Garibaldi
Sommaire
Plan de l’article
GARIBALDI. — I. Premières aventures. — II. Le condottiere et l’unité italienne. — III. Campagne de France. Dernières années.
I. Premières aventures
Giuseppe Garibaldi naquit en 1807 à Nice. Il s’engagea de bonne heure dans la marine sarde. Il se disait républicain ; il était, surtout, libre-penseur et professait la haine de la religion. Aussi, ne tarda-t-il pas à s’affilier aux sociétés secrètes. Compromis dans un complot (1834), il réussit à prendre la fuite, cependant qu’on arrêtait ses complices, et se réfugia en France.
Pour vivre, il donna des leçons de mathématiques à Marseille, mais cette vie étroite lui pesait, car il avait une ardente ambition. Recommandé au bey de Tunis, il obtint (1836) de ce prince un poste d’officier dans sa flotte. Il ne remplit ces fonctions que pendant une année et se rendit en Amérique, car il cherchait un plus vaste théâtre pour conquérir fortune et honneurs. Il sollicita un emploi de la république de l’Uruguay, et fut nommé commandant en chef de l’escadre qui opérait contre Buenos-Ayres.
L’Angleterre et la France étant intervenues, l’escadre dut battre en retraite. Garibaldi forma alors un corps de trois mille hommes (infanterie et cavalerie) avec lequel il mena la guerre de partisans.
II. Le condottiere et l’unité italienne
La révolution, qui éclata en Italie en 1848, ramena Garibaldi dans sa patrie. Parti de Montevideo avec une centaine de ses compatriotes, il fréta un vaisseau, la Speranza, sous le pavillon tricolore italien et se dirigea sur l’Europe. Au mois de juin 1848, il se présentait à Turin. Froidement accueilli par le gouvernement piémontais, à qui il semblait suspect, il alla offrir ses services au gouvernement provisoire de Milan.
Appuyé par Mazzini, il leva une légion, se rendit dans le Tyrol et prit part à la guerre de Charles-Albert contre l’Autriche. Remarqué dès lors par le parti révolutionnaire, il fut nommé par l’opposition député à la Chambre du Piémont, et mena contre le roi une violente campagne, mais il quitta bientôt le Parlement pour se rendre à Rome où la république venait d’être proclamée, et combattit le corps français commandé par le général Oudinot. Après divers combats plus ou moins heureux, il fut finalement vaincu et retourna en Amérique pour s’y livrer à l’industrie.
Ses affaires semblaient prospérer, mais il était trop ambitieux pour se contenter de cette existence qui lui procurait pourtant le confort et la tranquillité. Apprenant que le Pérou réorganisait ses troupes, il sollicita et obtint le commandement supérieur de cette armée. Il exerçait ces fonctions depuis peu de temps, lorsqu’il apprit qu’une nouvelle guerre de l’indépendance venait d’éclater en Italie. Il se hâta de retourner dans sa patrie (1859) et fut nommé, par décret royal, major-général de l’armée.
Sous le nom de « chasseurs des Alpes », il organisa une « légion nationale », entra sur le territoire lombard, et prenant l’offensive contre l’Autriche, il s’empara de Côme et rejeta l’ennemi sur Milan.
La paix signée à Villafranca par les empereurs Napoléon III et François-Joseph obligea Garibaldi à déposer les armes ; mais au printemps de l’année suivante (1860) il attira de nouveau l’attention en protestant violemment contre l’annexion de Nice et de la Savoie à la France et en donnant avec éclat sa démission de député. Puis, il ouvrit une souscription pour organiser une campagne en Sicile où une nouvelle révolte venait d’éclater contre les Napolitains.
C’est ce qu’on a appelé l’expédition des Mille. Nombre de personnages plus ou moins tarés s’étaient joints à Garibaldi, parmi lesquels on remarquait le défroqué Sirtori et M. Ulrich de Fonvielle, qui devait jouer, neuf ans plus tard, dans l’affaire Pierre Bonaparte-Victor Noir, le triste rôle que l’on sait. La petite troupe s’embarqua sur deux navires de la Société transatlantique, le Piemonte et le Lombardo, et aborda à Marsala.
L’armée de Garibaldi combattit les troupes royales à Calatafimi, et s’empara de Palerme et de Messine. Son chef — qui s’était proclamé dictateur de la Sicile, en dépit de ses opinions républicaines — assiégea Naples. Malgré son courage et la fidélité de ses troupes, François II, lâchement abandonné par les cours d’Europe, dut capituler, mais le « triomphe » de Garibaldi touchait à sa fin : Cavour voulait l’annexion des Deux-Siciles au royaume de Victor-Emmanuel.
Le Parlement de Turin était dévoué à cette politique. Garibaldi dut céder. Le 21 octobre 1860, un plébiscite réunit les Deux-Siciles au royaume d’Italie sous le sceptre de Victor-Emmanuel II : Garibaldi déclara qu’il renonçait dès lors à tout rôle politique et se retira à Caprera.
Fausse sortie.
Le « retraité » se fit nommer bientôt président général des comités formés pour la « libération » de Rome et de Venise, écrivit à des révolutionnaires polonais nombre de lettres pour agiter ce pays et prononça le mot fameux que répétèrent à l’envi tous les maçons : « Rome ou la mort ! » Il y avait quinze mois à peine que Garibaldi s’était retiré à Caprera (où il devait, prétendait-il, finir ses jours), lorsqu’il reprit les armes, réunit un certain nombre de volontaires et entra à Catane ; mais, là, il trouva une population nettement hostile.
D’autre part, les troupes royales étaient résolues à repousser l’aventurier. Celui-ci dut battre en retraite ; il s’embarqua avec ses hommes pour la Calabre et se dirigea sur Reggio, où le général Cialdini conduisait les opérations militaires. Repoussé dans une première rencontre, il se retira à Aspromonte, essuya une nouvelle défaite et dut se rendre avec toute sa troupe.
On le transporta à la Spezzia, puis à Pise, mais il put, quelques mois après, rentrer à Caprera. On l’oubliait. Il était devenu sombre, amer. Il résolut de faire un voyage en Angleterre (1865) pour provoquer une manifestation en sa faveur chez les révolutionnaires réfugiés — ce qui eut lieu — et, à son retour, il fut élu député de Naples et grand-maître de la franc-maçonnerie italienne. En 1866, lorsque l’alliance de l’Italie avec la Prusse amena la « délivrance » de la Vénétie, Garibaldi se fit nommer commandant des vingt bataillons de volontaires dont la formation venait d’être décrétée et attaqua les Autrichiens à Monte-Suello. Il fut battu et légèrement blessé.
L’année suivante, il prépara une tentative contre les États Romains. Arrêté sur l’ordre du ministère Rattazzi, il fut reconduit à Caprera et gardé à vue. Il réussit à fuir, se rendit à Florence, où il s’efforça d’exciter l’opinion par ses harangues enflammées et se dirigea sur les États pontificaux après avoir lancé une proclamation aussi violente qu’odieuse contre la France.
Mais à Mentana, les bandes garibaldiennes rencontrèrent les troupes pontificales renforcées par le corps expéditionnaire français, que commandait le général de Failly, et essuyèrent une honteuse défaite. Arrêté, Garibaldi fut interné au fort de Varignano. Il y tomba malade et, avec l’autorisation du ministère Menabrea, revint une fois encore à Caprera.
Pendant quelque temps, il se borna à écrire des lettres ampoulées à Victor Hugo, à Mazzini et à l’armée française, car à l’époque du plébiscite (mai 1870) il attaqua violemment le gouvernement français, adjura l’armée d’abandonner le souverain auquel elle avait prêté serment et de laisser proclamer la république.
III. Campagne de France. Dernières années
Ces manifestations, plus puériles encore que ridicules, n’émurent guère l’opinion publique en France. Survint l’insurrection du quatre septembre. Cette révolution faite en face de l’ennemi combla de joie Garibaldi qui s’empressa d’offrir ses services au gouvernement dit de la Défense nationale, et débarqua à Marseille (7 octobre) où — sur l’ordre de Gambetta — on lui fit une réception solennelle. Le surlendemain, Garibaldi arrivait à Tours. Gambetta et les membres de la Délégation lui faisaient un chaleureux accueil, lui octroyaient le titre de général et lui donnaient le commandement des francs-tireurs sur la ligne de l’Est. Le nouveau général partait aussitôt pour Dôle.
Le rôle de Garibaldi pendant cette campagne ayant été diversement jugé, nous avons consulté le rapport dressé par M. Ulric Perrot, député de l’Oise à l’Assemblée nationale, — et publié au Journal Officiel — qui constate que Garibaldi « se fit surprendre à Autun, se laissa jouer à Dijon par une simple brigade prussienne », et « commit enfin la plus grave des fautes » en « ne protégeant pas la base d’opérations de Bourbaki et en contribuant ainsi à perdre l’armée de l’Est ».
Si les admirateurs de Garibaldi contestaient l’exactitude de ce document parce qu’il a été écrit par un « réactionnaire », on pourrait leur citer cette lettre du général Cremer, un des amis des hommes du quatre septembre : « Sur 12.000 garibaldiens, a écrit Cremer, 2.000 étaient des soldats. Le reste était un ramassis de misérables qui disparurent au premier coup de feu. »
Ajoutons que la haute paye et l’entretien des bandes garibaldiennes coûtèrent fort cher au Trésor français. Nommé député — en violation de la loi française — à l’Assemblée nationale, Garibaldi fut accueilli de telle sorte lorsqu’il vint y siéger, qu’il dut donner sa démission. Il se retira à Caprera et recommença à écrire des lettres à tous les révolutionnaires connus. L’une de ces missives est particulièrement curieuse. Pendant l’insurrection communaliste qui ensanglantait Paris, Garibaldi écrivit à M. Bignonini, directeur de la Plèbe, de Lodi :
« Mon cher Bignonini, quand on a la chance de trouver un Cincinnatus ou un Washington, l’honnête dictature temporaire est de beaucoup préférable au byzantinisme des Cinq Cents. L’Espagne est dans l’abaissement pour n’avoir pas eu un homme qui la dirigeât dans sa belle révolution. La France est aujourd’hui dans le malheur pour la même raison. » — Garibaldi.
Singulier langage chez un homme qui se prétendait républicain ! Ainsi, cet ennemi de la Papauté était aussi l’ennemi de la démocratie ! Il devait plus tard, en effet, se rallier au roi Victor-Emmanuel. En 1878, Garibaldi se trouvant dans de graves embarras d’argent, ses amis ouvrirent une souscription, des municipalités décidèrent d’allouer une rente annuelle au « grand patriote ».
Le ministère dut annuler ces décisions comme illégales, mais le roi accorda à Garibaldi, avec l’assentiment des Chambres, une pension viagère de 50.000 francs et un million de capital. Le bénéficiaire écrivit au président du Conseil une lettre pharisaïque où il disait que « le gouvernement étant rentré dans la voie de la moralité, de la liberté et du bien public », il ne voyait pas d’inconvénient à accepter ce don. Il vécut donc ses dernières années dans l’abondance et mourut à Caprera en 1882.
J. Mantenay.