Nature des livres canoniques chinois

Chinois (Livres). — Il ne faut pas parler de Livres sacrés de la Chine, aucun livre classique chinois n’exposant une religion. On peut appeler canoniques les King, ouvrages reconnus par la caste des Lettrés comme contenant leur doctrine, et qui forment le canon dit confucianiste. La formation de ce canon fut lente et laborieuse. Ne furent reconnus d’abord que deux ouvrages, les Odes et les Annales colligées par Confucius. Puis on en admit cinq, enfin treize ou plutôt quatorze.

Ces livres ne sont pas reconnus et acceptés en entier. Sauf les Odes, presque tous ont été retouchés, interpolés, mutilés, falsifiés. Chaque pièce a son histoire, sa marque, sa cote particulière. Certaines sont rejetées par tous, mais on les laisse en place, le texte étant intangible. Il ne faut donc pas croire qu’on a émis un argument irréfutable, quand on a cité les Annales : car 19 chapitres de cette collection sont notoirement faux. Ainsi des autres livres.

C’est là une des grandes difficultés de la sinologie. Aucun index européen, qualifiant individuellement les textes classiques, n’a été dressé jusqu’ici. — Voici la liste des Livres canoniques. Les renvois l. c. se rapportent à l’article Chine, religions et doctrines.

Liste des Livres canoniques

1. I-king, les Mutations, traité de divination basé sur les diagrammes ; œuvre de T’chang et Tan de Tcheou, commentée par Confucius ; l. c. III. — 2. Che-king, les Odes, chants populaires et rituels des XVIIIe-VIIIe siècles avant J.-C., choisis par Confucius. Livre précieux, incomplet, mais authentique, sa forme rythmée ayant empêché de le falsifier. — 3. Chou-king, les Annales, pièces antiques des XXIVe-VIIe siècles avant J.-C., colligées par Confucius, reconstituées de mémoire après la destruction des livres. Les 31 pièces authentiques sont des documents de la plus haute valeur. Les 19 autres ont été fabriquées au IIe siècle de l’ère chrétienne. — 4. Tcheou-li, le Rituel des fonctionnaires, sous la dynastie Tcheou. Incomplet, interpolé, mais la critique a assez bien déterminé les textes authentiques, lesquels sont importants. — 5. I-li, le Rituel des particuliers, sous la même dynastie. Intact. Livre très estimé. — 6. Li-ki, le Mémorial des Rits, compilation faite sous la première dynastie Han, peu avant l’ère chrétienne. Contient de tout, du vrai et du faux. Chaque texte est à contrôler.

Les numéros 7 et 8 de cette liste sont réunis en un, dans la collection des Che-san-king, treize livres canoniques.

Les quatre Livres dits Classiques

Après les canoniques, vient le manuel des écoles Se-chou, les quatre Livres dits Classiques, que tous les écoliers chinois apprennent par cœur.

Il contient les Discours et propos, et le Livre de Mencius (ci-dessus 12 et 13), plus deux chapitres tirés du Li-ki (ci-dessus 6), à savoir : Ta-hiao, la Grande étude du gouvernement patriarcal, texte de Confucius, développement par son disciple Tseng-tse ; et Tchong-jong, le juste milieu, traité de l’opportunisme confucianiste, par Tse-se, le petit-fils du Maître. Les Lettrés protestent contre l’appellatif Quatre Livres donné à cette collection par les Européens.

Ils affirment que le titre signifie Livres des quatre Maîtres, Confucius, Mencius, Tseng-tse et Tse-se. Ils divisent de fait le recueil en sept volumes, pas en quatre.

Traductions européennes

J. Legge a traduit en anglais les numéros 1, 2, 3, 6, 7, 8, et les Se-chou en entier. A. Zottoli S. J. a traduit en latin les numéros 2, 3, et les Se-chou en entier ; les numéros 1 et 6 en partie. S. Couvreur S. J. a traduit en français-latin les numéros 2, 3, 6, et les Se-chou en entier. Ed. Biot a traduit en français le Tcheou-li.

Léon Wieger S. J.