Marie, mère de Marc et Rhode
Sommaire
I. Ainsi que nous l'avons vu, le XIIe chapitre des Actes des Apôtres, versets 1 et suivants, est une des pages les plus intéressantes de ce livre divin; elle contient le nouvel emprisonnement de saint Pierre, par ordre d’Hérode Agrippa l'Ancien; la délivrance de l'Apôtre par l'ange du Seigneur et son refuge dans la maison de Marie, mère de Marc.
II. Nous la lisons avec d'autant plus d'intérêt, que les faits accomplis il y a dix-huit cents ans se passent aujourd'hui sous nos yeux: Pierre est en prison. Les Hérodes modernes se sont ligués contre lui et le tiennent captif, désirant sa mort, ou tout au moins disposés à user d'indulgence à l’égard de ses assassins. L'Église du Ier siècle priait nuit et jour pour la délivrance de son père et de son chef: ainsi doit faire l'Église des derniers temps. La page dont nous allons reproduire quelques lignes n'est pas une histoire seulement: c'est une leçon.
III. En ce temps-là, le roi Hérode commença à persécuter quelques membres de l’Église. Il fit mourir par le glaive Jacques, frère de Jean. Et voyant qu’il plaisait ainsi aux juifs, il fit arrêter Pierre.» Nous ne rapporterons pas ici la suite du chapitre. On peut la relire dans la Biographie précédente.
IV. L'Hérode qui est ici nommé n'est ni le premier Hérode, surnommé l’Ascalonite, qui fit massacrer les enfants de Bethléem, ni Hérode Antipas, son fils, qui fit mourir saint Jean-Baptiste et tourna Notre-Seigneur en dérision, ni Hérode Agrippa le Jeune, mari de la fameuse Bérénice: c'est Hérode Agrippa l'Ancien, petit-fils d’Hérode Ier. Ainsi quatre Hérodes forment la dynastie hérodienne: Hérode Ier, Hérode Antipas, Hérode Agrippa le Jeune et Hérode Agrippa l'Ancien, dont nous avons donné la biographie.
V. La nouvelle persécution contre les chrétiens de Jérusalem eut pour auteur Hérode Agrippa, digne petit-fils du bourreau des Innocents. Il avait été retenu en prison, à Rome, sous Tibère; mais il en avait été tiré par Caligula, et avait obtenu le titre de roi. Or, saint Jacques, frère du disciple bien-aimé, s'était attiré par ses miracles la haine des scribes d'Israël, et le roi Agrippa, qui cherchait avant tout la faveur populaire, le sacrifia à leur jalousie. Voyant qu'il s'attirait par là la considération des juifs, il alla plus loin. Il fit prendre saint Pierre pour le faire mourir de la même manière après la fête de Pâque. Le saint Apôtre fut attaché nuit et jour à deux soldats par une double chaîne, ce qui prouve que la prison militaire custodia militaris, à laquelle saint Paul fut soumis à Rome, était alors en usage dans tout l'empire romain.
VI. Et celui qui traitait ainsi saint Pierre était ce même Agrippa qui, sous Tibère, avait été enchaîné pendant six mois à un soldat, à cause d'une parole malveillante, et qui n'avait dû sa délivrance qu'à la mort de cet empereur, et à la bienveillance de son successeur, Caligula.
VII. Miraculeusement délivré, saint Pierre vint chez Marie, sœur de Barnabe, mère de saint Marc et cousine de saint Paul. Après la mort du Sauveur, Marie avait offert sa maison aux disciples, et c'est chez elle qu'ils s'assemblaient et célébraient le Saint Sacrifice. Comme ces faits ne pouvaient être ignorés des juifs, on s'explique pourquoi saint Pierre ne fit que passer dans la maison de Marie et s'en alla chercher un autre refuge. Tout cela avait lieu aux fêtes de Pâque de l'an 44 de Notre-Seigneur.
VIII. Voici maintenant ce que la tradition nous apprend au sujet de la maison de Marie. Cette maison était située sur le mont Sion. Dans le cénacle, c'est-à-dire dans la salle supérieure de cette maison, Notre-Seigneur mangea la Pâque avec ses disciples et institua l'Eucharistie. C'est là qu'après sa Résurrection il apparut à saint Thomas; là, qu'au retour du mont des Olives, après l'Ascension du Sauveur, se mirent en retraite les Apôtres et les disciples, au nombre de cent vingt, parmi lesquels étaient Marc et Barnabé, l’un fils de Marie, et l'autre son cousin, et de plus la Très Sainte Vierge et quelques-unes des saintes femmes. C'est là que, le jour de la Pentecôte, le Saint-Esprit descendit sur l'auguste assemblée 1. Là, que saint Jacques fut créé, par les Apôtres, premier évêque de Jérusalem; que les sept diacres furent ordonnés; que fut célébré le Concile de Jérusalem, le premier de tous; et qu'avant de se séparer, les Apôtres rédigèrent le Symbole.
IX. Faut-il être étonné si l'impératrice sainte Hélène fit bâtir en ce lieu, unique au monde, une magnifique église, dans le portique de laquelle fut enfermé le vénérable Cénacle. Au moyen âge, ce Cénacle devint une partie du couvent des Franciscains; aujourd'hui, maîtres de Jérusalem, les Turcs ont chassé les Franciscains, et du monastère ils se sont fait un palais, ou plutôt un sanctuaire, dans lequel ils n'entrent jamais sans ôter leurs sandales.
X. Au nombre des personnes réunies en prières dans la maison de Marie, lorsque, au milieu de la nuit, saint Pierre délivré vint frapper à la porte, se trouvait une jeune fille nommée Rhode (en grec Rose). Vive, alerte, l'oreille au guet, elle entend frapper; elle court à la porte et demande qui est là: «C'est moi,» répond saint Pierre, dont elle reconnaît la voix. Mais, folle de joie, elle n'ouvre pas; et, laissant saint Pierre à la porte, elle court annoncer à l'intérieur que Pierre est là.
XI. Mais eux lui dirent: «Vous avez perdu l'esprit!» Elle assurait que c'était lui. Et ils disaient: «C'est son ange.» Cependant Pierre continuait de frapper, et lorsqu'ils eurent ouvert, ils le virent et furent dans la stupeur. Mais lui, de la main leur faisait signe de se taire, raconta comment le Seigneur l'avait tiré de prison, et il dit: «Annoncez cela à Jacques et aux prêtres,» et il alla dans un autre lieu.
XII. Voyez-vous la naïve candeur de la jeune Rose? n'est-ce pas la nature prise sur le fait? Au lieu d'ouvrir, ce qui était très urgent, elle laisse Pierre dans la rue, au risque d'être arrêté de nouveau. Sa joie l'empêche d'y songer. Elle n'a qu'une préoccupation, c'est de faire part de son bonheur aux chrétiens, ses frères. Après quelques instants d'hésitation, on vient s'assurer de la vérité du message. Pierre est reconnu; il entre. Dieu! quelle scène dut se passer dans cet heureux moment!
XIII. Sur la candide Rose ajoutons un détail conservé par la tradition. Rose de nom, Rose d'angélique beauté, l'intéressante jeune fille mérita l'unique bonheur d'empourprer de son sang sa robe virginale. Obligée de fuir de la Judée, comme la plupart des chrétiens de Jérusalem, elle vint, avec plusieurs, dans l'île de Sardaigne, où elle reçut la couronne du martyre, sous l'empire de Trajan 2.
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XIV. Cette charmante Rose commença la collection nombreuse des Roses non moins belles que l'Église catholique a vues naître dans le jardin de son divin Époux. C'est sainte Rosula, petite Rose éclose au soleil d'Afrique, qui, sous l'empire de Valérien, remporta la double palme de la virginité et du martyre. C'est sainte Rosalie de Palerme, l'orgueil et l'amour de la Sicile. C'est sainte Rose de Viterbe, dont le corps virginal conserve encore, après six cents ans de sépulture, la flexibilité de ses membres et la vivacité de ses couleurs. C'est sainte Rose de Lima, la plus gracieuse fleur du nouveau monde.
XV. Si, comme le dit un ancien, la Rose est la reine des fleurs, le sourire de la terre, la pourpre du jardin, le saphir des parfums, l'œil d'avril, le phénix du printemps, la pompe de la nature, il faut avouer que nul autre nom ne pouvait mieux caractériser les Roses vivantes, embellies de tous les charmes d'une jeunesse virginale, rehaussée des dons surnaturels de la Grâce.
XVI. Je demande si on peut trouver, dans n'importe quel livre, rien de plus vrai, rien de plus naïf, que la conduite de cette jeune fille? N'est-ce pas, nous le répétons, la nature prise sur le fait? Sainte Rose, priez pour nous.
Voir Sepp: Vie de N.-S. J.-C., t. II, c. 18; Adrichom., Descript. Terr. S. Jerusalem, n. 6; Alexand., in Vit.; S. Bernard.; Cor. a Lap. in Act. Apost., c. I, 13; et XII, 13, etc., etc.