Nantes (Révocation de l’édit de)
I. En quelles circonstances avait été octroyé l’Édit de Nantes (1597-1598).
L’Édit de Nantes, par lequel Henri IV organisa, pour les protestants français, un régime légal de liberté religieuse et d’égalité civile, fut essentiellement une œuvre de circonstance. Loin de proclamer aucun principe universel et théorique d’égale liberté des cultes, loin de subir l’illumination mystique qui saisit, par exemple, Henri Martin lorsqu’il décrit leur œuvre, les auteurs de l’Édit de Nantes ne songeaient qu’à parer le moins mal possible aux besoins des circonstances. Ils adoptèrent, faute de mieux, une solution transactionnelle dont personne ne fut pleinement satisfait, mais à laquelle chacun finit par se résigner comme à la fatalité des circonstances. Benoît, l’historien protestant de l’Édit de Nantes, caractérisait judicieusement la situation: «Il y avait des catholiques qui murmuraient de ce qu'on avait tant accordé. Il y avait des réformés qui se plaignaient d’avoir si peu obtenu. Il y avait enfin des uns et des autres qui trouvaient l’avantage égal des deux côtés et qui, ne désirant que la paix, estimaient tolérable tout ce qui pouvait la donner.»
Le dispositif de l’Édit ne fut nullement, de la part de Henri IV et de ses conseillers, l’objet d’une libre et solennelle décision étudiée à loisir. Chacun des articles est littéralement arraché au roi par l’assemblée politique du parti calviniste, réunie successivement à Loudun, à Vendôme, à Saumur, à Châtellerault, qui avait siégé en permanence durant plus de deux années, bénéficiant sans vergogne des effroyables périls extérieurs et intérieurs avec lesquels la Couronne était aux prises. Converti du calvinisme au catholicisme, Henri IV dut, pour conquérir son royaume, vaincre ou désar-) mer la puissante Ligue catholique, repousser l’invasion espagnole qui menaça la Bourgogne, la Picardie et l'Ile de France, et subir en même temps les exigencescomminatoiresde ses anciens coreligionnaires protestants. Telést le moment historique où apparaît l’Édit de Nantes. Les plus considérables d'entre les avantages politiques et financiers reconnus aux huguenots par cet Édit, nous voulons parler du privilège exorbitant des placesdesûretéavec les subventions correspondantes, furent même accordés en bloc, le 25 juillet 1597, par le commissaire royal Schomberg, à l’insu de Henri IV, pour obtempérer à un ultimatum de l’assemblée protestante de Châtellerault.
Les Espagnols sont maîtres d’Amiens, Paris est menacé; le roi fait adjurer l’assemblée de surseoir aux querelles intérieures et d’accorder le concours militaire indispensable au salut du royaume; et l’assemblée protestante menace de reprendre immédiatement la guerre civile si l’on ne lui concède pas les garanties politiques qu’elle réclame. Pour éviter à tout prix la catastrophe, Schomberg prend sur lui de concéder l’inévitable. Et Henri IV, mis en présence du fait accompli, jugera nécessaire de ratifier ce qu’il ne se sent pas assez fort pour refuser ou pour révoquer. La mort dans D'ailleurs, les clauses religieuses de l’Édit de Nantes démontré: d'abord que la grande majorité des Fran- À çaisrestait et resterait ardemment catholique; mais aussi que le calvinisme gardait pour lui une minorité redoutable et impossible à réduire. Minorité que l’on estime à 1.250.000 protestants sur 14 millions de Français: soit un douzième de la population totale du royaume, mais avec une répartition fort inégale selon les provinces, L'unique moyen de sauver la paix publique était dès lors, qu'on le voulüt ou non, de reconnaître au protestantisme une liberté sérieusement garantie, tout en laissant au catholicisme le rang de religion dominante et nationale.
Cette transaction trouvera sa formule législative dans l’Édit de Nantes.
II. La législation de l’Édit de Nantes (avril 1598).
Quatre documents législatifs: les 95 articles généraux (13 avril 1598), brevets relatifs aux places de sûreté et à l'indemnité des pasteurs (30 avril), les 56 articles particuliers (2 mai). Préambule: Henri IV veut que Dieu soit prié et honoré par tous les sujets du royaume. «Et s'il ne lui a plu [à Dieu] permettre que ce soit pour encore en une même forme et religion, que ce soit au moins d’une même intention et avec une telle règle qu’il n’y ait point pour cela de trouble et de tumulte entre eux….» Aussi «nous avons jugé nécessaire de donner maintenant, sur le tout, à tous nos dits sujets une loi générale, claire, nette el absolue, par laquellieils soient réglés sur tous les différends qui sont, sur ce, survenus entre eux et pourront encore survenir ci-après… un Édit perpétuel et irrévocable... afin d'établir entre eux une bonne et perdurable paix».
Disposition initiale et essentielle: l’Église catho-; lique est rétablie dans la pleine jouissance de ses! droits et privilèges dans le royaume tout entier, là spécialement où, par suite de la domination protes-; lante, l'exercice public de son culte aura été entravé.; tion Quant aux Français appartenant à la «Religion! prétendue réformée», ils jouiront dans tout le royaume de la liberté de conscience. L'exercice public de leur culte sera autorisé: partout où il existait de fait au 31 août 1597, et, en outre, dans deux villes ou localités de chaque bailliage ou sénéchaussée, ainsi que chez les seigneurs ayant haute justice ou «plein fief de haubert». Au total: environ 4.500 lieux réguliers d’exercice du culte protestant. Les affaires religieuses des «réformés» seront délibérées et réglées par ceux-ti dans leurs consistoires, colloques et! synodes. Les ministres de la «Religion prétendue réformée» seront, comme les membres du clergé catholique, exempts de l'impôt direct et de toute charge militaire.
Pour contribuer à leur subsistance ou à l'entretien de leurs écoles, collèges et université, la couronne leur accorde une subvention de 45.000 écus par an. Les protestants obtiennent amnistie complète pour le passé; ils seront, au point de vue du droit civil, dans une condition parfaitement identique à celle des catholiques. IIs pourront vendre, acheter, tester, hériter, épouser en justes noces, être admis dans les universités, collèges, écoles et hôpitaux. Pour connaître des affaires civiles ou criminelles où seront impliqués des protestants el assurer aux «réformés» des juges non suspects, une chambre de l’Édit sera constituée au Parlement de Paris et exercera juridiction sur tout le ressort des Parlements de Paris, Rouen et Rennes. Une autre chambre de l’Édit continuera d'exister à Castres pour le ressort du Parlement de Toutouse. Deux chambres mi-parties seront créées, l’une à Grenoble, pour le Dauphiné et la Provence, l’autre à Bordeaux ou Nérac, pour le ressort du Parlement de Bordeaux.
Au même titre que les catholiques, les protestants! seront, dans tout le royaume, admissibles à toutes charges et dignités publiques. La garantie des libertés religieuses et civiles reconnues aux protestants par l’Édit de Nantes sera la possession des places de sûreté. Durant huil années la concession est indéfiniment renouvelable], les réformés» demeureront en possession des cent quarante-deux places fortes qu’ils occupent en 1598, Vendôme, Pontorson, Aubenas et Chavigny. On distingue, parparmi les villes susdites, les places particulières, entretenues aux frais des seigneurs à elles appartiennent. elles: Rohan, Valognes, Domfront, Grenoble, Montélimar, Alais, Mauléon. D’autres places sont des villes libres royales. Par exemple: la Rochelle, Montauban, Nîmes, Sainte- Foy, Uzès. D’autres encore, les places de mariage, gardées par un détachementdela garnison d’une autre ville plus importante avec laquelle on les a mariées. Dans cette catégorie figurent Vitré, Sancerre, Cardaillac, Enfin il y a les places de sûreté proprement dites. appartenant au parti calviniste lui-même, considéré comme organisation politique.
Telles: Saumur, Loudun, Châtellerault, Figeac. Mont-de-Marsan, Tournon, Bergerac, Castres, Montpellier. Les gouverneurs seront toujours des protestants, nommés par le roi, d’accord avec le «colloque» huguenot de la cité. Pour entretenir les garnisons protestantes des places de sûreté, la couronne verune subvention annuelle de 180.000 écus, — une allocation spéciale pour le Dauphiné,
III. L’accueil rencontré par l’Édit de Nantes (1598-1600).
1° En France.
— Nous serions aujourd’hui portés à croire que les clauses religieuses de l’Édit de Nantes furent accueillies avec une résignation générale et que les clauses politiques et financières furent l’objet de protestations exaspérées. Mais c’est le contraire qui arriva. Les clauses politiques et financières figurent dans deux brevets royaux, mais non pas dans les articles généraux et particuliers constituant l’Édit lui-même soumis aux formalités parlementaires de la vérification et de l'enregistrement. Toutefois, sans connaitre les textes secrets, chacun constate que les calvinistes restent en possession (et aux frais du roi) leurs multiples villes d'otage et places de sûreté. Mais on ne se scandalise qu’à demi de ces privilèges exorbitants dont profite un parti factieux. Les villes places de sûreté se trouvaient déjà au pouvoir des protestants depuis nombre d'années. La reconnaissance légale d’un tel état de choses ne détermine aucune innovation matérielle. Les textes contemporains ne font mention de nul émoi à ce sujet.
Au contraire, dans plusieurs provinces catholiques, les précédents édits de tolérance (Poitiers en 1577, Nérac en 1570. Fleix en 1580, Mantes en 1591, Saint-Germain en 1594) sont restés lettre morte, l'exercice public du culte protestant cest regardé comme une nouveauté inouïeet révoltante. Malgré le vœu d’une majorité considérable de la population, l’hérésie recevra droit de eité. paraîtra au grand jour. Ce ne plus seulement dans des fiefs privés, mais en territoire public, dans deux localités par bailliage sénéchaussée, que pourront s’assembler consistoires, colloques et synodes, que s'élèveront des temples et des écoles calvinistes. Les commissaires royaux chargés d'appliquer l’Édit rencontreronti toutes sortes d'hostilités et d'obstacles dans les régions plus catholiques. En maint endroit, se réveillera quelque chose des vieilles passions ligueuses. La ditliculté sera pire encore pour assurer, en vertu de l’Édit de Nantes, le libre et public exercice du culte catholique dans les contrées où dominent les protestants: par exemple, à la Rocbelle, en Béarn, en de nombreux districts de la Guyenne et du Languedoc.
Henri IV parviendra cependant à faire peu à peu observer l’Édit de 1598 dans lensemble de ses dispositions essentielles. Lorsque le pays de Gex passera, en 1601, de la souveraineté effective de Genève à la souveraineté de la France, saint Francois de Sales demandera et obtiendra de Henri IV l'application immédiate de l’Édit de Nantes,qui. après une longue tyrannie calviniste, deviendra la charte d'atfranchissement des catholiques du pays de Gex. Les clauses religieuses de l’Édit de Nantes, imposant aux culles rivaux une tolérance mutuelle, furent donc subies pluldl qu'acceptées. Eiles rencontrérent, chez les catholiques et les protestants, —partout où elles imposaient aux uns ou aux autres de respecter laliberté d'autrui, —unemauvaise Lumeur assez vive. Henri IV aura besoin de toute son energie et de toute sa diplomatie pour obtenir sans trop d'esclandre l'enregistrement des articles publics et particuliers de l’Édit de Nantes par les divers Parlements du royaume.
Le Parlement de Paris ne s'exécuta que le 25 février 1599, après avoir opposé des remontrances au roi et avoir introduit quelques amendements dans le texte législatif: notamment sur la proportion de magistrats catholiques et protestants qui composeraient les Chambres de l’Édit. Les Parlements de provincefirent tarder plus encore la veritication légale: Dijon, Toutouse, Grenoble, Aix et Rennes en 1600; Rouen, pas avant 160. Sous une forme où sous une autre, tous opposèrent desremontrances et attendirent des lettres de jussion. Les Universités mainiinrent presque partout leur exclusive à l'encontre des élèves protestants. Les assemblées du clergé de France montrérent peu d’enthousiasme, mais s'abstinrent de protester formellement. Etles jugèrent àbon droit plus opportun de requérir l’application intégrale des clauses quidevaient tourner à l’avantage de la religion catholique. Henri V sut tenir l'engagement qu’il avait pris envers le clergé de France, en répondant, le 28 septembre 1598, à la harangue du président de l’assemblée François de la Guesle, archevêque de Jours: «Mes prédécesseurs vous ont donné des paroles avec beaucoup d'apparat, et moi, avec ma jaquette grise, je vous donnerai des ellets.
Je suis tout gris au dehors, mais je suistout d'or au dedans.» u° 4 Rome. — Le silence résigné du Pape Clément VII! fut beaucoup plus difficile à obtenir. Le droit canonique servait alors de règle fondamentale a la législation de tous les pays catholiques. Or, l'exercice d’un culte dissident, l’ouverture d'écoles hétérodoxes, l'admission des hérétiques aux charyes de l'État, la légalité des mariages protestants, étaient choses notoirement incompatibles avec les principes du droit canonique. Le pouvoir civil n’était donc pas regardé comme maître d'adopter en cette matière tel changement que bon lui semblerait. Si une dérogation s’imposait, elle ne devait se faire que d’accord avec la plus haute autorité spirituelle, arbitre suprême du droit canonique. C'était néanmoins sans l’aveu du Saint-Siège que Henri IV venait de régler toutes ces graves questions au profit des protestants. Les Édits de tolérance, promulgnés en 1597, 1599, 1580, avaient été juridiquement abrogés en 1585 au traité de Nemours.
L’Édit de Blois, en 1588, mis par les États généraux au nombre des «lois fondamentales de la Monarchie», avait rétabli en droit l'exercice exclusif de la religion catholique, rigoureusement prohibé l'exercice du culte protestant, ainsi que l'accès des hérétiques aux charges de l'État. Henri IV, cependant. adoptait une législation toute contraire. À aucun moment, le Pontifede Rome veur du protestantisme, aux règles du droit canon et du droit public alors admis dans l'Europe entière. le roi de France se déclarait impuissant à faire La longue lettre du eardinal d'Ossat, en date du une grande plaie à sa réputation el renommée, et drait-il pas de le franchir une autre fois, s’il fallait retourner à faire acte contraire». Rarement réponse avait agi comme ilavait agi parce qu il lui aurait été que les circonstances réclamaient avec une impé- Clément VIIT avait réprouvé la législation fran- Toujours est-il que l’Édit de Nantes n’eut pas une
IV. La disparition des privilèges politiques (1600-1629).
Il est incontestable que, depuis l’Édit de Nantes jusqu’à la fin de son règne, Henri IV multiplia les témoignages de faveur à la religion catholique et encouragea le mouvement de conversions parparmi les protestants. Mais il respecta en toute loyauté chacun des articles de l’Édit de tolérance. Les huguenots se plaignirent parfois du contraire; mais leurs plaintes n’avaient d’autre origine véritable que leur perpétuelle hantise des persécutions d’antan. Pierre de l’Estoile caractérise finement leurs récriminations de 1609: «Ils parlaient en termes assez hauts, selon leur coutume, et trop pour sujets qui se disent réformés.» Malgré tout, par lassitude et nécessité, les habitudes de tolérance mutuelle tendirent généralement à pénétrer dans les mœurs. Lors de l'assassinat de Henri LV, les huguenots seront, pour pour la première fois, à la témoins d’un désastre national sans tenter de recourir aux armes pour un mouvement insurrectionnel: et le peuple catholique ne marquera nulle velléité de menacer leurs vies ou de troubler le libre exercice; liberté de leur culte.
Il y eut, au contraire, dans le deuil La public de toute la France monarchique au mois de mai 1610, un authentique phénomène d’union sacrée entre catholiques el protestants. péc Mais le privilège des places de sürcté demeuraïil, pour le parti protestant, une trop redoutable tenta-: Privas, lion de troubler la paix du royaume, de railumer les furent «uerres civiles, de faire échec à l’autorité royale. C’est précisément ce qui allait arriver durant la mi-! de norité de Louis XII, quand les protestants eurent renoué la tradition de leurs assemblées politiques, non plus réunies avec l’autorisation préalable de la ouronne, comme sous Henri IV, mais en dehors du roi et bientôt contre lui. la Concédé en 1598 pour huit ans, le privilège des places de sûreté avait été renouvelé en 1605 pour uit autres années, puis renouvelé encore, dès 1611, par la régente Marie de Médicis pour une période ale.
On en était là quand, le 23 novembre 1614, sans pouvoir alléguer aucune violation de la liberté -eligieuse, sans aucun grief avouable, l’assemblée politique du parti huguenot, réunie à Nîmes et lominée par le duc de Rohan, décida d'intervenir ians la guerre civile contre [a reine régente et de C'est prendre les armes en faveur du prince de Condé, hef de la rébellion. Sur quoi, l’éminent historien lu cardinal de Richelieu, M. Gabriel Hanotaux, déare sans ambages: «De ce jour, le parli protestant, reconstitué en parti d'agression, rompt en visière à a royauté. C’est donc lui qui, pour la première fois, léchire de ses propres mains l’Édit de Nantes et qui Par ‘ouvre la période des guerres de religion.»(/Zableau ic la France en 1611, chapitre 1v, paragraphe dernier) Nantes Les révoltes protestantes qui se succédèreni entre 1614 et 1629, nous n'avons pas ici à en raconter les péripéties.
Mais nous ne ferons que rappeler un fait ristorique de notoriélé certaine en disant que le arti huguenot se comporta purementet simplement ‘omme un parti factieux, faisant une guerre eivile que n’exeusait aueun dommage subi parle culte >rotestant. déchirant de gaieté de cœur l’unité française, négociant des alliances avec tous les rebelles t même avec les ennemis extérieurs, avec la protestante Angleterre, avec la protestante Hollande, avec a catholique Espagne. Paradoxe déconcertant! Ce Telle ut, en 1629, l'application effective de l’Édit de Nanes en Béarn, où le protestantisme était religion doninante et refusait loute liberté au catholicisme,qui levint Le prétexte de la grande assemblée de la Rohelle, tenue en 1621, où les huguenots eurent l'auluce de subdiviser la France en huit régions militai- ‘es et de se donner une organisation généraleet permanente en vue de la guerre intérieure, prenantainsi 'attitude avouée de belligérants armés contre la ouronne.
A la Rochelle, à Montauban, à Nîmes, dans les V. évennes, le parti protestant contracta une lourde lette envers la Monarchie, envers la France. Une anipathie profonde fut excitée contre lui dans beaucoup d’àmes catholiques et françaises. Cette antipa- Lhie demeurera tenace et expliquera, pour une part, le puissant mouvementd’opinion qui, sous Louis XIV, aboutira finalement à la Révocation de l’Édit de Le parti protestant restera suspect de vouà la première occasion, s'insurger contre le pouvoirroyal,s’allier avec l’étranger contre la France. passera pour un élément réfractaire, inassimilable communauté française. La Bruyère traduira plus cette impression.dansle chapitre /u Souverain la République, en appelant le protestantisme culte faus, suspect et ennemi de la souverai-. capitulation des protestants français, alliés des après le siège trop fameux de la Rochelle, lieu le 28 octobre 1628. Puis vint la dernière équidu duc de Rohan dansle Vivarais et le Langueavec l'appui de la couronne d Espagne.
Mais Alais, Nîmes, Montauban, Castres, Millau hicniôt réduites ou cernées par Louis XHI, Richelicu et les lieutenantis du roi. Durant le mois juin 1629, une dernitre assemblée politique des huguenots fultenue, avec aulorisation royale, à Annon plus pour négocier un contrat bilatéral, pour entendre nolitication des volontés formelle Louis XII. Le duc de Rohan était frappé de peine de bannissement. Le privilège des places de qui avait été eoncédénaguère comme garanpolitique des libertés protestantes, était à jamais Plus de gouverneurs protestants ni de garni d'allocations royales pour l'entretien des protestantes. Les citadelles et fortitications toutes les villes qui avaient pris part à la rcbelseraient impitoyablement rasées où démante- Le roi ne tolérerait plus aucune organisation assemblée politique du parti protestant. la fin des concessions exorbitantes arraehées Henri IV par les huguenots à la faveur des désorcivils el de la guerre étrangère.
Louis XII et ont pu faire disparaître ces clauses politiet financières, adjointes à l’Édit de Nantes, qui constituaient un partage de la souveraineté, un État l'État. ailleurs, les clauses religieuses el civiles de de Nantes demeuraient intactes ei recevaient confirmation nouvelle, Assurément, l’Édit de aurait pour conséquencela restauration intédu culte catholique, la reslitution pleine et des biens ecclésiastiques, à la Rochelle, en en Languedoc, dans toutes les régions prosans parler des faveurs royales assurées à propagation du catholicisme. Mais l’Édit de Nantes continuera d'assurer aux protestants la liberté de conscience, unetrèslarge liberté du culte public, une égalité de droits civilsavec les catholiques, l’admissibilité aux charges et fonctions publiques, même une garantie spéciale devant la justice par maintien des chambres de l’Édit. est la portée de l’Édit d'Alais, du 28 juin qui succédait à l’Édit de Montpellier (1628) et de Paris (1626), et discernait judicieusement la législation de l’Édit de Nantes les articles et caducs, dont la disparition s'imposait au de l'intérêt majeur de l'État, et les articles de religieuse et civile, dont une sage politisemblait recommander la conservation permaau nom de la pacification intérieure du
V. De la paix de 1629 à l’Édit de Révocation.
1° Au temps de la Fronde.
— Pendant les troubles de la minorité de Louis XIV, c’est-à-dire pendant le désordre des deux Frondes conjuguées avec la guerre étrangère, vit-on une résurrection politique et militaire du parti protestant, prenant les armes comme allié des rebelles du dedans ou des ennemis du dehors? On ne peut donner à cette question une réponse péremptoire et sommaire. L’affirmative et la négative répondraient mal, si elles se produisaient sans quelques nuances, aux multiples complexités du réel. Le regretté Augustin Cochin a démontré, en 1904, dans la Revue des Questions historiques, que des tractations existèrent, durant l'année 1651, entre Cromwell et un certain nombre de personnages notables du parti huguenot français, tels que Caumont la Force: tractations tendant à eréer une république protestante dans le iuidi de la France avec cession de ports et de villes aux Anglais. Le même auteur a signalé la participation dechef protestants au soulévement de 1643, dans les Cévennes, l'Angoumois, l'Aunis ct le Poitou, contre la lourdeur des impôts nécessités par la guerre étrangère.
Il y eut une révolte protestante à Nîmes en 1650 et une autre dans le Vivarais en 1652 et 1633. A la mèrue époque fut organisée la «confédération des gentilshomtues, conseils et conseillers, habitants des villes et communautés, capitaines, officiers et soldats des Églises du Bas-Languedoc, Cévennes et Dauphiné». Pareillement, les pasteurs et gentilshumines protestants de Nîmes dirigérent une importante concentralion armée de forces protestantes au «Camp de l'Eternel». Bref, il y eut destentatives locales et partielles, des velléités d'insurrection politique et militaire des huguenots, protitant des embarras du royaume et négociant avec l’étranger. De tels faits, connus du gouvernement royal, ne purent que prolonger La suspicion dont les protestants avaient été précédemment l’objet. même privés de leurs places de sûreté, dépourvus de leur grande organisation politique, ivs huguenots conservaient la tendance à devenir un é'ément de trouble et de division, à s’unir aux facticux du dedans et aux ennemis du dehors, dès que les circouslances leur en fournissaient l'occasion.
Concordant avec le souvenir des rébellions antérieures à 1629, ces diverses tentatives protestantes, durant la jeunesse de Louis XIV, contribueront développer en France l'état d'esprit qui dictera où favuorisera plus tard la Révocation de l’Éditde Nantes. Néantuoins, il est indispensable de reconnaître que les incidents dont nous avons parlé n’eurcnt qu'un caractère local on ne consistérent qu'en projets superticiels et lointains. Soit sentiment d'impuissance, soit même assagissement sincère, les protestants français ne tirèrent pas parti des désordres de la Fronde pour une révrganisation générale ct permanvnle de leur ancienne foree militaire politique, moins encore pour une insurrectionlion armée dans toutes les provinces où ils constituaient une inorité nomubreuse. Les chefs protestants qni voulurent préparer, dans le midi de La France, un wouveruent sécessionniste, appuyé par les Anglais, rencontrérent une opposition au moins passive de part de heaucoup de leurs co-religionnaires et le projet me putavoir aucun commencement de réalisation.
Cette attitude des huguenots durant la Fronde marque un progrès (relatif) sur leur attitude factieuse des années antérieures à l’Édit de 1629. Il y a quelque vérité dans la parole fameuse (et un peu flatteuse) attribuée au cardinal Mazarin: «Je n'ai pas me plaindre du petit troupeau. S'il broute de mauvaises herhes, il ne s'écarte pas.» Les troubles de la ruinorité de Louis XIV n'auraient certainement pas suili à déterminer un changement dans la législation royale au sujet des protestants. La suppression des privilèges politiques aurait élé maiuteuue plus que jaruais après la victoire du principe d’unité et d'autorité. Mais les articles garantissaut ix liberté religieuse ct civile des huguenots semblaient devoir élre, eux aussi, maintenus en vigueur pour les mêmes raisons.toujours subsislantes, comme sous Henri EV. L'élément nouveau dont il faut ici faire mention
2° Rôle de la Compagnie du Saint-Sacrement.
. — Non seulement la Compagnie du Saint-Sacrement à et La tactique habituelle de ia Compagnie du Saint= la à xvut siècle avait pris des proportions tout autres La Compagnie du Saint-Sacrement procédera par! dence contre les exlensions de la liberté religieuse des protestants français. En 1636, les adhérents de la les Compaynuie sont invités à «recueillir tous les édits,! des déclarations et arrêts donnés sur cette matière». À De multiples documents sont bientôt rassemblés. va La copie en est adressée à un confrire de Poitiers, l'avocat Jean Fillean, qui, durant vingt-cinq ans, continuera de préparer son volumineux recueil de décisions catholiques. En 1645, on recommande enmesures vore une fois de faire parvenir à Poitiers «tous les arrêts donnés contre les hérétiques». La même méthode est ensuile employée par la Compagnie du Saint-Sacrement, non plus pour contribuer à la rédaction d’un recueil de jurisprudence, inais pour déterminer, auprés dn gouvernement royal, l'intervention eflieacc des Assemblées du Clergé de France «parle moyen des évéqnes de sa contiance et zélés pour le bien de la religion».
Aprés consultation méthodique de toux les groupes de province, la Compagnie peut fournir de nombreux rapports sur les contraventisns que les huguenots faisaient aux édits en plusieurs endroits du rOYAUME». La Compagnie du Saini-Sacrement nomme, en 3° 1654, plusieurs commissaires, chargés de faire aboutirles conclusions de ces rapports. Grâce à la documentation ainsi préparée, l’Assemblée du Clergé de France, tenue en 1685, prend le parti de revendiquer auprès du jeune Louis XIV L'interprétation littérale et restrictive de lÉdit de Nantes. Tel sera le thème du discours adressé au roi par le président de l’Assemblée, Gondrin, archevêque de Sens. Peu à peu, et malgré la tendance contraire de Mazarin. le gouvernement royal entrera dans cette voie. Par La «xemple, l’Édit de Nantes (après vérification au Parlement) avait subordonné à l’autorisation préalable du roi la réunion des synodes provinciaux et nationaux, qui étaient les assemblées, non pas politi- La ques mais religieuses, de la communauté protestante.
En 1654, à laelôture du synode national de Saumur, le commissaire royal signifie à l’assemblée juece synode aura été le dernier de tous: car le roi, usant de la prérogative que lui réserve l’Édit de Nantes, refusera désormais l'aulorisalion nécessaire. En En 1660, nouvelle Assemblée du Clergé de France. Alors vient l'eflort principal de la Compagnie du Saint-Sacrement au préjudice des protestants. Une À commission exéculive est encore éluc d’après le vœu de plusieurs prélats spécialement préoccnpés de la j vent lestruction de l’hérésie. A la tête de la commission est placé un catholique de haute valeur, Chris-! rassurer tophe Leschassier. maitre des comptes. Celui-ci adresse aux Compagnies de province trente et un articles sur les infractions commises parles huguenots à la teneur primitive de l’Édit de Nantes dans tous les domaines auxquels peut s'étendre l'activité des communautés protestantes: culte, édifices, pré dication, enseignement, assistance, librairie, fiscalité, professions manuelles, carrières libérales, délits et empiétements.
Grâce aux réponses venues de toutes les provinces, Christophe Leschassier posséde bientôt un dossier considérable. Le prince de Conti fait agréer par la Compagnie Qu Saint-Sacrement le choix de l’évêque de Digne, Toussaint de Forbin-Janson, pour conduire l'affaire avec vigueur dans l’Assemblée du Clergé de France. Forbin-Janson obtiendra gain de cause auprès de l’Assemblée, et l’Assemblée obtiendra gain de cause auprès de Louis XIV. La déclaration royale de 1661 nommera des commissaires chargés de visiter les provinces et! de réduire les institutions protestantes, et notamment les centres d’exercice public du culte, aux limites prévues par le texte législalif de 1598: toutes ‘* (édit extensions ultérieures étant considérées comme usurpations abusives et punissables, cette époque, ia Compagnie du Saint-Sacrement disparaître. Mais l’œuvre qu’elle à déployé tant à promouvoir s'accomplira pourtant, Les commissaires du roi dans les provinces feront dédes lemples calvinistes, adopteront d'autres restriclives; bref, pratiqueront l'interprél’Édit à le rigueur, Et üisisnoreront la force invisible qui a sn les rmettre en mouvement.
Désormais, est créé, dans la France catholique du siècle, le courant d'idées qui, par antipathieet suspicion contre la minorilé protestante, par zèle passionné pour l’unité religieuse et nationale, déterminera l'application de plus en plus limitative, la disparition totale dn régime de tolérance reliétabli par Henri IV. Terminant, dans son de 1694, le récit des faits que nous venons résumer, le comte René I! de Voyer d'Argenson non sans justesse: «Et e'a été le commende la destruction de lhérésie dans le royaume.» Vers la Révocation. — Les Assemblées du Clergé France continueront périodiquement de requérir mesures nouvelles tendant à restreindre la lirelisieuse des protestants français. Et les déclarations royales, — inspirées à la fois par cette sollicitation venue de l'opinion catholique et par la suspicion politique du péril que pourrait encore courir à l’unité nationale la minorité protes- — accentuent de plus en plus la politique de déclaration de 1663, conformêment à la redu elcrgé, frappe des pénalités en vigueur les relaps tout catholique qui, ayant abjuré protestantisme, relournerait ensuite à l’hérésie, déclaration de 1666 ramène, sur plusieurs où linterprélation lolérante avait prévalu jusqu'alors. la liberté des huguenots à la littéralité et primitive de l’Édit de Nantes.
Des facilités nouvelles sont accordées, en outre, aux prêtres catholiques pour pénétrer auprés des bhugncnots mourants, malgré l'opposition des familles. 1669, Louis XIV supprime les fhambres de dans tous les Parlements du royaume. Mais, même année, il promulgue une déclaration en quarante-neufarticles, d’une inspiration quelquepeu différente, et «portant règlement des choses qui doiêtre gardées et observées par ceux de la Reliprétendue réformée», Ordonnance destinée à les protestants étrangers, que Colbert attieu France pour des raisons industrielles et commerciales. Quelques garanties légales sont accordées huguenots. Par exemple, les jeunes protestants marqueraient le désir d'embrasser lecatholicisme pourront être soustraits à la puissance paternelle douze ans pour les filles et quatorze pour les L'Assemblée du Clergé de France, tenue en 1675, adressaau roi un mémoire en 58 articles indiquant mesures à prendre contre les protestants par un à la stricte littéralité de l’Édit de Nantes. La des propositions du Clergé allaient bientôt traduire en ordonnances royales.
Enumérons quelques-unes des mesures adoptces.
Aggravation des peines contre les relaps (déclarade mars 1679), interdiction des prêches aux où les évêques font leur visite pastorale dans même endroit (arrêt de juin 1679), défense à tout catholique de passer en aucun cas au protestantisme de juin 1680), prohibition de tont mariage eonjoint catholique et conjoint protestant de novembre 1680), ordre aux juges ordinaires d'interroger les protestants malades pour savoirs’ils ne désirent pas recourir au ministère d’un prêtre catholique (déclaration de novembre 1680), liberté pour les enfants protestants de faire profession ducatholicisme à partir de l'âge de sept ans (déclaration du 17 juin 1681), suppression pour les protestants de l'accès aux fonctions de notaires, procureurs, buissiers et sergents (déclaration de juin 1685), défense aux ministres de résider dans les localités où l'exercice du culte protestant aura été interdit (arrêt de juillet 1682), défense aux protestants de jamais s'assembler autrement que dans leurs temples et en présence des ministres (déclaration d'août 1682), défense aux protestants de tenir des écoles partout où l'exercice public de leur eulte n'est pas autorisé (arrêt de janvier 1683), antorisation de soustraire à la puissance paternelle alin de les faire élever dans le catholicisme les jeunes huguenots qui auront ahjuré le protestantisme (déclaration de juin 1683), translation aux hôpitaux des fondations afférentes aux consistoires supprimés (déclaration d'août 1684), obligation imposée aux ministres de payer la taille (arrêt de janvier 168%). défense aux protestants de prendre des serviteurs catholiques (déclaration de juillet 1681).interdietion à tout protestant d'exercer la profession de libraire ou d'imprimeur (arrêt de juillet 1685), interdiction aux protestants d'avoir un cimetière là où ils n’ont pas un centre légal d’exercice de leur culte (arrèt de juillet 1685), défense aux juges et avocats d'avoir des clercs appartenant à la religion protestante déclaration de juillet 1685), éducation et tutelle catholique uniformêment ordonnée pour tout enfant dont le père sera mort dans le protestantisme, mais dont la mére sera catholique (déclaration dejuillet1685), interdiction duculteprotestant et destruction des temples dans toutes les villes épiscopales (arrèt de juillet 1 685). &> Conversions et résistance».
Premières «dragonnadesdes». — L'Assemblée du Clergé de France tenue en 1682, la même qui promulgua la déclaration fameuse des Quatre Articles, promulsua pareillement trois documents d’une haute importance à proposdu protestantisme: une circulaire Universis per Gallias Episcopis, recommandant le grand œuvre de la conversion des dissidents par les voies de la persuasion et de l’apostolat; une circulaire Fratribus Secessionis calvinianae, adjurant en un très beau langage les protestants français de revenir à l'Unité catholique et donnant à entendre qu’ils attireront ‘de grands malheurs sur leur propre tête s'ils s'obstinent dans l’hérésie; un mémoire enfin, pronosant aux controversistes catholiques seize arguments ou chefs de démonstration aptes à éclairer les dissidents au sujet de la vérité du catholicisme. Le 10 juillet 1682, une lettre de Louis XIV aux évêques de France s'inspira du même esprit et recommanda la conversion des huguenots par les voies de douceur. Une vive impulsion fut alors donnée à toutes les «uvres d'apostolat auprès des hérétiques, notamment aux missions dans les villes et campagnes protestantes.
Il y eut, à cette époque, un nombre considérable Je conversions au catholicisme. On ne peut méconnaitre que, chez beaucoup de convertis, les considérations humaines se joignirent dans une proportion variable aux vues surnaturelles et aux arguments desapologistes. D'annéeen année, demois en mois, les rigueurs législatives se multipliaient, rendant toujours plus précaire la situation du protestantisme et des protestants. Au contraire, la profession du catholicisme permettait d'échapper à des contraintes el ouvrait toutes grandes les avenues, des fonctions ou dignités interdiles désormais aux hotumes de cette génération par Pellisson, par Dangeau, par Turenne, accentuait d’ailleurs, chez les Parparmi les contraintes qui auraient multiplié abuvexation consistant à faire peser d’une manière ex- De fait, il y eut des dragonnadesdes, répondant à À tiers en 161. sur l’ordre de l’intendant Marillac; L’Assemhlée du Clergé de France.tenue du 25 mai coup moins par la conversion d’un nombre apprédu ministre Claude: Considérations sur les Lettres France, pour «rechercher el ramasser les calomnies, réformés avaient inventées contre la religion catholi-? que».
De la part de cette commission, une requête fut présentée au roi par Noaïlles, archevêque de Paris. «La très humble prière que le Clergé fail à Votre Majesté n’est pas pour la Révocation d'aucun Édit... Il n’y en a point et il ne peut y en avoir aucun qui permette aux prétendus réformés de dire des injures à l’Église catholique,» Puis, sur treize pages in-folio, sont reproduites les principales allégations récentes des docteurs du protestantisme français, allégations calomnieuses contre les croyances de l’Église catholique et mises en regard des définitions dogmatiques du Concile de Trente sur la même matière. Cette énuruération des hérésies protestantes reflétait et excitait, en même temps, l'indignation descatholiques français contre l’obstination des huguenots. La réponse inimédiate fut un édit de Louis XIV, interdisant «aux ministres et à toutes personnes de! la Religion prétendue réformée de composer aucuns livres contre la foi et la doctrine de l’Église».
5° Le dénouement.
— Trois mois après la clôture de l’Assemblée du Clergé, allait paraître un document de toute autre importance: l’Édit de Révocation. Le Clergé de France s’était défendu de solliciter cette mesure, mais on doit avouer qu’elle était l'aboutissement logique de la politique suivie depuis une trentaine d'années par le gouvernement royal, sous la poussée de l'opinion catholique et d’accord avec l’Église des Gaules: politique tendant à réduire toujours davantage les franchises légales du À culte protestant. Deux causes, en apparence vpposées, contribuërent à précipiter le dénouement. D'une part, le nombre considérable des conversions, tel que le présentaient les statistiques complaisantes des intendants,suggérait l'impression que les huguenots ne seraient plus désormais qu'une à minorité insignifiante, et que les libertés reconnues an culte protestant par l’Édit de Nantes allaient perdre leur principale raison d'être. D'autre part, la résistance un peu farouche du noyau obstinément réfractaire à l'égard des tentatives de réconciliation religieuse raviva l’aigreur des querelles religieuses et des suspicions politiques.
De vieilles et profondes antipathies snggéraient, pour en finir, le recours à la manière forte. Et, dans cette ambiance, le gouvernement de Louis XIV voulut trancher le nœud gordien.
VI. L’Édit de Révocation (octobre 1685).
Préambule: l’Édit de Nantes est devenu désormais inutile, parce que «la meilleure et la plus grande partie de nos sujets de la Religion prétendue réformée ont embrassé la catholique». Article premier: sont révoqués tous les Édits et arrêts favorables à la Religion prétendue réformée; les temples hérétiques seront détruits. Article 2: aucun exercice du culte protestant ne sera permis en quelque lieu que ce soit. Article 3: le culte protestant est interdit même dans le domicile privé des seigneurs hauts-justiciers, sous peine de confiscation. Article 4: les ministres de la Religion prétendue réformée qui ne voudront pas faire profession du catholicisme devront passer hors des frontières du royaume dans les quinze jours. Article 5: les ministres de la Religion prétendue réformée qui feront profession du catholicisme garderont le bénéfice des immunités dont ils jouissaient, comme ministres du culte, par rapport aux impôts directs el au logement des troupes; ils toucheront une pension dépassant d’un tiersleursappointements ecclésiastiques.
Pension dont la moitié sera réversible sur leurs veuves. Article 6: une fois devenus catholiques, les ministres de la Religion prétendue réformée qui voudront devenir avocats ou docteurs ès-lois pourront passer les examens qui donnent accès aux susdites fonctions sans ètre astreints à subir le stage de trois années d'études préalables exigé des autres eandidats. Ils ne paycront que la moitié des droits d’examens. Article 5: toute école protestante est interdite dans le royaume. Article 8: les enfants à naïtre de parents protestants seront baptisés, catéchisés, élevés dans le catholicisme, sous peine decinqcents livres d'amende pour les parents réfractaires. Article G: les protestants français ayant quitté le royaume avant le présent Édit recouvreront tous leurs biens s'ils y rentrent avant quatre mois; sinon, leurs biens seront confisqués définitivement. Article 10: défense absolue aux protestants français, autres que les ministres, de sortir du royaume sous peine de confiscation pour les femmes et des galères pour les hommes.
Article 11: sont ruaintenues en vigueur les lois existantes contre les relaps, c’est-à-dire contre les hérétiques qui, après conversion, redeviendraient hérétiques. Clause finale: les protestants qui refuseront de faire profession du catholicisme garderont la liberté de vivre, posséder et commercer dans le royaume, pourvu qu’ils ne tiennent aucun exercice ni aucune réunion de leur culte. Signé: Louis. Contre-signé: Le Tellier, Colbert. Enregistré à la Chambre des vacations du Parlement de Paris: 22 octobre 1685. (Léon Pilalte. Édits, Déclarations et Arrêts, p. 239 245. Paris, 1885, in-12.)
VII. L’accueil rencontré par l’Édit de Révocation.
1° En France.
— Dans la France catholique du XVIIe siècle, l’Édit de Révocation fut salué par une véritable explosion d’enthousiasme unanime. Les témoignages qui attestent ce fait sont trop catégoriques. trop nombreux, trop concordants malgré la diversité extrême de condition et de tendances des contemporains dont ils nous transmettent l’impression. pour que l'on puisse révoquer en doute la réalité et la sincérité de l'approbation publique. Les quelques témoignages allégués parfois en sens contraire, comme ceux de Fénelon et de Vauban, datent de plusieurs années après l’Édit de Révocation, se réfèrent toujours aux outrances malheureuses auxquelles donna lieu l'application de cet Édit, en face de résistances tenaces qu'on n’avait pas su prévoir, mais ne contestent à aucun degré l’Édit lui-même de Révocation, dont le principe essenLiel est visiblement tenu pour supérieur à tout reproche. Les sentiments qui dictérent, en 1685, l'approbation unanime de la France catholique furent le double zèle pour Funité religieuse et l’unité nationale.
Le régime légal organisé par l’Édit de Nantes avait élé subi par la France catholique comme une nécessité malbeureuse: le vœu manifeste de la génération qui accomplitla Contre-Réforme était que l'exercice public du culte protestant cessàt d'être autorisé dès que les circonstances cesseraient elles-mêmes d'impuser une tolérance tenue pour abusive. En outre, le mouvement national vers l’unité et l’autorité, qui trouvait son expression dans le gouvernement de Louis XIV, tendait à la destruction des franchises légales du culte Lhuguenot, considérées comme prolongeant el protégeant l’existence organisée d’une minorilé dissidente qui avait causé tant de dommages à l’unité du royaume par ses rébellions coupables et ses alliances plus coupables encore avec l’étranger. La France catholique de 1685 crut que la Révocation des articles subsistants de 1 Édit de 1598 consacrerait la victoire religieuse du catholicisme et la victoirepolitique de l’unité française sous l'égide de la Monarchie très chrétienne.
En contresignant l’Édit de Révocation, le vieux chancelier Le Tellier récita le Vune dimittis. Tel est le sentiment que traduisent avec un singulier relief tous les témoignages contemporains. Les plus notables de ces témoignages ont été reproduits, par exemple, dans l'ouvrage de Michel: Louvois et les Protestants (p. 307 à 313). Qu'il sutlise d'’énumérer ici les contemporains de Louis XIV qui, chacun dans son langage, expriment l'approhation enthousiaste de la France catholique pour la Révocation de l’Édit de Nantes: Bossuet, Fléchier. Bourdaloue, l'abbé de Rancé, le grand Arnauld, l'abbé Fieury, Racine, Thomas Corneille, La Fontaine. La Bruyère, Dacier, Bussy-Rabutin, Mme de Sévigné, Mlle de Scudéry, Mme Deshoulières… Nous citerons, du moins, le plus célèbre deces témoignages, celui qui formule avec le plus d'éloquence et d'autorité l'impression moralement unanime de la Francecatholique du siècle de Louis XIV: c’est le témoignage de Bossuet dans l’oraison funèbre du chancelier Michel Le Tellier, prononcée à l’église Saint-Gervais, le 20 janvier 1686: Ne laissons pas Cependant de publicr ce miracle de nos jours: faisons-en passer la récit aux sièclesfuturs.
Prenez vus plumes sacrées, vous qui composez les annales de l’Église. Agiles instruments d’un prompt écrivain etd’une main diligente, hâtez-vous de meltre Louis avec les Constuntins et les Théodoses. [Citation de Sozomène sur la répression légale de l’hérésie au ternps des Césars chrétiens.] Ainsi tombait l’hérésie avec son venin, et la discorde Da dans les enfers d'où elle était sortie Voilà, Messieurs. ce que nos pères ont admiré dans les premiers siècles de l’Église. Mais nos pères n'avaient pas vu, comme nous, une hérésie invétérée tomber tout à coup; les troupeaux égarés revenir en foule et nos églises trop étroites pour les recevoir; leurs faux pasteurs les abandonner, un si grand mouveinent; l'univers étonné de voir dans un événement si nouveau la marque la plus assurée comme le plus bel usage de l’autorité.et le mérite du prince plus reconnu, plus révéré que son autorité même.
Touchés de tant de merveilles, épanchons nos cœurs sur la piété de Louis. Poussons jusqu au ciel nos acclama- les six cent trente Pères dirent autrefois dans le concile de Chalcédoine: Vous avez affermi ia foi, vous avez exterminé les hércliques. C'est le digne ouvrage de votre règne, c'en est le caractère. Par vous, l’hérésie n'est plus: Dieu seul a pu faire cette merveille. Roi du ciel, conservez le Roi de la terre. C'est le vœu de: Églises, c’est le rœu des évêques! L’Édit d'octobre 1685, pour parler la langue des constituants de 89, fut indubitallement «l’expression de ia volonté générale»: ce qui, à nos veux, ne suffit d’ailleurs pas à le légitimer ou à le rendre digne d'éloges.
2° À Rome.
— L'attitude du Pape Innocent XI nous est connue par les copieuses dépêches diplomatiques du duc d’Estrées, ambassadeur de France, et de son frère le cardinal d'Estrées, protecteur des affaires de France à la cour pontificale. (Etude de Ch. Gérin dans la fevue des questions historiques. Tome XXIV. Année 1878) En 1685, il y a grave querelle entre Innocent XI et Louis XIV à cause de la trop fameuse Déclaration gallicane de 1682, Tant que cette Déclaration n’est pas retirée par la couronne de France, Innocent XI, au grand dépit de Louis XIV, refuse d’accorder l'institution canonique à aucun des évêques nouvellement nommés par le roi aux sièges vacants depuis 1682. Cette situation tendue mettra quelque froideur dans les éloges du Pape pour le zèle de Louis XIV contre les huguenots. Bien plus, Innocent XI avait, antérieurement à l’Édit de Révocation, marqué un certain déplaisir de voir Louis XIV s'engager plus avant dans une politique de rigueur à l'égard du protestantisme.
Politique qui peut avoir pour contre-coup de rendre intenable la situation de Jacques II, roi catholique de la protestante Angleterre. Louis XIV, jugeant la chose du point de vue français, estimait au contraire qu'une politique d’ailirmation catholique, toujours plus ferme, à Versailles et même à Londres, aurait l’avantage de contraindre Jacques II à se jeter sans réserve dans l'alliance avecla France. Nouveau motif de froideur de la partd'innocent XI. Néanmoins, quand parvient à Rome la nouvelle de l’Édit de Révocation, le Papeen estinformé officiellement par le cardinal d'Estrées, puis par l’aubassadeur: et Innocent XI accueille avec de grands éloges ce témoignage éclatant du zèle de Louis XIV pour la cause de l’Église.
Les éloges sont à présumer réels. car le cardinal et le duc d’Estrées, qui nous relatent ce fait. ont pour tendance continuelle, dans leur courrier diplomatique, d'exciter Louis XIV contre Innocent XI, en accusant le Pontife de défiance injuste à l'égard des plus louables initiatives du roi, X compris la conversion des huguenots, En date du 13 novembre 1685, Innocent XI adresse à Louis XIV un bref élogieux où il loue «le zèle vraiment digne j'un roitrès chrétien, qui a porté le monarque à rév-oqner toutes les ordonnances rendues en faveur deshérétiques de son royaumeet à pourvoir comme il l'a fait par detrès sages Édits, à la foicatholique».: k. 5 - 1: Le Pape assure le prince de la gratitude de l’Église et lui parle de la récompense à espérer de la bonté divine. La réponse de Louis XIV est datée du 7 décembre 1685. Aux formules courtoises de respectueuse re- In VA MON D à Innocent XI, afin que Sa Sainteté veuille bien contribuer au progrès de la reli- $ion en France «par tous les moyens que Dieu lui a conliés»: c’est-à-dire en conférant aux nouveaux évêques l'institution canonique.
Dans ses lettres des 7, 1h et 27 décembre. Louis XIV manifeste aucardinal d'Estrées son mécontentement de la froideur du Hole HHOROSNS i ENS Révocati Lo pas Par = = 4. Fe. institution canonique des trêques, mais simplement par un bref de félicitations. Au réveillon de Noël, 25 décembre 1685, le cardinal d’Estrées communique aux cardinaux et autres dignitaires de la cour romaine une lettre du Pde la Chaise au P. Fabri. Des centaines de missionnaires travaitlent en France à la réconciliation des huguenots, deux cent cinquante églises nouvelles ont été ouvertes dans les contrées où abondaïent les protestants. Louis XIV a dépensé deux millions de livres pour cette propagande, ct, au dire ‘es intendants, il y aurait près de 500.000 huguenots convertis. Le 18 mars 1686. Innocent XI. dans uneallacution consisloriale, décerne à Louis XIV, pour l’Édit de Révocation, des louanges publiques, «prémices de celles que lui donnera la postérité, tant que durera le souvenir de ce grand acte».
Le Pape décrit en ces termes la politique religieuse du roi de France: «Notre cher fils, ayant abrogé les Édits que des traîtres hérétiques avaient arrachés à ses ancêtres les rois très-chréliens au milieu des ardeurs et des angers de la guerre, el les ayant remplacés par des
2° À Rome.
qui défendent à ces sectaires l'usage e leurs temples et la liberté de leurs assemblées, jeu a manifesté sur eux sa puissance.» donc Entin, le 29 avril 1686, à la clôture des fêtes pascales, solennités religieusesigieuses et profanes avec feux de ie, dans tous les établissements français de Rome, our la Révocation de l’Édit de Nantes, Le 30 mai, iponsede Louis XIV, qui approuve le zèle du cardinal et du duc d'Estrées, mais ajoute qu’Innocent XI accorde toujours pas aux nouveaux évêques les En ulles d'institntion canonique. rérent Au total, il y eut quelque froideur dans l'attitude Pape Innocent XI. en raison de la querelle Lonjurs pendante du gallicanisme et des Quatre Articles. Mais le Pontife approuva cependant ct loua rinellement l’Édit de Révocation. Ce serait défigur la vérité historique que d’atlirmer le contraire, jme l'ont fait, pour dégager la responsabilité du ège de tome, certains apologistes maladroits. restèrent lité
VIII. Conséquences de l’Édit de Révocation.
1° Gain pour le catholicisme.
— Un fait qu’il importe de retenir, et qu’on oublie presque toujours de signaler, est que la propagande religieuse conduite avec méthode par l’Église de France et le gouvernement de Louis XIV chez les huguenots, concurremment avec la politique royale de rigueurs législatives contre le protestantisme, aboutit au retour effectif et durable d’un nombre important de calvinistes français à la religion catholique. À côté des émigrés, des réfractaires et des convertis uniquement par contrainte ou en apparence, il y eut des convertis authentiques parparmi les protestants de cette génération. Il y en eut davantage encore dans la génération suivante, élevée par des éducateurs catholiques. Aujourd’hui encore, il y a des familles très cathoques qui saventqueleurs ancêtresfurent protestants revinrent au catholicisme à l'époque de la Révotion de l’Édit de Nantes. 1L y a telle province ançaise, par exemple le Béarn, où le protestansme était dominant au XVIe et an XVIIe siècle qui, de nos jours, ne compte presque plus de olestants.
Le souvenir même du protestantisme y raît éteint dans la population; et les croyances 1 catholicisme y conservent une indiscutable faur:le Béarn contemporain est beaucoup moins vagé par l'indifférence religieuse que d’autres pronces de la même région qui eomptèrent une provrtion beaucoup moindre de protestants sous le gime de l’Édit de Nantes. Par ailleurs, dans nn iys occupant la situation géographique du Béarn, n'est certainement pas par l'émigration en terre rangère (en Espagne sans doute?) que l'on peut <pliquer la disparition de la quasi lotalité des huguenots durant les années qui précédcrent et suivint l’Édit de Révocation.
Force est done de recontitre qu’il y eut un nombre assez considérable de wlestants français, en Béarn et ailleurs. qui. soit la premicre, soit à la seconde génération, furent auentiquement réconciliés avec l’Église catholique, grâce à la politique religieuse de Louis XIV et aux Quant uvres d’apostolat et de conversion, que, lors de Révocation de l’Édit de Nantes, le Clergé de France erça parparmi les protestants. ment Quand on fait le bilan des eonséquences de l’Édit 3» + Révocation (et de l’ensemble des mesures au miu desquelles il prend place), la vérité historique oblige à dire qu’il y cut un gain notable et certain sur le catholicisme. militari Mais il yeut, à tous égards, un dommage plus noble encore. ubjuré DE L'EDIT DE;
2° Le «Refuge» à l’étranger.
— On avait cru sur à Versailles les rapports, généralement optimistes à l’excès, des intendants royaux. On s’était exagéré l'ampleur et La rapidité du mouvement conversions parparmi les protestants. On s’était alors qu'un acte éclatant, comme serait l’Édit de peorterail le coup de gräee au proteset donnerait le signal décisif de la convermasse. lnsion désastreuse, à laquelle l'exapporta un démenti péremptoire. grande majorité, les hu;uenvts français demeuatlachés au calvinisme, malgré les rigueurs et malgré l'apostolat des missionnaires Les plus résolus d'entre les réfraccontinuant un iuouvement d'émigration depuis plusieurs années déjà, et contreveaux prohibitions de l’Édit de 1685, passèrent groupes en Suisse. en Allemagne, en Angleterre Hollande: les pays du «Refuge». Les autres sur place et gardèrent leur tenace fidéau protestantisme, tout en étant, presque nominalement el légalement tenus pour au catholicisme: on les appelait les nouréunis: ce qui Signiliail en réalité Les nonfut l'importance de l'émigration protestante les pays étrangers pendant les années qui preet suivirent l’Édit de Révocation?
Les éled’une statistique précise (ont défaut. On ne procéder que par évaluations conjecturales, fait, varient de 60.000 à 600.000. Vauban, un Méruoire fameux, parle de 100.000 protesémigrés, parparmi lesquels g.000 matelots, 12.000 plus de Goo officiers. Cette approximation la plus sérieuse de toutes. n'est pas douteux que semblable mouvement d’émigralion, accompli malgré l’Édit de Revoeation, résultant de cet Édit, représenta pour la France perte importante d'hommes, de capitaux el de économiques, qui protita notamment au 3randehourg. à la Hollande, à l'Angleterre. La Rede l’Édit de Nantes compte ainsi parparmi les (mais comme cause très partielle, à vrai dire) crise économique (explicable avant tout par longue série de guerres ruineuses et acharnée) éprouva la France durant les vingt-cinq dernieannées du règne de Louis XIV, Ea outre, la Rédonna quelque allure de guerre religieuse grande guerre de la Ligue d’Augshbourg: XIV faisant figure de champion (très peu rodu catholicisme, et Guillaume d'Orange étant, aucun doute possible, malgré le nombre et la de ses alliés catholiques, le champion du protestantisme en Europe.
Nonobstant les cireonatténuantes que les proseriptions subies par l'rance et la conception moins rigide que l'on alors du patriotisme peuvent donner à leur conil est difficile de ne pas flétrir comme une trahisonlattitude des protestants français du «Refuge» dans la guerre de la Ligue d’Augsbourg, comavec acharnement contre les armées de XIV et de la France. aux protestants réfractaires à La conversion demeurés en France, les nouveaux réunis, leur fut cruelle et devint. pour le gouverneroyal, l’occasion de terribles embarras. Les vraies «dragonnadesdes». — Ceux qui refuformellement et persévéramment d'abjurer, l’Édit de Révocation leur en reconnaissait le finirent par être conduits à la frontière manu en 1685 et bannis du royaume à perpétuité. plupart des récalcitrants notoires avaient par contrainte. ou avaient été considérés comme ayant abjuré.
Ils demeuraient cependant aussi étrangers à chacun des actes distinctifs du catholicisme qu'avant leur abjuration prétendue, leur égard, le pouvoir royal se trouvait dans une situation paradoxale: l'état-civil étant alors constitué par les registres ecclésiastiques du baptême et du mariage, et l’Édit de Révocation ayant supprimé l'organisation légaleet publique duculte protestant, les nouveaux réunis devraient se marier devant prêtre catholique, faire baptiser leurs enfants par prêtre catholique, se faire enterrer à l'église et au «imetière catholique, bref faire profession du catholicisme, ou bien devenir des sujets du royaume qui n'auraient pas d'état-civil régulier et dont la puissance publique ne connaîtrait légalement ni la naissance, ni le mariage. ni la mort. Le paradoxe durera jusqu'au jour où, plus d’un siècle après l’Édit de Révocation, Louis XVI restituera l’état-civil aux protestants. La législation d'octobre 1685 supposait présomptueusement que, désormais, il n’y aurait plus de huguenots en France (sauf les adultes de génération présente qui refuseraient d’abjurer) que, dans le royaume de France. on ne compterait plus que des sujets catholiques.
Devant une réalité différente, le gouvernementde Louis XIV futentrainé à des me-ures violentes et absurdes. On voulut résoudre le problème en décidant, par des mesures de contrainte, les nouveaux réunis devenir des catholiques croyants et pratiquants. L'apostolat des missionnaires catholiques. füt-ce de Fénelon ct de Bourdaloue, ne suffisait nullement changer leur cœur. C'est alors que des dragonnadesdes furent réellement vrdonnées par Louvois commeméthode ollicielle de contrainte à l'égard des nouveaux réunis. Lorsque ceux-ci refuseraient dc participer aux cérémonies obligatoires du catholicisme, ou, du moins, de se laisser instruire dans le catholicisme, les intendants auraient le pouvoir de leur imposer pernianence le logement el l'entretien des gens de guerre. Ceux-ci étaient, d’ailleurs. avertis qu'on les verrail sans déplaisir faire sentir lourdement aux récalcitrants le désagrément de leur présence. Ils n’y manquérent pas. Au nombre des colonels et des «apitaines qui, en présidant à de tels logements de dragons ou d’autres soldats, se distinguèrent par leurs vexations chez les nouveaux réunis, on cite les noms de Tessé, Boufflers, La Trousse, Choiscul- Beaupré, Saint-Ruth.
Comme en devait s’v attendre, ily eut pire que des brimades onéreuses, il y eut des cruautés, des obscénités, généralement impunies, Bien qu'on ne doive pas exagérer la proportion où de pareils excès furent réels, et hien que Louis XIV les eût positivement interdits, — et, sans doute, les igænorät dans la plupart des cas, c’est là une page douloureuse de notre histoire. Malgré toutes les contraintes, les nouveaux reunis continuaient d'être réfractaires à la conversion catholicisme. Ils reconstituaient peu à peu, mais dans le secret, les assemblées de leur culte. Des pasteurs, revenus de l'émigration, y reprenaient l'exervice de leur ministère religieux. En diverses régions, d'importantes assemblées s'organisaient au «Dédésert» et provoquaient. dans beaucoup d'âmes protestantes, une exaltation mystique et passionnée, y eut des visions, des extases, de grands et de petits prophètes, cl toute une littérature apocalyptique tombaient sur Louis XIV et sur la Papauté les formidables catastrophes prédites naguère à la grande prostitnée par le voyant de Patmos.
Devant cette elfervescence mystique, les rigueurs légales demeuraient inopérantes, ou plutôt ne faisaient qu'exaspérer la résistance des huguenots. pourtant, le zèle des intendants ne connut aucune toute conscience, par leurs brutalités incessantes, x À lière est due au célèbre et implacable intendant du Languedoc, Lamoignon de Bâville, Dans les diocèses de Nîmes, Alais, Uzès, Mende! le le
4° Consultations et ordonnance de 1698.
— Avant! même cette insurrection des Cévennes, le gouvernement royal eut le bon sens de comprendre qu’il lui? tenir à l'égard des nouveaux réunis, qui étaient tous les troubles qu'utiles? Nous possédons les réponses motivées des diiféplupart se prononcèrent pour le maintien de la conà yeux, le caractère d’un recul pour la causecatholique et d’un cncouragement pour les huguenots, à s’obstià Croissy (Montpellier), Nesmond (Montauban), Ber-w en l l’abandon de la contrainte pour l’assistance des Louis XIV adopta, en fait, leur manière de voir —! contre enx pour les porter à recevoirles sacrements: Il n’y a pas de différence à faire à cet égard entre eux au servanee religieuse et dénonceraient les actes scan- Il rigueur avec laquelle ce contrôle devrait ètre exercé:! l’'ar contre. un certificat de catholicité serait exigé où Dès lors, sauf dans les diocèses où la situation nouveaux réunis allait aboutir à la guerre des Et Les yeux sur les assemblées extra-légales où s'accomplissait la célébration de leur culte.
Souvent même, on inscrivait le mariage sur le registre paroissial, sans aucune mention de cérémonie religieuse. À défaut de libre accès aux charges publiques, les protestants exerceront en paix les carrières commerciales et industrielles. Malgré bien des heurts, qui tiendront à des circonstances particulières et qui résulteront de de l'illégalité de cette situation, telle va être, en gros. la condition des protestants, — minurilé désormais Lrès réduite, — au XVIIIe siècle. Les protestants d'Alsace n'auront jamais élé ins dans la jouissance du statut particulier qui érissait depuis l'annexion de leur provinec à la France Le législateur de 1685 avait cru qu'au bout d’un petit nombre d'années, il n’existerait plus de hu être guenots français. fout avait eté calculé en conséquence. Mais une minorité protestante continua de subsister: ct ce fait bouleversa l'application prévue de l’Édit de Révocation.
Ap: de douloureuses expériences, il fallut en venir à s'accommoder, par manière de tolérance extra-légalc, d’une partie des franchises religieuses el civiles qni avaient été autrefois sanctionnées légalement par l’Édit de Nant rer Le dommage (pourtant énorme) causé au protestantisme français par la politique religieuse de Louis XIV fut beaucoup moins considérable encore que le dommage moral qui résultera de l’Édit de Révocation pour l’Église et la Monarchie, Dommage moral dont les conséquences durent toujours, après deux cents ans accomplis,et se sont même aggravées, depuis que la Révocation de l’Édit de Nantes, séparée des circonstances historiques qui aident à la comprendre, a reçu de la légende les surcharges fantastiques qui lui donnent le caractère d’un symbole et d’un épouvantail.
IX. Appréciation des responsabilités.
La Révocation de l’Édit de Nantes est un événement considérable et complexe qui ne saurait être l’objet une approbation ni d’une réprobation sommaire. Tant du point de vue doctrinal que du point de vue historique, bon nombre de distinctions s'imposent, distinctions d’une nuance parfois délicate, de 1° L’Édit de Nantes (même libéré de ses exorbitantes clauses politiques) constituait une dérogation au droit public de toutes les nations catholiques ou protestantes de cette époque. 1685, L’Édit de Nantes n’avait pas été, en 1598, l’objet d’une libre et solennelle délibération, mais avait été arraché à Henri IV par une nécessité impérieuse. L'attitude séditieuse des protestants français, «dans la plupart des circonstances où il leur avait été possible de s'insurger ou de conspireravec l'ennemi ‘lu dehors, eut pour effet de créer, chez beaucoup de Français d'alors, cette conviction que la minorité calviniste constituait un grave péril pour l’unité nationale.
4° Le mouvement de Contre-Réformation catholique qui marqua surtout le second tiers du dix-septième e détermina un grand effort d'apostolat religieux auprès des protestants et un puissant courant d’opinion contre les franchises légales dont jouissait en France le protestantisme, Ici, intervinrent la Compagnie du Saint-Sacrement et les Assemblées périodiques du Clergé de France. 5° Subissant l'influence de ce courant d’opinion et gardant le souvenir des périls nationanx qu’avait précédemment fait courir à la France et pourrait lui faire courir encore la minorité protestante, le gouvernement de Louis XIV commença par interpréter de Nantes à la rigueur (comme le lui demandaient avec insistance les Assemblées du Clergé), crut en finir avec le protestantisme par la Révocation totale de l’Édit de Henri IV. 6 L'applaudissement chaleureux el unanime de France catholique montra combien l’Édit de Révorépondait exactement aux tendances générales l’époque. Il ne faisait, du reste, que réduire les protestants français à une condition semblable à des catholiques dans les États protestants de l'Europe du XVIIe siècle.
7° Malgré le notable mouvement de conversions catholicisme qui précéda et suivit l’Édit de Révocation, la majorité des huguenots conserva son attachement au protestantisme. Parmi Les protestants obstinément fidèles à leur religion, beaucoup (peut- 100.000) cherchèrent asile hors de France dans pays protestants: et leur départ causa évidemment à la France un dommage sérieux (bien que ce dommage ait été exagéré). Les protestants demeurés France furent, pour le gouvernement royal, l’occasion d’embarras plus graves encore. #° L’Édit de Révocation n'ayant pas prévu qu'une minorité protestante subsisterait et voudrait demeurer fidèle au culte calviniste, l’existence tenace de minorité accula le gouvernement royal à l’abandon partiel d’une légalité abusive et maladroite: ce qui fut fait par la déclaration de 1598. avant de battre en retraite, le pouvoir royal de contraindre à la conversion les huguenots réfractaires. Pendant plusieurs années, il recourut contre eux à des mesures tracassières, violentes ou même odieuses, qui furent généralement inefficaces et qui. par le souvenir qu’elles devaient laisser. causeraient plus de dommage encore an catholicisme qu'au protestantisme.
9° Dans l'ordre des principes, l’Édit de Révocation s’inspirait de la doctrine catholique du droit exclude la vérité religieuse, doctrine qui ne reconnait l'erreur aucun droit d’être professée au grand jour. le même Édit de 1685 méconnaissait un autre aspect des choses, dont le législateur catholique a le devoir de tenir compte: la grave considération de sagesse et d'équité politique qui, dans un pays divisé croyances, exige d’accorder aux dissidents certaines libertés légales, sous peine d’un notable dommage pour l'ordre social et la paix publique. 30° Quant aux rigueurs qui suivirent l’Édit de non seulement le mode en fut excessif, mais l’objet même en était mal justifié. La doctrine qui donne au pouvoir chrétien le droit de mettre la force lois humaines au service de la vraie religion, préarrêter ou punir la diffusion de l'erreur, mais pas imposer des actes religieux qui supposent la conversion intime du cœur et qui ne sauraient être exigés par voie de contrainte, 11° Le Siège apostolique semble n'avoir été nullement tenu au courant avec précision des violences abusives dont nous venons de parler.
Innocent XI connut seulement l’Édit lui-même de Révocation et loua le principe, conformêment aux traditions du droit public de l’Église. Du reste, il y mit quelque froideur, en raison du dissentiment qui existait alors Louis XIV et la Papauté 12° Dans toute la mesure où la Révocation de de Nantes fut un acte malheureux el donna à des mesures repréhensibles, on ne saurait trop redire que l'explication fondamentale en est fournie les conceptions politiques alors régnantes dans l'Europe, catholique et protestante. Le régime appliqué depuis 1685 aux protestants français ne diffère pas du régime que subissaient, à la même époque, les catholiques d'Angleterre, ou des États luthériens d'Allemagne et de Scandinavie. L'erreur commise en cette circonstance fut, sans aucun doute possible, l'erreur du temps.
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