Conspiration des poudres. — Chaque année, en Angleterre, le 5 novembre est encore célébré par des réjouissances destinées à rappeler le terrible danger auquel échappèrent, à cette date, en 1605, le roi Jacques Ier, sa famille, et les membres des deux chambres du Parlement.
La Conspiration des poudres, ou powder plot, ayant longtemps servi de thème à des déclamations contre l’Église catholique en général et les Jésuites en particulier, il convient de préciser, dans un bref récit des faits, les responsabilités.
Si l’on s’en rapportait à l’enquête officielle des magistrats anglais, dont cependant l’autorité semble fort suspecte, des catholiques furent gravement coupables ; mais « dire que le complot a été organisé par l’ensemble des catholiques, ou approuvé par eux, c’est répéter une calomnie » (S. R. Gardiner).
À la mort de la reine Élisabeth d’Angleterre (24 mars 1603), les « papistes », cruellement persécutés pendant son long règne, espérèrent de meilleurs jours. L’héritier de la couronne, Jacques VI d’Écosse, fils de Marie Stuart, avait donné de bonnes assurances à de nombreux seigneurs catholiques pour gagner leur appui ; il avait écrit dans le même sens au pape Clément VIII ; les premiers jours de son règne furent marqués par le retrait de quelques-unes des mesures les plus odieuses d’Élisabeth.
Les espérances conçues furent vite anéanties. Le roi conservait les pires conseillers d’Élisabeth, et, une fois assuré du trône d’Angleterre, il condamna de nouveau à l’exil les prêtres catholiques, à l’amende les laïcs qui refusaient d’assister au service anglican (février et mars 1604). Le désespoir poussa quelques gentilshommes des premières familles catholiques à se débarrasser par un tyrannicide du prince qui les avait trompés.
Robert Catesby, Thomas Winter, Thomas Percy, John Wright, Guy Fawkes, se réunirent en mai 1604 à Londres ; ils firent serment d’unir leurs efforts pour mettre à mort le roi, et de se garder mutuellement le secret ; ils allèrent ensuite entendre la messe et communier de la main du P. John Gérard, jésuite, qui ne savait rien des engagements qu’ils venaient de prendre. Le P. Garnet, provincial des jésuites anglais, sans être davantage au courant, connaissait cependant l’état d’irritation des laïcs fidèles à Rome, et les projets que certains d’entre eux commençaient à former d’attenter à la vie du roi ; il demanda et obtint du pape Clément VIII une interdiction formelle aux catholiques de prendre part à aucune conspiration contre Jacques ; confiant que cette défense suffirait à prévenir tout complot, il s’abstint de faire part à la police royale de ses soupçons.
Le 8 juin 1605, Catesby, feignant de quitter l’Angleterre pour prendre du service dans les troupes espagnoles des Pays-Bas, demanda à Garnet s’il était permis en temps de guerre à un chef de détruire un fort ennemi, dans lequel seraient renfermés, avec la garnison, des femmes, des enfants, et d’autres non-belligérants ; il se servit de la réponse affirmative de Garnet pour calmer les scrupules de ses complices ; il fut résolu qu’on transporterait plusieurs barils de poudre dans une cave située sous la salle où devait se faire, le 5 novembre 1605, l’ouverture du Parlement par le roi ; on y mettrait le feu pendant la séance royale.
Le 22 ou le 28 juillet 1605, le confesseur de Catesby, le P. Greenway, jésuite, mis par lui au courant, vint, avec sa permission, révéler à Garnet sous le secret sacramentel, ce qui se préparait ; Garnet lui ordonna de faire tous ses efforts pour détourner les conjurés de leur dessein ; rien ne put les fléchir. Le 26 octobre, lord catholique, Monteagle, reçut un billet anonyme l’exhortant à ne pas accompagner le roi au Parlement pour la séance du 5 novembre, un terrible événement se préparant pour ce jour.
Le billet fut immédiatement porté au ministre Salisbury ; peut-être celui-ci était-il déjà au courant de tout par sa police, et laissait-il les conspirateurs se compromettre à fond pour perdre à jamais les catholiques dans l’esprit du roi ; quelques-uns allèrent jusqu’à accuser le ministre d’avoir fait exciter par des agents provocateurs Catesby et les siens à leur attentat.
Toujours est-il que le 3 novembre le roi Jacques fut averti que sa vie était en danger ; le 4, Guy Fawkes, un des conjurés, fut saisi dans la cave située au-dessous de la salle du Parlement ; on découvrit dans cette cave les barils de poudre ; les aveux de Fawkes compromirent ses complices ; plusieurs furent emprisonnés et exécutés ; d’autres, qui avaient pu s’enfuir de Londres, furent tués par les soldats envoyés à leur poursuite.
Le 28 janvier 1606, Garnet, que les aveux de plusieurs conjurés avaient compromis, fut arrêté dans la maison d’un catholique où il se tenait caché ; son procès commença aussitôt ; le roi Jacques, derrière un rideau, voulut suivre plusieurs des interrogatoires.
Garnet protesta toujours qu’il n’avait connu que sous le secret sacramentel les desseins des conjurés, et qu’il avait fait tous ses efforts pour les en détourner ; il demanda cependant pardon au roi de ne pas avoir révélé à la police les premiers soupçons généraux qu’il avait eus des dispositions de certains catholiques, avant la confession de Catesby. Le 3 mars 1606, l’infortuné provincial fut supplicié à Tyburn, avec le P. Oldcorne, qui avait été fait prisonnier en même temps que lui ; Oldcorne n’avait eu cependant aucune part dans la conspiration. Gérard et Greenway avaient pu gagner le continent.
Le roi Jacques et ses agents répandirent par toute l’Europe des récits mensongers de la Conspiration ; et ces récits furent acceptés, non seulement par les protestants, mais par les catholiques régaliens ou gallicans hostiles aux Jésuites.
Bibliographie
Le récit traditionnel de la Conspiration se trouve dans S. R. Gardiner, , t. I, p. 284 sq., Londres, 1895, et dans l’article du P. F. Prampain, (, octobre 1886). Le R. P. Gérard a relevé les principales invraisemblances de ce récit. , Londres, 1897 ;
cf. les articles du P. J. Forbes, , , t. LXXVI (1898), p. 164 sq., 321 sq., et A. Brou, , t. I, p. 229 sq., 254 sqq., Paris, 1906.
J. de la Servière.