Halley (Légende de la comète de)
Sommaire
Introduction
HALLEY (LÉGENDE DE LA COMÈTE DE). — Parmi les apparitions de la comète de Halley, celle de 1456 fut l’une des plus brillantes ; elle est aussi, depuis plus d’un siècle, une des plus célèbres. Cette célébrité lui est venue de la légende, si chère aux vulgarisateurs, d’après laquelle le pape Calixte III aurait lancé contre l’astre perturbateur les foudres du Vatican dans le but de détourner de la chrétienté, alors menacée par les Turcs, les calamités dont le brillant météore était l’avant-coureur.
Parmi ceux qui, les premiers, ont protesté énergiquement contre cette fable, se trouvait le célèbre mathématicien Paul Ruffini, de Modène, dans ses Riflessioni critiche sopra il Saggio filosofico intorno alle probabilità del Conte La Place (1821) ; l’illustre astronome Faye répéta cette protestation en 1858 dans la Revue contemporaine (voir Cosmos, XIII, 1858, p. 647). En 1859, dans la Collection de précis historiques, le P. Delsaulx, S. J., démontra de nouveau la futilité de la légende.
Dans le Month (février 1907) le P. Gérard, S. J., traite le même sujet ; en octobre 1909, le P. Thirion, S. J., dans un article sur la comète de Halley (Revue des questions scientifiques, 3e série, t. XVI, pp. 670-696), consacre à la légende tout un chapitre richement documenté. En outre, l’auteur de ces lignes publia le résultat de ses recherches critiques dans les publications de la Specola Vaticana (Calixte III et la Comète de Halley, Roma, 1909).
Nous en donnons le résumé.
I. Faits historiques
I. Faits historiques. — Le 29 mai 1453, les Turcs s’emparèrent de Constantinople. Le 30 septembre de la même année, le pape Nicolas V, par une lettre solennelle, avait déjà fait appel aux rois chrétiens pour les engager à entreprendre la croisade. Son successeur Calixte III (1455-58) envoya aussitôt pour la même cause ses légats dans les différents pays. Sa voix n’ayant pas trouvé d’écho auprès des hommes, Calixte eut recours à Dieu.
Le 29 juin 1456, une bulle solennelle fut promulguée, dans laquelle le pape ordonnait des prières publiques afin d’obtenir de Dieu un prompt secours contre le péril imminent. Le 4 juillet, premier dimanche du mois, on fit les premières processions à Rome. Le même jour, les Turcs assiégèrent Belgrade. Le 14 juillet, les Chrétiens, sous les ordres de saint Jean Capistran et de Hunyade, remportèrent une petite victoire dans un combat naval sur le Danube.
Le 22 suivit la brillante victoire sur les Turcs à Belgrade.
Dans le même intervalle apparut la comète de Halley. Les Chinois l’aperçurent dès le 27 mai. En Italie, on la découvrit au commencement de juin. Les observations précieuses du Florentin Paolo Toscanelli vont du 8 juin au 8 juillet. Dans la seconde moitié du mois de juin, la comète se trouvait le plus rapprochée de la terre et restait visible avec tout son éclat pendant plus de trois heures après le coucher du soleil. Il est bien évident qu’elle occupait alors l’attention de toute Rome. D’après les chroniqueurs, elle était extraordinairement grande, terrible, embrassant de sa queue deux signes zodiacaux ou 60 degrés.
L’astre était encore visible dans les premiers jours de juillet, donc au commencement du siège de Belgrade par les Turcs. En adoptant les éléments de l’orbite calculés par M. Celoria, on trouve que, le 22 juillet, le noyau de la comète se coucha plus de deux heures après le coucher du soleil. Néanmoins des documents contemporains, européens et chinois, il résulte avec certitude qu’à cette date l’astre avait cessé d’être visible depuis plusieurs jours.
Aussi dans les récits nombreux, et parfois très détaillés, de ceux qui prirent part à la bataille de Belgrade, on ne trouve aucune allusion à la comète.
II. La légende
II. La légende. — La légende d’après laquelle Calixte III aurait ordonné des prières publiques pour conjurer la comète et les Turcs, se trouve pour la première fois, autant qu’on peut le contrôler, dans L’Exposition du système du monde, par Laplace (liv. IV, c. IV, p. 283, éd. 1829). Cette même expression, très probablement empruntée à Laplace, revient dans le poème de Daru, intitulé L’Astronomie :
Au pied de ses autels, qu’il ne saurait défendre,
Calixte, l’œil en pleurs, le front couvert de cendre
Conjure la comète, objet de tant d’effroi…
Mais celui qui a contribué le plus à propager la légende a été sans doute Arago (Des comètes en général, etc., Annuaire du Bureau des longitudes pour l’an 1832, p. 241) ; c’est lui qui a inventé l’excommunication de la comète : « Lorsqu’en 1456, on vit paraître l’éclatante comète…, le pape Calixte en fut si effrayé qu’il ordonna pour un certain temps des prières publiques, dans lesquelles, au milieu de chaque jour, on excommuniait à la fois la comète et les Turcs ; et afin que personne ne manquât à ce devoir, il établit l’usage, qui depuis s’est conservé, de sonner à midi les cloches de l’église. » Le traité d’Arago sur les comètes fut, bientôt après son apparition, traduit en presque toutes les langues de l’Europe ; et nous nous croyons en droit de prétendre que les écrivains postérieurs se sont tous basés sur l’autorité d’Arago.
Le vice-amiral Smyth (Cycle of celestial objects, éd. 1844, p. 231) parle d’un « special protest and excommunication exorcising equally the Devil, the Turks and the Comet ». Babinet fait lancer un timide anathème sur la comète et sur les ennemis de la chrétienté.
Dans la bataille de Belgrade, il met les Frères Mineurs, sans armes, le crucifix à la main aux premiers rangs, invoquant l’exorcisme du pape contre la comète et détournant sur l’ennemi la colère céleste, dont personne ne doutait alors qu’elle ne fût une manifestation (Les comètes du dix-neuvième siècle, Revue des Deux Mondes, 23e année, t. IV, 1853, p. 831). Suivant d’autres, ordre fut donné de faire sonner toutes les cloches en Europe pour chasser la comète et désarmer le présage ; et dans les litanies de tous les saints fut insérée la supplication : « Du diable, de la comète et du Turc, délivrez-nous, Seigneur !… »
III. L’origine de la légende
III. L’origine de la légende. — Existe-t-il un document papal de l’année 1456, dans lequel, d’une manière quelconque, il soit fait mention de la comète ? Pour trancher cette question du plus haut intérêt, nous avons examiné, avec le secours aimable de M. Ranuzzi, secrétaire des Archives du Vatican, les Regesti de Calixte III. Ces Regesti sont conservés dans les registres authentiques de leur temps, ils sont divisés en trois séries : la série du Vatican, celle du Latran et celle des suppliques. Dans la première, les Regesti de Calixte III occupent les volumes in-folio nos 436-467 ; dans la seconde, les nos 498-534 ; dans la troisième, les volumes 472-502. Le résultat de cet examen fut complètement négatif : pas un mot sur la comète.
La pièce la plus importante de la collection, à notre point de vue, est la bulle authentique du 29 juin 1456, conservée sous le titre : De Bulla orationis contra Infideles pro victoria populi christiani. Comme cette pièce a été publiée déjà par Raynald, la lecture ne m’a rien appris de neuf ; cependant elle enleva jusqu’aux derniers doutes sur l’identité du texte de Raynald avec celui des actes authentiques.
Le pape commence par rappeler comment, avec le secours de Dieu, il a fait tout ce qui lui était possible pour organiser la croisade par terre et par mer. Mais puisque sans le secours divin tous ces efforts resteraient stériles, il faut l’implorer avec humilité et confiance. Après avoir cité plusieurs exemples tirés des Saintes Écritures, le Pontife ordonne les prières publiques et exercices de dévotion suivants :
1° Tous les prêtres, à chaque messe qu’ils célèbrent, doivent réciter la prière contre les païens, c’est-à-dire : « Dieu tout-puissant et éternel, qui avez dans vos mains la puissance de tous et tous les droits des royaumes, venez au secours des chrétiens, afin que les peuples païens, qu’anime leur férocité, soient confondus par la puissance de votre droite. »
2° Dans toutes les églises, entre none et vêpres, on sonnera trois fois par jour une ou plusieurs cloches, comme cela se fait d’habitude le soir pour la salutation angélique, et alors chacun récitera trois fois l’oraison dominicale et la salutation angélique.
3° Dans toutes les villes, chaque premier dimanche du mois, on fera célébrer des processions solennelles, auxquelles assisteront tous les fidèles et tous les clercs tant séculiers que réguliers.
4° À l’occasion de ces processions solennelles, on fera un sermon au peuple, dans lequel l’orateur sacré s’appliquera d’abord à confirmer la foi, et à exhorter les fidèles à la patience dans ces sortes de tribulations ; en outre il exhortera les fidèles à la pénitence… enfin après leur avoir rappelé la férocité des Turcs, et tant de maux qu’ils ont infligés aux chrétiens et tâchent toujours de leur infliger, [il les pressera] d’offrir à Dieu leurs prières et leurs supplications contre eux.
Dans cette bulle, nous le répétons, pas un mot sur la comète.
Faute de données officielles, il faut s’en tenir aux historiens de l’époque.
Vient en premier lieu saint Antonin, archevêque de Florence de 1446 à 1459. Dans son ouvrage, Chronicorum libri tres, on trouve l’énumération exacte de toutes les mesures prises par le Souverain Pontife ; on y trouve un chapitre intitulé De cometis, unde causentur et quid significent, où la comète de 1456 est mentionnée ; des prières ou des processions contre la comète, rien.
Dans les œuvres et lettres d’Æneas Sylvius (plus tard Pie II) les prières publiques ordonnées par Calixte ne sont pas mentionnées ; par contre, l’auteur parle dans ses lettres assez longuement des effets de la comète, qu’il considère — post factum, il est vrai — comme un présage de la défaite des Turcs. Nicolas de Fara, biographe de saint Jean Capistran et témoin oculaire de ses faits et gestes, nous raconte que le saint, qui prêchait la croisade en Hongrie, lorsque la comète apparut, conçut bon espoir et excita ses auditeurs au courage et à la confiance, étant donné que, d’après une révélation du Christ, il savait que ces deux comètes annonçaient une très grande victoire sur les Turcs. Suivant deux autres compagnons du saint, il aurait eu en célébrant la messe cette révélation de la victoire prochaine sur les Turcs.
1 Le fait que la comète, après avoir été visible le matin, se montra de nouveau le soir, explique l’erreur de quelques auteurs qui parlent de deux comètes diverses.
Parmi les nombreuses chroniques italiennes du temps, celle de Bologne est la seule qui fasse mention et de la comète et des prières publiques, mais sans les mettre en relations mutuelles.
Stephanus Infessura, dans ses Diaria rerum romanarum suorum temporum, nous raconte qu’en juillet 1456 il apparut une comète à large queue, et qu’après elle Rome fut affligée d’une grande disette et peste et guerre et meurtres, et que pour cela des processions furent ordonnées à Rome, afin d’obtenir de Dieu la délivrance de ces fléaux actuels.
Que Rome, durant cette année et l’année suivante, fût affligée par la peste, cela se trouve aussi dans d’autres chroniques ; le fait que des processions eurent lieu pour conjurer ce fléau n’a rien d’extraordinaire. Quant aux chroniques des autres pays, il y en a quelques-unes qui font mention de la comète et des prières publiques, mais en des endroits différents qui n’ont entre eux aucun rapport.
L’auteur des Annales de Flandre, Jacobus Meyer Baliolanus, parle même avec indignation de l’aveuglement des autorités ecclésiastiques et séculières en Flandre, qui ne se souciaient guère de la comète et des autres « signes manifestes de la colère divine ».
Platina. — Nous voici parvenus au seul écrivain du temps de Calixte qui, dans l’histoire de la comète, introduit le pape. L’humaniste Platina, né à Piadena (d’où son nom) en 1421, vint à Rome en 1462, probablement comme membre de la suite du cardinal Francesco Gonzaga. En 1471, il reçut du Souverain Pontife Sixte IV l’ordre d’écrire son Histoire des Papes, qu’il acheva vers la fin de 1474 ou au commencement de 1475.
Étant nommé ensuite bibliothécaire au Vatican, il remplit cette fonction jusqu’à sa mort (1481). À propos de son œuvre principale, Vitæ Pontificum, Gregorovius s’exprime ainsi : « Platina écrivit avec facilité et élégance. Mais son œuvre, sans fondement historique solide, sans pénétration n’est qu’un manuel agréable où la biographie classique a servi d’exemple. » M. Pastor relève que la véracité de Platina n’est pas toujours au-dessus de tout soupçon.
On sait que la vie de Paul II est une véritable caricature biographique ; et ce n’est pas la seule fois que Platina prend à la légère la vérité historique. Cependant cet écrivain étant contemporain de Calixte III, son récit ne manque pas d’autorité ; il vaut donc la peine de donner intégralement le texte, qui se rapporte à notre sujet. L’authenticité en est pleinement garantie, car le magnifique manuscrit de son œuvre, qu’il remit personnellement au pape Sixte IV, est parfaitement conservé. Le voici :
Apparente deinde per aliquos dies cometa crinito et rubeo ; cum mathematici ingentem pestem, charitatem annonae, magnam aliquam cladem futuram dicerent : ad avertendam iram Dei Calixtus aliquot dierum supplicationes decrevit : ut si quid hominibus immineret, totum id in Thurcos christiani nominis hostes converteret. Mandavit praeterea ut assiduo rogatu Deus flecteretur in meridie campanis signum dari fidelibus omnibus : ut orationibus eos iuvarent qui contra Thurcos continuo dimicabant.
En voici la traduction littérale :
Une comète chevelue et rubiconde apparaissant pendant quelques jours, comme les mathématiciens prédirent une terrible peste, une disette, quelque grande calamité, Calixte, pour détourner la colère de Dieu, ordonna des processions à certains jours, afin que, si les hommes étaient menacés de quelque mal, Dieu le tournât uniquement contre les Turcs, ces ennemis du nom chrétien. Il ordonna en outre pour fléchir Dieu par des prières assidues, de donner à midi un signal avec les cloches à tous les fidèles, afin que par leurs oraisons ils vinssent en aide à ceux qui combattaient sans trêve les Turcs. »
Observons qu’au quinzième siècle les noms : astronome, astrologue, mathématicien, avaient à peu près la même signification. Comme l’astronomie et l’astrologie supposent des connaissances assez étendues en mathématiques, le nom commun de mathématicien n’a rien d’étonnant. Par un heureux hasard, il nous reste le jugement astronomique d’un de ces mathématiciens, dont parle Platina.
C’est une lettre astrologique de Pietro Bono Avogario, professeur à l’Université de Ferrare et très adonné à l’astrologie judiciaire. Ce document porte la date du 13 juin 1456 ; il fut trouvé par M. Celoria parmi les manuscrits de Toscanelli, qui l’avait copié de sa propre main. Mais ce qui nous frappe dans ce jugement astrologique, c’est que les Turcs auront à craindre de la part des Chrétiens : « quia apparet ex parte orientis, significat quod rex Thurcarum timebit de inimicis. »
Nous avons traduit supplicationes par processions : c’était le terme classique pour indiquer les processions accompagnées de prières publiques. C’est à tort que plusieurs traduisent ce mot par supplications tout court ou par litanies, au sens que nous avons l’habitude de donner à ce mot.
Nous avions commencé par admettre sans aucune réserve le récit de Platina comme vrai en toutes ses parties. C’est le témoignage comme contemporain ; de plus, le récit ne contient rien d’intrinsèquement invraisemblable. Ce ne fut qu’après une étude plus approfondie des circonstances du temps et après une comparaison faite entre le texte du récit et les documents de même date, que la conviction s’imposa qu’il y a quelque chose d’inadmissible.
Et tout d’abord il est bien certain que les sonneries de midi n’ont pas le moindre rapport avec l’apparition de la comète. La bulle authentique nous en fournit la preuve irrécusable ; elle est confirmée par le témoignage de tous les auteurs contemporains. Mais les processions dont parle Platina sont-elles les mêmes que celles dont parle la bulle du 29 juin ? En cas d’affirmative, Platina a eu tort de nous proposer cette mesure comme inspirée par la crainte de la comète.
Au cas contraire, il nous semble bien étrange qu’en même temps — puisque la bulle fut proclamée le 29 juin, apparente per aliquot dies cometa, et que les premières processions furent tenues le 4 juillet, pendant qu’elle était encore visible à l’œil nu — deux séries de processions aient été décrétées, les unes pour détourner vers les Turcs les dangers présagés par l’apparition de la comète, les autres pour obtenir le secours de Dieu dans le combat contre ces mêmes Turcs.
En outre, on a à expliquer dans cette supposition :
Pourquoi Platina ne dit pas un mot des processions dont parle la bulle, bien que celles-ci, à raison de leur solennité extraordinaire et du grand concours du peuple, aient dû laisser une impression ineffaçable dans la mémoire des contemporains ;
Pourquoi saint Antonin passe sous silence dans ses Chronica ces autres processions contre la comète, bien qu’il fasse mention de la comète et qu’il donne l’énumération complète des prières et processions prescrites par la bulle ;
Pourquoi de même tous les autres contemporains qui mentionnent ou la comète ou les processions prescrites, ou toutes les deux, gardent le silence sur les prières à propos de la comète.
Ajoutons que d’une part nous n’avons pas de données officielles sur ces processions contre la comète et que d’autre part le sens obvie du récit de Platina ne permet pas d’attribuer les deux mesures — sonneries des cloches et processions — à des motifs différents ; et nous aurons le droit de conclure que Platina a considéré à tort la bulle comme publiée sous l’influence de la peur causée par la comète. Une telle méprise n’aurait rien d’inexplicable.
L’apparition de la comète coïncidant avec la publication de la bulle, on peut croire que plusieurs personnes peu attentives aient cru à une certaine connexion entre l’une et l’autre, et la supposition que plusieurs de ceux qui prirent part aux processions, sous l’impression de la peur, aient conjuré le Tout-Puissant de les préserver de la peste, de la famine ou d’autres calamités, n’a rien d’invraisemblable.
Le souvenir de ces circonstances se sera présenté à l’esprit de Platina lorsqu’il écrivit son récit. Une telle hypothèse ne saurait être taxée de calomnie à l’égard d’un écrivain qui est loin de peser scrupuleusement chaque parole sur la balance de la critique, parce qu’il ne veut pas, comme le dit Gregorovius, diminuer l’intérêt de sa narration.
La plupart des historiens, depuis Platina jusqu’à Laplace, se contentent de citer avec plus ou moins d’exactitude le texte de Platina, sans se donner la peine de contrôler le récit par l’examen des documents contemporains. Nommons Calvisius (1605), Spondanus (1641), Lubienietski (1666). Fabre (1726), dans sa continuation de l’Histoire ecclésiastique de Fleury, nous en offre une paraphrase plus ample. Bruys (1733), dans son Histoire des Papes, emprunte son récit à l’histoire de Fleury ; il ajoute malicieusement que le pape profita en habile homme de la superstition et de la crédulité des peuples. L’œuvre de Fleury étant très répandue en France, il est bien probable que Laplace et Arago ont puisé à cette source.
C’est aussi l’opinion du P. Delsaulx : « Les savants qui ont complaisamment attribué à Calixte III une bulle d’excommunication et l’injonction de prières comminatoires contre la comète, auront sans doute exagéré, par mégarde ou avec intention, et interprété à leur façon ce que Fleury raconte au sujet de l’apparition de la comète en 1456 dans son Histoire ecclésiastique… Peu au courant des choses ecclésiastiques et des termes canoniques et liturgiques… ils en auront conclu à un exorcisme, car le terme conjurer, employé par Laplace, ne peut pas avoir d’autre signification, et à une excommunication lancée contre les Turcs et la comète dans des prières publiques. »
Amsterdam, fête de l’Épiphanie, 1911.
J. Stein, S. J.