Trophime
Sommaire
I. Le chapitre XX des Actes nous a fait connaître les compagnons de saint Paul dans son voyage de Jérusalem. Nous avons dit ailleurs ce qui lui arriva dans la cité déicide, les dangers de mort auxquels il fut exposé, sa translation à Césarée devant le gouverneur romain et enfin son appel à César. Il faut maintenant faire connaître ceux qui l'accompagnèrent dans sa longue et laborieuse navigation. Le premier est saint Luc, l'historien du voyage, le second Aristarque de Macédoine, le troisième Trophime d'Éphèse. Excepté Trophime, tous arrivèrent à Rome, la cinquante-neuvième année de Notre-Seigneur, la troisième année de l'empire de Néron, sous le second consulat de ce prince et de Calpurnius Pison.
II. Trophime étant tombé malade, saint Paul fut obligé de le laisser dans l'île de Malte. Adorons ici les impénétrables conseils de la divine Providence. Débarqué à Malte, saint Paul guérit, là comme ailleurs, tous les malades qui lui furent présentés, et Notre-Seigneur ne lui permit pas de guérir son ami le plus intime et le plus nécessaire, pas plus qu'il ne lui laissa le pouvoir de guérir son cher Timothée de ses maux d'estomac. Preuve entre mille que Dieu n'a besoin de personne et qu'il éprouve souvent de la manière la plus douloureuse ses plus fidèles serviteurs. Rendu à la santé, Trophime vint rejoindre à Rome son cher maître. Là se trouvèrent plusieurs amis de saint Paul : Dimas, Tite, Tychique. Étaient-ils venus sur le même navire, avec l'Apôtre, ou étaient-ils arrivés séparément ? On n'en sait rien.
III. Quoi qu'il en soit, après deux ans de captivité, l'Apôtre des nations partit pour les Gaules et pour l'Espagne. Entre autres, il emmena avec lui Trophime, ordonné évêque par saint Pierre et destiné à l’évangélisation des Gaules.
IV. Notre grand Martyrologe, rédigé, comme on doit le savoir, sur les pièces les plus authentiques et par les hommes les plus compétents, s'exprime ainsi en parlant de saint Trophime : « Saint Paul se préparant au voyage d'Espagne, prit avec lui Trophime, évêque et confesseur, disciple des Apôtres saint Pierre et saint Paul, avec Crescent qui était de retour de la commission que lui avait donnée l'Apôtre (probablement sa mission en Galatie), et Sergius Paulus et autres porte-enseignes de la foi, comme des prédicateurs très capables et très propres à commencer l'œuvre de la grâce dans la Gaule. »
V. Or, passant par la Gaule Viennoise et Narbonnaise, en se rendant en Espagne, il députa Trophime pour prendre soin de toute la Gaule, et il fut nommé évêque d'Arles, qui était alors la Rome des Gaules. On voit encore à Arles 1 la petite maison et le faubourg qui a retenu le nom de Paul, parce que l'Apôtre y logea, lorsqu'il prit la route d'Espagne. Il y a encore dans ces lieux de vieux monuments de ce passage de saint Paul qui sont assez manifestes, outre le témoignage authentique de l'ordination de Crescent pour Vienne et de Sergius Paulus pour Narbonne 2. » . .
VI. L'Église des Gaules rend aux Apôtres saint Pierre et saint Paul un hommage solennel : « Quoiqu'elle professe qu'ils sont tous deux les fondateurs de l'Église universelle, néanmoins elle les reconnaît avec raison pour ses propres Pères et ses vénérables maîtres et pédagogues en la foi de Jésus-Christ, puisqu'elle les reconnaît pour auteurs de cette religion qu'elle possède depuis le moment où l'Évangile a jeté ses rayons dans le monde, aux premiers jours de l'Église naissante 3. » .
VII. Aussi, en reconnaissance de cet insigne bienfait, elle les prêche dans les chaires et les honore dans les divins offices comme les premiers défenseurs et conservateurs de la religion qu'elle a reçue. » Et au 30 juin : « La Commémoration de saint Paul, Apôtre, docteur des Gentils, le premier flambeau et illuminateur des Gaules et l'ordonnateur de ses premiers évêques : Trophime d'Arles, Paul de Narbonne, Rufus d'Avignon et plusieurs autres évêques de la Gaule Celtique, Viennoise et Narbonnaise. »
VIII. Pour établir l'apostolat de Trophime dans les Gaules, son ordination comme évêque d'Arles et sa suprématie métropolitaine, nous avons dit que le Grand Martyrologe des Gaules s'appuie sur des monuments d'une autorité irréfragable. En voici quelques-uns. Au commencement du Ve siècle, l'Église de Vienne contestait certains privilèges de l'Église d'Arles. Dix-neuf évêques appartenant à cette dernière Métropole portent la cause à Rome. En 417, le Pape Zosime répond : « Il faut certes bien se garder de déroger sous aucun prétexte au privilège de la ville métropole d'Arles, à laquelle, dès l'origine, fut envoyé de ce siège le grand pontife Trophime. De cette source ont découlé dans toute la Gaule les ruisseaux de la foi 45
X. En 430, ces mêmes évêques ou leurs successeurs, réunis en concile, écrivent au Pape saint Léon le Grand, en faveur des privilèges de leur Métropole, que l'Église de Vienne s'obstinait à contester. « Il est, disent-ils, de notoriété publique dans toutes les Gaules, et la très sainte Église romaine ne l'ignore pas, que, la première dans les Gaules, la cité d'Arles a mérité d'avoir pour évêque saint Trophime, envoyé par le Bienheureux Apôtre Paul, et que de là le don de la foi et de la religion s'est répandu peu à peu dans les autres contrées des Gaules .)
X. Vers 886 parut, sur le même sujet et sur d'autres semblables, la bulle du Pape Étienne VI. Le Souverain Pontife confirme la dépendance de l'archevêché de Tarragone à l'archevêché de Narbonne, établie primitivement par les Apôtres saint Pierre et saint Paul, et maintenue par les Papes 6. Il appuie ses assertions sur les mémoires authentiques, conservés avec soin dans la bibliothèque du Vatican 7. « Au reste, continue le Vicaire de Jésus-Christ, je vais vous rappeler comment se sont passés les faits qui confèrent à Narbonne la suprématie sur l'Église de Tarragone. » . .
XI. L'Apôtre et le docteur des gentils, saint Paul, étant sorti de Rome et s'en allant prêcher en Espagne, selon sa promesse, prit avec lui Trophime d'Éphèse et le très prudent Sergius Paulus qu'il avait gagné à Jésus-Christ, ainsi que Torquatus, Secundus, Midalecius et quelques autres. « Entré dans la Gaule Cisalpine, il passa par la ville d'Arles, Métropole de la province. Il resta quelque temps dans cette ville, prêchant le royaume de Dieu. Pour affermir les néophytes qu'il venait de convertir, il laissa dans cette ville Trophime qui avait été ordonné évêque par saint Pierre; puis il continua sa route jusqu'à Narbonne. «
XII. De là il envoya Torquatus avec six autres compagnons pour prêcher en Gaule suivant l'ordre de saint Pierre. Pendant ce temps, lui-même prêchait à Narbonne avec Sergius Paulus. Sa prédication eut un grand succès, non seulement à Narbonne, mais dans les villes voisines. Il confia cette chrétienté naissante à quelques disciples et partit pour l'Espagne avec Paulus. Pressé de retourner à Rome, le grand Apôtre quitta l'Espagne avec Sergius Paulus, qu'il promit aux fidèles de renvoyer pour les consoler et les affermir, avec ordre de lui obéir en tout comme à lui-même. «
XIII. De retour à Narbonne, et ayant tout disposé pour son voyage, il laissa dans cette ville son compagnon Sergius Paulus, lui recommandant de nourrir du lait de céleste consolation ceux qu'il avait engendrés à la foi. Tout étant ainsi réglé, après les larmes et les baisers réciproques, l'Apôtre prit sa route vers Rome et Sergius Paulus résida à Narbonne (1). » (1) Ann., an. 46, n. 2.
XIV. Sans parler des intimes amis du Sauveur, Lazare, Marthe et Marie, saint Trophime, saint Sergius Paulus et ceux que nous avons nommés dans cette Biographie 8, ils ne furent pas les seuls missionnaires primitifs qui vinrent apporter dans les Gaules le flambeau de l'Évangile. Toute la tradition, parlant par la bouche de Baronius, s'exprime ainsi : « L'an 46 de Notre-Seigneur, la seconde année du premier séjour de saint Pierre à Rome, la quatrième du règne de l'empereur Claude, les régions et les villes de l'Occident eurent pour apôtres, envoyés par saint Pierre : la Sicile, Pancrace, Marcion, Béville et Philippe; Capoue, Prisque; Naples, Aspren; Terracine, Épaphrodite; les habitants d'Equilium 9, Marc, différent de l'Évangéliste; Népi, Ptolémée; Fiesole, Romulus; Lucques, Paulin; Ravenne, Apollinaire; Vérone, Euprepius; Padoue, Proscedocimus; Pavie, Syrus; Aquilée, après Marc, Hermagoras. Dans les Gaules, Limoges, Toulouse, Bordeaux et tout le pays, Martial; Tongres, Cologne et Trêves, Materne et Valère; Reims, Sixte; Arles, Trophime; Sens, Savinien; Le Mans, Julien; Vienne et Mayence, Crescent; Châlons, Memmius; Bourges, Ursin. L'Auvergne, Austrémoine; Saintes, Eutrope; la Germanie, Euchère, Égiste et Marcion. En Espagne, Torquatus, Ctésiphon, Second, Indalécius, Cécilius, Ilésychius, Euphratius et d'autres encore. La tradition nous apprend encore que l'Évangile, grâce à saint Pierre, pénétra dans la Grande-Bretagne, ce qui n'a rien d'étonnant, puisque, l'année précédente cette île, conquise par l'empereur Claude, était ouverte à l'Évangile. » v. .
XV. Dans d'autres Biographies nous reviendrons sur cette apostolicité primitive des Gaules et du monde, afin de faire ressortir de plus en plus l'étonnant miracle de l'évangélisation pour ainsi dire instantanée de l'univers entier. En attendant, remercions Dieu de cet immense bienfait et sachons en profiter par notre conduite. Terminons la Biographie de saint Trophime par la citation du Martyrologe romain : « À Arles, naissance de saint Trophime dont saint Paul fait mention en écrivant à Timothée, qui, établi par le même Apôtre évêque de cette ville, fut le premier à l'évangéliser. » 10
Notes
- Ceci est écrit au XVIIe siècle ↩
- Martyrol. Galliae, 2 vol. in-folio, par Mgr Dussaussay, évêque de Toul ↩
- Illius quam possidet ab elucescente orbi Evangelio, fidei et Religionis authores agnoscit ↩
- Sanequoniam Metropolitanae Arelatensium urbi vêtus privilegiumminimederogandum est, ad quara priniuni ex hac sede, Trophimussummus antistes, ex cujus fonte totae Galliae fidei rivulosacceperunt, directus est, [Collect. Constant, t. I, p. 938.) ↩
- . » (1) Jure enim ac merito ea (urbs Arelatensis) semper apicem sanctae dignitatis obtinuit, quae in S. Trophimo primitias nostrae religionis prima suscepit, ac postea intra Gallias quod munere fuerat consecuta, studio doctrinae salutaris effudit. (Inter Leoninas, p. 182, edit. Venet. 144 ↩
- Ce qui indique la priorité de l'épiscopat de Sergius Paulus à Narbonne ↩
- Pro ut hactenus in B. Petri armario diligenter servantur reposita ↩
- Voir : Vie de S. Martial, par le P. Bonav. de S.-Amable, 1re part., liv. VI, p. 330 et sui ↩
- Ville aujourd'hui détruite, à l'embouchure du Pô ↩
- Ann., an. 40, n. 2. Voir: Bar., an. 46, n. 2; an. 59, n. 1; Cor. a Lap., in Act. app. XX, v. 1; Anselm., in c. XVI, Epist. ad Rom.; Ado, in Martyrol.; Surius, Vit. SS., t. VIII, etc., etc. ↩