Dictionnaire apologétique de la foi catholique

Yoga, Yogisme

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Sommaire

  1. Définition et objet de la réfutation
  2. L’idéal unitif allégué
  3. Opposition avec la doctrine chrétienne
  4. Contrefaçons des dogmes chrétiens
  5. Prétention d’annexer le mysticisme chrétien
  6. Puissance humaine et biens terrestres
  7. Pouvoirs allégués et réticences des docteurs du yoghisme
  8. Éclectisme de la doctrine et jugement final
  9. Signature

Définition et objet de la réfutation

YOGA, YOGHISME. — Par ces mots on entend une discipline « théosophique » orientale, accréditée de nos jours par des esprits désemparés, et suivant laquelle l’âme humaine aurait le pouvoir de se diviniser par recueillement, et d’accroître ainsi sa puissance, son rayonnement et son bonheur. Nous croyons avoir discerné nous-même ailleurs, en quelques lignes, le gouffre qui sépare le yoghisme de l’ascèse (Thèse compl. de doctorat ès lettres, Paris, 1914, note 34).

Mais plus spécieux en tant que contrefaçon de la mystique chrétienne, le yoghisme, à ce titre, mérite, en raison des illusions qu’il entretient, la réfutation qui doit en condamner le néant eudémonique, éthique et social.

L’idéal unitif allégué

Il est exact que le yoghisme propose à l’âme un idéal unitif ; son nom même signifierait union, union avec Dieu. Mais de quel Dieu s’agit-il ? D’un principe essentiel « caché en toutes choses et surtout dans l’homme… » (Frantz Hartmann, Philosophie yoga, 1920, pp. 23-25) ; d’un dieu indéfini plutôt qu’infini ; d’un devenir plutôt que d’un Être ; d’un objet virtuel, et surtout illusoire, qui se déroule de lui-même au fond de nous, où il est inclus.

Être yoghi, c’est faire « un effort méthodique de perfectionnement pour la réalisation des pouvoirs latents de l’Être humain » (Potel, La divine réalisation ; Synthèse des Yogas, 1912, p. 8) ; pratiquer la yoga, c’est atteindre « la manifestation de Dieu dans l’homme, la vie divine sur la terre » (Id., p. 325). Cette ambition absurde, à supposer qu’elle fût réalisable, correspondrait à un dédoublement de l’homme, nullement à une union.

Opposition avec la doctrine chrétienne

La doctrine chrétienne propose à notre amour ou oppose à notre impiété un Dieu toujours objectif et qui, lors même qu’il se communique à nous, reste évidemment distinct, comme sa grâce laisse notre nature intacte.

Il est logique de parler d’union entre l’abîme de notre misère et l’infini de cette miséricorde ; mais il est contraire à l’esprit de la yoga de se représenter en dehors de nous un Dieu personnel, accessible, communicable, puisque les maîtres du yoghisme le déclarent « hors d’atteinte par qui que ce soit » (D. A. Courmes, Traité de Raja-Yoga, Publications théosophiques, 1913, p. 61). Christianisme et yoghisme sont donc inconciliables.

Contrefaçons des dogmes chrétiens

Des essais de conciliation, fondés sur une contrefaçon des dogmes ou une interprétation symbolique de leur contenu, ne rendent que plus suspecte, et plus vague, cette caricature impie du mysticisme chrétien. Confondre Dieu, la Nature et l’Homme, comme « inséparables dans un seul Tout » (Hartmann, op. cit., p. 25), ce n’est pas copier, ce n’est même pas rappeler la Trinité divine.

S’autoriser de cette confusion pour naturaliser « le Saint-Esprit au-dedans de nous », non pas comme un visiteur, mais comme la source de la Lumière, de « Jésus émanant dans l’Éternité de Jéhovah », ce n’est pas diviniser l’homme, c’est réduire Dieu, c’est lui substituer notre humanité. C’est par une métaphore également grossière et à la condition de vider les mots de leur sens, qu’on se flatte de susciter la vie du Christ en nous (pp. 4-6), parce qu’on invite l’Esprit à triompher de l’ignorance, comme la Résurrection triomphe de la mort ! « Notre but », écrit Maurice Potel (op. cit., pp. 324-325), « est de montrer aux disciples de la Yoga que… l’Évangile du Christ leur offre le plus puissant exemple de la vie divine pleinement réalisée sur la terre, c’est-à-dire du but ultime de la yoga. » Le lecteur a bien lu : « exemple » impliquant une multiplicité d’incarnations, un Homme-Dieu tiré à d’innombrables exemplaires.

Quant à ceux qui voudraient voir dans de tels textes une apologie du Christ, M. Sage (La Yoga ou le Chemin de l’Union divine, 1915, — p. 84) les détrompe : pour lui, l’auteur de l’Imitation, pour lui sainte Thérèse n’adorent qu’un Dieu impersonnel. Ils l’appellent Jésus ? Mais « il serait aussi inintelligent de les entendre au propre que de voir un homme joufflu dans le vent du Nord quand on l’appelle Borée ».

Prétention d’annexer le mysticisme chrétien

Ce panthéisme n’en prétend pas moins annexer le mysticisme chrétien. « La Yoga peut être considérée comme l’élément providentiel où s’uniront, avec les études et les lenteurs nécessaires, l’ascétisme hindou, la mystique chrétienne, et le psychisme expérimental » (Jounet, Avant-propos de la traduction du Traité de Yoga de Patandjali).

Puissance humaine et biens terrestres

Mais le but du yoghi n’est pas la contemplation ni l’amour ; c’est l’acquisition de la puissance humaine et du bonheur mondain, c’est une concupiscence tendue vers ici-bas : « Une initiation est un ensemble d’actes qui ont pour but et pour effet de mettre l’homme… en relations avec les forces électrotelluriques, et lui donner sur elles, mais sur elles seules, une certaine maîtrise ». (Sédir, Le Fakirisme hindou et les Yogas, Chacornac, 1911, pp. 12-14).

Il ne s’agit donc là que de biens terrestres, de ceux qui allèchent l’avarice, de ceux qui exaltent l’orgueil. On convoite, et pour soi seul, la connaissance de l’avenir, du passé, des prétendues existences antérieures (Patandjali, Traité de Yoga, éd. de 1914, p. 9) ; on se promet toutes sortes de facultés miraculeuses ou magiques (id., p. 10 ; — cf. D. A. Courmes, op. cit., p. 107) ; guérir d’un mot les malades, s’élever dans les airs, marcher sur l’eau ; mais rien de tout cela n’est présenté comme le don d’un Dieu extérieur, c’est le résultat prétendument constant d’un exercice accessible à chacun : « L’ascète peut atteindre l’état de méditation extatique par une profonde dévotion à Tawara… recueillir la pensée puis la tourner vers l’Absolu… La maîtrise de l’ascète s’étend sur l’atome et sur l’infini. » (Patandjali, pp. 23-40).

Le moyen qu’on feint de divulguer n’est pas décrit, il ne consiste que dans un mot incompréhensible pour les non-initiés, et vraisemblablement synonyme d’attrape-nigauds dans la bouche des autres : faire samyama ! Ex. : « On fait samyama sur ses yeux, et l’on se rend invisible, etc. » (Courmes, op. cit., pp. 113-134 et sq.)

Pouvoirs allégués et réticences des docteurs du yoghisme

« Quand l’homme s’est rendu maître » [des passions] « il s’aperçoit qu’il est devenu en même temps et sans le chercher le maître de la Nature entière. En attendant, dès que son ascension a dépassé un certain niveau, l’homme possède ce qu’on appelle des pouvoirs.

Ces pouvoirs sont divers… tel lit dans les cœurs, cet autre est clairvoyant, celui-ci guérit par l’imposition des mains, un autre éteint un incendie par son geste et sa prière ; celui-là pourrait sans danger s’asseoir auprès d’un tigre affamé… Néanmoins je n’insisterai pas, parce que notre Occident persifle tout ce qui le dépasse, et parce que personnellement je n’ai pas de preuve et je doute jusqu’à nouvel ordre. » (Sage, op. cit., p. 85).

Éclectisme de la doctrine et jugement final

Les contradictions de ce texte, et ses réticences, montrent le peu de sécurité qu’inspire le yoghisme à ses propres docteurs. Vue du dehors, la doctrine est encore plus compromise par la variété de ses éléments.

Les historiens les plus autorisés du yoghisme ont noté la multiplicité des affluents (Garbe, Sâmkhya und Yoga, Grundriss der Indo-Arischen Philologie, Strasbourg, 1896, pp. 34, 36, 43 sq.) qui ont altéré en le grossissant le flot peut-être pur à sa source, mais insignifiant, du fonds bouddhique (Sénart, Bouddhisme et Yoga, 1900, pp. 3-4). — C’est à ces emprunts disparates qu’est dû le succès d’un éclectisme si peu convaincant : cette « théosophie » anonyme, riche d’éléments suspects que la qualification d’anglo-hindoue suffit à classer, n’est, de l’aveu de ses « apôtres », le fruit « d’aucune des six grandes écoles de l’Inde antique, mais plutôt une synthèse… avec des éliminations et des additions » (D. A. Courmes, Avant-Propos, p. 3 ; — texte, p. 61).

Sous ces euphémismes, il nous est loisible de reconnaître un vin frelaté ou tout au plus un laborieux coupage, indigne de se comparer à la pure essence de la Vérité.

Signature

Robert van der Elst,
Docteur ès Lettres, Docteur en Médecine.

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