ancien Testament, voir Psaumes.
Bibliographie
Outre les commentaires sur les livres des Rois et des Paralipomènes, outre les dictionnaires de la Bible (Kitto, ;
Vigouroux, ;
Hastings, ), on peut consulter Meignan, ;
Renan, , t. I ;
Ledrain, , t. I ;
Danko, ;
Zschokke, ;
Vigouroux, , t. IV ;
Piepenbring, ;
Pelt, , t. II ;
Schlatter, ;
Dieulafoy, ;
etc.
C. Chauvin.