Dictionnaire apologétique de la foi catholique

Apparitions

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Sommaire

  1. Définition et foi de l’Église
  2. Objections et explications
  3. Utilité

APPARITIONS. — I. On entend par ce mot toutes les manifestations extraordinaires et sensibles par lesquelles un objet, soit spirituel, soit corporel, est mis en communication avec les sens extérieurs ou même intérieurs d’un sujet qui ne pourrait naturellement l’atteindre et le connaître. Que Dieu, un ange, une âme, se montrent sous une forme matérielle ; qu’un corps éloigné de plusieurs lieues soit vu, entendu, touché, comme s’il était présent, ce seront là des apparitions.

II. La foi de l’Église catholique aux divines Écritures ne lui permet aucunement de douter des nombreuses apparitions mentionnées par ces livres sacrés, depuis celles de Dieu au premier homme dans le Paradis terrestre, jusqu’à celle de Jésus-Christ descendant du ciel, au dernier jour du monde, « pour juger les vivants et les morts », comme parle le symbole des Apôtres.

Par une conséquence logique, l’Église croit absolument à la possibilité des apparitions arrivées depuis la révélation biblique, et rapportées en grand nombre dans l’histoire ecclésiastique et dans la biographie des saints.

Croit-elle également à leur réalité ? Sa conduite dans la canonisation des saints et dans la direction des fidèles, ses fêtes et prières liturgiques prouvent certainement qu’elle y croit, puisqu’elle examine soigneusement les faits de ce genre, quand ils se rencontrent dans la vie des personnages pour qui l’on demande les honneurs d’un culte public, qu’elle blâme ou permet certains récits d’apparitions, qu’elle autorise enfin et parfois solennise elle-même des faits de ce genre, comme l’apparition de l’Archange saint Michel en Sicile (8 mai).

Mais impose-t-elle l’obligation de croire, en particulier, à la réalité de quelqu’une de ces apparitions ou visions non bibliques ? Nullement. Ces apparitions postérieures à la révélation, sans être en dehors de la sphère de l’infaillibilité de l’Église, ne peuvent devenir l’objet d’une définition de foi, ni d’un acte de foi proprement dite ; on ne serait donc pas hérétique pour en douter ou pour les nier. Il est vrai que l’Église, par la façon dont elle en accueille plusieurs, dit assez clairement qu’on peut et doit prudemment les accepter comme authentiques ; mais elle ne va pas au delà ; et si les limites de la prudence scientifique et chrétienne ne doivent jamais être franchies, une respectueuse et sage liberté d’examen et de jugement demeure le droit du catholique fidèle.

Objections et explications

III. 1° Les objections générales contre la possibilité et la réalité de toute apparition, de toute vision surnaturelle, étant les mêmes qu’on soulève contre le surnaturel, contre le miracle, contre la valeur historique de la Bible, nous n’avons pas à nous en préoccuper ici.

Qu’il nous suffise de dire qu’une cause infinie en puissance et en sagesse peut fort bien, par elle-même, ou par des causes secondes qu’elle gouverne et qu’elle anime de sa propre énergie, opérer les phénomènes intérieurs ou extérieurs, nécessaires à une apparition, à une vision, et les coordonner si parfaitement avec le fonctionnement régulier des forces physiques, que l’ordre du monde n’en soit point troublé.

2° On s’est demandé comment un pur esprit, un ange et surtout Dieu, pouvaient apparaître d’une manière sensible. La réponse est dans ce qui précède : assurément, ce n’est pas la nature immatérielle qui entre elle-même en contact direct et physique avec nos sens, facultés organiques et matérielles ; mais elle se sert pour cela d’un intermédiaire, d’une cause instrumentale, qui lui obéit et nous manifeste sa présence, ses pensées, ses volontés.

Plusieurs philosophes paraissent avoir préféré une autre explication de cette communication miraculeuse : ils suppriment l’intermédiaire, l’instrument, et pensent que Dieu ou l’esprit apparaissant, agissent sur nos sens intérieurs ou extérieurs pour les impressionner, comme le feraient des objets réellement présents et sensibles. Quoique cette interprétation semble difficile à concilier avec le récit de la plupart des apparitions bibliques, elle n’est pas insoutenable, surtout si elle s’applique aux apparitions non bibliques ; et elle maintient assez la réalité objective d’une action supérieure et surnaturelle, pour ne pas être entièrement rejetée.

3° On a souvent prétendu que les apparitions et les visions étaient le résultat de dispositions morbides, d’excitations vives et prolongées du cerveau, de grandes fatigues intellectuelles, de méditations ou de jeûnes exagérés, etc.

Nul doute qu’il en soit fréquemment ainsi ; et rien n’est intéressant comme de voir les précautions minutieuses indiquées par le pape Benoît XIV, qui veut que les preuves des faits de ce genre, quand on les allègue dans un procès de béatification, soient d’un poids égal à celles qu’on exige dans les causes criminelles (De beatif. et canoniz. sanctorum, liv. III, ch. 3, n° 1) ; par les canonistes, qui n’admettent que très difficilement le témoignage des mineurs, des femmes, des personnes dont la véracité ou la bonne foi peuvent être suspectées (Cf. E. Grandclaude, Visions et apparitions, dans la Revue des Sc. eccl. de 1878 et dans le Canoniste, mai 1888) ; par les théologiens mystiques dont les plus célèbres, tels que le cardinal Bona, le jésuite Godinez, le bénédictin Schram, et tout récemment le sulpicien Ribet, se montrent d’une extrême rigueur dans l’examen de ces phénomènes.

Schram, par exemple, énumère dix-neuf signes auxquels on pourra reconnaître la fausseté d’une vision, et ceux-ci entre autres : si la personne qui passe pour avoir eu des apparitions sit superba, — si visiones desideret, — si sit arreptitia, — vel delira, — si sit melancholica, — si sit novitia, — si sit pauper dives, juvenis, senex, — si sit femina, — si visiones suas facile propalet. Assurément, ces signes ne sont pas tous également certains, et ils doivent être eux-mêmes appréciés avec une grande sagesse. Mais quand, après un examen des plus soigneusement faits, l’autorité ecclésiastique approuve ou du moins ne désapprouve pas la publication d’une apparition surnaturelle, on peut dire qu’il y a de très sérieux motifs en faveur du fait. L’Église ne permet, d’ailleurs, cette publication qu’après le jugement attentif de l’évêque diocésain. Le concile de Trente, dans sa XXVe session, a porté là-dessus un décret fort précis.

Utilité

4° Quelle utilité, nous demandera-t-on encore, peut-il y avoir dans ces visions et apparitions particulières, qui n’entrent pas dans le dépôt officiel et dans le corps même de la doctrine catholique ? — Nous répondrons que Dieu n’a pas seulement établi son Église ; qu’il la gouverne et l’aide incessamment par des secours ordinaires ou extraordinaires, entre lesquels il faut mettre au premier rang certaines apparitions éclatantes et fameuses ; qu’il ne s’occupe pas uniquement de l’ensemble des fidèles, du genre humain en masse et comme en bloc ; qu’il prend soin des âmes en particulier ; et que si beaucoup ne peuvent ou ne veulent pas profiter de ses grâces extraordinaires, ce n’est pas une raison pour que les autres en demeurent privés : la libéralité divine ne saurait être ici plus entravée que la liberté humaine.

(Cf. M. Godinez, Practica de la theologia mystica, Séville, 1682 ; — Dom Schram, Institutiones theologiae mysticae, réédité à Paris, 1848 ; — J. Ribet, La Mystique divine, Paris, 1879-1888 ; — Fr. Kaulen, art. Erscheinung, dans le Kirchenlexicon de Fribourg, 1886.)

J. Didiot.

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